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Radioactif 353

avril 22, 2022

Radioactif 353

Texte de 2008

La petite bande.    

Un après-midi, j’étais devant un restaurant et je grillais tranquillement une cigarette.  Trois jeunes garçons passent, me regardent de travers avec mépris.  Je les regarde avec insistance, l’un d’eux se retourne et me crie : « Hey! Mon hostie de tapette, regarde ailleurs. »  Je lui souris et je lui réponds :             « J’admire tout ce qui est beau ! »          

Le jeune s’est précipité vers moi.  Je pensais avoir un très mauvais parti, aussi, lui dis-je dès qu’il fut près : « T’aurais peut-être envie de prendre un coke? — Je ne suis pas seul. — T’as juste à amener tes chums. » Nous sommes entrés tous les quatre au restaurant et nous avons pris notre coke, tout en parlant et en riant.  Je les ai invité chez-moi et, à ma grande surprise, ce fut accepté sans aucune hésitation.    

En chemin, nous sommes arrêtés acheter des croustilles. À la maison, nous avons commencé par jouer aux cartes.  Nous avions du plaisir à revendre.  On riait comme des fous.  On se bousculait parfois amicalement. Toute bonne chose à une fin.  Nous avons décidé de changer de jeu.  Chacun proposa le sien.  On accepta finalement de jouer aux «douanes».  Il faut cacher un tout petit objet sur soi et le douanier doit le découvrir. T’as droit juste à une question générale.  Genre : vers quelle hauteur?  Il y a en toujours un pour qui la cachette se situe sous les caleçons.  Nous avons joué très longtemps puisque les jeunes adoraient ça.  Quand ils sont repartis, celui qui m’avait accosté me dit : « Je pensais que t’étais un monstre.  On nous a toujours dit de se méfier des plus vieux comme toi, des vieux cochons, mais t’es le gars le plus gentil que je connaisse.  »

Les jeunes sont revenus très souvent.  Ils passaient des heures avec moi et ça aboutissait toujours de la même façon : multiplier le plaisir. La pipe de Popeye était très populaire. J’étais ravi et surpris de la vitesse avec laquelle ils perdaient leurs scrupules au fur et à mesure qu’ils perdaient leur gêne et leur inhibition.   Je répondais à toutes les questions du mieux que je pouvais.          

Puis, un jour, un jeune de 16 ans environ est venu seul me retrouver. Nous parlions, parlions, puis, un moment donné je lui ai demandé ce qu’il voulait au juste.  Ma réputation de roi du plaisir l’avait atteint et il venait vérifier si elle était surfaite.  Lui aussi, voulait savoir si c’est aussi le fun qu’on le dit.  Il ne doit pas avoir été déçu, car il est revenu presqu’à tous les jours durant tous les mois que j’ai habité cet appartement.  On avait plus besoin de perdre notre temps à tourner en rond, je savais ce qu’il voulait. 

J’avais une voisine qui, comme moi, adorait le vin.  J’ai commencé à la rencontrer de temps en temps parce que je n’aimais pas être seul et d’ailleurs, pour boire, toutes les raisons sont bonnes.  Les jeunes ont senti qu’elle leur dérobait ma présence. 

Un après-midi, quand je suis arrivé à la maison, j’ai été témoin d’un incident que je n’aurais jamais cru possible, si je ne l’avais pas entendu de mes propres oreilles. 

Les jeunes engueulaient royalement, bêtement, avec sacres et menaces, ma voisine.  Ils voulaient lui faire comprendre qu’elle était mieux de s’enlever de la route parce que « je leur appartenais et qu’il n’était pas question pour eux de me partager.» Ça semble totalement invraisemblable, mais c’est exactement ce qui est arrivé. 

Les adultes ne comprennent pas les jeunes parce qu’ils croient que les jeunes sont aussi niaiseux qu’on l’était. 

Quand un jeune tombe en amour avec toi, il devient encore plus jaloux qu’une femme. Incroyable, mais vrai !   C’est ça avoir du vécu.  L’interdit ne fait que mettre encore un peu plus de piquant à l’expérience, mais c’est aux dépends de la santé mentale de nos jeunes. 

Tout repose sur une ignorance profonde de ce que vivent les adolescents. En créant un interdit contre nature on les force à avoir honte d’eux  et se créer des culpabilités qui n’existeraient pas si nos lois respectaient la Charte des droits.            Donc, le droit à la vie privée, même si tu es jeune, d’où la nécessité absolue de cours de sexologie qui respecte la vérité et non les histoires de péché.           

Les paranoïas.      

J’ai toujours eu beaucoup de difficulté avec l’argent.  Pour moi, le plus important a toujours été d’aider mes enfants et de publier mes livres– je dépense plus que j’ai de revenus– donc, si écrire est une vocation, elle exige le vœu de pauvreté

C’est encore pire si on obéit à la ligue des saintes nitouches du Québec : les gens obsédés par les prédateurs sexuels, même jouissifs et non violents. 

Notre système a toujours essayé de faire croire qu’il est plus immoral de jouer aux fesses en bas âge que de se servir de la violence, mais c’est la nature qui décide de la vitesse et de la forme de tes premiers orgasmes. 

C’est intéressant que des études scientifiques viennent nous démontrer que c’est complètement idiot de prétendre que les jeunes ne savent pas ce qu’ils font lorsqu’ils s’amusent dans des relations sexuelles

En fait, cette guerre aux prédateurs sert à améliorer les statistiques sur l’efficacité de la police : c’est plus facile d’espionner un individu sur internet et de visionner en même temps ses films de culs que de s’en prendre au crime organisé, aux voleurs à cols blancs, aux abuseurs de personnes âgées dont on vide les portefeuilles.     

S’en prendre aux abuseurs sexuels ça permet de gonfler les statistiques afin de prétendre améliorer les notes de performance de la police (c’est aussi pourquoi on ne légalise pas le pot (ça changé) et la prostitution. Il faudrait s’occuper des vrais bandits pour avoir plus de subventions de nos gouvernements. Un autre moyen légal de voler la majorité, car si on changeait les lois, la police devrait s’occuper des vrais crimes.   

Pour entretenir cette nouvelle industrie de la peur, rien de mieux que la paranoïa sexuelle.  Mais, il y a vraiment des trous-de-cul qui s’en prennent violemment aux jeunes, c’est vrai. Il ne faut le nier, ce serait essentiel d’avoir plus de ressources pour retrouver les personnes disparues, par exemple.  Il y a les marchés pour les organes, les psychopathes, les drogues, etc. ; mais eux, on les laisse tranquilles.  Ils rapportent beaucoup d’argent. 

Je ne sais pas si c’est vrai, mais j’ai entendu dire que Dutroux (le gros scandale en Belgique) ne serait pas un pédophile, mais un individu qui fait la traite des enfants esclaves.  En d’autres mots, il n’aurait pas agi pour satisfaire ses besoins sexuels personnels ; mais pour les profits tirés dans une organisation mondiale de trafic d’esclaves.  Si c’est vrai, on a leurré des millions de gens.  Quoiqu’une ou l’autre des situations est affreuse ; mais en prétendant que c’est sexuel, on multiplie la peur qu’on doit avoir de la sexualité. 

On entretient une paranoïa religieuse qui sème la mésestime de soi et par conséquent, l’esprit d’aliénation.  On oublie que les grandes recherches actuelles sont : — pour l’armée, trouver la drogue qui permettra de tuer sans remord et, dans le civil,  le contrôle des masses –. 

Comment trouver et identifier un ennemi commun et s’assurer que tout le monde le déteste : comme le sexe ou le diable?  Cette haine permet l’instauration facile de ce qu’on appelle un dictateur bénévole, grâce au fanatisme. 

Aux États-Unis, on étudie une loi pour établir que toute personne qui conteste le système et son autorité, soit reconnue comme terroriste. 

1984, c’est déjà de la petite gomme. C’est une autre paranoïa : celle de la conspiration? 

Pour vivre en paix, il ne reste que les droits individuels et le droit à la vie privée. Plus on a peur du cul, plus on a peur de l’autre, plus on est paranoïaque. C’est pourtant mieux de se payer un bon verre de vin ensemble, c’est un peu plus aphrodisiaque, parole de rhinocéros. 

Sexe et humour.   

Aujourd’hui, c’est la grande visite à Montréal.  Un espace superbe. Un oeil sur la beauté du monde à travers les visages, les sourires et les peurs ; mais en même temps, une petite appréhension : rencontrer face-à-face petit Gabriel.

Petit Gabriel est un jeune homme que j’ai gardé durant des années, malgré sa maladie mentale. M’ayant battu au point de me ramasser à l’hôpital, j’ai dû quitter mon appartement,  car on croyait que la prochaine fois, il me tuerait.

C’est incompréhensible : je veux savoir ce qu’il advient de lui, mais en même temps, je veux demeurer invisible pour lui.  Je souffre quand je pense à sa situation.  Je ne sais pas si je dois m’en vouloir, mais si je n’avais pas agi (déménagé) ainsi je ne serais plus de ce monde pour me poser la question. 

Le système ne comprend pas l’itinérance, encore moins, à la maladie mentale. 

On s’imagine que l’on doit mener ces gens malades comme s’ils comprenaient tout. On est trop moraliste et on n’intervient pas quand ce serait le temps.  Rien n’est vraiment à leur disposition parce qu’on leur demande une autonomie qu’ils n’ont plus.  Les jeunes aiment qu’on ait un rapport avec eux qui ne soit pas moraliste.  Ils aiment se sentir accepter, tout simplement parce qu’on les aime. 

Les étudiants m’aimaient bien, je crois, parce que je savais faire des farces sur tout, même les choses les plus graves.  L’humour est une forme de relation extraordinaire, mais passagère.  L’humour permet de dédramatiser les choses. 

Qu’on le veuille ou non, l’humour parle souvent de sexe. C’est un sujet qui fut surexploité.  Peut-être qu’on est prêt à passer à autre chose.  Espérons que les médias cesseront de se prendre pour des curés, ça ira plus vite.

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