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Radioactif 37

mai 14, 2021

Radioactif 37

03 Août 2007

Vieux curé 1            .

Vers 12-13 ans, nous sommes partis, moi et mon frère Denis, avec l’abbé Paul Tourigny, que l’on appelait le Vieux Curé, visiter la Pennsylvanie. 

Nous n’avions absolument rien à payer.  Je devais simplement servir d’interprète anglais, parce qu’il ne parlait pas cette langue.  Même s’il ne m’a jamais touché, le Vieux Curé est sûrement un des premiers adultes avec M. Pope de qui je suis tombé amoureux. 

Non seulement je lui faisais absolument confiance, mais il me permettait de me dépasser.  Avec eux, j’apprenais.  Je découvrais le monde et les sentiments.  Ceux qui prétendent qu’un jeune garçon ne peut pas ressentir de désirs sexuels pour un adulte ne connaissent rien.  Tout ce que je ressentais : j’aurais bien aimé me faire caresser par eux, mais eux, ne voulaient rien savoir. Du moins, c’est ce que je croyais et que je crois encore.

Rendu à Atlantic City, un après-midi, après avoir parcouru le Boardwalk, nous avons aperçu de très très près, alors qu’il entrait dans un hôtel, rien de moins qu’Elvis Presley.  Quelle surprise magnifique ! Je l’ai reconnu car on l’écoutait à la télévision. Nous étions les seuls dans le village à avoir un téléviseur.

Mais nous avions le diable au corps.  Ainsi, un après-midi, après avoir vu les annonces, nous avons décidé, mon frère cadet Denis et moi, de nous sauver et aller voir le film «Les dix commandements», puisque le Vieux Curé ne voulait pas. 

Imaginez l’horreur que nous lui avons fait vivre.  Un adulte avec deux petits gars disparus à Atlantic City.  Nous avons eu droit à toute une semonce et le Vieux Curé pour nous punir à décider de ne pas passer par New York et Washington.  Mais, les chutes Niagara furent très belles.

Que je le veuille ou non, les curés ont profondément marqué ma vie et ma perception religieuse pour des raisons très différentes. 

Le Vieux -Curé nous amenait au drive-in, c’est-à-dire aux cinémas extérieurs, aux frontières américaines, parce qu’il était encore défendu au Québec.  Il nous achetait du pop-corn et s’intéressait à notre développer notre culture. 

Un soir, nous étions allés voir Moby Dick et avec un petit anglais. Il nous parlait de « blé d’inde blanc» au lieu de la baleine blanche.  C’était bien drôle.

Nous savions que le Vieux Curé était malade du coeur et, de temps en temps, il devait prend sa petite gorgée de fort.  Nous avons découvert ses cachettes et nous avons quelques fois profité de sa maladie. 

C’était un homme formidable, extrêmement doux, qui nous aimait sincèrement.  Aujourd’hui, nos esprits tordus qui ne voit que du mal dans le sexe avec ou sans violence, nous demanderaient de le dénoncer parce qu’il était toujours avec une bande de petits gars. Pourquoi nous priver de la présence d’un homme que l’on adorait?

J’étais en visite chez des parents à Sherbrooke quand il est décédé.  Quand je l’ai appris, ma tante Aurore crut que j’allais m’évanouir tant j’étais blanc. Ce fut en effet un des très durs moments de mon adolescence.  Au salon funéraire, ces sœurs dirent qu’il parlait toujours à un Ti-Jean dans ses derniers délires avant de mourir.  Elles se demandaient bien de quoi il s’agissait quand il parlait de ses petites vues. J’étais ce petit Jean.

Le Vieux -Curé valait bien plus que n’importe quelle langue sale qui ergotait sur son dos.

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