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La fin d’un état 2

février 3, 2021

La fin d’un État 2

Le Québec  a déjà un gouvernement honorable qui rassure tout le monde, fait la guerre au crime organisé, couche avec les corporations trop difficiles à manier et un peuple hautement satisfait de n’avoir plus qu’à écouter la télévision ou faire son tour de skidoo.            

Tout ne peut pas être parfait; Éric avait de sérieux problèmes d’adaptation. Il ne pouvait pas louer le génie américain sans subir une forte désapprobation de certains collègues de travail plus sympathiques à un groupe d’extrémistes qui voulaient revivre l’Algérie et qui préféraient la liberté aux bombes à microbes de l’oncle Sam.   

Pour être accepté de toutes ses poulettes, Éric dut mettre en veilleuse son zèle à satisfaire tout le marché du travail puisque les malheureuses Québécoises croient encore dans le péché de la chair et la vocation féminine de l’exclusivité, du grand amour que les magazines mâles entretiennent volontiers pour garder une certaine classe à la chasse.  

Trois des meilleures « gonzesses » excédées achetèrent leur carte de membre du Front de libération de la femme et se ramassèrent en prison à la suite d’une manifestation pour la légalisation de l’avortement.           

Pourquoi ses femmes voulaient-elles tant porter l’étendard de cette revendication puisqu’elles prenaient sans cesse la pilule? Se demanda Éric qui ne comprenait pas la femme ravagée par l’inégalité et exploitée de mille facettes. Comme tout homme rageusement misogyne dans ses semblants d’amour, Éric ne comprenait pas la répugnance de ces êtres à se perdre dans un incognito qui les rejoint jusque dans leur chambre à coucher.    

Excité, pour se venger, Éric poussa son dévolu jusqu’à s’enrôler dans les bérets blancs…

Dès son arrivée à Rougemont, en voyant Gilberte Côté Mercier, Éric comprit l’esprit de frustration, de masochisme des membres de ce mouvement religieux.

Les bérets blancs comprenaient surtout des pauvres. C’étaient de bonnes personnes dans tous les sens du mot. Elles auraient pu fournir un laboratoire de classe à Freud dans ses études sur l’hystérie et la névrose. La plupart des membres souffraient d’une éducation enfantine ultra-puritaine, de complexes d’Œdipe problématiques et surtout, d’une peur bleue d’être animal, c’est-à-dire d’être mortels.          

Éric apprit alors à devenir un vrai fédéraste puisque ce mouvement croyait toujours dans la mission toute divine d’une terre catholique et française d’un océan à l’autre.        

Il passait de longues journées à distribuer des prières, des Vers demain et de longues soirées à se masturber en se remémorant son harem de la rue Sanguinet.

Éric était effrayé par le besoin de ces gens à devenir martyr. La secte évaluait leur vérité proportionnellement aux résistances et aux injures reçues dans le porte-à-porte.

Plutôt que de s’interroger sur l’aspect diaboliquement maladif de leur foi, ils préféraient se haïr au point de vouloir se détruire parce qu’on n’est pas parfait, étant seulement des hommes et non des anges. À travers leur mission, les bérets blancs rêvaient secrètement d’être crucifiés comme leur Sauveur et de voir le monde s’enliser, même l’Église, dans le vice total pour donner raison à leurs enseignements apocalyptiques.

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Éric était aussi renversé de constater que ces adeptes d’un monde meilleur rejetaient tout du monde actuel et principalement le dieu Argent qui affiche une tête de reine ou un président américain.     

« Plutôt que se suicider parce que le monde ne répond à leurs aspirations, qui tournent toujours autour de la pureté, ils se jettent tête première dans la grande famille bérets blancs qui s’évertue à effacer leur peur de la mort et de l’enfer, en leur offrant une vie garantie au ciel en échange du contenu de leur portefeuille. 

Ils vivent à une autre époque, une période en dehors de notre monde et de notre temps. Ils sont de l’époque où petit enfant, la mère raconte des histoires religieuses alors qu’on l’entoure et qu’elle nous réchauffe de son affection : les seuls moments chaleureux de la vie tolérés par ces sectes de déséquilibrés. » Notait Éric dans son journal intime. 

Même si la Vierge avait oublié son rendez-vous à Saint Bruno et à Bay Side, New York, les pèlerins croyaient toujours dans le miracle prochain.   

Si la foule n’a rien vu, c’est qu’elle n’était pas choisie. Il ne faut pas mettre en doute la parole d’adolescents ou adolescentes qui cristallisent dans la réalité religieuse le fruit de leur imagination torturée avec l’arrivée des premières hormones.

Quant à la comète qui devait par sa luminosité prouver la véracité des dires des anciennes sectes religieuses, elle s’est aussi vendue au diable, sachant qu’au rythme où vont les choses, même les analphabètes, à cause de la radio, pourraient douter du message venu de l’éternel.   

Sa mission évangélique se poursuivait puisque ces trois gonzesses appartenaient toujours à leur mouvement diabolique et avaient même commencé à fréquenter quelques clubs de lesbiennes pour renforcer leur haine du mâle. Le mâle, cet animal qui exploite leur talent, leurs loisirs jusqu’à leur jouissance. Par contre, fauchées, elles reprenaient vite leur rôle de femelles, soudoyant quelques pauvres cancres de leur charme pour une bouteille de whisky, une soirée de bal et un tour d’auto dans les Laurentides.      

Elles se révoltaient, dans ces retours au passé, contre le manque évident de courtoisie des garçons d’aujourd’hui à qui il ne manque plus que le port de la brassière pour devenir un objet aussi convoité que la femme qui, grâce à Playboy, est une marchandise parfois aussi commune que la margarine. Elles exultaient contre ces gars qui n’ont plus assez de couilles pour continuer intrépidement la chasse d’où leur ennui et leur besoin de « partir » pour venir au monde.

Éric se sentait dépérir, faute d’exercices. Il avait le moral bas, malgré la récitation des chapelets supposément susceptibles de détourner ses pensées de la rue Sanguinet, et la petite fortune dérobée à l’insu des œuvres de charité.      

« À quoi me servent tout ce fric, ma belle position, ma belle voix, si je ne peux pas me payer le luxe d’un grand amour? »      

Il avait beau aller voir Love Story. Les deux femmes en or, et le Last tango in Paris (même s’il fallait payer un prix de fou, la culture étant aussi devenue denrée de consommation), rien à faire. Il se sentait toujours vide. Il alla même jusqu’à écouter Mannix, à croire dans la sincérité de Nixon, s’intéresser à ce que justice lui soit rendue et lire La Tribune, de Sherbrooke. Rien. Tout l’ennuyait. Peut-être la vie québécoise manquait-elle de saveur? De piquant?  

Éric se demandait bien quoi inventer pour oublier les chapelets à réciter et les méditations sur la septième apparition du diable, celle au cours de laquelle Satan voulait enculer le curé d’Ars. Ce saint le repoussait en roucoulant, déjà les spasmes de la jouissance se manifestaient.   L’imagination est plus rapide que le diable, d’où son drame intérieur. Les livres tinrent ce secret, mais le pauvre curé resta une semaine le doigt pris dans le derrière, à la suite de cette hallucination.  

La Providence l’exauça.   

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