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Journal intime 9

mars 29, 2021

Journal intime 9

16 novembre 2019

La perception de soi est étonnante. Je crois que « petit » la question ne se posait même pas. J’étais «  Je pense, donc j’existe » comme disait Descartes. Ce que j’étais importait peu puisque la question n’existait pas.

Puis, j’ai commencé à jouer à l’intellectuel. Je lisais tant que je pouvais et déjà j’adorais l’astronomie.  Je voulais tout savoir et j’échafaudais de grandes théories. Je prenais des notes dans un cahier de réflexion.

Je crois avoir commencé à me prendre pour un autre à ce moment-là.

Quand je suis arrivé à la Tribune, je me savais un ignorant. Je me reprochais de ne pas avoir de culture. Je voulais déjà être quelqu’un de connu et reconnu.

Puis, je me suis politiquement engagé. J’aurais dû à ce moment-là, comprendre que mon radicalisme était, disons, un  peu hors-mesure.

C’est vrai que je me battais avec la direction de la Tribune pour publier tous mes articles, mais mes crises d’authenticité ressemblaient à celles de Catherine Dorion. C’est drôle comme je me croyais puissant, frondeur et pisseux en même temps.

Aujourd’hui, je comprends que j’aurais été mieux d’être vraiment ami avec Robert Bourassa plutôt que de le voir comme l’ennemi du Québec.

L’atmosphère joua un rôle insidieux dans ma démarche politique du temps.

Je croyais vraiment que la révolution était le plus grand appel qu’un individu puisse vivre. C’est vrai, qu’à cette époque, les gens étaient beaucoup plus pauvres et qu’il était normal qu’un journaliste croit qu’il faut absolument changer le système, un système qui divisait les gens entre les riches et les pauvres.

Je devrais être fier de ce que j’ai accompli, je le suis, mais il y a encore un vide autodestructeur que je ressens  et je crois que sans l’admette cela devrait s’appeler un suicide intellectuel.  Plus jeune, on appelait ça un complexe d’infériorité.

Quand on se sent inférieur aux autres on compense en essayant de se créer une image de soi plus acceptable. Parfois, cet image finit par étouffer ou remplacer ce que l’on est vraiment.

De non jours, on a oublié ce que veut dire la compassion, la tolérance. Tout le monde crie pour son petit nombril.

Quand je compare ma vie à celle d’autres gens bien plus malheureux, je crois que j’ai été béni des dieux. Même si je me lamente, je suis un petit privilégié.

Le petit délinquant.

Je me rappelle que quelques années plus tard, j’étais devenu un petit « bum ». J’avais découvert que si les jeunes m’attiraient tout autant que l’astronomie, je pouvais être désiré par un homme adulte. Je n’avais plus peur d’eux comme quand j’étais adolescent alors que je croyais que les homosexuels pouvaient nous tuer après s’être bien régalés. Une idée très traumatisante!

Je n’étais pas insensible à cette nouvelle réalité et je vivais ce que j’appelais «  ma vie de putain ». Je me rendais souvent dans des tavernes gaies pour « cruiser » et  très souvent,  je me faisais payer la bière presque toute la soirée. J’adorais me faire sucer et je me comportais au lit  comme une « planche ».

Ce monde a changé quand j’ai rencontré l’homme qui, croyant dans mes talents d’écrivain, me fit découvrir que je connaissais une histoire capable de faire un bon roman. Il me poussa en plus vers l’université pour finalement aboutir professeur.

Ce gars changea ma vie. Pour moi, c’est mon héros. Il connaissait P.-E. Trudeau. Il avait été en classe avec lui et je me demandais si le fait de me tenir avec un ami de Trudeau n’était pas une forme de trahison de mon passé de révolutionnaire.

L’amour prit son élan, même si je l’ai quitté pour aller retrouver quelqu’un d’autre beaucoup plus jeune. . Nous nous sommes expliqués et je suis depuis 40 ans son ami.

Aujourd’hui, en allant pour le revoir dans un CHSLD, je suis arrivé à une chambre occupée par une femme. J’ai appris qu’il était décédé depuis une semaine. On ne m’avait pas informé parce qu’on n’avait pas mon numéro de téléphone.

La dernière chose que l’on s’est dit est : « Je t’aime beaucoup. » ce à quoi il répondit : « Moi aussi ».

J’ai le cœur en peine. Je l’aimais beaucoup, même si j’ai toujours été le petit délinquant.

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