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Radioactif 315

mars 11, 2022

Radioactif 315

Tous des pédérastes ?

Je connaissais et admirais le ministre Gérard Pelletier.  C’était un journaliste très articulé.  Quant à Trudeau, comme ministre de la Justice, il avait réussi un exploit : faire admettre que la police n’a pas à se mettre le nez dans les chambres à coucher. 

Ça justifiait l’opposition de mon père à cet individu jugé trop favorable aux homosexuels.  D’ailleurs, même s’il aimait bien l’écrivain Jacques Hébert, papa était persuadé que les «deux nigauds en Chine» étaient plus un couple gai que de simples amis. 

Il faut dire qu’à cette époque tout le monde un peu spécial passait pour gai.  Ce n’était pas encore à la mode, mais on commençait à s’apercevoir que l’homosexualité existait. On prétendait que Jacques Hébert, Pierre Trudeau et Robert Bourassa étaient pédérastes comme moi. C’étaient des rumeurs connues et entretenues, je ne sais trop par qui et pourquoi. 

Je n’ai jamais eu de relations  suivies ou intimes avec les politiciens de l’époque. Je les voyais souvent à cause de ma fonction de journaliste, mais là s’arrêtait notre intimité.

Je connaissais Jacques Hébert comme auteur de J’accuse les assassins de Coffin et d’un livre sur la prison de Bordeaux.   Quant à Trudeau, je trouvais ça intéressant qu’il soit gai et qu’il ait eu le courage de faire face à l’étroitesse d’esprit qui dominait chez les Québécois religieux.

  Quant à Marchand, je m’étais engueulé avec lui, à Victoriaville, alors qu’il était président de la CSN.  Je le trouvais pédant. Il riait de l’ignorance des travailleurs qui payaient pourtant son salaire. 

J’avais pris l’habitude de passer aussi mon point de vue dans mes questions.  C’est ainsi que j’avais aussi eu maille à partir avec Jean Lesage parce qu’il ne s’intéressait pas assez au sort des pauvres habitants de la Beauce qui avaient dû subir le gros show du barrage Gayhurst.  L’élimination du barrage leur coûtait plus d’un million en prévention.

C’était sûrement baveux d’engueuler ainsi le premier ministre comme s’il était un chauffeur de taxi ; mais dans ma conception, tous les hommes sont égaux, ce qui valait aussi pour les politiciens. 

C’est un peu dans ce contexte que se déroulait la campagne pour obtenir la construction de l’aéroport international de Drummondville.  Fallait-il leur faire confiance ? Il disait une chose un jour et le contraire le mois suivant. 

On n’aimait pas que j’organise des dossiers de recherche avant de les interroger, car je les mettais en contradiction avec leur propre déclaration antérieure. On prétendait ainsi que je faisais de l’éditorialisme au lieu de la nouvelle.

Le French Power. 

J’avais d’abord entendu parler, au moment où j’étais dans le parti libéral, de l’arrivée du French Power.  Les « trois moineaux » qui se prenaient pour des «colombes» (Pierre E. Trudeau, Gérard Pelletier et Jean Marchand).   Ils devaient, à eux seuls, virer Ottawa bout pour bout, afin que le Québec ait une meilleure part du gros gâteau fédéraste.  

Dans le temps, je trouvais l’idée fort intéressante.   Un cheval de Troie à Ottawa. Why not?  J’étais, à cette époque, presqu’aussi naïf que les adéquistes qui s’imaginent qu’Ottawa va tout nous donner en cadeaux sans avoir reçu auparavant quelques bons coups de pied au derrière ; sauf que je n’étais pas comme eux, du genre à me présenter le cul pour les inviter à fesser les premiers. 

Je venais d’abandonner la politique et à mon sens c’était pour l’éternité.  Mon expérience m’avait déjà confirmé une des façons que mon père avait de concevoir la politique.  « En politique, disait-il, mets tous les politiciens, quel que soit le parti, dans un même sac, quand tu mettras la main dedans et tu la ressortiras pleine de merde». 

Par contre, j’étais comme Dominique Michèle : je me replongeais toujours à contre-courant des bye bye politiques.  « Tenais-je » ça de mes bonnes résolutions quant à mes goûts sexuels ?  Je ne sais pas, mais «tenais-je» ça frappe comme sonorité. 

Je savais m’amuser de tout, même du son des rumeurs.  La vie n’est-elle pas une immense pièce de théâtre?  Une interminable comédie?  Comme la neige a neigé, quand je suis redevenu journaliste, je mangeais à tous les jours un banc d’informations et je savais que dans nos pauvres vies tout est politique…tout, tout, tout !

La propagande.    

La lutte pour créer un gouvernement régional m’avait mis en contact avec presque toutes les autorités de la région et faisait son petit bonhomme de chemin. Donc, quand je suis revenu à Sherbrooke, je me suis servi de mes contacts pour prôner le projet d’aéroport international à Drummondville. 

De plus en plus de municipalités faisaient parvenir leur appui au gouvernement fédéral.  Le projet était superbement ficelé.  Aucune objection majeure ne pouvait être apportée et retenue.  On avait même pensé à la valeur des fermes qui seraient touchées.  Quant aux transports, on avait imaginé un train à haute vitesse et des avions qu’on appelait des «short land take off», à décalage vertical, ce qui compensait pour la distance avec le centre de Montréal où l’on aménagerait un site d’atterrissage spécialement pour ces avions. 

L’aéroport pressenti avait un avantage extraordinaire : il était situé en plein cœur du Québec.  On pouvait y desservir autant la capitale, Québec que la métropole, Montréal.  Et, c’était évidemment, un développement extraordinaire pour tout le Québec. 

Avec un tel outil, on pouvait rêver à tous les développements économiques possibles.  Aussi, quant à la distance, tous les nouveaux aéroports construits dans le monde tentent de s’éloigner des centres trop populeux. 

Grâce au journal, il a fallu peu de temps pour que le projet soit pris au sérieux, sauf à Ottawa. 

Aussi, j’ai écrit « mon petit mémoire » pour appuyer cet emplacement ; mais comment le remettre?

Par hasard, Pierre Trudeau, premier ministre du Canada, participerait au Carnaval de Québec.  Quelle occasion, même si on craignait que ça brasse un peu.  J’ai obtenu le feu vert du journal pour y aller. 

Jean Marchand.

Je me suis fait parvenir une passe comme journaliste pour assister aux différents événements du Carnaval de Québec puisque j’avais eu l’approbation du grand patron, M. Yvon Dubé qui résumait l’affaire ainsi : « Le pire qui puisse arriver, c’est que tu ne parviennes pas à faire une entrevue. « 

Je m’y suis rendu avec le petit mémoire que j’avais écrit sur l’aéroport au cas où. 

À mon arrivée, on me remit ma passe et au lieu d’être avec les journalistes je me suis ramassé en plein cœur de la cérémonie pour souhaiter la bienvenue à Pierre-E. Trudeau, premier ministre du Canada. 

Je n’ai jamais compris pourquoi, ni comment.  J’en ai donc profité pour remettre une copie de mon mémoire à Jean Marchand, qui était alors ministre du Développement et responsable du Québec, je crois.  Il reçut l’enveloppe dans laquelle se trouvait le texte ; il la soupesa, la tâtonna entre ses doigts, en disant qu’il espérait que ce ne soit pas une bombe.  Je l’ai vraiment pris pour un paranoïaque et un imbécile, avec son petit sourire en coin, comme la «guidoune-éponge» que j’ai toujours vu en lui.  Je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai jamais ressenti le moindre respect pour ce minable qui se prenait pour un autre.  

Puis, je m’avançai vers Trudeau et je lui remis l’enveloppe.  Ça semblait l’amuser.  Il me dit, en parlant du nez comme d’habitude, quelque chose comme : « Vous ne voulez quand même pas que je le lise ça dès maintenant?  Qu’est-ce que c’est?  Une thèse faite à la Platon?»  Il me regardait avec un grand sourire et des yeux étincelants.  Je n’avais encore aucune raison d’en vouloir à Trudeau, au contraire, je l’admirais.  Était-il vraiment l‘Homme qui devait planter le fédéral au nom du Québec ?

Je suis ressorti de cette assemblée complètement bouleversé.  Je ne me serais jamais attendu à ce qu’il soit aussi facile d’entrer en communication avec lui, car on était en pleine trudeaumanie.  Je me rappelais surtout son «Je le lirai.» Je dois avouer que j’étais charmé parce que j’admirais son sang-froid.  

À son élection, il s’est présenté comme invité à la fête de la Saint-Jean, à Montréal, alors que personne ne voulait de lui parce qu’il représentait le fédéral.  Alors que tout le monde courait pour échapper aux projectiles, lui, il s’entêtait à rester là, ce qui fit dire à mon père qui ne l’aimait vraiment pas : « Il vient de se faire élire. » Ce qui était arrivé.  Trudeau passait aussi pour un grand intellectuel, ce qui donnait encore plus de brillant à son allusion à Platon.  J’étais dans les vaps.

J’ai rencontré une journaliste qui voulait que j’assiste à la parade du carnaval avec elle, ce à quoi je lui répondis que je ne pouvais pas puisque j’avais un fils et que je ne voulais pas qu’il se ramasse dans une émeute.  Je n’étais quand même pas pour lui avouer que j’avais un petit amant à Québec.  Un jeune que j’adorais à la suite d’un vrai coup de foudre. J’étais tombé en amour avec Réjean dès que je l’ai vu.

Cependant, nous avons convenu de nous rendre au bal de la reine du carnaval qui se déroulait au Château Frontenac.  Le soir, quand j’y suis arrivé, nous nous sommes placés de façon à ce que le cortège passe devant nous, très près, car l’autre journaliste voulait le voir de près.  Ce qui s’avéra une bonne décision.  Quand Trudeau passa, je lui demandai s’il avait eu le temps de jeter un coup d’œil sur mon mémoire.  Il passa, me sourit et continua son chemin, après hésitation.  Je ne pouvais pas me contenter d’une telle réponse. 

Aussi, je suis parti à la course, j’enjambai les marches de l’escalier menant à la salle de bal, du côté droit alors que le cortège s’amenait par la gauche.

À peine rendu en haut, le cortège entrait dans la salle de bal.  Je regardai Trudeau avec un grand « puis», collé au visage.  Le premier ministre continua son chemin, puis, laissa la reine et vint me trouver en me répétant : « Je vais le lire votre mémoire.  Je vais le lire. »

J’étais tellement content que je lui ai flanqué une bonne claque sur l’épaule, comme on fait souvent quand on est très content.  Il sourit, se tourna et alla retrouver la reine qu’il avait abandonnée en cours de route. 

Les policiers arrivèrent à la course, complètement fous, en beau maudit de ce qui venait de se passer.  « Es-tu malade? On aurait pu te tuer. On aurait pu croire dans un attentat. ». C’est un fait.  On craignait beaucoup de grabuge cette fin de semaine-là à cause de sa présence. 

Trudeau était un baveux né. Mais, j’étais trop heureux pour contrôler ma joie de le voir volontairement quitter la reine et le protocole pour venir me répondre.  J’étais carrément fou de joie. 

Je suis immédiatement après rentré à la maison où Réjean m’attendait.  Une soirée au paradis. Une chose comme ça, n’arrive qu’une fois dans sa vie…

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