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Radioactif 291

février 15, 2022

Radioactif 291

15 décembre 2007 
Émile Simoneau, mon père.

C’est comme le rapport avec mes parents.  Je les ai toujours aimés. J’ai eu les meilleurs parents du monde, même s’ils avaient leurs petits défauts. 

À l’adolescence, je ne fus pas le meilleur fiston  Je croyais que mes parents me devaient tout et que je ne leur devais rien.  « C’est vous qui m’avez fait, je ne vous l’avais pas demandé », pensais-je stupidement.

Sauf, que je n’avais rien à leur reprocher.  J’ai eu un peu maille à partir avec mon père à cause de ma pédérastie, mais je lui reprochais surtout de ne pas nous parler assez à mon goût. 

Quand j’étais à Québec, il me paya le voyage à Barnston parce qu’il s’ennuyait.  Je lui avais envoyé une lettre dans laquelle je me vidais le cœur.  À la maison, il me dit qu’à la prochaine missive du genre, il me ferait interner.  Je répliquai par un  pari : je lui ai dit de demander à tous, s’ils partageaient mon reproche à l’effet qu’il ne nous parlait pas assez de ses problèmes; ce qui créait entre nous un fossé, un espace inutile. 

Papa était comme ça, il pensait qu’on était trop jeunes pour comprendre.  Quand la discussion eut lieu à l’échelle familiale, il dut reconnaître que je n’étais pas le seul à avoir cette idée.  Il nous prenait encore pour des enfants. 

La situation changea complètement et nous devînmes de plus en plus amis.  Nous étions bien plus près l’un de l’autre qu’on voulait bien se l’avouer. 

Je travaillais à écrire mon livre sur le problème du logement  Avant de se retrouver tout nu dans la rue ou le problème du logement, publié chez Parti Pris quand mon père est décédé d’une crise cardiaque à 67 ans.  Ce fut le choc des chocs. 

À partir de cette expérience, si j’avais un message à dire aux jeunes, ce serait de ne pas perdre de temps et d’affirmer leur amour à leurs parents, pendant qu’il en est encore temps.  

S’ils sont sévères, c’est parce qu’ils nous aiment pas mais parce qu’ils ne veulent pas que nous ayons des problèmes.  Avec l’âge, on apprend à faire la part des choses.


15 décembre 2007 
Un choix personnel.

Quand le Parti québécois a pris le pouvoir, j’ai téléphoné à la maison, persuadé que j’étais seul à avoir fait ce choix.  Il n’y avait pas de réponse.  Je me suis informé et j’ai appris que toute ma famille s’était rendue chez ma sœur cadette, Henriette, pour y célébrer la victoire du PQ. Je suis pratiquement tombé en bas de ma chaise quand je l’ai appris.          

Même s’il ne me parlait pas beaucoup, je savais que mon père avait été très fier de moi du fait que j’ai été journaliste, mais il ne voulait pas l’avouer pour ne pas m’enfler la tête. Je l’ai même entendu le dire alors qu’il ne savait pas que j’étais près de lui. 

Son seul commentaire quand il apprit que je faisais de la prison pour ma pédérastie fut : « Dommage !  Il était tellement intelligent ». 

« Quoiqu’en aient pensé les psychologues, je suis convaincu que je n’aurais jamais pu avoir de meilleurs parents.  Je n’étais pas masochiste, j’étais fanatiquement tranchant quand il s’agissait de juger la société, comme je l’étais probablement à mon égard. 

Quand je suis entré dedans (en prison), je croyais sincèrement que je méritais le sort que j’avais.  Je sais fort bien que la société n’accepte pas la pédérastie, qu’elle tremble juste à y penser, à un point tel que face à ce problème, elle est complètement fasciste. 

On se croirait encore à l’époque où les gens savouraient le spectacle du feu dévorant les prétendus sorciers.  On a techniquement évolué, mais on est demeuré stagnant quant à l’évolution de notre émotivité et de notre morale collective.  

Je n’étais pas plus indulgent envers moi-même qu’envers la société. Je me condamnais sans réfléchir.  Je croyais avoir mérité mon sort.  J’étais loin de penser que ce jugement social est de l’ignorance pure. 

Je suis pédéraste et je l’assume.  Je m’aime,  même comme ça.

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