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Radioactif 338

avril 3, 2022

Radioactif  338

Texte de 2008

Rencontre avec Pierre Laporte.           

À la suite de la décision du gouvernement fédéral concernant l’aéroport international, je n’étais pas seulement aigri, j’étais devenu fanatique.  J’avais symboliquement acheté ma carte de membre dans le Parti Québécois comme je l’avais dit. 

Aux élections provinciales,  je fus assigné pour accompagner Pierre Laporte dans sa tournée électorale de l’Estrie. J’ai décidé d’afficher ma nouvelle adhérence politique en sa compagnie, en portant le bouton du Parti québécois. 

Bizarrement, habituellement, je revenais au journal avec mon photographe ; mais, cette fois, je ne sais pas pourquoi, je fis le voyage en compagnie de Laporte. 

Dans ses discours, Laporte disait que l’ambiance, entre autre à cause du FLQ, faisait fuir les investissements du Québec.  Seul, il me dit que ce n’était pas vrai, mais qu’il fallait faire de telles caricatures de la réalité pour que les gens soient capables de comprendre. Je trouvais ça une insulte à l’intelligence des gens du Québec. 

Puis, le soir, à une des rencontres à son programme, il me lança en m’apercevant : « tiens ! Voilà mon petit pédéraste !»  Et bourru comme un âne, je lui répondis : Un jour, au Québec, on sera plus fier d’être pédéraste que d’être fédéraste. 

Durant la soirée, il proclamait à qui voulait l’entendre qu’il n’avait pas peur du FLQ.  Cette rencontre m’est revenue en mémoire à la suite des événements d’octobre.

J’étais en maudit d’entendre Laporte parler ainsi ; mais je n’aurais jamais cru que quelques mois plus tard il serait tué dans des enlèvements.  Laporte mentait peut-être, mais il ne méritait pas ce sort, pas plus qu’aucun humain. 

Selon ce que j’avais entendu dire à cette époque, Laporte ce serait blessé lui-même en essayant de se jeter par une fenêtre.  On m’avait dit que les felquistes ne savaient plus quoi faire avec lui et pour lui donner une chance, ils auraient décidé de l’amener sur le terrain de l’armée à St-Hubert parce qu’il y avait là tout près l’hôpital militaire.  On l’aurait mis dans la valise de l’auto et après l’avoir laissé là, on aurait averti CKAC pour confirmer les informations.  Cependant, avec les mesures de guerre, on a refusé de diffuser l’information.  Sur place, plutôt que d’ouvrir le coffre, on aurait attendu à la demande du ministre de la Justice, Jean Chrétien, sous prétexte qu’on avait peur que l’auto soit bourrée d’explosifs.  Laporte qui y aurait été déposé vivant serait mort parce que les soins ont pris trop de temps.  On aurait même pensé tirer dans le coffre de l’auto pour s’assurer qu’il n’y avait pas de bombe. (Cela me semble invraisemblable, mais on a peut-être confondu ce bruit au téléphone à celui fait pour ouvrir le coffre)

Évidemment, c’est une autre version des faits.  Elle me semble quand même très plausible.  Vallières a toujours prétendu que la vérité n’était pas ce qu’on nous racontait.  D’une manière ou d’une autre, la mort de Laporte a aussi signifié la mort du FLQ.  Au Québec, autant de violence, ça ne passe pas. Et, c’est correct ainsi.  

Par ailleurs, les libéraux se sont conduit comme des salauds par la suite.  Ils accusaient le PQ d’avoir les mains tachées du sang de Laporte, même s’ils savaient, qu’il n’y avait aucun lien entre le PQ et le FLQ.   René Lévesque condamnait clairement la violence.

Pour les libéraux mentir, c’est juste normal, mais c’est peut-être le propre de tous les mouvements politiques.  

(On a essayé de faire croire à mes parents que j’étais mêlé à l’enlèvement et la mort de Laporte, mais je ne connaissais rien, ni personne du FLQ à cette époque. Tout ce que je savais, je l’apprenais dans les journaux. Pour moi, le FLQ, c’était comme Mandrin. Quelqu’un qui se battait pour les plus pauvres, pour le peuple. Je suis même allé faire un reportage sur la ferme du FLQ, à Ste-Anne-de-Larochelle et je n’ai appris que bien plus tard qu’il s’agissait d’un repère felquiste. J’avais trouvé bizarre de trouver des photos des felquistes recherchés sur une ferme de hippies, mais je n’en ai jamais parlé.)

Quand je suis retourné à l’université du Québec, à Montréal, j’ai fait un travail avec Paul Rose.  Nous n’avons jamais glissé un mot sur les événements d’octobre 1970.  Je n’avais jamais rencontré Rose auparavant et je dois dire que je l’ai trouvé très sympathique.   

Ce travail m’a fait découvrir que Castro a énormément amélioré le sort de son peuple, contrairement, à ce que nous disent les Américains qui continuent un blocus débile.

Si Chrétien a fait une bonne chose alors qu’il était au pouvoir : c’est d’avoir refusé de se mêler à la guerre en Irak.   Trudeau n’a fait qu’une seule bonne chose : il a toujours appuyé Castro.

Les événements d’octobre.

Voici comment j’ai présenté les événements d’octobre, dans mon livre Il était une fois dans les Cantons de l’Est ou Lettres aux gens de par chez-nous, aux Éditions Québécoises.

«Ces foutus d’événements, même si je suis bien d’accord avec les revendications, ont entraîné un paquet de répression.  Il y en avait bien eu avant puisque, par exemple, les politicailleurs avaient essayé de faire perdre la job au R. F. Bouffard, à East Angus, à la suite des élections.  Heureusement qu’il était aimé de la population, il a pu continuer son boulot, après des manifestations, début d’occupations, etc.  Mais là ça déborde.  Durant cette période, nous nous sommes fait saisir des tracts demandant aux gens de résister de façon pacifique à l’occupation du Québec par les forces armées étrangères du Canada, comme les tracts du groupe maoïstes, demandant d’appuyer le FLQ.  Ça n’a pas pris de temps, ils n’étaient même pas distribués qu’ils ont été en partie saisis. Par ailleurs, une douzaine de personnes ont été arrêtées dont Gaétan Dostie. On a voulu le faire passer pour un communiste parce qu’il avait un livre sur le sujet, mais il était signé de l’imprimatur de l’archevêque de Sherbrooke.  Leur affaire a donc échoué et ça nous a permis de rire de l’érudition des bœufs. »

D’autres bêtises.   

Toujours tiré de Il était une fois dans les Cantons de l’Est ou Lettres ouverts aux gens de par chez-nous, Éditions Québécoises, 1973.

«Les bœufs sont même allés plus loin. Ils sont complètement fous. À preuve : À ma suggestion, nous avons fait tirer une peinture de Réginald Dupuis, artiste-peintre de Sherbrooke, pour le mouvement de la Défense des prisonniers politiques.  Peu de temps après, son beau-frère (de Réginald Dupuis) était arrêté à l’usine où il travaillait à Montréal pour la vente de ces billets, illégale, disait-on, parce que pas conforme aux lois de la loto (comme les bingos d’ailleurs) et il a perdu son emploi.  Il y en a une maudite gagne qui ont fait de la prison, perdus leurs emplois pour des riens.  Que peut-il y avoir de dangereux dans une peinture ou encore dans les textes commémoratifs de la mort du poète Gaston Gouin?  La lucidité? À cette époque, les gens se sont aussi acharnés contre ceux qui ne partageaient pas l’opinion du gouvernement.  À East Angus un couple a dû quitter la ville puisqu’il ne cessait d’être persécuté pour leurs opinions politiques. C’est affreux tout ce que l’on a pu inventer pour faire du trouble à ceux qui ne partageaient pas les vues du führer Choquette et Cie.  Quant à moi, à vrai dire, je n’ai pas été tellement achalé.  Je crie fort, mais je ne fais jamais rien. Il ne serait pas surprenant qu’à un moment donné nous ne puissions même plus crier.»

65 ans.         

Eh oui ! J’ai 65 ans, aujourd’hui.  J’ai hâte de voir comment tout ça va finir.  Je suis dans le dernier quart de ma vie au gros max. 

La cour, le 5 février, y jouera certainement un grand rôle.  Je suis comme en 1970, en balance entre le  » peace and love » et la « révolution ». 

Quand je suis allé chez papa avec mon ami rosicrucien, Gilles, est venu au cimentière avec moi. Je voulais savoir qui était enterré, là où il y avait tant de neige.  Il me demanda de partir sous prétexte qu’il ne faut pas déranger les morts. Puis, il me demanda la mort de qui, papa ou mon chien, me ferait le plus mal.  Une seconde, j’ai pensé à Kiki que j’adorais.  Quand papa est décédé, je me suis senti affreusement coupable d’avoir eu ce sentiment comme si j’y pouvais quelque chose.  C’est comme s’il m’avait donné le choix et que j’aurais choisi le mauvais… puis, Gilles avait refusé la main de papa quand vint le tour de lui lire son avenir.  Gilles m’a fait une carte du ciel.  Il me prédit une mort atroce, dans la misère la plus profonde, l’indigence totale. 

Par contre, trois autres visionnaires me voient vivre une fin exceptionnelle.  La première : je deviens très riche à cause d’une histoire de mine d’or qui n’en est pas une.  La Thérèsa?  La deuxième, je deviens très riche grâce à la loto comme me l’avait promis mon ami Jean Ferguson avant de mourir… mais j’y ai déjà rêvé, donc ça n’arrivera pas.  Le troisième, je meurs sur une île, entouré de petits gars, et je reste connu très longtemps après ma mort, à cause de mes écrits sur la philosophie pédéraste.       

C’est une constante quand on me parle de mon avenir : je suis plus connu après qu’avant ma mort, je deviens même célèbre.  

Moi, j’aimerais juste demeurer dans un Québec libre et tolérant.  Je sais qu’être heureux veut dire, dans mon cas, être en amour avec un petit ou des petits gars. Je me souhaite ni rien de plus, ni rien de moins : l’amour.

2 avril 2022

( Je n’aurais jamais pensé qu’à 79 ans, je fêterais 10 années vécues avec Jacques, un gars de mon âge, et que le système m’aurait encore mis en prison pour une vieille affaire de plus de 20 ans.  On m’a alors promis qu’à ma mort on retiendrait seulement que je suis un salaud.

J’ai cessé de publier mes livres parce que je paye pour les faire  imprimer et qu’ils restent dans la chambre d’amis, empilés, parce que je ne sais même plus à qui les donner. Et, le pire c’est que je m’en fiche. Je sais qu’après la mort, il n’y plus rien. Le trou total. Si on m’oublie, je serai un des milliards d’humains qui ont connu ce même sort.)          

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