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Radioactif 369

mai 8, 2022

Radioactif 369

Texte de 2008

Le retour à Dawson.

Je voulais déguerpir pour le Grand Nord, le plus tôt possible, mais je devais d’abord aller chez Gerry.  Il insistait pour que je me rende à son appartement avant de partir, car il serait seul.  Après avoir tant hésité à essayer la technique du bord de lit pour une pipe bien à point, sa première, il voulait absolument regoûter à ce plaisir avant que je quitte la ville.  Promesse faite, promesse tenue. 

Gerry était tellement emballé par cette nouvelle attraction que nous avons recommencé à une demi-heure d’intervalle, une chose qui dans mon cas serait carrément au-dessus de mes moyens depuis bien des années.  La jeunesse a des raisons de se réjouir de ce qu’elle est : la forme et la beauté, dans un seul être.  Pour me récompenser et obtenir la promesse que je me rende chez-lui dès que je redescendrais pour voir David à sa sortie, il me donna quelques joints.  Ce n’était pas le premier pot qui avait un goût de ciel avant de mourir.

Mon voyage avait porté fruit, car on s’était entendu pour qu’une des filles appelle à la prison, d’une boîte téléphonique, et parle avec David.  On savait maintenant qu’il n’avait pas été battu et qu’il vivait sa nouvelle expérience sans trop de problème.  Je considérais que par son comportement, il avait couru après les troubles, même si j’avais été inquiet de son sort comme le serait n’importe quel ami.  Je partais pour le Nord plus tard que prévu. 

J’avais peur de ne pas me rendre à la première auberge de jeunesse pour y passer la nuit, mais je n’avais pas un sou pour envisager une autre solution que la route.  Pour courir les tavernes gaies, il nous fallait d’abord pouvoir se payer le premier verre et le téter jusqu’à ce qu’un des clients te trouve assez de son goût pour venir te chanter fleurette.  Ça ne garantit pas automatiquement un lieu pour dormir.  Aujourd’hui, ce serait même demander un miracle. 

Plutôt que de prendre le risque de sécher sur mon banc, j’ai marché jusqu’à ce que je puisse commencer à faire du pouce.  Je fus extrêmement chanceux et je pus me rendre la journée même à l’auberge désirée.   Puisqu’il manquait de place, j’ai décidé que j’irais coucher dans une tente avec un autre visiteur. 

Durant la nuit, je l’entendis se plaindre : « No, I want do it ». J’ai cru comprendre ce qui se passait en lui, car, nous étions chacun dans notre sac de couchage.  Il voulait partager cet espace, mais il n’osait pas tenter les premiers pas.   Il ressemblait au diable, tellement il était laid. 

Dans ma nouvelle philosophie, je considérais que t’offrir à quelqu’un qui te désirait autant, c’était un acte de grande charité.   Aussi, me suis-je rangé contre lui, me tournant encore plus près.  La tentation l’emporta et il navigua aussi vers les nuages du paradis. Je le laissai me caresser, me manger à sa guise.   Le matin, avant de le quitter, il me remercia très chaleureusement de lui avoir permis de vivre une si belle nuit.  Moi, ça ne m’avait rien coûté et il y avait un gars heureux de plus sur terre. Aussi, le matin, avant de recommencer à        «poucer», j’en ai fumé un bon. 

Mon bon samaritain fut une jeune fille, près de la trentaine.  Elle m’épiait comme si j’étais le pire des malfaiteurs, répétant sans cesse qu’elle avait pris une chance, car elle craignait d’être violée par moi. Les femmes font souvent semblant de craindre d’être la grande victime, tout en espérant qu’elles pourront faire l’amour et s’en sortir dans le plus grand des plaisirs.  Une invitation, comme on jette une ligne à l’eau. C’était son genre. 

J’étais tellement gelé que je découvrais pour la première fois jusqu’à quel point les Rocheuses sont belles.  J’allais de coups de coeur de paysages en coups de coeur, à tel point que je ne m’occupais pas de cette pauvre femme.  Elle n’arrêtait pas de me dire qu’elle avait peur d’être violée dans le but évident d’attirer mon intérêt.  Elle était belle et gentille, mais les paysages m’attiraient encore plus.  Vexée par mon indifférence, elle m’informa qu’elle s’arrêterait pour la nuit à Prince George.  Elle voulait qu’on partage le coût de la chambre.  J’ai dû lui faire part que, dans mon cas, c’était l’absence absolue d’argent :  mais par contre, il me restait un joint.

Je ne sais pas pourquoi,  j’ai pratiquement passé ma vie toujours fauché, mais ne manquant de rien.  J’empruntais à mes amis qui savaient avec certitude qu’ils pouvaient compter sur moi pour respecter la date de remboursement. C’est ça vivre au jour le jour.  Je voulais absolument continuer, donc, je lui ai offert de partager un joint avec moi pour la remercier avant de se quitter.  Elle venait de réaliser que ma fixation sur les paysages n’étaient pas due à elle, mais à la boucane. Je me rendis en ville avec elle et je rencontrai par hasard un ancien pensionnaire de l’auberge qui me recommanda de ne pas m’arrêter trop longtemps, car les policiers de l’endroit me recherchaient pour me faire payer l’audace de les avoir dénoncés dans le journal local. 

Sur le bord du chemin, j’étais tellement gelé, que je me suis mis à voir des « flashs» comme dans l’Exorciste et avoir la certitude qu’à l’auberge, j’avais couché avec le diable qui m’appelait et me demandait de me suicider, en me jetant devant une auto.  Je dus résister à cette vision stupide.  Heureusement, j’ai réussi à me calmer et finalement, je suis parti en camion directement jusqu’à Dawson Creek.  Quels paysages ! 


Le sexe : dans le temps. 

Je ne voudrais pas scandaliser qui que ce soit en racontant que les jeunes de l’époque aimaient découvrir les plaisirs sexuels avec moi.  Ils pouvaient me faire confiance et ça faisait partie de l’évolution.  Quand nous étions jeunes, on essayait de nous faire croire que le sexe est dangereux, que de mauvais prédateurs ne songent qu’à nous kidnapper pour nous torturer sexuellement.  Comme garçon, j’ai vite compris que les souffrances de la torture devraient plutôt s’appeler les plaisirs de la découverte.  Bien évidemment, très jeune, on avait affreusement peur.  On en voyait partout et nous n’avions pourtant même pas Québecor pour mousser une campagne de peur.  On avait par contre, Allo et Photo Police. 

On ne parlait jamais de sexe sous peine de péché mortel.  L’enfer ad vitam aeternam!  On ne nous disait pas que les cas publicisés de méchants prédateurs étaient des exceptions et que la luxure qui les démange est encore moins importante que la maladie mentale qui les frappe.  Avec le temps, j’ai compris que plus on fait peur aux parents, plus on justifie les millions qui coulent de nos impôts pour assumer la prétendue sécurité de la population.  La seule sécurité qui les intéresse est la leur et celle de leur portefeuille. 

Même si les règles actuelles sont autant qu’avant un viol de conscience;  à notre époque, les expériences se vivaient surtout entre personnes du même âge.  Ce doit être la même chose aujourd’hui. 

Quand j’étais jeune, j’ai commencé comme tout le monde par croire dans leurs mensonges à l’effet que se masturber, se sucer, se caresser, c’était mal et dangereux.  Puisque j’aimais ça à la folie, je me croyais anormal.  J’ai cru que j’étais devenu méchant sans savoir ni pourquoi, ni comment.  J’ai appris à m’haïr à cause de la stupidité de leurmensonge.  Ils étaient assez fous pour se croire dans leur mensonge.  On appelait vice tout ce qui faisait plaisir et surtout dès que ça pouvait avoir l’ombre d’une connotation sexuelle. 

À cette époque, il y avait moins de danger qu’aujourd’hui à cause des MTS.  Le sida n’avait pas encore été inventé par les chercheurs qui voulaient créer une nouvelle arme pour la guerre au Vietnam.  Les MTS étaient très peu nombreuses, car il y avait peu de relations en dehors du mariage et aussi peut-être parce qu’elles étaient inconnues par la plupart des gens. 

C’est en vieillissant que j’ai découvert que leur histoire de prédateurs sexuels (en dehors de la pègre) est une pure invention à partir de faits réels survenus à tous les dix ans.  J’ai arrêté de croire dans leur prétendue lutte pour protéger les jeunes.  Je savais dorénavant par expérience personnelle que cette découverte sexuelle se fait sans violence, dans le plaisir.  C’est aussi la principale raison, à part qu’on entretient encore la honte, pour laquelle les jeunes n’en parlent pas.  Ils craignent avec raison la folie des adultes. 

Par contre, c’est un fait que toute violence mariée à la sexualité est strictement inacceptable.  Tout individu est le seul maître de son corps et de son esprit.  Il faut devenir des personnes autonomes et responsables.  La censure ne sert qu’à nous aliéner, à nous infantiliser, à nous mener par le bout du nez. 

Heureusement, pour moi, ma génération fut la première à se rendre compte de cette duplicité de la peur imposée aux enfants.  Les tenants de la morale sexuelle furent les premiers à refuser que l’on mette des condoms dans les écoles secondaires : bande d’hypocrites. 

La répression sexuelle n’a jamais apporté quoique ce soit de bon pour une population quelconque.  Elle est la porte d’entrée de la paranoïa et de la psychose ; car être trop scrupuleux, c’est encore plus vicieux que la liberté sexuelle.  Elle doit avoir recours à des méthodes carrément abusives pour se maintenir.

Le sexe à l’école.

Tant qu’on continuera d’aborder la sexualité à travers la vision religieuse, nous exposons les jeunes à des réveils douloureux.  L’éducation sexuelle jusqu’à la fin du primaire doit être faite par les parents eux-mêmes afin d’éviter que les valeurs prônées dans la famille soient remises en cause à l’école, à un âge où les jeunes sont encore incapables de former leur propre jugement.  Par ailleurs, les écoles doivent avoir des livres d’éducation sexuelle à la portée de ceux qui sont plus curieux.  Des petits vites, ça existe. 

Si l’on veut que les cours à la fin du primaire soient efficaces, il faudra éliminer toute forme de moralisation stérile.  La sexualité est une belle et bonne chose.  Une invention de Dieu.  Pourquoi ?  Les jeunes détestent ceux qui abordent le sujet en mémère : le temps d’avoir honte des mots est révolu depuis longtemps.

Qu’est-ce qu’un jeune a besoin de savoir avant de devenir ado?  Ce qui se produit de plus en plus jeune, comme le démontrent les études faites aux USA.   

Il y a des choses que les filles doivent savoir et qui n’ont pas besoin d’être enseignées à un garçon : comment mettre le tampon, par exemple. C’est utile pour une fille de savoir comment s’en servir, mais inutile pour un garçon.  Par contre, les deux sexes ont besoin de savoir comment ça se passe pour créer un être humain.  Comment faire jouir une femme. L’hygiène des parties sexuelles est aussi très importante pour combattre les maladies vénériennes. 

Je me souviens que nous avions des films sur les menstruations que nous présentions.  Cela permettait de démystifier les règles, d’enlever le caractère maladif qu’on leur collait à la peau alors que c’est un processus normal et essentiel pour avoir des enfants. On montrait les changements physiques qui allaient survenir (films, textes, bandes dessinées) pour chaque sexe. Un peu comme dans Découvertes, à Radio-Canada … 

L’éducation sexuelle est une partie essentielle de la science, car elle nous permet de s’accepter et de se comprendre.  On analysait ensuite la stupidité des films pornographiques (pas besoin d’en montrer en classe, ils ont presque tous vus chez eux).  Les jeunes doivent connaître leur corps.  Il est anormal de ne pas comprendre pourquoi les organes génitaux d’un garçon se ratatinent sous la douche.  Il faut éliminer la notion de mal avec la masturbation. 

Ce sont des outils qui furent déjà utilisés dans les écoles.  On doit aussi leur apprendre qu’ils sont responsables de leur corps, qu’ils ont le droit de dire          « j’aime ou j’aime pas», qu’ils ont le droit de connaître les moyens pour les aider s’ils sont dans une mauvaise situation, etc.   Et, bien évidemment, leur apprendre à se protéger, s’ils décident de dire oui.  Il en va de leur santé.

On revient lentement à l’hypocrisie et la stupidité avec laquelle on abordait la sexualité quand j’étais jeune.  Tout était mal, tout était péché, il ne fallait pas en parler.   L’ignorance des parents, la peur maladive que l’on crée autour des prétendus prédateurs sexuels (il y a une différence entre un violent et un enjôleur) pour que la police reçoive plus de subventions refont surface au détriment du besoin des jeunes de devenir autonomes ( car, c’est ça devenir adultes) . 

Le retour au tabou sous prétexte de protéger les jeunes, voilà ce qu’est devenu l’effort pour nous libérer des religions qui passaient leur éternité le nez dans nos shorts.  Ce n’est pas à la police de dire oui ou non, c’est au jeune d’apprendre à le dire, très clairement.  Et tout ce qui n’est pas violent devrait être retiré des lois.  Ce n’est pas sorcier comme réforme. 

Qu’on le veuille ou non, si les adultes ne peuvent pas prendre cette attitude responsable, les jeunes ne seront jamais intéressés à retourner à l’école parce que les adultes leur paraîtront des gens constipés, incapables d’évoluer et surtout des menteurs et des hypocrites.  Ils ne comprendront pas que ce n’est pas une farce de dire aujourd’hui qu’il faut aller à l’école pour survivre demain.  C’est juste leur donner confiance. 

Ce n’est pas tout ce qui est nécessaire pour combattre le décrochage (la drogue, l’idéal, la perception à la maison, la stabilité des enseignants, la charge de travail, etc.) ; mais c’est une attitude incontournable.  

J’ai écrit de grands mémoires sur le sujet, mais ça fait comme avec la Transquébécoise : ça prit bien des années et bien des morts avant d’allumer et de changer les choses comme je l’avais prôné.  Je ne suis pas plus intelligent que les autres, mais j’ai parcouru bien du chemin.  Je suis pédéraste… puis, raison de plus, j’adore les jeunes.  Je n’oserais jamais prôner quelque chose qui me semblerait les entraîner dans la misère.  

La franchise, la vérité, les découvertes scientifiques sont là pour justifier le rejet de notre vérité humaine au nom d’une conception religieuse qui s’est avérée fausse.  Agir en scrupuleux, c’est être complice, avec l’ignorance, de la transmission des MTS.

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