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La fin d’un État 8

février 9, 2021

La fin d’un État 8

Éric était mal à l’aise dans ce petit logis, laid, mais très propre. Le bruit lui sembla encore plus exécrable qu’à la piscine. Chaque fois que la mère criait, vulgairement, après les enfants en gémissant sur son sort, Éric éprouvait le besoin de l’étrangler.   Il était jaloux lui aussi.     

Le père fit venir tous les enfants et les lui présenta à tour de rôle. Chacun s’avançait et tendait la main avec un petit air effrayé, un sourire en coin. Éric dut ensuite visiter la maison, pièce par pièce, alors que le père racontait comment depuis deux ans, lui, un monsieur honorable, devait se traîner entre le bureau d’assistance sociale et celui de la main d’œuvre.       

– Vous savez comment c’est, on dirait qu’ils sont tous après mourir là-dedans. Ils n’ont jamais d’emploi. Ils se maudissent bien de vous, ces enfants de chiennes là.         

Éric ne comprenait pas que Paul puisse demeurer dans une telle atmosphère.

– L’an prochain, j’en sortirai le petit. Cette année, ça nuirait à ses études… mais peut-être moins que ce chialage incessant.

Paul travaillait sur la table de la cuisine. Il lisait avec avidité, les deux jambes allongées sur la chaise d’en face, une main entre les deux cuisses. Il avait des culottes courtes brunes et un chandail bleu. Sans le laisser voir, Éric le scruta des yeux. « Il est vraiment beau, cet enfant.»      

Il l’adorait. À cet instant, il aurait bien voulu lui passer la main dans les cheveux.   Le caresser se présentait à lui aussi impérieusement que le besoin de manger.        

« Possiblement que d’instinct, il faut toucher ce qui nous fascine, pensa Éric, entrevoyant avec un rire intérieur la difficulté dans les musées de tenir les doigts curieux à l’écart. Ça fait partie de la connaissance sans doute. »

Le bruit était de pis en pis depuis que la mère venait de commander le bain collectif hebdomadaire. L’eau faisait sourdre son écoulement violent.      

Éric aperçut, durant que le père lui montrait un portrait de famille, les cinq garçons se déshabiller et se pavaner en se rendant à la salle de bain

Le père l’observa. Il sourit et continua ses commentaires comme si de rien était.   Éric se sentait tout mou, le cœur battant, et quelque chose qui se gonflait en silence ailleurs. Il s’attarda à les regarder discrètement jouer dans l’eau alors que Paul était le seul assis, se lavant avec précipitation.      

Éric dut passer à une autre scène, ce qui l’empêcha dorénavant de voir les cinq garçons, bandés comme des chevaux, se flanquer de la mousse par la tête. C’était beau de les voir.   Alain et ses quinze ans, roux et bien bâti; Mario, 14 ans, le super sportif de la famille. Il y avait aussi  Roger, le plus petit; Serge  et Patrice. Une vraie bande de diables.          

À son retour, devant la première photo, Éric s’informa sur un personnage. Il n’avait aucun intérêt, mais il pouvait ainsi simplement, regarder sans que ça paraisse les jeunes s’amuser dans l’eau. Paul n’y était plus. Éric fut intrigué. 

Leur mère surgit tout à coup dans la porte.

– Je ne peux pas sortir cinq minutes que le diable prend dans la cabane. Tu ne pourrais pas t’en occuper, espèce de flanc-mou, beuglait-elle, en exécutant son mari des yeux.       

Elle se précipita dans la toilette, claquant la porte.          

– Vous pourriez toujours au moins vous cacher le cul devant un étranger.

– À son âge, y commence à être temps qu’il voit ce que sont de belles queues, rétorqua Mario. 

Éric entendit la main de la mère frapper violemment Mario, lequel se mit à rire.       

Éric était visiblement gêné. Paul aurait-il raconté ses aventures à ses frères?   Possiblement. Il y a bien des jeunes qui le font, laissant les adultes, encore trop constipés par de tels propos, de côté avec leurs scrupules venus d’un autre âge. Le principal, du moins la mère ignorait tout de leur realtion. Ça aurait été l’enfer. Les femmes s’imaginent que les hommes perçoivent la sexualité comme elles. Quelle erreur!  Pour un homme, le sexe est synonyme de plaisirs.    

Éric se sentit humilié quand ces jeunes sans gêne profitèrent que leur mère soit chez la voisine, pour s’exhiber à nouveau dans le corridor. Ils savaient que ça mettait Éric mal à l’aise d’où tout le plaisir. Éric sentit dans leurs regards une certaine forme d’agressivité. Paul était à nouveau à sa chaise, le regardant et lui souriant, mi- complice avec lui et mi- complice avec ses frères, ayant l’air de lui dire de tout simplement relaxer et d’en profiter quand ça passe.           

– Il ne faut pas t’en faire, mes frères ont l’esprit plus large que la mère. Elle se fait vieille… l’âge des religions et des tabous, ça doit remonter à l’époque des cavernes; mais ils sont tous un peu jaloux que tu m’aies choisi. Tu sais, à notre âge, on aime ça être l’être adoré de quelqu’un, même si on fait semblant que non… pour la réputation, ainsi on ne fait pas rire de nous quand on va avec les filles. Tu comprends?            

Éric s’approcha, lui serra la main, lui caressa les cheveux alors que dans le passage les autres lui criaient « chouchou!   

      Éric se rendit ensuite à la taverne avec le père. Il entra chez lui, épuisé.

      Quelques jours plus tard, ayant rendu visite au ministre de la Justice, celui-ci lui lança :       

– Comme ça, on paye l’amende pour de jeunes voyous?          

Éric furieux ne le laissa pas poursuivre…  

– Ton premier ministre se paie bien des jeunes que lui sert la police. Personne ne dit un mot. So. Je me mêle de mes affaires, qu’on ne se mêle pas des miennes. 

– Pour le premier ministre, ce n’est pas pareil. Si les gens apprenaient qu’il est pédéraste, il serait forcé de démissionner. C’est un maudit problème, non seulement pour lui, mais tout le cabinet. Il faut empêcher les jeunes de le faire chanter parce qu’ils se sont fait pogner le cul, surtout que ces jeunes délinquants sont présentés au premier ministre par la police. Imagine le scandale.

– C’est son affaire de poigner le cul à qui il voudra et ça prendrait une bande d’imbéciles de le forcer à démissionner pour une chose qui ne regarde pas son rôle ou son statut. C’est le meilleur premier ministre que nous n’ayons jamais eu. Les jeunes ne font tout de même pas de l’espionnage… Où est donc le danger, s’ils le désirent autant que lui, sinon les sales gueules.

– Je sais. Je sais, mais les gens sont trop bêtes pour le comprendre. Si grâce aux droits de l’homme, l’homosexualité, la pédérastie, le droit de se promener nus dans des endroits mêmes publics étaient autorisés, il serait possible dans une ou deux générations de faire disparaître ces tabous. Qui s’y risquera? Même si ces situations existent depuis presque toujours, ces tabous sont ancrés dans la mentalité des gens dès l’enfance. Qu’importe! Ce qui est important c’est que tu es rendu du côté des jeunes têtes folles.  

– Définitivement et à jamais, nos…  

– C’est ce que je voulais savoir…

  • Et, l’incident fut clos aussitôt. On parla de drogue et de prostitution.         
  • L’hiver se déroula sans incident. Paul initiait Éric à la neige. Il lui fit connaître encore une fois une foule de sensations. Éric connut le charme du blanc, sa fascination ainsi que celle du givre dans les arbres, de la tempête et des cris de loups. Il apprit à patiner sur un petit étang glacé, avec Paul, Roger et Mario pour professeurs. Deux pour lui tenir la main et l’autre pour le pousser au derrière.   Tout était à nouveau exquis.               

La vie est si belle quand il n’y a pas scrupule qui la déforme.

 Éric croyait que Paul avait abandonné ces idées de révolution qui circulaient un peu partout. Du moins, l’espérait-il.  

– Il est trop jeune pour se ramasser dans un tel cul-de-sac, sans savoir qui tire les ficelles dans de tels événements.

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