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Radioactif 364

mai 3, 2022

Radioactif  364

Texte de 2008

Les jeunes Mexicains sont beaux.

Si je me rappelle bien, j’avais rencontré David sur le pouce et nous nous étions vite liés d’amitiés.  Ce n’est pas facile de voyager sur le pouce avec quelqu’un.  Il faut une certaine forme de complicité, comme dans la vie.  Nous recherchions tous les deux : le plaisir

L’amitié est certes le cadeau le plus important que la vie puisse nous apporter. David en était un. Il demeurait à Montréal et son plus grand rêve était de se rendre vivre avec les Indiens du Mexique.  Il disait qu’il suffisait d’avoir une image d’une certaine Vierge, accrochée au chapeau, pour que ces autochtones nous acceptent comme frères.  Il avait les pièces nécessaires, il ne nous restait plus qu’à se rendre au Mexique. 

Dès que nous avons eu l’argent nécessaire, on s’est embarqué, en autobus, pour Mexico.  Quand on voyage ainsi, il ne nous reste qu’une impression du voyage, souvent celle des paysages.  Les vraies aventures sont assez rares pour oublier le reste.  Il y avait un soldat américain qui connaissait sa géographie comme tous les Américains et qui croyait qu’on était arrivé en Californie du Québec en bateau.   J’ai compris que l’intelligence n’est pas toujours au rendez-vous ; mais tu peux quand même être sympathique. 

Je n’ai pas tellement aimé Los Angelès, L..A., prononcé avec un accent anglais. Nous étions dans un coin de la ville, sale, où la misère semblait le lot de la vie quotidienne.  Nous avons couché dans un hôtel minable où les pensionnaires faisaient la «cruise».  Pas tellement intéressant à voir, à travers une porte mi- ouverte, un laideron âgé qui se masturbe, gémit et te lorgne, les yeux à l’envers, presque la broue à la bouche parce que t’es encore jeune et que ça l’allume. 

Une seule chose épatante dans ce coin de pays : Disney et San Diego.  La richesse, la beauté. Puis, on s’est présenté à la frontière à Tijuana.  Le premier pays vraiment étranger où je pointais le nez et qui était vraiment pauvre.  Ça fait bizarre de voir des policiers mitraillettes à la main, qui te questionnent dans une langue que tu ne comprends pas parce qu’ils parlent trop vite.  T’aurais toutes les chances de t’inventer un scénario catastrophe.  On n’est pas habitué au Québec de voir des gens armés.  Aujourd’hui, je dis tant mieux ; mais dans le temps le petit révolutionnaire que j’étais était bien moins peureux, même s’il était très impressionné. 

Si on devenait indépendant, est -ce qu’on serait obligé d’être armé pour se protéger du Canada qui n’accepte pas notre désir d’indépendance?  Il faut être assez lâche pour les laisser nous dominer.  On a beau crier des : « La liberté ou la mort» ou encore «la liberté luit au bout du fusil», la majorité n’a même pas eu l’intelligence de voter oui aux deux premiers référendums.  Et, qu’on le veuille ou non, il n’y a que deux façons de faire son indépendance : par référendum ou déclaration comme au Kosovo ou en prenant les armes comme le FLQ. 

C’est toujours facile d’imaginer une révolution, la faire c’est une toute autre chose.  Pour réussir une révolution, il faut d’abord que la très grande majorité de la population soit de ton bord, sinon c’est l’échec.  Victor Hugo, Les misérables.             

On n’a pas fait notre révolution et chaque année on se fait plumer encore un peu plus par Ottawa.  Nous sommes des alouettes, mais pas des alouettes en colère, des alouettes masochistes, à l’image de notre passé catholique où l’on pensait être indigent à vie si on acceptait de se faire tirer une pipe. 

On était conditionné par la religion comme les féministes essaient de nous faire oublier aujourd’hui que la vie est aussi une recherche du plaisir.  Nous préférons être des moutons par sécurité.  Nous sommes à l’image des marâtres qui nous mènent à la sainteté par la castration angélique, ce qui fait de nous en naissant un être déchu. 

Quand nous sommes arrivés à Tijuana, nous avons changé notre argent, acheté les billets pour Mexico et nous sommes allés manger. Quand David eut terminé, il paya, donna même un bon pourboire, mais dès qu’il voulut s’en aller, une bande de gros mexicains l’entouraient, montraient les dents, et exigeaient surtout qu’il paye à nouveau.  David était affolé.  Il eut si peur qu’il ne voulut presque jamais remettre le nez dehors tout au long du voyage. 

Cette paranoïa me rendait malade, même si je n’étais pas très brave.  J’étais sous le charme du Mexique parce que de merveilleux petits gars se promenaient autour de l’autobus, alternant des sourires tels que le bon dieu les auraient pris pour des anges et/ou avec des manifestations de leur violence.  Ils sortaient des couteaux et nous les faisaient voir, imitant une exécution.  Quel était leur vrai caractère ?  Je préférais les Anges aux voleurs. 

Nous avions été avertis que les premiers deux cent milles à l’intérieur du Mexique sont très dangereux, mais que rendu dans le pays, c’est une toute autre chose.  J’avais appris un peu d’espagnol au cégep de Sherbrooke pour préparer ces voyages en pays étrangers.  Je pouvais lire les journaux, mais je ne comprenais rien à ce que les gens disaient.  Mon vocabulaire est affreusement restreint. 

Aussi, aie-je profité du charme que produit toujours l’étranger qui essaie de parler la langue du pays pour fasciner deux petits mexicains à l’intérieur de l’autobus qui s’en allait comme par hasard à Mexico.  Si David avait peur, moi, tant de beauté me grisait totalement.  J’avais deux interlocuteurs adorables pour entrer au paradis. 

Les pyramides mexicaines.

L’allure du désert mexicain m’a beaucoup surpris.  Je voyais ça tout fait différemment.  Pour moi, le désert, c’était le Sahara, les hommes bleus, pas une goutte de végétation.  Au Mexique, il y a encore une végétation.  Il y a une ville de temps en temps.  Conseil : n’espérez pas aller aux toilettes (du moins à l’époque) dans un terminus.  Elles sont sales à rendre malade.  Que certains n’aient pas d’éducation, c’est une chose, mais être aussi cochons, c’est invraisemblable.  Des toilettes qui débordent, de la merde sur les murs, en voulez-vous, en voilà.  Tabarnak que ça faisait sec. 

Heureusement, Mexico City est une très belle ville.  Je n’ai pas senti les problèmes de pollution dont on parle aujourd’hui.  Aussi, malheureusement, on nous racontait toutes sortes d’histoires de touristes volés, battus.  Rien de très rassurant, mais les petits étaient tellement rieurs qu’ils ne pouvaient pas me faire peur.  Les Mexicains devraient quand même surveiller davantage leur réputation touristique. 

Ça ne m’a pas empêché de partir avec David visiter les pyramides, grâce au service d’autobus de la ville.  Les pyramides sont très impressionnantes.  J’ai monté sur le temple du Soleil.  Les prêtres y montaient jadis pour faire des sacrifices humains : les plus beaux jeunes hommes étaient sacrifiés au dieu Soleil.  On peut s’en scandaliser, mais si on apprend l’histoire des religions, on sait qu’elles ont toutes des histoires de meurtres, de sacrifices et de drogues. 

En descendant de la pyramide, j’ai constaté que si j’avais été un des prêtres de cette époque, je me serais tué en descendant, avec mon vertige.  J’ai descendu les marches sur les fesses, le coeur à moitié fou.  Si elles sont petites quand on monte, elles semblent être encore plus à pic et plus étroites quand on descend.  Il faut se tenir pour ne pas tomber. 

Quand les prêtres descendaient, gelés comme des balles, il arrivait qu’ils manquent les marches et se tuaient en tombant de la pyramide. On disait que le soleil est tellement beau qu’il les avait éblouis.  C’était un honneur de mourir pour son dieu.  Malgré le souvenir de ces assassinats religieux, c’est un site extraordinaire à visiter. 

Puis, les jeunes essayaient part tous les moyens de me vendre des souvenirs.  Leur beauté est en soi un souvenir impérissable.  Les petits vendeurs portaient tous le soleil sur leurs dents.  J’en ai profité pour choisir un souvenir à chacun de mes parents. 

Je devais être jadis un adorateur du dieu Phallus (pénis) qui se présente parfois sous forme de serpent.  Souvenir inconscient qui explique peut-être que j’y suis tellement accroché.  Pour être aussi profondément incrusté en moi, il a fallu que ça dure durant des siècles.  Je devais être «un calice de sperme officiel et vivant», trimbalant les triomphes de mon dieu, d’où ce culte incompris qui anime chaque moment de tressaillement dans ma vie actuelle.   Mes racines viennent de la préhistoire. 

C’est probablement pour cette raison que le destin m’a fait rencontrer un des plus grands écrivains américains, W. Burroughs, dans une toilette à Montréal, lors d’un congrès. Nous étions tous les deux fascinés par cette époque où le dieu Soleil apparaissait encore sur les pyramides.  La spirale de la vie. 

Mon ticket explosa, ma machine s’est emballée et je voulus tout connaître de ce pays fascinant : le Mexique.  Un voyage préparatoire à la découverte des peuples par une ouverture musicale de jeunes et courtes flûtes à bec. 

Depuis ce temps, je rêve de l’espace-temps où je découvrirai tous les peuples de la terre à travers la musicalité, la vivacité de leur libido.        
   

Monsieur Sourire. 

Quand j’étais jeune, j’ai rencontré le père de Gaétan Dostie, un de mes meilleurs amis en travaillant pour lui à des déménagements.  Ça m’a permis de survivre.  Je l’ai bien aimé, ce Germain Dostie. 

Même si je n’étais pas le plus fort, j’arrivais à surprendre ceux qui m’entouraient par ma force et ma rapidité.  C’était formidable.  Germain Dostie, ce grand patron, a toujours été plus que sympathique avec moi.  Il savait flatter mon orgueil dans le bon sens, m’encourager, me rendre fier de mon rendement. 

 Avec lui, je voulais toujours donner mon 110 pour cent.  Peut- être aussi parce que je suis très sensible aux fleurs que l’on m’envoie.  Il savait qu’avec des gars comme moi il est préférable de les encenser pour obtenir un meilleur rendement.  « Pas si mal pour un gars qui a souffert toute son enfance de ne pas être aussi physiquement capable que les autres ; d’arriver à se faire assez souvent réengagé pour des déménagements. », pensais-je alors.  Puis, je l’ai perdu de vue. 

J’ai appris, en fin de semaine, son décès.  Environ 40 ans après l’avoir connu, je me suis rendu à ses funérailles.  C’était un homme formidable comme mon père. 

Il y a plusieurs années, il a vécu un accident vasculaire.  Aidé de son épouse et ses enfants, il a appris malgré sa paralysie à communiquer grâce à son ordinateur et Internet.  Quel courage !  Il a su ainsi maintenir un lien agréable avec la vie.  On l’aurait même surnommé Monsieur Sourire.   

Où ces grands hommes ont-ils pris leur courage ?  Papa était aussi l’un d’eux.  Il n’a pas hésité d’aller travailler en dehors, à Carillon ou comme concierge dans une école à Magog, pour conserver le magasin à Barnston.  Ce sont de vrais modèles à suivre dans la vie.  Non seulement , ils étaient courageux, mais ils avaient une ouverture d’esprit qui leur permettait d’être tolérant envers ceux qui ne partageaient pas nécessairement leurs valeurs de bons catholiques.  Bon voyage, Émile et Germain.  J’espère que vous vous rencontrerez un jour dans l’au-delà puisque vous êtes tous les deux des hommes de grande trempe. 

Papa est mort très jeune, à 67 ans ; Germain, lui, en avait 83.

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