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Radioactif 279

février 3, 2022

Radioactif 279

05 décembre 2007 
French Power.       

En 1968, quand je suis arrivé à Sherbrooke, je venais de « devoir» démissionner de la présidence des jeunes libéraux de Limoilou parce que j’avais appuyé René Lévesque  dans sa démarche au congrès du parti libéral. J’étais encore, comme tout le monde, un bon fédéraste, mais je n’acceptais pas que le Québec soit privé de ses droits. 

J’avais décidé que pour moi l’aventure politique venait de prendre fin définitivement et éternellement.  J’étais assez naïf pour croire que le French Power des Pet Trudeau, Jean Marchand et Gérard Pelletier (que je vénérais comme journaliste quand il passait à la télévision) était une idée géniale : investir le fédéral et redonner une place aux francophones au sein du Canada.

Il arrivait assez souvent que des chefs d’entreprises nous critiquent et prétendent que nous étions une bande de niais.       


05 décembre 2007 
Mon auto.    

La chose la plus nouvelle pour moi comme journaliste à la Tribune fut que je sois assigné à la couverture des événements régionaux. 

Pour ce faire, on me remit une voiture automobile pour parcourir la région à la recherche de nouvelles.  J’étais un chauffeur affreux.  Au début, je me suis fait arrêter parce que je ne roulais pas assez vite. Ça n’a pas duré longtemps, je me suis bien repris après.  Il fallait bien que je m’adapte, la voiture était plus grosse que la volks de l’Aiglon (journal pour lequel je travaillais à Lac- Etchemin). Il fallait avoir des nerfs d’acier pour venir comme passager quand je conduisais. 

Il m’arrivait d’oublier que je conduisais quand je partais dans mes grandes réflexions pour préparer des reportages ou écrire des poèmes

Je me suis toujours pris pour un autre : un grand besoin de revalorisation.

C’est ce qui arrive à ceux qui ont de sévères complexes d’infériorité.  Même si j’ai toujours agi comme si j’étais un grand personnage, j’ai toujours cru que je suis un peu lent à comprendre alors que les autres sont beaucoup plus intelligents.  

Mais, il ne fallait pas que ça paraisse comme ma pédérastie.  Un secret qui finit par te faire éclater comme un ballon d’hélium… juste une question de température.

05 décembre 2007 
Le Dr Jacques Ferron.

    Le Dr Jacques Ferron, écrivain, est la seule personne que je connaisse qui conduisait aussi mal que moi.  Je suis presque mort de peur quand nous sommes descendus ensemble de Montréal à Sherbrooke, dans le cadre de ma campagne rhinocéros. Il se tournait et me regardait droit dans les yeux quand on discutait.  Je lui avais avoué être pédéraste, au cas où ça deviendrait public.  Les libéraux me faisaient passer pour un gros méchant felquiste.  S’il avait fallu que ça se sache que j’étais pédéraste, ça aurait pu faire dévier toute ma campagne électorale.  

Même si c’était un parti comique, je me croyais un grand révolutionnaire. Ça n’a pas empêché le Dr Ferron de bien dormir sur ses deux oreilles.  Il se mêlait de ses affaires, lui.  La seule fois où j’ai fait allusion à ma pédérastie dans cette campagne électorale, il fallait le savoir pour le deviner : j’avais mis l’affiche de petit René Simard devant le siège du candidat libéral, M. Irenée Pelletier, et j’avais dit en riant que je trouvais le petit Simard bien plus beau que le grand Irenée.  

Quelqu’un qui ne me connaissait pas, n’y voyait qu’une autre de mes farces rhinos.  Un de mes organisateurs, un autre Jean, qui avait toujours peur que je lui saute au cul, n’y voyait que du feu.  Plus il me critiquait, plus je le «cruisais». 

Je crois que j’ai réussi à me faire haïr par lui.  Je le méritais bien, mais c’était une de mes manières de provoquer. Je préférais le voir monter dans les rideaux que de le vouloir réellement dans mon lit.  C’était peut-être un peu malade de le provoquer ainsi, mais il avait l’âge de raison. 

En réalité, il était passé date. Autant Jean me croyait un petit vite de la révolution; autant il m’identifiait  au grand Satan, à cause de ma pédérastie.  Pour lui, j’étais sûrement un vicieux, un pervers, un mauvais gars quoi et je dois avouer que si c’est ça tenter quelqu’un, c’est un sport fort  agréable  quoique complètement idiot.

À cette époque, c’est vrai que j’étais en manque. C’était si comique de la voir monter dans les rideaux quand j’insistais pour le convaincre qu’il me tentait physiquement. J’aurais niaisé s’il avait fallu qu’il change d’idée.

06 décembre 2007     
Divertissement.

En fait, je constate en reproduisant mes textes de 1968, publiés dans Hymne à l’amour, le vice et la révolte que finalement, ce n’est pas de la grande poésie, mais ça peut au moins nous faire sourire. 

C’est évident que je vivais un plaisir immense à écrire.  Comme je le disais, le plus drôle, c’est que je me prenais au sérieux. 

Je croyais vraiment que mes textes étaient le résultat d’une recherche de vie qui pouvait changer le monde.  Ces textes me rappellent aussi Jacques Ferron dont les récits sont habités par le diable et un humain qui réussit toujours à le mystifier. Pas surprenant que nous ayons eu autant de plaisir à discuter ensemble. 

Nous avions aussi une grande préoccupation en commun : comment combattre la pauvreté.

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