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Radioactif 210

novembre 25, 2021

Radioactif 210

20 Octobre 2007

Gayhurst : le scandale.   

Puis on se mit à parler d’un barrage qui, à cause de fissures, risquait de s’effondrer si on ne le détruisait pas.  Je me suis rendu sur les lieux à plusieurs reprises.  Au début, ça semblait possible.  On parlait du danger potentiel pour les gens de la Beauce qui recevrait toute cette eau si le barrage éclatait.  Jusque-là c’était de la bonne, de la grosse nouvelle ; mais rien de plus. 

Soudainement, l’affaire a pris une ampleur incroyable.  Les médias nationaux sont arrivés.  Plus ils étaient nombreux, plus cette histoire de barrage prenait une allure de catastrophe gigantesque.  On allait jusqu’à prétendre que Lac-Mégantic serait inondé.  La ville était située des milles en amont.  Avez-vous déjà vu de l’eau refouler, sauf à St-Jean, au Nouveau-Brunswick?  Ça n’avait plus aucun sens.  C’était devenu un immense mensonge.  Une tragédie qui n’existait que dans la tête des journalistes et quelques ingénieurs qui leur faisaient croire n’importe quoi. 

Je me demandais bien pourquoi on faisait une si grosse affaire avec un danger qui n’existait même pas.  J’ai commencé à écrire et à dire à la radio de St-Georges – de- Beauce ainsi qu’à la télévision de Sherbrooke qu’il y avait si peu d’eau que les poissons devaient nager sur le côté pour remonter la rivière.  Probablement que mes articles étaient plus importants du fait qu’ils touchaient les populations qui devaient croire dans ce mensonge. 

Que Lac-Mégantic voulut vendre un barrage au gouvernement du Québec prenait l’allure d’une tragédie digne de mention internationale parce qu’on déformait les faits.

20 Octobre 2007

Les ingénieurs de Gayhurst.    
Les premiers contacts avec les ingénieurs qui s’occupaient de Gayhurst  se firent à l’hôtel, soit l’endroit où ils s’étaient installés.  Ces derniers plutôt que de m’informer, de me livrer leurs opinions ont commencé à rire de moi.  Et une de mes répliques à l’effet que les personnes les plus instruites semblent souvent rire des autres, comme me l’avait si bien dit mon père, devint le centre de la discussion.  Ce furent insultes par-dessus insultes. 

J’étais un petit niaiseux prétentieux qui ne savait même pas si on doit dire «popa ou papa».  On essaya de faire ressortir que je n’étais qu’un petit idiot qui niait les faits scientifiques qu’eux évidemment avançaient. 

Cette engueulade me persuada qu’il y avait quelque chose de croche derrière tout ce cinéma.  Un après-midi des étrangers me rendirent visite et m’offrirent 25 à 35,000$, si je changeais mon discours dans le journal, à la radio et la télévision.  J’étais outré, mais je ne savais pas quoi faire. 

Si je refusais, on me proposait de m’amener visiter le barrage, dans le bois, la nuit.  Je m’y voyais déjà mort. J’ai téléphoné à mon père et je lui ai demandé s’il avait toujours son revolver pour protéger le magasin, car j’en avais besoin. 

Le soir,  je refusai l’argent et d’aller avec eux.  Je leur soulignai, la main sur le téléphone, que le poste de police était très près.  Je n’ai jamais réentendu parler d’eux.  Je me suis aussi fié sur la force que consentiraient sûrement mes amis de l’armée pour me protéger, mais ce ne fut jamais nécessaire.  

21 Octobre 2007

Riche ou bandit ?

C’était tout une initiation à la corruption politique ou journalistique.  Certains m’ont dit que j’étais un maudit fou d’avoir refusé une telle somme d’argent ; mais ce n’est pas comprendre le besoin moral qui nous anime quand on croit en quelque chose. 

Pour moi, un journaliste est strictement tenu à la Vérité.  C’est son métier.  Il peut se tromper, mais il doit la chercher à travers les informations qu’il reçoit.  C’est comme un professeur.  Il ne doit pas seulement dispenser des informations ou des connaissances, il doit aider au développement de son élève.  Et qui dit développement dit autonomie.  Quand t’es professeur seulement parce que ça paye bien, tu devrais démissionner.  Un bon professeur aime ses élèves.  C’est essentiel !  Aujourd’hui, avec la connerie des pédophiles qu’il faut dénoncer et traquer à tout prix, il est dangereux de manifester la moindre affection à un de ses élèves.  Pourtant, combien en manque ?  En psychologie, on dit que le besoin d’aimer et être aimer est aussi essentiel que la nourriture.  À force de prêcher d’avoir peur de tous, de voir dans un geste affectueux une agression sexuelle, les jeunes préfèrent se suicider.  Nos dirigeants sont trop pourris pour saisir le message, pour eux, rien n’existe en dehors du fric et du pouvoir. 

D’une manière en étant honnête, j’ai tout perdu.  Le journal m’a enlevé du dossier et je fus ainsi bâillonné.  C’est assez cocasse, car dans ma vie financière, je n’ai jamais pu jouir de la moindre sécurité. 

Quand j’ai eu les enfants, je me suis ruiné pour leur apporter le mieux que je pouvais leur offrir.  Quand je fus sorti de cette spirale du barrage, je fus accusé et j’ai passé de 55,000$ à 9.25 $ de l’heure. 

Quand j’eus terminé d’investir dans ce que j’écris, car je voulais être un écrivain connu et lu, j’étais ruiné.  C’est la vie.

Si j’avais été un bandit, je serais riche aujourd’hui.  Probablement que si je n’avais pas été pédéraste,  je n’aurais pas été aussi allumé aux problèmes sociaux et j’aurais fait un bon boss. Mais, je ne regrette rien.  J’ai connu une belle vie.

20 Octobre 2007

René Lévesque.

La situation prit une telle ampleur que René Lévesque, alors ministre dans le cabinet de Jean Lesage, vint lui-même calmer la joute quant au barrage Gayhurst, un  barrage qu’on disait en danger d’éclatement.

À la suite de son passage, on construisit une brèche sur le bord du barrage, permettant à l’eau de s’écouler lentement. 

Quant à moi,  j’ai voulu annoncer dans mes articles le désir du gouvernement Lesage de vouloir nationaliser l’électricité.  C’était, selon moi, de toute évidence, dans le discours du ministre.  Mes patrons considéraient que je charriais. 

Peu de temps après, on m’annonça que j’étais retiré du dossier. Inutile de dire que je pensais que c’était pour me la fermer définitivement. 

Insulté, je suis parti une semaine aux États-Unis où j’aurais bien aimé faire carrière comme annonceur francophone à la radio ou à la télévision.  Les dirigeants de la Tribune étaient furieux que je parte ainsi sans les avertir et dès mon retour je fus avisé de mon congédiement.  Une nouvelle que j’ai reçu en chantant : « C’est le plus beau jour de ma vie, j’ai retrouvé ma liberté.  » 

Je me sentais victime de mon devoir, mais aujourd’hui, je pense que j’avais couru un peu après.  Je croyais que je perdais ce dossier pour me faire taire et qu’on y place un «journaliste de paille» pour que les gens apprennent ce qu’on voulait bien qu’ils sachent.  Une petite crise d’honnêteté.  Si je perdais ce dossier, sans réagir aie-je pensé,  je serai croche à jamais.  Je ne pouvais pas supporter cette idée.  

Par contre, un an ou deux après, les patrons se mordaient les doigts de ne pas m’avoir laissé écrire ce que je croyais être l’annonce de vouloir nationaliser l’électricité.  Ils avaient manqué ce qui aurait été le scoop de la décennie. 

J’ai passé des mois difficiles n’ayant plus de revenu.  J’ai été bûcheron d’occasion, j’ai travaillé dans la construction, puis,  je suis retourné à La Tribune, mais cette fois à Victoriaville où je devais être encadré par Alphée Gagné.

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