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La Thérèsa 12

janvier 29, 2021

Simoneau .Théâtre 27
La Thérèsa 12

Au début de l’été, le Dr Noël se rend à la mine.

Tous les jeunes sont sur le qui-vive, la majorité d’entre eux sont en ligne, car sa visite signifie l’arrachage de dents et les opérations pour les amygdales. 
  
Suzanne prétend qu’elle subira toute l’opération sans pleurer. Son père sort, la portant dans ses bras, inconsciente, la bouche en sang. Un des jeunes résume la situation.

C’est une vraie boucherie.
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Après ses opérations, le Dr Noël se rend chez Cloutier. Il lui explique qu’il n’a jamais réussi à avoir un seul chiffre de Caouette.

                                Cloutier  

Tout ce dont il nous parle, c’est de la volonté de Dieu. Il aurait mieux fait d’être curé.
   
Cloutier lui explique que la mine est certainement le « prospect» le plus riche qu’il ait jamais vu et connu. Cependant, la composition géographique porte à croire que la mine est faite comme une immense araignée dont les veines découvertes ne sont que les pattes. 
 
                                            Cloutier

Quand on découvrira le ventre de l’araignée, c’est plus que la fortune. Mais, il se peut aussi qu’à cause des volcans ces pattes d’araignée soient tout ce qui reste. Tout le ventre peut avoir été emporté sous la force des larves dans une immense faille. Ce serait d’ailleurs pourquoi nous trouvons de telles richesses dans le nord du Québec.          
      
Cloutier ajoute aussi que les résultats de Caouette sont probablement exagérés puisqu’il fait toujours les tests avec les mêmes récipients, mais « la richesse est vraiment là quelque part.»

Le Dr Noël insiste à nouveau. Il annonce qu’il se portera candidat au sein du bureau de la direction de la mine afin d’en avoir le coeur net.

Cloutier croit que son oncle, le Dr Noël, un bon libéral, cherche plutôt à camoufler ses intérêts politiques, en invoquant la possibilité d’une vaste fraude. 

Le Dr Noël souligne tenir de bonnes sources que quelques ministres influents de Duplessis ont investi personnellement dans la mine.

                                       Dr Noël

Une chose est certaine, je n’ai jamais vu autant de prêtres dans un même mouvement.

Cloutier l’assure que Duplessis est contre la Thérèsa. 

                                       Cloutier

Duplessis ne veut pas que l’économie des gens du Québec quitte le Québec.

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À l’été, le club Thérèsien organise sa première grande activité. Quelques 500 convives sont sur le terrain. Ils font connaissance et fraternisent quand Mgr Lambert et les Caouette font leur entrée.

On dirait la venue du pape. Tout le monde se précipite pour baiser l’anneau de Mgr Lambert et serrer la pince des Caouette.

C’est ensuite la messe de Mgr Vel, curé de Magog et aumônier du Club Thérèsien. Il oriente son sermon sur l’amour de son prochain. 

L’après-midi est consacré aux compétitions pour les enfants, surtout une baignade et des courses. Puis, c’est l’épluchette de blé d’inde.

Tous font la ronde autour du feu de camp, avant d’entrer à l’intérieur écouter chanter le curé Gadbois, de la Bonne Chanson.

Tout le monde insiste sur la chaleur des rapports entre chacun. Le président du club, M. Emérand Robidas, termine la soirée en insistant sur le fait que le ClubThérèsien doit être une grande famille. Tous doivent s’entraider. 

Il présente l’emblème et le drapeau du club.

                       ———————————–

À son retour à la mine, Caouette reçoit une délégation de femmes. Elle est organisée par Mlle Corriveau.

                                  Mlle Corriveau

Que les femmes meurent d’ennui, c’est bien compréhensible ; mais qu’elles meurent de peur qu’il y ait un accident sans que l’on puisse aller chercher du secours, surtout au printemps parce qu’il n’y a que de la boue, c’est inacceptable.
                              Caouette
Je viens d’acheter un système téléphonique d’une compagnie en faillite dans la Beauce. Chaque maison de la Thérèsa sera reliée aux autres. Il me semble que c’est hautement suffisant. Même au Québec, des tas de régions n’ont même pas encore d’électricité. Nous avons tous ces services ici. Qu’est-ce qu’il vous faut de plus ?

                         Mlle Charbonneau
C’est bien beau, mais s’il y avait un accident, que ferions-nous ?

                            Caouette
On a tout, sauf une liaison avec l’extérieur. Vous avez peut-être raison. Nous aménagerons le plus vite possible une route qui nous permettra de se rendre à Longlac en toute sécurité et en toute saison, sans devoir emprunter la rivière. 

Le pont sera certainement ce qui sera le plus long à construire. Je vous promets que ce sera fait dans les trois prochains mois.
  
Les femmes sont satisfaites parce qu’elles savent qu’avec Caouette ce n’est pas des paroles en l’air. Il tient toujours ses promesses.
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Un dimanche après-midi, Mme Couture, une femme très bien prise, entre à la maison par la rivière. Elle est assise au centre de la chaloupe. Elle n’est pas très brave de toute évidence. Les deux jeunes avec elle dans la chaloupe, quant à eux, semblent en assez bonne forme. Ils sont pour le moins pas mal pompettes.

Arrivée au quai, Mme Couture dit :
                                        
                                                     Mme Couture

Enfin, nous y voilà ! Ce n’était pas trop tôt.

Elle empoigne le bord du quai pour débarquer de la chaloupe, mais celle-ci s’éloigne et Mme Couture tombe à l’eau. Elle ne sait pas nager.

Les jeunes sautent à l’eau. Ils essaient de la saisir et de la soulever sur le bord du quai. Ils s’y prennent à trois reprises, mais rien à faire, elle est trop pesante. 

Son mari ainsi que d’autres mineurs accourent. Son mari sur le bord du quai est tout excité et crie : 

                                      M. Couture
                                   
Roxanne, godem it, dont drawn yourself !
On réussit à la sortir de l’impasse. Les jeunes rient de la situation en disant : 

                                   Jeunes
Jamais nous n’avons vu d’aussi beaux dessous de femme.

                   ———————————————————–

À l’automne, quelque 300 actionnaires venus du Québec, montent en train pour assister à la bénédiction de la première brique d’or.

L’après-midi, les dignitaires se présentent et coulent la brique. Mgr Lambert prétend que celle-ci vaut au moins 200,000 $. 

Fortin qui lit beaucoup se tourne vers un autre mineur.

                               Fortin

Non seulement, il manque de nous « péter » les dents dans la gueule à toutes les fois qu’il nous force à embrasser sa maudite bague, mais il est menteur comme un arracheur de dents.
    
À la grosseur qu’elle a, cette brique ne vaut pas plus que 75,000$.

Son compagnon est offusqué.

                              Mineur

Maudit incrédule! Un jour, Dieu te punira de toujours remettre en cause ce que Mgr Lambert dit. On ne doute pas de la parole d’un représentant de Dieu. Il ne saurait pas mentir.

                                Fortin (très bas)
Pauvre con !
                               Un vieux mineur

Personne ne se rappelle que l’on a déjà fondu une première brique, avant la guerre, avec les gars du lac St-Jean, pour la même mine. 

C’est la deuxième première brique. On est un peuple d’amnésique.

À la salle communautaire, c’est l’hystérie. Tout le monde danse et rit. L’abbé Gadbois chante quelques chansons.

Le lendemain, les visiteurs visitent la mine par groupe de 10. Ils repartent emballés.

Caouette remet deux pierres magnifiquement emplies d’or au vieil actionnaire Eugène Gauthier et son épouse, Clara Langlois.

                                     Caouette

À votre âge, vous ne pourrez certainement pas revenir souvent.

                             ————————————-

L’abbé Gadbois, devant un tel enthousiasme propose un nouveau projet aux dirigeants du Club Thérèsien qui en profitent d’être tous présents pour tenir une assemblée générale.

                                           Abbé Gadbois

Nous devrions nous servir de l’argent des actionnaires pour opérer la Bonne Chanson et ma petite radio à St-Hyacinthe. Cela nous permettrait d’avoir des gens de Montréal dans l’entreprise. Puis, ces argents seraient réinvestis ensuite, selon les nouveaux profits, dans la Thérèsa.

La Thérèsa est pratiquement inconnue à Montréal, même si La Presse a nommé M. Caouette, l’homme d’affaires de l’année.

                                 Leblanc

Pas question. L’argent de la mine va aller dans la mine.
    
                        Émile Simoneau (s’adressant à l’abbé Gadbois)
  
Je ne vous pensais jamais têteux de même. Le club Thérèsa a ses propres projets. Si ça marche, nous voulons construire des écoles, des centres de loisirs pour nos jeunes. L’avenir, c’est la jeunesse.
  
Puis, on a aussi discuté de la possibilité de créer une assurance qui serait une forme de garantie pour la retraite de tous les sociétaires.   Plusieurs sont âgés et nous devons leur offrir une sécurité.
 
Vous savez que je vous aime bien. J’admire ce que vous faites pour notre culture, mais le club doit d’abord et avant tout s’occuper de ses membres.
   
                                   Leblanc

S’il y a un sou du club de détourner, je peux vous assurer qu’il ne fera pas long feu.
                             
                                  Robidas

M. Leblanc a parfaitement raison. La Bonne Chanson doit avoir aucun lien avec la Thérèsa quoique vous puissiez demander au club de St-Hyacinthe de vous aider. Ce sera leur décision, non celle de la fédération des clubs.
      
L’abbé Gadbois laisse précipitamment le groupe, visiblement fâché.

                                 Abbé Gadbois

Je vais quand même en parler à M. Caouette. C’est lui le patron après tout.

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La Thérèsa ne produit pas assez d’or pour lui permettre d’opérer à profit. Les payes sont de plus en plus éloignées les unes des autres. Certains commencent à gronder de mécontentement.

                                  Mineur

Caouette devrait s’occuper de trouver l’argent pour nous payer plutôt que de jouer au millionnaire.
  
                                 L’autre

Il ne peut quand même pas recevoir les gens en guenilles. S’il veut susciter un peu d’espoir dans la mine, il doit démontrer qu’il a lui-même foi dans sa réussite.
  
                             Femme d’un mineur
   
J’étais chez lui, vendredi dernier. J’aidais Thérèse, sa fille, à faire le petit ménage quand un homme s’est présenté tout endimanché pour y voir M. Caouette.
   
À cause de notre tenue, il nous a pris pour les bonnes. C’était vraiment drôle. On ne l’a pas démenti. 

Quand il est parti, nous avons appris que c’était le ministre des mines de l’Ontario. Veux ou veux pas, Caouette est obligé de vivre comme un gars de son rang, s’il veut réussir.

                                  Mineur

Ça ne donnera pas à manger à ma femme et mes trois petits. 

Pour moi, l’aventure est terminée. Je retourne dans la Beauce. Là-bas, au moins, on est payé quand on travaille.

Deux familles décident de quitter les lieux. Les gens pleurent, mais il n’y a rien à faire … il faut bien nourrir les enfants.

                                Une femme

Maudites chanceuses !   Vous avez fini de vous ennuyer.

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