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La fin d’un État 17

février 18, 2021

La fin d’un État 17

Paul lui apprenait le jeu : le vertige du moment, le pouvoir de se payer les expériences souhaitées.  Éric le lui rendait en l’éduquant, le formant quant à ses goûts dans la musique, les arts et la beauté. Chacun apportant quelque chose à l’autre.

Dans ce monde où Paul devenait le centre de tout, Éric en venait à oublier ses propres désirs. C’était pour lui une première expérience de la passion de vivre. Tous les moyens étaient bons pour avoir quelque chose qui le rapproche davantage de Paul. En son absence, tout ce qui pouvait lui rappeler le petit, une lettre, une photo, un coup de téléphone, le ravissait à tel point que tout ce qu’Éric faisait, il le faisait pour Paul.    

Pour la première fois de sa vie, Éric se sentait imbu d’une tendresse qu’il avait toujours refoulée. Jamais il n’avait vécu avec autant d’intensité et jamais plus il ne saurait vivre sans participer physiquement à la beauté de vivre.      

Le mercredi précédent son départ pour Vancouver, Éric décida de se rendre près de chez Paul et d’y rechercher l’odeur, la trace du petit. Afin de bien vivre cet instant, Éric décida de marcher face à la maison et se rendre quelques rues plus loin jusqu’à la taverne rencontrer Anatole. Arrêterait-il auparavant chez Paul s’informer, même s’il savait qu’Anatole serait parti, à savoir si Paul serait à la maison… Peut-être verrait-il Paul par la même occasion, ne serait-ce qu’une minute. Ce serait formidable.   

Il savait que Paul le rejoindrait bientôt, mais c’était déjà trop long. Il vibrait d’impatience.

Éric marchait surexcité et fortement crispé se répétant intérieurement comme une prière : « Mon chéri, sors sur le perron. Paul, mon amour de lutin, si tu savais combien j’ai besoin de partager ton regard et ton sourire… »  

– C’est lui. J’en suis sûr. C’est le fifi dont Simone m’a parlé et montré le portrait. Il court après Paul. Venez! On va lui arranger la face. Y en touchera plus de jeunes!
 
Le frère de la mère de Paul, Maxime, s’approcha d’Éric avec sa bande, en l’invectivant :

– Qu’est-ce que tu fais ici, ma maudite tapette? Tu viens tourner autour du petit de ma sœur, mon maudit cochon.        

– Je…

Éric n’eut pas le temps de dire une syllabe de plus qu’il reçut un coup en pleine figure, puis un autre au bas de la tête. Il sentit des mains qui l’empoignaient et sans pouvoir se défendre, il fut tiré dans une cour. Éric sentit qu’on enlevait sa chemise et qu’on descendait son pantalon, puis la lame d’un couteau lui déchira le bas ventre ainsi que les cuisses. Éric saignait abondamment. Il se sentit étourdi puis, plus rien, il s’éveilla étendu dans un lit, solidement pansé.          

– Vous l’avez échappé belle!, Lui lança une infirmière qui venait changer la bouteille de sérum, suspendue au-dessus de sa tête.          

– Heureusement que les entailles n’étaient pas plus profondes, vous seriez déjà dans un autre monde… », Dit l’infirmière.

Éric se sentait si faible qu’il n’eut pas le courage de demander comment il s’était ramassé dans ce lit.   Il se rappelait vaguement les dernières phrases de ses agresseurs :

– La prochaine fois, mon hostie de cochon, si tu ne laisses pas Paul tranquille, on te tuera. Tiens-toi le bien pour dit, n’y aura pas de pardon. » 

Éric revoyait vaguement, sans trop savoir s’il s’agissait d’un rêve ou de la réalité, un pistolet qui lui avançait vers sa figure et dont le canon s’arrêta sur sa tempe. Il réentendait le « clic » du chien frappant sur le fer. Chaque fois, un frisson lui parcourait le corps. Ses nerfs se tendaient de plus en plus, au fur et à mesure que son agresseur jouait à la roulette russe.    

– Cette fois, t’es chanceux; mais ce ne sera pas pareil la prochaine fois.

Éric referma les yeux, il se sentait plus que jamais attiré vers Paul.          

– Paul! Paul!           

Éric désirait le voir plus que jamais. Il sursautait dans son lit, il se raidissait, se cramponnait comme s’il eut à combattre tout un monde pour survivre.

– Paul! Est-ce possible? Jusqu’où iront-ils, ces malades? Me feront-ils chanter? Je ne peux pas porter plainte, aux yeux des autres je vis moi-même dans l’illégalité.   Je ne peux pas me plaindre : tout le monde déteste les pédérastes… Les gens seraient simplement contents que ce me soit arrivé.         

Éric se rendormit et quand il s’éveilla, il parcourut sa chambre du regard. Il n’y avait qu’un jeune d’environ 18 ans avec lui. Il pleurait et reniflait sans cesse. 

Serge avait tenté de se suicider en se tranchant les poignets après avoir absorbé une forte quantité de poison ou de drogue. Il se tordait dans son lit et criait dans son délire :    

– « Je veux mourir Kâliss, en finir! Je sais que vous ne m’aimez pas. Je veux ma mort. Richard fait attention, les narks, les narks. Y sont déguisés en curés. Ils montent à la croix pour mieux nous espionner… C’est la mafia, je te dis.

Pourquoi ne m’as-tu jamais parlé, le père, il n’y a pas qu’Yvan dans la maison. Non! Je ne pourrai pas passer cet examen. Je ne pourrai pas. Il y a eu Beethoven et Rimbaud. Que suis-je, moi? Je n’ai rien inventé. Les morts me tranchent la gorge. C’est chaud, tabarnak! Fais attention… C’est vrai, je ne comprends jamais rien.

Des gratte-ciel s’enfilent dans ma colonne vertébrale. Je veux mourir. Je suis un étranger chez moi et dans mon pays.   Maudit baptême! Je ne connais rien aux camions. J’ai besoin de chars pour gagner les filles. J’ai une queue, une belle queue… Marie! Pourquoi me repousses-tu tout le temps? Elle n’est pas assez belle pour toi?         

Les filles me haïssent. Je vais faire le tour du monde sans donner de nouvelles à personne. Je vais disparaître. Et on “braillera” puisqu’on saura qu’on m’a tué à force de me rejeter.

Bon Dieu! J’ai peur de toi. Va donc chier. Les rats! Les rats montent dans mon lit avec des éclairs dans les yeux. Ils me grugent. À l’aide! Je suis frappé par l’éclair. Le monde est un fromage verdâtre que l’on donne aux vaches pour les tenir tranquilles.    

J’ai horreur des lézards. La merde de mon frère me coule entre les dents. Je ne passerai jamais cet examen. Mes parents m’ont abandonné. Je suis une poupée sur le bord du chemin. Je suis à vendre. Je suis possédé par le diable. Je lui tire les moustaches et il aime ça. Je viens de cette étoile. Courage! C’est bien beau, mais qu’est-ce que la vie quand tu es un cancre? Je meurs! »

Éric avait peine à dormir. Ces lamentations lui tapaient sur les nerfs. Il songea à louer une chambre individuelle, mais le lendemain, quand il s’éveilla, le jeune lui souriait et avait cessé toutes formes de délires.          

À sa grande surprise, Serge était un garçon charmant avec qui il faisait bon jaser. Il avait eu, somme toute, une enfance bourgeoise, peut-être trop bourgeoise, c’est-à-dire privée de rien de matériel, sauf de l’essentiel : être aimé et admiré puisque l’amour est d’abord et avant tout une attention particulière, un acte de fascination.           

Malgré son caractère jovial, Serge avait peu de vrais amis puisque ses copains profitaient de sa naïveté pour lui soutirer de l’argent ou des faveurs quelconques. Serge avait l’art de se faire avoir, mais il était moins dupe qu’il ne le laissait voir, il était simplement incapable de réagir.         

Plus jeune, il avait cru dans la grandeur humaine. Élevé dans une famille particulièrement religieuse, Serge avait longuement cherché cette chaleur dont on faisait tant état dans les enseignements religieux. Après avoir été foutu à la porte de trois cégeps, sous prétexte qu’il ne travaillait pas assez pour un garçon d’aussi peu de talent, Serge se lança sur la route à la recherche d’un monde qui lui conviendrait, l’accepterait et l’évaluerait à sa juste valeur, avec amour.    

Croyant ainsi renforcer sa foi en l’homme, le voyage, au contraire, lui fit perdre le peu d’illusions qu’il entretenait sur la race humaine.            

– Il n’y a que les enfants qui sont demeurés beaux, dit Serge. Et encore, certains, parfois à dix ou douze ans, sont déjà déformés par les fausses valeurs de notre civilisation.      

– Qu’est-ce que tu as à te plaindre?   Ici, vous vivez très bien, rétorqua Éric.                  
Serge prit son temps avant de répondre. Il était un garçon profondément troublé. Doux et pacifique de nature, la violence pour ne pas dire la sauvagerie du monde occidental l’avait profondément révolté. Il ne favorisait pas pour autant le communisme puisque ce régime est tout aussi impérialiste, souvent même, plus dictateur.

Serge aurait voulu un monde créé pour et par l’amour, la tendresse, la beauté où chaque geste aurait été une caresse; un monde fondé sur le bonheur de chacun, d’où auraient été éliminées toutes formes de contrainte.

À force d’être déçu, il finit par lui-même prêcher la violence, ce qui à chaque fois le détruisait un peu plus puisque cela creusait en lui davantage le fossé ente le monde rêvé, perçu, et le monde de la réalité concrète.      

Après chaque discussion, il en sortait épuisé, vidé et déçu de ne pouvoir apporter une autre solution que la violence pour répondre à la violence; sachant pourtant bien que la violence n’est que la marque des faibles.  

– Eh oui!, de dire Serge, nous vivons en exploitant de nombreux autres peuples. Je le pensais déjà quand j’étais plus jeune. Un jour, j’ai commencé à voir clair dans le jeu de ceux qui nous mènent. Au début, je me suis révolté pour obtenir le droit de vivre ma vie, sans remords, ni péché. J’avais les cheveux longs, on m’a foutu à la porte de l’école.      

Je refusais un système d’enseignement basé sur des règles conservatrices plutôt que sur le développement de la personnalité. Je ne vois pas où s’est effectué la révolution dans l’éducation, sinon qu’il y a plus de grands immeubles, qu’il faille passer trois heures en autobus pour se rendre à l’école où tout est poussé vers l’individualisme afin d’écraser toute possibilité de regroupement, où dans les dortoirs, les filles ne peuvent séjourner avec les garçons pour des raisons morales décidées par d’autres que ceux qui sont directement concernés.      

Dans les écoles, on vous écrase quant à vos goûts. On vous inculque la nécessité de laisser les autres mouler votre personnalité et ainsi devenir une meilleure main d’œuvre sur le marché du travail. Vous êtes déjà, rien d’autre, qu’un numéro. Oh si!  Il y a eu une réforme administrative et technique; mais pas une réforme dans la vie de l’étudiant afin que ces années soient un véritable apprentissage de la liberté. Il faut encore des diplômes et des examens et, à la sortie, les compagnies exigent de l’expérience pour vous embaucher. Tout est fonction de la rentabilité du futur patron. So what!    

J’ai laissé l’école et j’ai essayé de me trouver un emploi créateur, un emploi qui m’aurait permis d’apporter quelque chose à la société. Rien. J’avais les cheveux longs comme une fille, dans une société où la femme est hypocritement dite inférieure au mâle.

Je méprise les cartes de punch. Surtout, je ne parlais pas anglais. Aussi, n’ai-je pas eu d’emploi. Je n’avais pas droit au bien-être social puisque j’étais trop jeune. J’avais le choix entre vivre aux crochets de mes amis, voler ou voyager.   

J’ai commencé à voyager, de dire Serge. J’ai alors découvert le monde dans toute sa saleté ou sa beauté. J’ai vu qu’il est possible de juger une société selon son comportement envers ceux qui font du pouce.

Dans une société rétrograde, le pouceux sera traité comme un chien alors que dans un monde libre, tu seras comblé et reçu comme un être humain. Ordinairement, ceux qui t’embarquent sont formidables. Ils veulent partager ta connaissance du monde. Souvent, ils te donneront à manger, te feront fumer, et parfois même, ils t’hébergeront. Par contre, des milliers, habituellement les plus riches et les petits parvenus, te passeront au nez; parfois même en t’insultant, alors que tu gèles sur le bord de la route après avoir passé deux jours, sans manger, ni fumer, ni dormir.      

La vie de vagabond est probablement la vie la plus ardue, la plus solitaire. Tu deviens même parfois en furie, tu filerais pour tuer les passants, surtout les jeunes qui se promènent en vieux avec des airs de marginaux.  

Il m’est arrivé à deux ou trois reprises, de presque me faire tuer par des gens qui détestent les pouceux et se rendent probablement à l’église tous les dimanches remercier Dieu d’être parfaits. Certains de mes amis ont été battus et laissés sur le bord du chemin ou ils ont dû se sauver de chiens qu’on lançait à leur trousse. Sans compter souvent le harcèlement de la police qui ne trouve rien de mieux à faire que t’embêter pour des identifications ou pour te déshabiller et te fouiller dans le trou du cul ou te passer le doigt dans la gorge.           

Sur la route, tu n’es rien. Un élément vivant oublié. Tes amis ne t’écrivent plus. Tu n’existes plus. C’est une vie adorable, mais difficile. Souvent, les auberges sont très bien, mais manquent de flexibilité en ce qui concerne les heures des repas ou les heures d’arrivée. Quand tu es à pied, parfois tu ne vas pas aussi vite que tu le voudrais. Il faudrait qu’elles soient un peu plus compréhensives. Parfois même, les autres voyageurs aussi te déçoivent puisque tu t’attendrais à une osmose plus grande, plus fraternelle et souvent tu te fais même voler par eux. C’est un problème que pourraient résoudre les gouvernements tout comme pour la sécurité de ceux qui t’embarquent. Un vrai voyageur est ordinairement contre le vol de ses confrères et considère le respect de ceux qui t’embarquent comme une loi sacrée.     

Pour poursuivre mon expérience, je me suis rendu dans ce que l’on appelle le tiers-monde, les populations que te vendent les missionnaires. Là, j’ai compris le grand racket : de grosses compagnies de chez nous qui exploitent des peuples entiers qui ne peuvent se soulever puisqu’ils vivent sous des gouvernements militaires et l’Église qui, avec ses cathédrales et ses missions, a implanté l’industrie touristique, à travers ses architectures et ses œuvres d’art. Une industrie qui lui rapporte une fortune par les aumônes qui les servent d’abord. Les aumônes vont aux communautés qui s’en servent en administration et constructions plutôt que d’aider les pauvres.       

Si seulement s’arrêtait là le racket; mais les missionnaires, à quelques exceptions près, sont souvent là parce qu’ils enseignent. Ils sont le pilier qui maintiendra, par la peur morale, les gouvernements qui trahissent les populations qu’ils représentent. Tout est déguisé sous le visage de Dieu, comme si ce dernier ne préférerait pas des peuples libres, bien nourris, bien éduqués et soignés à des peuples pauvres, somptueux seulement par l’éclat de leurs cadres supérieurs. Une bourgeoisie qui exploite le reste de la population.      

– Il est impossible, de poursuivre Serge, de savoir par la presse ce qui se passe vraiment à l’étranger puisque seulement à Vancouver, déjà, la presse déforme tout ce qui se passe au Québec. On fait croire dans une guerre raciste français-anglais plutôt que de montrer l’injustice constante à laquelle a à faire face le peuple québécois.  

La presse internationale ne fait ressortir qu’un aspect du problème, celui qui servira le mieux les dominateurs. Par exemple, au Biafra, tout le monde a pleuré les Biafrais qui crevaient de faim à cause d’une guerre territoriale semblable à celle du Québec contre le Canada. On nous a caché que cette guerre était commanditée par les compagnies de pétrole américaines; tout comme la guerre au Vietnam a été faite sur le dos des Vietnamiens afin d’être la vache à lait sino-américaine pendant des années.             

Même le Canada, ce pays soi-disant pacificateur, a fourni presque tous les canons. Déjà, au Canada, l’industrie militaire et paramilitaire est une des structures les plus importantes de tout son système.   Aux États-Unis, il a été prouvé dans une enquête pour le gouvernement, que sans violence, l’autorité s’effondrait. Ce n’est pas pour rien que l’armée compense la religion pour cimenter les structures sociales de ce monstre gigantesque. Ce n’est pas pour rien qu’aux États-Unis, le gouvernement encourage les mouvements religieux. Ceux-ci fournissent la motivation aux gestes militaires. Plus tu es fanatique, plus tu es pour une action violente pour imposer ton idée.      

J’ai alors compris que pour faire une vraie révolution, tu ne dois pas t’engager là-bas; mais chez toi; car, si les grosses compagnies sont contrôlées chez toi, elles auront moins de force pour maintenir leur domination ailleurs dans le monde. Il n’y a qu’une stratégie à établir pour que les représailles soient impossibles comme au Chili. Il faut mondialiser les forces qui freinent l’abus des multinationales.

Par contre, il faut aussi comprendre le système où au BC comme au Québec, par exemple, les gouvernements feront semblant de se faire la lutte, mais travailleront en réalité à détruire le socialisme en appelant leur régime politique de ce nom pour vider le mot de son essence et amener ainsi les gens, en se croyant libres, à accepter d’eux-mêmes un retour au pur capitalisme sauvage. 

Quelle différence y a-t-il entre un capitalisme d’État à la russe et le capitalisme américain, sinon que l’un est plus hypocrite que l’autre? Il est impossible de penser une révolution sans penser anarchie, anarchie — ordre dans le désordre — dans le sens de détruire la guerre et la misère, de rendre à l’individu son droit à l’autonomie, de refuser l’autorité d’un homme sur un autre, d’un mari sur une épouse, de rechercher sans cesse le bien-être de chacun et le retour de la Vérité. Il faut éviter que la révolution soit noyée, commercialisée comme le furent les hippies.

Après avoir vu le tiers-monde, il n’y a que deux façons de concevoir cette pauvreté, soit en découvrant que t’es très bien chez toi et alors tu deviens solidaire à la révolution, et la révolution, qui n’est rien d’autre que la quête de ta propre liberté. Voilà pourquoi, je ne veux plus rien savoir de notre civilisation d’assassins, qui tue tout en commercialisant tout, de la femme à la révolution. 

J’en ai assez d’être exploité par une machine qui a inventé l’esclavage par les armes, puis l’esclavage plus diplomate par la religion, l’ordre et la morale; une machine qui te fait faire la charité pour emplir ses coffres alors qu’elle exploite en même temps ceux pour qui elle quête.   Je ne veux pas être un assassin en étant complice par mon travail du sous-développement de nombreux pays ainsi que de la guerre.           

Pour moi, le Mexicain, tout comme le Chilien, tout comme le Chinois ou l’Africain, tout comme l’Américain est égal, est mon frère. Des hommes. Chaque geste que je pose contre l’autorité est un geste de solidarité pour abolir l’exploitation de l’homme par l’homme.     

La vraie révolution est de vivre sa vie comme on l’entend et d’accepter, même s’il faut faire de la prison, d’être écarté de tous, à la seule condition de faire pour autrui ce que l’on voudrait qu’il nous soit fait pour nous. Fuck off la morale! Elle maintient l’esclavage individuel. Fuck off la piastre! Elle limite notre liberté. Fuck off la religion! Elle nous maintient dans la peur et le mépris de soi. Il faut vivre seulement pour aimer et être aimé.  

Je ne crois pas dans une révolution armée parce que je ne peux pas supporter l’idée que des milliers de gens soient tués pour des droits qu’ils pourraient acquérir autrement, en changeant les lois, par exemple. Je reconnais cependant le pouvoir fasciste du système qui n’hésite pas de tuer pour ses profits. Il faudrait peut-être maintenant s’armer pour se protéger; mais en ce faisant on alimente les possibilités de guerres civiles si les esprits s’échauffent trop. La meilleure des protections demeure de ne pas être armé. Il faut être prêt à dénoncer l’intimidation des riches et leur capacité de nous forcer à crever de faim, en nous coupant les finances. La révolution est pratiquement une forme de bénévolat pour l’avènement d’un bien-être réparti chez le plus d’humains possible.

Aujourd’hui pour qu’une révolution soit authentique elle doit nécessairement être pacifique; mais elle doit dénoncer l’abus d’autorité de ceux qui possèdent le pouvoir, ceux qui ont plus d’un million, les membres des gouvernements dictateurs, les autorités religieuses. L’autorité mondiale doit être remplacée par des petites communautés, par le retour des pouvoirs aux états. La révolution ne peut pas s’écarter de la démocratie.

C’est difficile d’authentifier un attentat, de dire le jeune Serge, il y en a qui ont même été perpétré par la GRC. La mafia fait de même. Un attentat, c’est faire le jeu du système.       

Qui a déposé le pétard, lors de la fête de la Saint-Jean où des centaines de personnes ont été blessées, sinon un membre de la pègre?   Qui a défoncé les vitrines, lors des manifestations à Paris, en 1972, sinon les barbouzes, une escouade secrète spéciale de la police française? Ce ne sont pas des rumeurs, mais des faits qui ont été confirmés lors d’enquêtes publiques.               

Qui a été à l’origine de la destruction par un tremblement de terre d’une ville d’Amérique centrale, sinon un essai atomique sous terrain tenu secret? Est-ce que les perturbations de la température, créant tant de problèmes en Asie, sont du même ordre?   Qui peut nous prouver que les attentats des noirs contre les blancs, à San Francisco, ne sont pas organisés par la CIA ou des mouvements de droite, pour permettre de se débarrasser de certains noirs gênants afin de rallumer les hostilités entre noirs et blancs, et ainsi éliminer le pouvoir noir? 

La police et la mafia effectuent au nom de la révolution plus d’attentats que tous les mouvements terroristes révolutionnaires ensemble; mais c’est si bien camouflé sous le vocable de services secrets. Les gens se laissent encore prendre à ce scénario. C’est pourquoi il ne faut pas croire les choses à leur premier degré, mais se demander qui en bénéficie.  

C’est pourtant facile à comprendre : aucun mouvement révolutionnaire ne s’attaque à des individus qui ne sont pas riches ou qui ne détiennent pas un poste prestigieux au pouvoir. C’est malheureux que les gens se laissent encore prendre dans ces pièges du système. Ils croient ce que leur logique leur a appris à comprendre. Rien d’autre et ce sera ainsi tant que les moyens de communication seront entre les mains des autorités, qu’ils auront l’esprit pollué par les présentes émissions de télévision et de radio. Les médias forment la pensée de la masse.     J’ai voulu me tuer, d’ajouter Serge, parce qu’il n’y a plus de solutions pour l’instant, sinon se suicider. Je ne crois plus en l’humain. L’établissement est trop fort. Le système américain est hitlérien comme tous les systèmes qui se maintiennent au pouvoir par la dictature. Il ne reculera devant rien pour conserver et affermir son pouvoir. Il est appuyé par toutes les grandes compagnies et en novembre 1973, il a voulu organiser une guerre nucléaire avec la Russie à cause des puits de pétrole. Les riches sont malades à lier puisqu’avec leurs abris nucléaires, ils se pensent assez en sécurité pour sacrifier le reste de l’humanité à leurs intérêts. Kouhoutek devait-elle faire partie de la guerre de Nixon?  

– Heureuses perspectives!, s’exclama Éric qui songeait davantage à rejoindre Paul, afin de savoir si le petit était au courant de ce qui lui était arrivé. Aussi, dès qu’il le put, téléphona-t-il chez Anatole. Paul répondit.       

– Éric? Pourquoi m’appelles-tu maintenant? Le voyage? Tu ne veux plus le faire?

Éric comprit dès lors que Paul n’était au courant de rien. Après avoir fait comprendre à Paul combien ce voyage était important pour lui, Éric annonça qu’il avait eu un accident et qu’était présentement hospitalisé. Paul ne montra aucun apitoiement, même qu’il lui parut froid.         

– Il ne m’aime peut-être pas autant que je le croyais, pensa Éric.   

Éric eut de la difficulté à dormir, essayant sans cesse de se rappeler la voix et le visage de Paul. Il se mit à craindre chaque geste, chaque mot, à considérer le temps qui lui sembla infernal quand il crut que Paul ne voulait plus venir en voyage. Il avait envie de se sauver et de se rendre chez lui immédiatement, mais, finalement, Paul entra dans la chambre avec Anatole.          

Éric ne savait plus se tenir, il fit approcher Paul de son lit et lui donna un long baiser, en lui caressant la tête et le dos, puis il respira longuement sa chevelure.  

Les yeux en feu et emplis de larmes, Éric ne savait plus quoi lui chuchoter à l’oreille.

J’ai eu si peur de te perdre. Je t’aime mon petit Christ! tu ne peux pas savoir comme je t’aime. Petit maudit comme tu m’as manqué!     

Paul était gêné d’une telle explosion d’amour alors qu’Anatole, impassible, assistait à la scène, même un peu heureux, pensant que si les filles rêvent quotidiennement d’un prince charmant, un petit gars rêve de son amourajeux. 

Éric tremblait de tout son corps. Il n’en finissait plus de contempler Paul comme un précieux diamant. Anatole s’approcha et lui tendit une boîte de chocolat. 

– C’est un cadeau de la taverne.
Éric était profondément ému et presque machinalement, il fit l’accolade à Anatole, ressentant que cette fois que quelque chose avait changé, que le geste d’Anatole et de Paul, leur conspiration à vivre libre, venait de le rendre solidaire à la cause québécoise puisqu’il le faisait maintenant par amour, pour Paul et Anatole. 
D’autre part, il était fasciné par la compréhension d’Anatole. « Serais-je moi-même, hétéro, capable d’un tel esprit de liberté si j’avais un fils gai? Quelle capacité à comprendre les autres! »   Pour la première fois, Éric admirait profondément Anatole.        

Comment un vieil ivrogne avait-il pu deviner qu’Éric ne peut pas vivre sans être profondément amoureux de Paul? Cette fois, il l’était publiquement. Comment Anatole avait-il pu savoir qu’Éric ne représentait aucun danger pour Paul? Que c’était même le contraire? Plusieurs garçons ont besoin de se sentir aimés d’un homme pour s’épanouir.

Peut-être, Anatole songea-t-il en lui-même que rien n’est plus fort que la « petite nature et que le désir dépasse souvent la sensualité.  

– La petite nature a probablement besoin de touchers, de caresses, de fascination, de complicité pour s’épanouir. Le fait d’écraser la sexualité dès l’enfance est la pire erreur de notre civilisation parce qu’elle est contre nature? Y a-t-il que Jean-Jacques Rousseau qui peut le comprendre? se demandait Éric.  

Serge les regardait étrangement comme s’il avait voulu être à la place de Paul. Il se contenta de commenter l’événement en disant :       

– Si les gens étaient libres d’exprimer leur affection, sans tabou, ni morale, les gars comme moi ne tenteraient pas de se suicider.

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