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Radioactif 340

avril 5, 2022

Radioactif 340

Texte de 2008

FLQ 1.

J’ai couru après ma réputation de révolutionnaire, je l’ai nourrie, je n’ai jamais rien fait pour le nier, car à l’époque, je me prenais pour un petit Che Guevara. 

Ce n’est pas que j’étais brave. J’ai toujours été pisseux, mais trop orgueilleux pour le laisser voir.  J’étais fanatique.  Je vivais au niveau de mes émotions.  Et, j’avais raison d’être radical : il faut se défendre dans la vie.

Deux choses étaient claires, à la suite de mes rencontres avec Pierre Vallières : il savait que j’étais non-violent, même si je me prenais pour un révolutionnaire et   que je n’avais pas l’intention de changer.

Je croyais à une révolution de l’intérieur.  Puis, je trouvais cette situation explosive palpitante.  Je fumais pas mal et la vie se chargeait de m’exciter encore plus.  Plus on me tapait dessus, plus je ruais comme lorsque je boxais quand j’étais plus jeune.  

Par contre, j’appuyais sans réserve et sans artifice les buts du FLQ dans sa lutte à la pauvreté.  J’ai raconté l’histoire de cette période dans une nouvelle littéraire intitulée Nous vaincrons.  Cette nouvelle littéraire fut publiée à Val-d’Or.   En 1970, je me suis surtout révolté le jour où on a arrêté Gaétan Dostie, un étudiant poète, qui revenait d’Afrique et qui avait la malaria.  Un ami de Gaston Gouin.  

Pour le protéger, j’ai voulu faire croire que j’étais encore plus radical que lui.  Je croyais qu’on pouvait faire disparaître des gens peu connus, mais que ce serait beaucoup plus difficile de le faire avec un journaliste.  Alors, je me suis autoproclamé révolutionnaire.  

C’était exagéré. On ne tue pas encore au Canada, mais ça se passait ainsi partout dans le monde.  La seule chose que j’ai faite pour marquer mon appui à la cause révolutionnaire, j’ai commencé à la fin de mes récitals de poésie à crier : Vive le Québec libre!  Vive le FLQ !  Nous vaincrons ! 

À cette époque, toute personne solidaire au FLQ pouvait être arrêtée et purger cinq ans de prison.  Pourquoi les libéraux ont-ils cru que j’étais un felquiste dangereux?  Je n’en ai aucune idée ; mais pour eux, c’était une vérité de l’Évangile.  On pensait même que j’étais lié aux cellules opérantes alors que je n’y connaissais absolument rien.   Tout ce que je savais du FLQ, je l’avais lu dans un petit journal qui expliquait comment ça fonctionnait.  Disons que j’étais plutôt « trippeux » que révolutionnaire. 

J’étais peureux, parfois paranoïaque, parce que je me retrouvais sur une glace mince que je ne connaissais pas.  La police me soupçonnait, mais les gars du FLQ savaient que je n’étais pas le Che qu’on prétendait.  Pouvais- je, sans le savoir, répéter des choses que je ne savais pas secrètes.  En vérité,  je ne savais rien.   En fait, je n’étais même pas préparé à jouer le jeu de terroriste et je me devais d’improviser comme si j’étais savant dans le domaine.   Ça me foutait la chienne, et en même temps, je ne pouvais pas cesser d’agir puisque j’étais encore journaliste. 

Je croyais le FLQ beaucoup plus organisé et fort.  Je me savais espionné par le système.  Un collègue m’avait averti du fait que la police commençait à me soupçonner, même s’il leur avait dit que j’avais peur du sang. Je me savais suivi très souvent.  C’était évident ou un hasard? 

C’est ainsi qu’un soir, au club, j’ai été averti que des gens bizarres essayaient de comprendre tout ce qu’on disait à notre table.  J’ai décidé de dire que mon plus grand rêve serait de violer une sœur vierge. Un petit jeu que je jouais avec mon Égyptienne.        

Croyez-le ou non, 10 ans plus tard, j’ai été arrêté bien saoul à Le Pas, au Manitoba.  On m’a gardé parce que j’ai commencé à dire aux policiers qu’ils n’avaient encore rien vu et qu’on leur chaufferait encore plus le derrière qu’en 1970.  Or, le lendemain, la rumeur qui courait partout en ville était que j’avais violé des sœurs.  Avec un dossier presque vieux de 30 ans, ma première incarcération en 1963, ça m’a valu de perdre mon emploi en 1989, je crois.   Maudite boisson !

Le FLQ 2.     

J’ai entretenu cette image de révolutionnaire parce que ça donnait de bons résultats quand je négociais des projets, par journalisme interposé, avec les gouvernements.  Ils avaient une peur bleue de mon influence sur la population. 

Un jour, j’ai écrit le Manifeste du royaume des amorphes. Le jeune qui m’admirait pour mon combat politique et qui me détestait tout autant de m’entendre parler de ma pédérastie et de lui proposer de se la laisser manger, décida de remettre le texte aux médias sans apporter d’informations quant à sa provenance.  On le présenta à la radio comme un manifeste régional du FLQ.  On dénonça l’œuvre d’une cellule de communication dans l’Estrie et même si on ne me nommait pas, il était possible d’y voir mon portrait.   

Il n’y avait rien de fondé dans tout ça.  Je n’avais aucun rapport avec le FLQ, même si j’appuyais sans réserve sa défense des travailleurs et que je finissais mes récitals de poésie en criant un « Vive le FLQ. ! »   Un geste sincère d’appui, mais aussi de provocation. 

Je terminais aussi une séance d’animation (j’avais appris ce métier et j’étais assez bon animateur) avec les gars de la construction lorsque le sénateur libéral fédéral Molgat annonça sa visite à Sherbrooke.  Il voulait parler de l’avenir du Canada. 

Quand je me suis présenté au micro, il me redemanda à deux ou trois reprises de répéter mon nom, comme s’il ne le comprenait pas.  Je lui ai alors répondu, avec un accent anglais,      «John Simonez, tabarnak ! ». 

Puis, après avoir dit ce que j’avais à dire, j’ai demandé aux travailleurs de la construction dont certains me surnommaient le Paul Rose des Cantons de l’Est, de me suivre et de quitter la salle. Le député libéral fédéral, M. Paul Gervais, commença à demander ma tête comme journaliste.  On m’a dit que des gars lui auraient dit ainsi qu’au représentant de la Tribune que la dynamite était prête et qu’il ne manquait plus qu’à l’allumer, ce qui arriverait si on me touchait.  Le journal a publié le manifeste. 

Honnêtement, à cette époque, je me croyais vraiment un grand révolutionnaire.  Paranoïaque, tout était raison de plus pour en vouloir au système.  C’était plus vrai dans mon imaginaire que dans la réalité.  Probablement, l’effet du bon « stock ». 

C’est pourquoi, je suis devenu catégoriquement opposé à la drogue.  La vie est trop courte pour être gâchée.

En fait, quand je me suis dépolitisé, j’ai eu beaucoup de difficulté de me défaire de cette image intérieure qui ne collait pas vraiment à ce que je suis.  Je l’ai même écrit dans quelques poèmes ; mais c’est difficile d’admettre que t’as eu     « une période de ta vie où tu n’étais pas toi-même pour produire le personnage que les autres pensaient que tu étais ». 

J’ai eu de la difficulté à me pardonner d’avoir su me mentir ainsi au niveau de mes intentions et de la projection que je donnais de moi.  Cette réputation aurait été la première cause de mon procès à Val-d’Or, en 1996.  On m’a dit que j’avais été le seul felquiste à ne pas avoir payé pour sa participation aux événements d’octobre 1970. 

On craignait qu’à la suite du référendum, je me relance dans des gestes plus fanatiques les uns que les autres.  Alors, on m’a présenté un petit gars, tendu un piège et on m’a accusé de l’avoir touché.  Ce qui, à mon avis, ne regardait que moi et le jeune.  On s’est servi de l’Homo-vicièr pour prouver au juge que  j’étais déjà pédéraste.  Juste aller avec Mathieu, avoir été seul avec lui,  être pédéraste, me rendait déjà coupable, même si aucun geste de nature génitale n’aurait été posé.  J’étais pédéraste.  Donc, ça prouve que j’ai joué aux fesses avec lui automatiquement. Quelle connerie !  Mais, j’aurais bien aimé ça.

Je le savais, je le sentais.  Je me suis promis que cette fois je ne ferais pas de prison pour rien.  Durant ce temps, je ne pouvais rien faire pour m’expliquer pourquoi on tenait tant à avoir ma tête.  Pourquoi avait-on dit à mes élèves, peu de temps avant mon arrestation que j’étais un felquiste qui avait posé des bombes à Montréal puisque les jeunes me l’ont demandé durant un de mes cours.

Ce qui m’étonnait, c’est que ça se passait sous un gouvernement péquiste. Pourquoi? Ou on ne voulait pas que je mette le feu aux poudres ou on n’aimait pas mes «en-têtes» de lettres aux journaux où je disais que Chrétien et Martin étaient les chefs de la mafia légale parce qu’ils avaient volé le référendum. 

En fait, je crois maintenant que l’on a monté un « Mister Big ». J’avais écrit dans les journaux que l’idée de renaissance du FLQ n’existait que dans la tête de la police qui prétendant que l’on avait retrouvé d’autres communiqués felquistes, à Montréal.

Comme par hasard, j’étais en prison quand Stéphane Dion a présenté la loi sur la clarté. 

Comme on m’a dit¸ quand je croyais encore que l’on était pour reconnaître que ces accusations étaient une méprise : «ça fait 20 ans au moins qu’on veut ta peau, imagine-toi pas,  qu’on va tout laisser tomber, maintenant qu’on te tient. »

J’ai voulu créer l’impression d’être un dur, je m’y suis cru et j’ai payé pour.  C’est la vie.  Ça continue parce que j’écris toujours et je me ramasse encore en cour. J’ai préparé un mémoire pour la Commission sur les accommodements. Religieux. Je ne sais pas comment, mais je vais le payer encore une fois.  Il m’arrive quelque chose à chaque fois que je me mêle de politique.


Les raclées.

J’avais quand même raison d’avoir peur.  Je jouais à un niveau de danger dont je ne connaissais pas les règles.   D’ailleurs, on venait d’assassiner Gaston Gouin.  Ce fut ensuite le tour de Mario Bachand, un peu plus tard, en France.   Y paraît que les assassins seraient deux agents fédéraux de la GRC qui demeurent maintenant au Québec.  Personne ne le sait.  Ça me semble invraisemblable que le FLQ l’ait éliminé sous prétexte qu’il portait des sous-vêtements avec des fleurs de lys.

Dans ces affaires, il y a toujours de la désinformation de manière à nuire à son ennemi.  Où est la vérité?  C’est malheureux que la France n’ait pas résolu ce meurtre.  Une chose est certaine, au début des années 1970, s’afficher pour l’indépendance du Québec, s’était prendre des risques. 

Un soir, j’avais bu, je gueulais un peu fort.  Des policiers sont arrivés et j’ai vite servi de «punching bag».  Puisque je n’aimais pas la violence, plutôt que d’essayer de me défendre, je me suis mis à frapper sur une très jolie auto, près de moi.  Le propriétaire est arrivé. Il était reconnu comme un des dirigeants de la petite pègre de Sherbrooke.  J’ai cessé de me débattre et je leur ai demandé depuis quand la police et la pègre coopéraient ensemble. 

Puis, j’ai recommencé à recevoir des coups.  Je ne me rappelle pas du chemin parcouru pour m’amener en cellule.  J’étais paniqué.  Je me suis foutu à poil. Je frappais sur les barreaux et je criais : « Vous êtes comme Saulnier, vous avez des problèmes de télévision».  Saulnier était un chef de police coincé dans un scandale puisqu’on lui avait donné des téléviseurs.  Quand les dirigeants de la police sont arrivés avec les policiers qui m’avaient battu, je me suis mis à crier à celui que je reconnaissais :  » Sors-le ton hostie de gun, pis tires, gros tabarnak. Demain tes problèmes vont commencer.  »   Les officiers sont repartis en disant que j’étais pire que Chartrand. comme dans la chanson de Jimmy Corcoran, Comme Chartrand.

J’étais encore journaliste et je savais qu’on ne pouvait pas me tuer.  Effectivement, le matin, je fus relâché. Je me suis rendu au journal et j’ai demandé au journaliste appointé à couvrir les procès de m’accompagner.  Je juge, un bon libéral, me condamna à une sentence suspendue et m’ordonna de ne pas en parler dans les journaux locaux.  Ce fut fait, mais le dimanche suivant, Québec- Presse, un hebdomadaire diffusé à la grandeur du Québec rapportait la situation.

 Pourquoi la pègre me faisait toujours la leçon quant à mon parti pris indépendantiste.  « Les hosties de séparatistes, on leur casse les jambes.». Je l’ai entendu plus d’une fois.            

Quelques expériences comme celle-ci suffisent à te faire craindre la « légalité du système ».  Une situation qui se poursuivit après le référendum de 1995, mais cette fois, ma vie fut vraiment en jeu. Il m’arrive toujours quelque chose dès que je mets le nez dans les affaires politiques.   


Ma peur.      

Ça peut paraître idiot que d’avoir peur de dire des choses qu’il n’aurait pas fallu dire durant les événements d’octobre ; mais quand tu es ignorant, parfois,  tu fais des gaffes sans même t’en rendre compte et dans mon esprit de solidarité, c’est une chose dont je n’avais pas droit.  Je suis très fidèle, même à mes amoureux. 

Mes craintes sont nées d’un événement.  J’avais fait parvenir des textes à Pierre Vallières, peu de temps, avant le premier enlèvement, soit de Richard Cross.  Évidemment, quand le manifeste du FLQ a été publié, on m’a demandé à la salle de rédaction, si je m’étais aperçu de la faute dans le mot Domtar que l’on retrouvait dans le manifeste.  On me fit remarquer que j’étais probablement le seul journaliste à écrire Domptar.   

Par la suite, après l’intervention de l’armée, un dimanche après-midi, je crois, j’ai dû travailler en temps supplémentaire.  On m’envoya avec le photographe Royal Roy.  En chemin, celui-ci a commencé à me raconter que les felquistes avaient été vus et arrêtés à East-Angus.  Je capotais parce que j’avais envoyé un texte sur la Domtar d’East Angus. On aurait pu intercepter celui-ci, car, les autorités fouillaient déjà dans tout, donc, sûrement, dans le courrier de Pierre Vallières.  Comment aurais-je pu prévoir ce que se passerait quand j’avais envoyé mes informations ?  Je n’étais pas felquiste et il n’y avait pas encore de crise. 

J’étais très malheureux puisque, la façon que Royal me présentait ça, j’avais tout lieu de croire que, sans le vouloir, mis la police sur une piste.  J’essayai d’en savoir plus et j’étais très étonné qu’on n’en parlait pas dans les bulletins d’informations. 

À mon arrivée à la rédaction, on célébrait presque cette arrestation, sollicitant évidemment mes commentaires. Je doutais, donc, je me suis montré le plus prudent possible et j’ai demandé combien de terroristes avaient été arrêtés.  On me dit une vingtaine.  Là, j’avais ma réponse.   » C’est impossible. Il n’y a jamais plus que quatre à cinq personnes par cellule.  Et, personne n’est supposé de connaître l’autre pour éviter les dénonciations accidentelles. »  

J’étais bien content d’avoir lu ça dans un petit journal jaune.  J’avais l’impression d’être écouté par la police, grâce au service d’intercom, reliant la rédaction à l’imprimerie. Les questions venaient du chef de la rédaction, un gars plutôt fédéraste et très ami avec les policiers. 

Quand je suis sorti, je me suis immédiatement senti suivi.  Par hasard, dès que je changeais de rue, un peu plus loin, je pouvais voir passer une auto patrouille.  Il y en avait toujours une sur une des rues parallèles où je marchais.  J’étais certain d’être arrêté.  Mais, il ne s’est rien produit d’autre que l’avertissement de mon collègue sur les soupçons que la police avait à mon égard.  Quand je repense à tout ça, c’était une situation ridicule.  Réelle ou le fruit de mon imagination ? 

Tout ce que l’on pouvait me reprocher, c’était d’appuyer les buts du FLQ parce qu’il se battait pour les gens moins fortunés, épluchés par les gouvernements. Je me battais pour l’Estrie et je croyais dans ma mission. 

Je me rends compte en relisant Il était une fois dans les Cantons de l’Est ou Lettres aux gens de par chez-nous, que les médias d’information en temps de crise joue un rôle essentiel.  Ils peuvent manipuler l’opinion publique d’un bord ou de l’autre. 

Par ailleurs, j’ai de la difficulté à comprendre que la police défende les gouvernements qui nous exploitent.  Ce sont des gens comme nous, pourquoi choisissent-ils de protéger les exploitants? Juste parce qu’ils sont mieux payés par eux? 

C’est vrai qu’après l’élection du Parti Québécois je me suis senti protégé quand je manifestais seul contre les commissions fédérastes pour nous réintégrer dans le Canada. 

Ils surveillaient de loin le déroulement de mes manifestations.  J’étais toujours seul pour ne pas avoir à me reprocher d’avoir entraîné quelqu’un avec moi. 

Les policiers, s’ils avaient vraiment enquêté, ne pouvaient pas ne pas savoir que je me battais pour le bien des pauvres gens contre la pauvreté, donc, contre le mauvais sort que pouvaient même vivre plusieurs membres de leur propre famille. Mais, c’est la vie. 

 Je n’ai rien contre la police, au contraire, en combattant la violence, elle est un service essentiel.  Mais pourquoi ne nous protège-t-elle pas aussi contre les abus du pouvoir?

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