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Radioactif 316

mars 12, 2022

Radioactif 316

Textes 2008

Ouverture d’esprit.           

La création d’un gouvernement régional me semblait la première réponse à apporter à nos problèmes parce que nous avions besoin de solidarité.  Au Québec, on ne nous a pas appris à se parler, à se dire les vrais choses, à avoir des idées différentes et de pouvoir les exprimer sans se cogner sur la gueule. 

C’est comme la poésie, voire même la littérature : il ne faut pas parler de politique, de sexe, de religion, de peur de froisser une oreille dans le détour, donc, il ne reste rien d’essentiel à dire.  Disons, qu’on manquait d’ouverture d’esprit. 

Je croyais que la littérature est un échange. La censure est maintenant cent fois pire, qu’il y a plus de 40 ans. 

À cette époque, tout était géré par l’Église à travers les commandements de Dieu et de l’Église, supervisés par la confession.  Il ne fallait pas être gai alors imaginez être pédéraste.  C’était la fin du monde et pourtant j’arrivais à vivre mes passions, en plein bonheur avec la complicité des femmes qui prenaient le temps de me connaître et qui savaient que je n’étais pas dangereux pour leurs garçons.  Elles se contentaient de dire qu’elles auraient bien aimé avoir un gars qui les auraient autant aimées que j’aime les petits gars. 

Mais, dès que je travaillais, la tâche principale était mon travail. 

La sexualité, c’était le fruit du hasard.  Rare, rare, mais très intense.  Il fallait m’avoir lu pour savoir que je suis pédéraste, car je ne suis définitivement pas efféminé.  Avec la poésie, c’était mon secret que je livrais sur la place publique parce que je voulais changer le monde à ma manière : pouvoir «se» vivre comme on est, en autant qu’il n’y ait pas de violence et une pleine liberté, deux éléments strictement essentiels pour une jouissance spirituelle ou physique de la pédérastie.   

Par contre, la honte qu’on a créée autour de la pédérastie rend plus difficile de le dire à son entourage, car peu sont assez ouverts pour l’entendre.  Dire que t’es pédéraste, c’est te condamner à ne plus pouvoir travailler, là, où il y a de jeunes garçons… et des jeunes, il y en a partout.  Pourtant, c’est la pédérastie qui nous rend capable de les comprendre mieux que les autres.


Réjean: amour connu.    

Quand je suis tombé en amour avec Réjean, je me suis assuré pour être certain que je sois toujours bien correct avec lui,  que nos lettres passeraient d’abord entre les mains de Mme G.  Ainsi, il était évident que si je devenais trop hardi, elle interviendrait pour s’assurer que le petit soit bien dans sa peau et sur la même longueur d’ondes que moi.  C’est rarissime, exceptionnel, de rencontrer quelqu’un d’aussi profondément chrétien en qui on peut avoir une totale confiance. 

Je savais qu’elle l’aimait beaucoup et qu’elle n’aurait jamais toléré que je lui fasse le moindre mal. En servant d’intermédiaire, elle pouvait ainsi s’assurer que notre relation ne lui nuisait pas, mais au contraire, l’aiderait à mieux s’accepter.   J’avais même un couple-ami, hétéro et nouvellement marié, qui m’amenait avec eux de Sherbrooke à Québec. 

Un jour, ils ont commencé à me dire que j’étais trop heureux, trop languissant de me rendre à Québec pour que ce besoin existe sans que je sois follement amoureux.  Je leur parlai de Réjean. Ce fut d’abord un choc ; mais me connaissant bien, ils ne se sont pas scandalisés de la situation.  Ils étaient contents eux aussi, autant pour le petit que pour moi, disaient-ils. 

Comme tous les pédérastes, je suis très papa gâteau quand je le peux ; mais je suis surtout fou d’amour, ce que bien des jeunes ont besoin.  Leur présence est tout : un échange d’énergies.  Une osmose.  Si tout baigne dans l’amour et dans le respect mutuel, le jeune ne peut qu’en sortir grandi.  Par contre, puisque je savais possible que cette rencontre conduise à un rapport vraiment génital, je voulais m’assurer que je ne profiterais pas de la situation. 

Le mieux pour les jeunes, c’est de pouvoir directement en parler, car ainsi s’il arrive quelque chose qui ne leur plaît pas, qui ne les aide pas, ils peuvent eux aussi le dire, sans danger que tous les adultes deviennent fous. 

Notre société n’a pas encore une vision aussi pure de la sexualité : on s’imagine que la pureté c’est la chasteté ou le jansénisme. 

Je préfère ma notion de conscience personnelle.  Ainsi, c’est le jeune lui-même qui décide s’il aime ça ou pas ; s’il se sent bien dans cette forme de relation ou non.   S’il veut continuer de me voir ou non.  À vrai dire, ça ne regarde que lui.  S’il croit s’en sortir amoindri, il doit mettre fin à la relation par respect envers lui-même.  On n’est pas totalement responsable de son éducation et de ses scrupules.  Il faut apprendre à assumer autant ses scrupules que son ouverture d’esprit.  On est responsable de notre bonheur

Le but de la vie est que l’ensemble de sa vie soit assez satisfaisant pour être content de l’expérience terrestre. 

Le mal, c’est de juger les autres.  Les jeunes souffrent beaucoup plus d’une société trop scrupuleuse que d’un monde tolérant. 


Réjean.

Le sourire de Réjean m’a littéralement fait exploser.  Il avait une façon hallucinante de me regarder avec des petits yeux, à la fois espiègles, moqueurs et gênés.  Sa voix a fini par m’aimanter à lui.  Après Patrice et Daniel, c’était à nouveau le grand amour parce qu’il pouvait durer. 

Une différence existait pourtant.  Cette fois, tous ceux qui m’entouraient ne le devinaient pas, mais le savaient clairement et s’en réjouissaient.  Réjean avait besoin d’un copain plus vieux pour redorer sa confiance en lui, de se sentir aimé par un mâle, pour lui indiquer des moyens d’être heureux. Il avait un besoin urgent de sortir de sa solitude. 

J’avais peur de mon attrait sexuel voir génital envers lui.  Aurais-je la force de me retenir?  J’avais encore peur qu’une aventure génitale tue l’amour, qui est davantage sexuel. 

Je craignais qu’à force de subir des refus ou de m’imposer la continence, je puisse utiliser ma force ou d’autres moyens pour venir à bout de sa petite chasteté.  Je n’avais pas tellement confiance en moi.  J’aurais viré le monde à l’envers pour lui.  Je ne voulais prendre aucune chance et le froisser sans m’en rendre compte, en étant trop rapide. Ma peur de le rendre malheureux me rendait malade. 

J’étais encore, suite à mes premières expériences, très scrupuleux quant à l’effet de mon amour sur son bonheur.   L’amour est d’abord la beauté d’un petit corps, jeune et beau, qui nous attire, mais pour évoluer, il faut se dépasser et filer vers des sentiments plus profonds, plus responsables. 

L’avenir de cet enfant m’apparaissait comme capital et je m’efforçais de l’aider dans son développement.  C’est pourquoi je n’arrive pas à comprendre pourquoi on ment autant concernant cette forme d’amour extrême et très rare. 

Pourquoi préfère-t-on un puritanisme qui conduit à la violence, plutôt qu’à l’amour, aussi impur soit-il, s’il n’est pas violent?  Il a sa forme, son degré de pureté ? Chacun sa morale…             

Les scrupuleuses (eux). 

Cette expérience de liberté m’a permis de voir la différence entre un état de liberté et celui de répression.   Je crois que les gens scrupuleux ne sont pas seulement les plus cochons de notre société, mais aussi ceux qui ont l’esprit le plus tordu. 

Quand Dieu nous a créés, s’il l’a fait, il ne nous a pas habillés pour naître, au contraire, nous naissons tous nus.  Le premier péché fut Lucifer qui refusa de se prosterner devant la nouvelle créature de Dieu : l’homme. Un refus de la liberté. Si nous nous habillons, c’est parce qu’il fait froid, pour se protéger des blessures.  Aussi, dès notre enfance, on nous apprend une certaine pudeur qui est acceptable, mais qui repose sur rien, rien qui puisse la justifier. 

La tradition.  C’était de même hier, c’est ainsi aujourd’hui, ce sera pareil demain.  Pas fort.  Cependant, les scrupuleuses (eux), elles, voient de la saleté, du mal dans le fait d’être nu – pour elles, tout est pornographique – comme si nos corps étaient quelque chose dont on devrait toujours avoir honte. La honte est au centre de leur phobie antisexuelle.   Il ne faut pas voir de beaux jeunes corps qui nous rappellent notre laideur. 

À l’époque de la reine Victoria d’Angleterre, les médecins avaient même inventé une tôlée de médicaments pour calmer entre autres, les érections chez les petits gars.  Une érection, c’est pourtant ce qu’il y a de plus normal et naturel.

Que dire des découvertes de Freud où la majorité des cas de névroses ou d’hystérie venaient des femmes qui réprimaient leur nature réelle, c’est-à-dire leur sexualité?   Selon toutes les religions, les femmes ont toujours été le mal incarné ou la projection de vieux frustrés qui déterminaient ce qu’il faut croire.  Les religions sont toutes misogynes. 

Pourtant, quand on se bat pour décriminaliser la sexualité, pour obtenir une égalité entre les hommes et les femmes qui dépassent un simple geste de parité mathématique, ce sont elles, les premières qui montent aux barricades et qui organisent des mouvements pour la chasteté ou contre la pornographie.  Serait-ce qu’elles aiment ce rôle traditionnel de pécheresse ? 

Quant à moi, comme je l’ai écrit, je préfère être névrosé à être psychosé. 

Cette situation m’a aussi fait prendre conscience que cette liberté sexuelle exige une très grande responsabilité. 

L’adulte ne vit pas nécessairement une période d’abstinence sexuelle simplement pour gagner la confiance du petit ; mais parce qu’il faut créer une relation d’égalité absolue pour ne pas risquer que le jeune soit traumatisé ou indisposé par une relation sexuelle non consentie.  Il doit la désirer autant que son partenaire adulte. Habituellement, ces contacts sont très rares puisque les jeunes vivent leurs expériences entre jeunes. Ce qui est très bien.

La pédérastie, c’est vibrer au même diapason que le jeune d’où cette possibilité d’échanges qui devient pratiquement une osmose, à travers la complicité.

En la judiciarisant, tu mets le jeune dans une situation émotive qui ne peut que le traumatiser.  Voir des adultes venir fous autour de toi pour une relation sexuelle génitale avec une personne adulte, c’est assez pour croire que t’as commis le crime du siècle

Le bien des enfants est-il plus important qu’une morale bourgeoise ?

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