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Radioactif 221

décembre 6, 2021

Radioactif 221

30 Octobre 2007

L’amour de Rouhed.       

Quand Rouhed (un de mes fils adoptif) est décédé, j’ai eu une période où, dans mes rêves, se succédaient des visages terrifiants.  C’était une succession de visages de plus en plus en colère et à l’allure religieuse.

Puis, une nuit il est venu m’expliquer que son suicide était une décision personnelle.  Il était si beau que ça m’a réveillé.  Je ne me sentais même pas triste.  Il venait chercher son pardon ou du moins m’expliquer son geste.

Deux femmes qui le connaissaient bien (que j’appelais) les sorcières prétendaient qu’il n’avait pas voulu mourir, mais qu’il s’est réveillé de l’autre côté, ahuri par ce qu’il découvrait.

C’était évident que nous nous aimions beaucoup.  Sa mort a bouleversé tout mon intérieur. Je voulais être mort à sa place. En descendant de Val-d’Or à Montréal où on venait de découvrir son corps, je ressentais la douleur au cou de la corde qui l’a tué. J’aurais voulu éliminer la réalité et le remplacer.

Le seul regret que j’ai maintenant est de ne pas toujours être demeuré à Montréal avec lui.  Je n’arrive pas à séparer la réalité économique qui me forçait à travailler à l’extérieur et l’égoïsme d’avoir profité d’un emploi à Longlac, le site d’une recherche que je faisais sur la Thérèsa Gold Mines. Était-ce un moyen de me sauver de ma réalité?

Quand je suis allé enseigner à Longlac,  il avait peut-être plus besoin de moi que je le pensais. Les limites dans nos relations père- fils confirmaient que je n’étais pas un prédateur pour lui.  Il savait que j’étais pédéraste, mais que jamais je n’oserais lui imposer mon orientation sexuelle. Notre amitié était plus pure que ce que tous les puritains de ce monde ne pourront jamais vivre. Je me pardonne mal de n’être pas demeuré à Montréal et avoir ainsi empêché ce suicide.

Un jour, son père, Adam,  était venu à la maison avec un groupe du Bangladesh et il avait décidé que dorénavant Shuhed, l’aîné, irait vivre avec lui.  Quand j’ai découvert que c’était pour l’amener travailler plutôt que d’aller à l’école, j’étais furieux.  Un peu saoul,  je me suis rendu chez-lui l’engueuler.  J’en mettais assez que l’on décida de me calmer en faisant venir la police.  Personne, sauf le cousin, qui ne comprenait ni le français, ni l’anglais, donc pas grand-chose à ce qui se passait,  était prêt à porter plainte contre moi parce que je semblais menaçant pour le père biologique de Rouhed. . C’est le père, Adam, qui se mit à intervenir en ma faveur, disant que j’avais trop bu et qu’il s’occuperait de moi. 

Rouhed qui craignait que la même chose que son frère lui arrive s’est cassé un doigt de façon à ne pas pouvoir travailler et ainsi continuer à demeurer avec moi.  Rouhed était un enfant adorable. 

Je n’ai jamais compris pourquoi il pensait que j’étais un père inflexible, exigeant et autoritaire.  Il avait tous les droits.  Avant de mourir, il m’a écrit une lettre commençant par  «Cher papa Jean».  Il ne voulait pas qu’on rapporte son corps au Bangladesh.  Comme dans le message musical, sa lettre était cette fois une citation de Bob Marley : « Don’ t worry, be happy !  »

J’avais constamment une chanson dans la tête. Je ne la connaissais pas. Quand je l’ai entendu à la radio, j’ai téléphoné pour savoir le titre et le nom de celle qui chantait. C’est «  The body gard ».

Les paroles sont un vrai message. Juste à le rappeler j’en ai les frissons et j’ai peine à l’écrire noyé dans mes larmes.

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