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La fin d’un État 1

février 2, 2021

La fin d’un état

par

Jean Simoneau

  La fin d’un état    (roman)    

                     « La vie, on l’a eue pour rien;          
                         on la vit pour rien; 
                        sans illusion, ni bavardage           
                        On est plus des moulins à vent…»          

                                            

                                      Dr Jacques Ferron, écrivain.

Éric Duclos était surnommé « Jevè pas trop mal marci », à cause de sa manie de toujours se servir de cette réponse, dès qu’on lui adressait la parole.

Il arrivera bientôt au Québec, saturé de la violence qui régnait dans son pays natal. Comme on dit, il en avait marre de toujours  péter les plombs, en regardant la vie politique dérouler ses scandales.                    

– Y a pu moyen d’aller nulle part, sans s’enfarger dans la morale bourgeoise ou se laisser endormir par le chant des vendeurs d’armes, avait constaté Éric.  

« Le monde d’aujourd’hui n’est pas comme celui de jadis. Hier encore, partout sur terre, les esclaves savaient très bien, comme il leur avait été enseigné dans le petit catéchisme, qu’il faut porter respect et aimer ses ennemis, en l’occurrence ses « boss ».  Lisait-il, alors qu’il étudiait la philosophie, en se masturbant dans les toilettes de l’avion.              

Éric avait bien des raisons de s’interroger sur la nature humaine,  Sa foi était tombée comme les bombes américaines, à l’aveugle.


Parisien d’adoption, il avait assisté à la préparation de la guerre de 39. Il savait que le Vatican avait grassement apprécié les penchants d’Hitler à combattre communistes et protestants, ses concurrents. Le pape avait joui à distribuer mille bénédictions au sauveur nazi        

Hitler, à sa façon, se permettait, après 2,000 ans de retard de récompenser le peuple juif d’avoir crucifié le fils du charpentier. Voulant une race pure, il put ainsi éliminer avec la bénédiction du peuple, l’Allemagne, des gais. Peut-être que les pays islamiques veulent suivre aussi bêtement son exemple?             
           
L’establishment du temps avait organisé la crise de 1929 pour combattre l’inflation et rétablir l’ordre par la faim. Ce combat ne s’était pas avéré suffisant et il a fallu ensuite la guerre de 39, celle du Vietnam et du Moyen-Orient.                     

Depuis, même s’il sait que ration signifie guerre entre cartels et pénurie pour les petits travailleurs, Éric fut toujours un mauvais étudiant.   Il avait perdu sa bicyclette et ne pouvait pas ainsi se rendre en classe.           

Sa bicyclette avait sur lui un effet similaire aux autos sport d’aujourd’hui, c’est-à-dire qu’elle compensait son impuissance et sa timidité dans la quête de quelques poulettes faciles à farcir.    

En 1929, selon Éric qui vivait sur une ferme, il y avait abondamment à manger partout. Pourtant, la population dut faire face à la famine. Évidemment, les produits étaient quelque part entre les mains de ceux qui contrôlent la production. Les dirigeants avaient oublié de fournir aux gens les moyens de se les approprier.         

Ce n’était pas différent d’aujourd’hui où l’on crée de toutes pièces une crise de l’énergie pour faire accepter une guerre ou tout au moins augmenter les prix et les profits.   

Même l’Église a depuis amélioré sa technique. Elle a créé des coopératives qui permettent aux presbytères et autres institutions du genre de ne pas souffrir de la crise du pétrole, ayant ses prix de faveur.          

Éric en avait par-dessus la tête de la guerre des corporations devenues milliardaires avec le sang des gens. 

Pour oublier les ravages de la guerre, Éric s’était d’abord réfugié en Angleterre.

À cette époque déjà, il était question d’Irlandais qui brassaient depuis longtemps des affaires plutôt bruyantes.    

C’est ainsi qu’Éric eut maintes difficultés à échapper à la rumeur publique quand les premières bombes tombèrent sur Londres. Tout le monde pensait qu’elle venait par courrier recommandé du pays de la verdure.        

Comme de nos jours, il meurt plusieurs soldats anglais en Irlande par semaine sans qu’on en fasse mention dans les journaux — les petits engins téléguidés d’Hitler ne parvinrent pas à la connaissance du grand public dans l’immédiat, seuls les services secrets savaient ce qui se passait.              

L’Irlande était à l’Angleterre ce que fut le Vietnam aux É.-U.  L’Angleterre s’imaginait vainqueur quand en réalité elle était vaincue puisqu’en plus des pertes de vies, les coffres de l’Église protestante en prenaient plein le nez. L’Angleterre dut maintenir une bataille fort coûteuse qui n’en finissait jamais. Aussi, les négociations de paix furent-elles entreprises au Vatican, sous le vocable de conseil œcuménique, c’est-à-dire » cessons de nous battre, ça paiera plus ».

Pendant son séjour en Angleterre, Éric eut l’honneur d’y rencontrer De Gaulle. Il l’avait aperçu, près d’un arbre dans un parc londonien, l’ayant d’abord confondu à une antenne. Le général n’avait pas une voix qui portait pour rien. Il devait se mettre à genoux pour discuter avec les gens bien ordinaires.  

C’est d’ailleurs De Gaulle lui-même qui, à la fin des hostilités, recommanda au brave Éric d’aller en Algérie, province française, développer ses talents de pompiste dans les puits de pétrole du coin.  

Dans ces voyages, Éric avait alors perdu au moins la moitié de son poids.   Cela ne l’empêcha pas, pour ne pas passer pour un cochon, en plus d’un colon chez les Arabes, et éviter d’être saigné le jour de la Pentecôte, de devoir se mettre à la disette.      

Plus de bœuf, de macaroni et de bière. Tabarnak ! Ce fut une dure époque.     

Éric ne pouvait plus comme au temps de la France coucher dans son lit d’eau, savourer ses éternelles crèmes à la vanille et rendre visite tous les dimanches après-midi à sa mère tuberculeuse depuis qu’elle s’était malencontreusement saucé le cul dans un puits en faisant du « ski trip » de fin de semaine.

Éric maigrissait aussi à cause du mal du pays. Il s’ennuyait à mort.          

Les Arabes faisaient pourtant de leur mieux; mais quand on a vu la guerre de 39, quel intérêt peut avoir celle d’Algérie?       

Après la révolution, certains extrémistes dénonçaient bien la nouvelle bourgeoisie algérienne tout en faisant de temps en temps fumer un puits de pétrole français en Algérie libérée (comme certains esquimaux font sauter des pipelines américains); mais quel intérêt cela peut-il bien avoir quand les cinés nous ont montré Néron brûler Rome pour une strophe de poème?

C’est ça le désavantage de trop vivre intellectuellement. Rien ne nous intéresse; sinon le doux sourire de sa maman au-dessus du berceau. Certains rêvent même d’un « ré accouchement » dans l’au-delà.   Éric n’en était pas là, mais sentait poindre en lui le besoin de se sécuriser.        

Il apprit dans des dépliants du gouvernement qu’un jeune pays anglais d’Amérique permettait de ramasser de l’or juste à se pencher dans la rue, Éric s’embarqua pour Montréal. Enfin! La liberté, la paix et la prospérité promise à tout homme de bonne volonté.    

À son arrivée au Québec, Éric fut surpris d’apprendre l’existence du français chez des Indiens qui, somme toute, n’avaient pas la peau aussi rouge que ça.

Ce n’est qu’après avoir rencontré les Italiens qu’il comprit que les Américains sont plus intelligents que les Français. Alors qu’en France, l’immigration permet aux Algériens de venir remplir les postes qu’aucun Français n’accepte pour tout l’or du monde, les Ricains exportent leurs boss au Québec. Ainsi les profits sont plus grands puisqu’il y a moins de gens à transporter.      

Éric a vite décroché un poste de « pim », ayant dans la voix un petit queuque chose qui semblait envoûter les Québécoises friandes de compliments et surtout de se faire chanter la pomme. Question d’habitude, l’immigrant remplaça le prédicateur de retraite s’efforçant de faire ressortir les bons côtés de la vie dans Saint-Henri.

Deux ans plus tard, il avait son auto et se servait assez de son machin pour recommander à toute sa famille de venir s’établir dans ce divin royaume où l’on parle de déplacer les glaces pour éviter les hivers. Le rêve de tout Québécois n’est-il pas de déménager Montréal à Old Orchard Beach, manger du pop-corn, se promener le long de la plage sans se baigner — l’eau étant trop froide? Existe-t-il un Québécois qui n’ait pas dépensé son million imaginaire? La vie de luxe pour compenser la chaleur des bancs de neige, quoi!       

D’ailleurs, le Québec a tout pour s’offrir un tel rêve.  

Note : Je n’ai rien changé au texte original quoiqu’aujourd’hui, je ferais quelques changements.

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