Aller au contenu principal

Radioactif 232

décembre 18, 2021

Radioactif 232

04 Novembre 2007

Ma vingtaine.

Le début de ma vingtaine fut certainement une des périodes les plus difficiles de ma vie. 

Dans le journalisme, j’étais toujours confronté à mes valeurs : défendre le petit peuple dans la mesure du possible et surtout toujours écrire la vérité. 

Les gens croient que les journalistes sont des menteurs, mais ce n’est pas connaître le métier, surtout de mon temps.  Tu n’avais aucunement le droit d’écrire un mot s’il ne t’avait pas été dit.  Autrement, on coupait sous prétexte que c’étaient des commentaires.  Tous mes conflits venaient de cette supposée objectivité du journalisme. 

Je ne commentais pas,  je me fabriquais des dossiers dans ma tête  qui me permettaient de comparer les réponses ou les faits.  En fait,  j’essayais d’être informé de l’historique de la situation.  Toutes mes questions venaient de ce travail de détails et un amour fou de comprendre et d’expliquer.  J’adorais le journalisme. 

Quand j’en suis sorti, j’en ai rêvé pendant des dizaines d’années.  Le temps de me sentir dépassé.  Le président de la Tribune, M. Yvon Dubé, m’a déjà dit que j’étais tout simplement en avance sur mon temps.

Le journalisme qu’on me refusait se vit aujourd’hui au quotidien, sauf que nous avions un rayon d’action plus large qu’un palais de justice. 

J’avais un trop gros parti pris pour le peuple, une déformation due à ma pédérastie, c’est-à-dire refuser d’accepter l’autorité telle qu’elle est. 

Je n’étais pas parfait,  j’étais parfois un peu trop fanatique. 

05 Novembre 2007

Dépression d’automne.  

J’ai fait parvenir mon mémoire à la Commission sur les accommodements, mais je serais très surpris qu’on en tienne compte.  Pourquoi suis-je actuellement dans une impasse émotive ?  Le début de l’automne ?  Le mal physique qui me gruge continuellement et qui ira grandissant avec l’hiver ?  Une impuissance à admirer tout ce qui existe ? La solitude ? 

Pourquoi écrire sur un système judiciaire parfaitement débile me déprime ainsi?  Je regarde mon maximum d’années à vivre, 20 ans, au gros maximum et je ne vois rien d’encourageant. 

Le Québec s’engage de plus en plus à droite.  Il retourne à l’époque de la censure et du banditisme.  Je devrais peut-être réécrire un livre dans le style de l’homo-vicièr, soit tout en humour. 

L’humour sert souvent de pont entre le vide et le sourire.  Il permet de fermer les yeux et enjamber l’inconnu. 

Ce n’est pas trop rassurant d’entrer à la retraite.  Ça me rappelle mes dernières discussions avec l’écrivain, Jean Ferguson.  Il avait le cancer. Même s’il voulait écrire, son mal le rongeait tellement que ça lui enlevait le goût.  Pauvre Jean, il aura voulu toute sa vie être reconnu et il se fiait même sur moi pour ça. 

Aujourd’hui, tout le monde me renie, mais au moins, j’ai pu dire que notre système en s’en prenant à des gestes non violents se conduit comme des imbéciles qui n’ont pas la profondeur de se demander sur quoi reposent leurs interdits. Une société romaine qui a besoin d’en bouffer une couple de temps en temps pour se calmer les nerfs.

05 Novembre 2007

La petite nature.    

Heureusement, notre petite nature veille au grain.  Je me suis attaché au plus jeune des prisonniers.  Nous sommes devenus de très bons amis.  Un baume psychologique. 

Jeannot me prenait un peu pour un ange.  J’écoutais son âme se répandre de remords et d’affection et je savais déjà boire chaque diamant dans ses yeux quand il me parlait.  Je le trouvais de plus en plus beau et attirant.  C’était un très bon garçon, un peu malchanceux. 

J’ai continué de correspondre avec lui à ma sortie, mais nous ne nous sommes jamais revus.  Je pense que Jeannot m’a permis de ne pas devenir aussi fou que notre système qui se croit menacé par une simple masturbation. 

Il est le prolongement de l’Église et de sa folie sexuelle, pas étonnant qu’il réagisse avec aussi peu de discernement. 

Quand j’ai mis les pieds dehors, je regrettais d’être sorti parce que j’avais peur de la vie et surtout de la beauté du monde.  Un beau tableau n’est-il pas fait pour être savouré ? 

La prison, ça rend fou si tu te mets à croire que tu es immonde alors que tu n’a rien fait de violent.  Tu as simplement aimé en dehors de normes que personne ne peut honnêtement justifier. 

Depuis quand, pourquoi aimer, c’est mal ?  Ne veut-on pas toucher ce que l’on aime ?  L’amour ne se manifeste pas que d’une seule façon. 

Jean Genet l’exprime mieux que moi , mais je sais ce qu’il ressentait… 

05 Novembre 2007

Parfois culpabilité = folie.           

Le fait d’avoir été arrêté dans la vingtaine a provoqué en moi une crise de culpabilité sans précédent.  Cependant, elle dura peu de temps.  Je faisais des sacrifices comme me priver de manger, prier sans arrêter. 

La seule question qui reste quant à mon comportement d’alors est bien simple : les saints sont-ils des fous ?  Les fous ont tous un délire religieux. 

Le sentiment religieux est plus profond que l’on pense et il mine très facilement notre équilibre émotif. 

Un jour, j’ai assisté, tout à fait réveillé, à la rencontre d’âmes, qui voyageaient  sous forme de petits nuages.  Des «grumeaux » d’énergie.  Les âmes avaient ces formes et pouvaient se distinguer l’une et l’autre simplement par l’intensité et la concentration qui leur donnaient une couleur et une force différente d’attraction ou de rejet.  Les nuages se regroupaient par affinité. 

Les âmes perdues se lamentaient de solitude.  Je ne crois pas que j’étais devenu complètement fou, mais j’avais trop jeûné.  J’hallucinais comme le curé d’Ars.

J’étais assez fou pour avoir des visions comme les saints.
Je n’étais pas le seul prisonnier de la religion au Québec. 

La guerre de valeurs fait partie de notre réalité. .  La guerre des valeurs entre les localités particulièrement Québec et Montréal est un résidu de notre asservissement religieux. 

Les gens de Québec sont encore bien plus endoctrinés qu’à Montréal.  Il y a peu de temps l’Église prêchait que Montréal était le pire lieu de promiscuité, de péchés, d’où le besoin de retour à la terre. 

Ça paraît stupide comme ça, mais nous sommes le produit de notre passé et de notre inconscient collectif.  La ville de Québec a toujours été jalouse de Montréal. 

No comments yet

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueueurs aiment cette page :