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La fin d’un État 5

février 6, 2021

La fin d’un État 5

Au Québec, on a inventé la littérature pour la jeunesse pour s’assurer de la protection (surtout sexuelle) des jeunes face à leurs lectures, mais rien pour les protéger contre les scrupuleux.

Les adultes devraient quant à eux pouvoir lire n’importe quoi si on respecte le droit d’expression. Dans notre monde malade, ce n’est plus clair donc autant ne pas prendre de chance.

Ce texte en particulier est réservé aux adultes. Même si les acteurs de la scène sont tous les deux majeurs.

Et ainsi, durant plus d’un mois, Éric réapprit à aimer le jeu et une multitude de petites choses qui lui étaient apparues jusque-là sans intérêt. Paul s’intéressait à tout, questionnait sur tout et s’émerveillait de tout.      

Éric entreprit avec lui cours par-dessus cours : judo, natation, photographie, astronomie, botanique, etc.   Durant des journées entières, les fins de semaine, il s’amusait à visiter de nouveaux coins du Québec avec le petit. Paul se montrait si curieux que jamais de sa vie Éric n’avait eu de cours de socio géographie aussi intenses et intéressants. Pour compléter leurs voyages, Paul et Éric se réfugiaient dans les bibliothèques municipales à la découverte de nouveaux auteurs, de nouvelles idées.        

Une seule fois, Paul put sortir tard le soir. C’était à l’occasion d’une nuit de poésie au Gésus. Paul manifesta tant d’intérêt à la poésie qu’Éric acheta des recueils. Il s’amusa d’en faire la lecture à son jeune protégé qu’il amenait aussi assez souvent aux représentations du théâtre du Midi afin de cultiver non seulement son sens de la beauté, mais celui aussi de l’ironie et de la gaieté. Éric vivait par cet enfant qui le forçait sans cesse à tout redécouvrir.                 

Petit à petit, Éric finit par trouver fade et ennuyante l’éternelle compétition des adultes, leur hypocrisie et le vide qu’ils expriment. Paul lui apprenait à s’intéresser au beau côté des choses, à ce que les gens enseignent plutôt qu’à ce qu’ils sont ainsi que le sens du rêve. L’auto compétition.           

— J’aimerais, disait Paul, que tous les jeunes puissent comme moi goûter à toutes ces expériences. Tu sais, Jules, le petit gars d’à côté, son père a été tué dans un accident. Il est malheureux. Il n’a jamais vu une étoile au télescope, ni une pièce de théâtre ou entendu un concert dans une vraie salle. Pourquoi en est-il ainsi? Tu sais, Éric, beaucoup de jeunes ne mangent pas à leur faim. C’est encore pire que chez nous. Leurs parents se battent tout le temps parce que ça coûte trop cher. Souvent, le père prend un coup de trop et ça empire les choses.

Paul poussait alors un grand soupir et lançait :        

– Il faudrait que…      

Mais il ne finissait jamais ce qu’il entreprenait de dire.        

Éric faisait semblant d’ignorer que le petit parlait de misère en connaissance de cause. Il était si fier de le sortir par intermittence de sa condition. Paul n’oubliait pas que d’autres comme lui aimeraient échapper à leur sort, grâce à un prince charmant. C’était peut-être égoïste.   Éric était bien conscient de recevoir plus, juste par la façon de vivre de Paul. Sa présence avait plus de valeur que tout l’argent dont il possédait.   Paul lui donnait la vie, le bonheur.  

Éric se sentait parfois très vieux, particulièrement quand il ne parvenait pas à ressentir avec Paul l’allégresse glisser en lui comme un bon vin. Il devenait malheureux à chaque absence de Paul. Aucune présence ne comblait autant le temps et l’espace que Paul.          

Éric se sentait vide et angoissé quand il ne se fondait pas dans un esprit de parfaite communion avec Paul. Il pouvait d’ailleurs ressentir parfaitement quand Paul vivait une différence de sensation ou de sentiment.          

Éric souffrait aussi d’un malaise bizarre. Il était effrayé par un goût qui prenait naissance soudainement, un désir qui l’effrayait : il voulait faire l’amour avec Paul. Il rêvait de caresses infinies.   

Souvent, il aurait voulu crier son amour au petit, le presser contre son cœur, le caresser en regardant les étoiles; mais jamais il n’osait.   La religion, l’éducation et le commerce des femmes ont forcé les sociétés à accepter une sexualité faite pour mieux exploiter les humains. La société se fiche de savoir si ces règles et cette morale lui conviennent.   

Il craignait que Paul le méprise s’il manifestait ce désir ou encore qu’il profite de ses besoins impérieux pour dorénavant le dominer, fort de son enfance et d’être supposément normal, lui.   Pourtant, ce besoin apparaissait de plus en plus vital.

Une fin de semaine, pour fêter la fin des classes, alors qu’ils s’étaient rendus camper au sommet du Pinacle, près de Barnston, Éric et le petit décidèrent de se baigner nus dans la rivière chez Provencher.        

Sous le pont, dans un trou d’eau à peine assez grand pour nager à l’aise, Éric s’amusait à courser avec Paul et à tenter de le saisir. Un instant, il le serra dans ses bras. Il sentit son membre en érection se promener contre les fesses bien rondes de Paul. Il le relâcha, animé d’un vertige qu’il lui avait jusqu’alors été inconnu. Au moment où tout son être se concentrait sur ce plaisir, tout lui sembla se fondre dans le plaisir de sentir le corps de Paul contre lui. L’eau par sa fluidité, Paul par le velours de sa peau, l’impression que les arbres se mêlaient à ses cheveux, le bruit de la rivière mêlé à son rire… Tout devenait unique. Un flash l’envoûta. Éric se sentit rajeunir. Il bondit sur le bord du ciment qui pénètre la rivière, se rejeta à l’eau près de Paul qui à pleines brassées s’en sauvait. Une course folle. Tout était sourires, regards, éclats de rire.   Un mouvement continuel d’angles, de visions dans un tout, un instant, une sensation. Éric était atteint si profondément d’une telle joie qu’il perdit tout sens de la mesure. Il frissonnait de l’ivresse de sa nudité aquatique. Tous ses sens étaient à l’affût. 
  
Pour ne rien manquer d’aussi intense, il ne pensait plus. Il se laissait envahir, guider par ses sensations, aveuglément. Il joua ainsi, hors de toutes les contraintes, avec Paul, jusqu’à ce qu’ils soient épuisés tous les deux. Alors, ils se laissèrent glisser dans le moins profond, près du barrage de roches, l’un par-dessus l’autre, l’un pénétrant l’autre de sa folie, de sa fièvre. Éric se tassa. Il avait étendu son bras sur le bord des fesses de Paul, s’appuyant légèrement de l’autre main à son épaule, mi- cheval, mise à l’eau, les deux soupiraient violemment, tentant de se reposer. Éric tourna Paul et l’embrassa. Celui-ci silencieux se tira plus sur la rive, Éric à sa remorque. Ils restèrent ainsi plusieurs minutes.
 
Paul se releva, se dirigea vers la grève, suivi d’Éric qui l’empoigna par en arrière. Le secoua doucement. Paul riait ainsi qu’Éric quoique le petit parfois cesse ses rires pour lancer, sans chercher toutefois à le blesser, plutôt pour le taquiner :     « Mon maudit cochon, va. »  Une façon de signifier qu’il saisissait bien le sens du jeu.       

Éric tourna Paul sur lui-même comme une toupie, l’arrêta, l’embrassa en lui frôlant le dedans de la cuisse. Paul ne manifesta aucune résistance, ni aucune répugnance. Il manifestait même un certain laisser-aller par la mollesse avec laquelle il se laissa tomber ses bras autour du cou d’Éric qui, tout à coup, dans sa main, sentit une petite verge qui durcissait lentement, en soubresautant. Éric fut étonné de l’impression que suscite de tenir entre ses doigts une si petite queue, non seulement par la longueur, mais par le volume… quelques secondes plus tard, il sentit une toute petite bourse toute crispée.   

Paul riait. Ses yeux étincelaient. Il était encore plus beau que ne l’avait imaginé Éric. Est-ce vrai ou une impression?   Paul aimait-il ça? C’était important, mais ce n’était pas le moment de jouer les scrupuleux. La vie offre parfois des cadeaux. 

Éric ferma les yeux, la rivière chantait et une légère brise lui rendait plus agréable la sensation de l’eau qui s’égouttait sur leurs corps. Il se pencha, embrassa le petit sur les paupières puis par tout le corps, avant de laisser glisser cet agréable petit pénis, en pleine euphorie, entre ses lèvres.        

Éric était à genoux, le petit debout devant lui. Éric le caressa du bout des doigts comme sur les mamelons d’une femme alors que Paul se tortillait d’ivresse.   Soudain, après quelques lamentations, Paul s’étendit. Éric poursuivit ses caresses et le mouvement des lèvres, avec plus de synchronisation. Paul se mit à siffler, il venait pour la première fois d’éjaculer. Éric, heureux, d’avoir procuré un tel plaisir songea au fait qu’on dit qu’un garçon est toujours marqué par ce qui l’entoure et participe à sa première éjaculation, comme si cette sensation s’imprégnait éternellement dans la mémoire. Étant la plus troublante, le jeune recherchera toujours à réinventer cette sensation originelle. Est-ce vrai? 

Paul était troublé ne sachant pas exactement à quoi rattacher cette étrange et extraordinaire sensation d’évanouissement. Il était cependant fort heureux, pendu au cou d’Éric, comme un enfant effrayé qui cherche la sécurité dans les bras de l’autre. Ils examinèrent à nouveau la beauté de la nature et ils retournèrent à leur camp.            

Tout au long de la nuit, Éric caressa le corps du petit qui semblait devenu un ange comme pour mieux s’offrir en portrait. Il savait que dorénavant Paul ne serait plus son protégé, mais son amant.

Éric était surpris de l’ivresse qui l’avait envahie en caressant Paul qui prenait plaisir à découvrir les différentes gammes des frissons. Dans un temps très court, il était parvenu à prévoir le genre de frissons que ses doigts apportaient en se promenant sur tel ou tel espace du corps laissé à l’abandon. Ses doigts coursaient, précédant la volubilité des rires de Paul. Ces gestes se traduisaient de plus en plus en tortillements du corps, un léger sifflement des dents, des soupirs et le tremblement des lèvres.          

Éric fut aussi ravi des courbes de ce jeune corps, quelle harmonie! Il n’avait jamais rien vu de plus beau. Et ce petit pénis, si dur, si gesticulant, sous les poussées de sang, se prenant sans doute pour une flèche qui veut pénétrer un bas ventre encore vierge, plat et harmonique. Comme ce corps était d’une grande beauté! Était-ce le jeu de la lune sur cette peau tendre? Paul ressentait-il aussi la joie intérieure de communiquer avec quelque chose qui répand en nous une sensation de fraîcheur, de pureté, d’avoir réalisé un grand rêve? Éric comprenait très bien que pour Paul faire l’amour n’avait pas le même sens que celui des adultes. C’est un jeu purement et simplement. 

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