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Radioactif 325

mars 21, 2022

Radioactif 325

Texte de 2008

Raymond Garneau.         

J’étais peut-être devenu un peu trop fanatique.Par exemple, Raymond Garneau, le ministre des Finances, s’était rendu au Pub, rencontrer les gens de Sherbrooke.  J’ai refusé de lui donner la main parce qu’il représentait celui qui rejetait ou du moins ralentissait la réalisation de nos projets.  Il détenait la bourse. 

Comme il me connaissait, il fut étonné de ma réaction et me dit simplement qu’il m’avait connu dans des moments où j’étais plus gentil.  Effectivement, je crois que je venais de déborder émotivement mon rôle de journaliste. 

Plutôt que de simplement rapporter les faits, je prenais la cause du bien-être des gens en main. Si La Tribune était trop libérale pour que ce soit acceptable, j’étais trop Estrien pour être encore objectif.  Je voyais les revendications et je m’identifiais à ceux qui les revendiquaient. 

En fait, je surévaluais peut-être le pouvoir des manifestations et de la contestation par rapport aux résultats qu’auraient apporté de bonnes relations avec les autorités.  J’étais un petit Robin des bois délinquant.  Il a fallu 40 ans pour que la Transquébécoise soit terminée comme je le préconisais. J’aurais peut-être été plus efficace pour la région si j’avais été un peu moins revendicateur. 

J’étais le genre de journaliste qui croyait plus dans l’obligation à la vérité et aux résultats qu’à l’objectivité.  J’étais trop engagé et je croyais trop dans le quatrième pouvoir, celui de la presse.  J’en conviens. 

En ce sens, je ne devais pas être un cadeau à contrôler. 

Heureusement, cependant, je n’en ai jamais fait une affaire personnelle.  Je comprends mes anciens patrons, mais ça n’excuse pas qu’un journal soit pratiquement le porte-parole d’un parti politique.  Le journal se doit plutôt à ses lecteurs.  Je croyais dans la vocation de ce métier : défendre les intérêts du peuple et de la vérité.  J’étais un peu trop fanatique.   

J’ai connu le même désaccord avec Pierre Péladeau quand j’ai travaillé dans un de ses hebdos, à Port- Cartier.  Je prenais pour le monde et non pour le patron.  J’ignorais la consigne voulant qu’on n’attire pas les mouches avec du vinaigre. J’avais ma chronique Ti-casse-divague pour pratiquer mon humour.


En dehors du travail, j’étais un épicurien. Une doctrine qui place le plaisir au centre de ses valeurs.  Jouissons maintenant, on ne sait pas quand on mourra.  D’ailleurs, j’étais en amour avec un petit gars qui l’était autant que moi. Il venait me chercher au journal et ne repartait pas sans moi.  Les secrétaires étaient renversées d’apprendre qu’il vrai qu’un jeune peut désirer autant un vieux. 

Journaliste engagé.         

À mon avis, l’erreur que j’ai fait comme journaliste à cette époque fut de me mettre dans la peau de la population et de faire mien le besoin de sortir l’Estrie de son impasse économique alors que les représentants de la région n’étaient qu’un amas d’amorphes. 

Ils avaient tellement peur du politique, qu’ils pliaient l’échine à la moindre décision comme s’il était impossible de faire changer d’avis un gouvernement.  Contester, il ne connaissait pas ça, il faisait partie de ce pouvoir qui ne pense qu’à réglementer et gruger davantage ton portefeuille, même s’ils étaient les victimes.  Et, malgré ça, nous arrivions à obtenir que des projets prennent forme. 

C’est ainsi que Robert Bourassa a promis en campagne électorale de poursuivre la construction de la Transquébécoise et que Georges Vaillancourt, le député de Stanstead, a appuyé le projet de développement Sherbrooke-Magog-Orford.  Ça n’a pas tellement changé puisqu’il est évident plus que jamais que dans le cas du mont Orford, on n’a pas une vision régionale pour régler le problème.  

Il faut créer un territoire touristique qui dépasse les limites de la montagne et dure à l’année longue.  Il faut un lien entre le zoo de Granby, le Centre musical, les théâtres, Magog et Sherbrooke, un lien très rapide qui permet aux touristes d’évoluer autant sur le plan de la beauté de la nature de la région que de son développement culturel. 

Pour connaître l’Estrie, il faut développer des activités qui exigent que le touriste doive y venir souvent et longtemps.  C’est une industrie du sourire et de la gentillesse.  Le tourisme, c’est une atmosphère de plaisir à tous les niveaux. 

Je prenais ce développement trop à coeur.  Je devenais trop partisan, pour ne pas dire fanatique.  Je n’étais pas attaché à un parti politique, quoique j’aie acheté ma carte au Parti Québécois pour protester contre la décision du fédéral de créer Mirabel au lieu d’appuyer le projet de l’aéroport international de Drummondville. J’étais surtout un régionaliste. 

Dans mon évaluation de la solution, il devenait de plus en plus clair et impératif que le Québec devienne un pays, si on voulait s’en sortir ; mais dans ma tête, c’était encore assez vague.  L’indépendance servait à éliminer un palier de gouvernement ; aujourd’hui, je dirais un palier de voleurs légaux.

Bourassa à Asbestos.

La Tribune m’envoyait là où elle avait besoin d’un journaliste.  C’est ainsi que je me suis ramassé à Asbestos.  Cette ville minière est reconnue, depuis la fameuse grève de 1949, comme un endroit où le syndicalisme est très important. 

Quand j’y suis allé, on faisait face à la nécessité de construire un nouvel hôpital puisque l’ancien était condamné à tomber dans le trou de la mine.  Lors de la conférence de presse, Robert Bourassa, qui me connaissait bien, avançait ses solutions, tout en disant à ceux qui y assistaient : « C’est bien ça.  C’est bien ce que j’ai dit, n’est-ce pas, Jean? » J’étais un peu mal à l’aise, je penchais par nature davantage en faveur de la population.  Je doutais des promesses politiques d’autant plus que la réalisation de la Transquébécoise allait moins vite que je l’avais espéré quand Bourassa a accepté le projet. 

Aussi, dans le corridor, le président du syndicat qui marchait avec moi me demanda si je devais le croire.  Je lui fis remarquer que personnellement, je le trouvais pas mal menteur.  On toussa à côté de moi et un autre marcheur que je n’avais pas remarqué était nul autre que Robert Bourassa qui écoutait notre conversation. 

En privé, Bourassa m’offrit un retour en politique, n’importe quand, selon mon bon plaisir.  Je n’avais qu’à lui signifier. 

Bourassa fut toujours gentil avec moi ; mais il ne pensait probablement pas qu’un jour on serait complètement quasi ennemi et que je lui dirais qu’il n’était qu’un maudit menteur.  J’admets que non seulement c’était polisson, mais ça ne donnait rien.  En devenant ennemi avec Bourassa que j’avais connu et admiré, je perdais toute crédibilité comme journaliste impartial. 

Que voulez-vous, on est des êtres émotifs, parfois trop?  Le journal ne me laissait plus couvrir les conférences de presse parce que j’étais trop politisé alors j’étais rendu du côté des manifestants.  En groupe, j’étais encore plus fanatique. On veut devenir objet d’admiration, faute d’avoir un pouvoir réel. 

Si Robert Bourassa avait fait un référendum sur l’indépendance immédiatement après le lac Meech, je l’aurais appuyé à 100 pour cent ; mais il a préféré négocier l’entente inacceptable de Charlottetown.  Trop peu, trop tard, disait-on. Mais, on a jamais eu le courage d’appliquer l’unique solution qui nous reste : créer un pays.   

Le français est la principale raison d’exister du Québec. Il sera très bientôt trop tard.

 
Manif contre Bishop.       

Peu de temps après mon arrivée à la Tribune, un autre sujet que l’économie prenait de plus en plus de place : le français. 

À Sherbrooke, on entendait peu parler de l’assimilation et de la résistance à apprendre le français. Ça semblait un problème propre à Montréal.  Pourtant, ce qui se passait dans la métropole avait aussi des incidences sur nous. 

J’avais appris, comme tout le monde, qu’il y avait un mouvement terroriste à Montréal, le FLQ ; mais ça ne m’intéressait pas particulièrement.  Je faisais comme tous les autres lecteurs : je lisais le titre et parfois quelques paragraphes.  Je n’y connaissais rien, sauf qu’avec le projet de l’aéroport international, c’était évident que nous, du Québec, nous n’étions rien dans la pensée fédérale. 

Le problème de la langue, lui, était contagieux parce qu’il faisait ressortir que nous sommes des colonisés.  Il faisait appel à notre sensibilité.  Il nous atteignait directement.  Par exemple, j’ai été mandaté de couvrir une manifestation pour un Bishop français.  Bishop, c’était l’université anglophone, à Lennoxville. 

À vrai dire, je trouvais ça un peu ridicule, car je ne voyais pas ce que l’existence d’une université anglaise chez-nous apportait de problème.  Nous avions une université française à Sherbrooke et je travaillais avec Antoine Naaman, à faire la promotion d’un projet de faire de Sherbrooke, le centre international de la littérature francophone, le CELEF, à Sherbrooke. 

Comme d’habitude les dirigeants de la Tribune ont demandé que je fasse le travail au sein des manifestants.  Au début, tout était calme, mais soudain, les anglophones choqués ou apeurés ont commencé à nous tirer des balles de neige, à nous bousculer et certains se présentèrent aux fenêtres, les fusils à la main.  J’ai trouvé que «nos anglais» en mettaient pas mal. 

D’autre part, pour la première fois, je me sentais solidaire de ceux qui manifestaient pour le fait français.  Une nouvelle vocation.  Ce fut un bain presqu’une noyade de patriotisme. 

Je venais de découvrir que nous, les francophones, nous étions exploités chez-nous non seulement sur un plan économique, mais pire, dans notre identité.  Je venais d’ajouter un élément à la perception que l’on avait de nous, le petit peuple. 

Par contre, je rejetais toute la philosophie voulant que nous ne sachions pas parler notre français.  Je percevais ça comme un autre moyen bourgeois de nous humilier. Le joual est une langue juste un peu plus régionale.  Il n’y a pas qu’à Paris qu’on sache parler français, mais on est juste un peu moins snob.

Les partis politiques.       

Donc, la manifestation pour la francisation de l’université Bishop, à Lennoxville m’a, à ma grande surprise, sensibilisé sur notre situation de majoritaire qui se comporte en minoritaire à travers les partis politiques fédérastes. 

Quarante ans plus tard, ça n’a pas changé : le Parti libéral est toujours celui des fédérastes, des Canadiens dominants et de la finance.  L’Union nationale est disparue parce qu’elle jouait aux nationalistes québécois et fut remplacée d’abord par le Parti québécois, puis, est apparue l’Action démocratique, fidèle à l’Église, mais issue du Parti libéral.  Des libéraux de droite.  Rien de plus.   

Qu’y a-t-il de changé ?  Rien de fondamental.  Le Parti libéral est toujours un parti fédéraliste qui tente de nous faire croire que nous sommes mieux à l’intérieur du Canada alors que le Parti québécois est un parti plus associationiste qu’indépendantiste pour des raisons évidentes : c’est le seul moyen non-violent de marcher vers la construction d’un pays, le Québec. 

Par ailleurs, la venue de l’Action démocratique est simplement l’apparition d’une droite à l’intérieur du Parti libéral, la girouette sur le plan constitutionnel.  Les positions de Mario Dumont nous forcent d’admettre que son parti est dorénavant carrément fédéraliste. Son vrai visage est vite identifiable sur l’échiquier politique à cause des positions de Mario Dumont sur tout ce que préconise Mme Pauline Marois. 

C’est comme la prétendue ouverture du Nouveau parti démocratique envers le Québec.  Nous savons tous maintenant, comme je l’avais dit dans les années 1970, que le Nouveau parti démocratique est essentiellement fédéraliste, même opposé à une vraie confédération canadienne.  Le NPD est contre l’indépendance du Québec, c’est devenu clair.  QS est pareil.

D’autre part, les fédéralistes d’extrême droite se servent du féminisme pour essayer d’augmenter le nombre de votes fédéralistes chez les femmes.  D’autant plus que les femmes sont de plus en plus la vraie majorité numérique. 

 Avec la création de petits partis politiques féministes, la récupération sera facile pour les libéraux qui multiplient les baisers à la cause féministe que l’on identifie à une lutte contre la liberté sexuelle.  On ne divise pas la gauche, il n’y a jamais eu de gauche et de droite au Québec. Il y a les conservateurs (religieux) et les progressistes.

Ainsi, le Québec se retrouve dans une bien drôle de situation politique.  On essaie de faire croire qu’il faut diriger le Québec, sans se mêler de la guerre fédéraliste-indépendantiste, comme si on pouvait éliminer ce débat. 

Jamais, avec Stephen Harper, comme premier ministre, le Québec a été aussi prisonnier des politiques d’extrême droite américaine.  Nous sommes en guerre en Afghanistan parce que nous sommes Canadiens.

Un Québec indépendant serait neutre et contre cette forme de guerre qui protège les intérêts des pétrolières, des religions, des Seigneurs de la guerre, de la drogue, etc.  Mais elle fait ressortir une nouvelle fois la bravoure des nôtres.    

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