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Simoneau. Théâtre 14

janvier 17, 2021

Théâtre 14

Les puces 7

21— Intérieur — Chambre de Philippe — Corridor — Cuisine — nuit — 21

Philippe éteint sa cigarette et se dirige vers la cuisine, après avoir enfilé des boxers.

Gaston le suit, il est toujours nu.

Dans la cuisine, Philippe verse deux verres de coke alors que Gaston s’appuie sur le bord du poêle.

Soudain, Gaston râle, il lève la tête. Il a les yeux révulsés.


                                PHILIPPE  (en plaisantant)

 Arrête-moi ça. Je sais que je t’ai excité, mais pas au point de faire une crise d’épilepsie.

Gaston s’écroule sur le plancher au pied du poêle. La bave commence à lui sortir de la bouche. Il sautille de partout.

Philippe tourne Gaston sur le côté et lui relève légèrement la tête vers l’arrière. Il court ensuite dans la chambre de Gaston. Il ne voit aucun médicament, mais un petit sachet portant encore les marques de ce qui semble être de la drogue.

22— Intérieur — maison — chambre de Gaston – nuit — 22

Philippe cherche un sous-vêtement pour Gaston. Il soulève le pantalon étendu sur la chaise. Les poches sont vides.   Puis, il empoigne le manteau qu’il tient à l’envers. Un portefeuille tombe sur le plancher ainsi qu’un badge de policier. 

Philippe est secoué. Il se penche et ramasse le badge. Il le regarde longuement. C’est bien un badge de la GRC.  

                                     PHILIPPE
Ce ne peut pas être vrai! Il ne peut pas être un policier. Pourtant, c’est l’évidence même.


Philippe est furieux. Il replace le badge d’un geste fou dans les poches du manteau. Il est de plus en plus nerveux.   Il est si stupéfié qu’il commence à se frapper la tête sur le cadre de la porte de chambre, en répétant :                                   

                                    PHILIPPE
Ah! Le sale! Le sale! J’aurais dû me méfier davantage. C’était trop beau. Un jeune qui était tombé amoureux de moi. Je n’aurais jamais dû le laisser me toucher. Je suis bien puni maintenant.       

Il frappe à coups de poing dans le cadre de porte. Des larmes coulent sur ses joues.

23— Intérieur — Maison — Cuisine — nuit — 23

Philippe revient dans la cuisine. Il est surexcité à l’idée que son jeune ami puisse être un policier qui aurait infiltré la cellule dans laquelle il fait partie intégrante. Il ne sait plus exactement comment se comporter.  Doit-il se sauver de Gaston ou le laisser crever ? Il ne sait plus que faire. Il appelle finalement le 911. 

Il essaie inutilement de lui enfiler des sous-vêtements ; mais Gaston est trop mou. Il le tourne aussitôt sur le dos. Quand Philippe arrive à lui glisser des sous-vêtements dans chaque jambe, il ne peut pas les monter assez, car Gaston a une jambe prise chaque bord de la patte de table.

Il regarde Gaston nu, le sexe pendant.

                                PHILIPPE  (à haute voix)
Je ne peux pas le laisser ainsi. Les secours vont arriver et ils peuvent se servir de ça contre moi.

Il se lève prend le téléphone et compose 911.


                                     PHILIPPE (à haute voix)
Je vais leur dire de ne pas venir, qu’il va maintenant beaucoup mieux.

Philippe tourne en rond, le téléphone à la main, le numéro partiellement composé.

                                    PHILIPPE  (à haute voix)
Je ne peux pas le laisser de même. Flic pas flic ; cochon pas cochon ; c’est un être humain, kâliss! Je ne peux pas le laisser mourir…

Philippe raccroche bruyamment le téléphone, marquant sa contradiction intérieure.

                                  PHILIPPE  (à haute voix)

Oui, mais tout à coup que les secouristes me dénoncent pour avoir été avec un plus jeune que moi. La société est devenue folle. Elle ne sait même pas pourquoi elle interdit de telles relations. C’était de même avant, c’est de même maintenant. Je ne veux pas moisir en prison… Qu’importe !

Philippe tente toujours, sans succès, d’enfiler les sous-vêtements à Gaston qui, en étant trop mou, lui rend la tâche impossible. Il a beau levé une jambe, passer celle-ci dans le trou du sous-vêtement, il n’arrive pas à lever l’autre pour ne pas être empêcher l’enfilade à cause de la patte de table qui sépare les deux jambes. Philippe est trop excité pour réussir.

 Tout à coup, Gaston lui demande ce qui est arrivé.

                                    PHILIPPE
Ce n’est pas grave. T’as eu une crise d’épilepsie, je crois. Repose-toi. J’ai appelé du secours.


                                    GASTON
Fallait pas !   Fallait pas! Aide-moi, je vais me rendre dans ta chambre.

Philippe aide Gaston à se relever. Il le conduit dans son lit.

23— Intérieur — Chambre de Philippe — nuit — 23

Philippe regarde Gaston, étendu nu sur les couvertures. Il prend une nouvelle couverture dans la garde-robe et l’étend sur Gaston.
  
Soudain, on sonne. Il court. Les secouristes s’occupent de Gaston. 

                                 SECOURISTE (s’adressant à Gaston)
Voulez-vous venir à l’hôpital? Quand avez-vous fait votre dernière crise? Avez-vous des médicaments ?

                               GASTON

Laissez- moi tranquille! Je suis bien. J’ai tout ce qu’il me faut pour me remettre.

Il demande à Philippe d’aller chercher ses médicaments sur le bureau, près de l’ordinateur. Gaston avale quelques pilules.

Les secouristes quittent la chambre, faisant signe à Philippe de les suivre.


24 — Intérieur — Corridor — nuit — 24

                            SECOURISTE
Laissez-le se reposer. Il n’y a aucun danger.

                                     PHILIPPE
Il ne va pas mourir ?
                                 SECOURISTE (amusé)
Bien non! On ne meurt pas d’une petite crise d’épilepsie. Vous lui avez donné ses médicaments. Demain, il sera déjà en pleine forme…
             
 25— Intérieur — à la maison — chambre de Philippe — 25

Philippe s’assoit sur le bord du lit. Il regarde Gaston, tout ému. Il s’endort tellement qu’il décide de se glisser près de Gaston dans le lit. 
                                                GASTON
    Je t’ai finalement eu…
                                               PHILIPPE
Peut-être. Mais une relation sexuelle ne nous rend pas amoureux. Aimer, c’est autre chose que d’avoir du sexe pour du sexe.

                                                GASTON

C’est vrai, mais je sens que nous serons à jamais amoureux l’un de l’autre. 

                                               PHILIPPE
Si à chaque fois, que nous nous touchons, tu fais une crise; nous sommes condamnés à la chasteté.

                                               GASTON

Quel prétentieux? Tu ne crois tout de même pas que cette crise a un rapport avec le fait que je t’ai sucé. Tu m’excites, je te veux, mais ça ne me rend pas malade. Je n’ai pas fait cette crise parce que j’étais excité ; mais à cause de l’odeur d’eau de javel dans le passage.

26— Intérieur — Maison — Chambre de Philippe — la nuit — 26

Malgré la fatigue, Philippe caresse Gaston, tendrement, comme un massage. Il ne peut s’empêcher de se demander intérieurement :

                                        PHILIPPE (Voix hors champ)
Gaston est-il vraiment de la police? Un infiltré? Ça n’a aucun sens. Il ne le faut pas. Juste au moment où je redécouvre l’amour, mon bien-aimé serait mon pire ennemi. Je dois lui faire confiance. Il a sûrement une explication. Nous risquons notre vie ensemble. Nous avons accepté de former notre cellule parce que tout nous attire l’un vers l’autre. Et tant qu’à mourir, autant le faire ensemble, dans les bras l’un de l’autre.  


Philippe s’endort et est réveillé peu de temps après. Quand il se réveille, Gaston est collé sur lui. Il a trop chaud, donc, Philippe s’en éloigne.


                                   GASTON


Pourquoi te tasses-tu? Je suis un bébé qui a besoin de chaleur. Je suis l’ourson dans le froid sibérien. Je vais mourir de froid.


Effectivement, Philippe sent Gaston frissonner, mais comme il a trop chaud, il refuse de se laisser coller.

                                   PHILIPPE
Laisse-moi un peu respirer…
    
Philippe se tasse vers le mur. Gaston se tourne et commence à frapper Philippe dans le dos avec ses poings. Philippe ne sait pas comment réagir. Il encaisse les coups alors que Gaston biboye.


                          GASTON (biboyant : parlant en dormant)


Maudit qu’il fait froid dans cette tranchée. Il faut mieux me vêtir. J’ai froid et ce poêle qui me refuse sa chaleur. La vie disparaît.
    
 Gaston le martèle de coups. Philippe ne sait plus comment réagir. Gaston agit comme s’il dormait, mais sans dormir.

                              PHILIPPE (voix hors champ)

Qu’est-ce qui lui prend?   Serait-il devenu fou? Pourtant, il ne s’est pas frappé la tête en tombant. L’épilepsie ne rend pas fou d’habitude.

 
Finalement, Philippe se lève et se rend à la toilette où il chuchote à voix haute. Il se met à paranoïer.

27— Intérieur — maison — salle de bains — Chambre de Philippe — la nuit — 27

 
                            PHILIPPE


 S’il est vrai que les plans de la GRC sont de me tuer en prison, ils ont peut-être désigné Gaston pour m’exécuter avant. 

Voyons donc! C’est purement paranoïaque. Le petit m’aime vraiment. Ça se voit, ça se sent. Ce n’est pas parce que tu es jeune que tu ne te sens pas, que tu ne peux pas tomber amoureux. 

C’est vrai que les services secrets ont essayé de me tuer deux fois auparavant, mais je ne suis pas assez important pour qu’il prenne autant de risques. Infiltré ou non, il y aurait une enquête. C’est impossible. Et, Gaston ne peut pas être un traitre. Il m’aime trop pour ça. 

Je suis aussi bien de retourner me coucher si je ne veux pas devenir fou.

De retour, dans son lit. Gaston recommence à le caresser. Philippe s’abandonne. Il n’a pas trop chaud et il se tasse de nouveau.

Gaston recommence à le frapper. Puis, il tire toutes les couvertures de son bord.

Philippe essaie de les tirer à son tour. Gaston commence à le frapper à coups de pied. Il n’y a plus de doute, Gaston ne dort pas, il est conscient de ce qu’il fait. Gaston y va maintenant de coups de plus en plus forts.

Philippe prend peur et décide de passer à l’attaque, avant de se faire trop sonner.

Il saute sur Gaston et lui assène quelques bons coups de poing au visage. 

Gaston a le visage en sang.

Philippe essaie de l’immobiliser sur le lit, en le tenant par les poignets, mais Gaston est très solide.

Philippe sent qu’il est déjà épuisé alors que Gaston à la vue du sang devient fou furieux. Philippe tient toujours Gaston par les poignets alors que le torse de celui-ci a glissé entre le lit et le mur.

Gaston sort du lit et Philippe essaie de le calmer, de le raisonner.
 
                                  PHILIPPE
Arrête-moi ça! Qu’est-ce qui te prend ?
Gaston est face à lui. Tenant ses bobettes d’une main, car elles sont trop larges, elles lui descendent souvent sur les jambes et il les remonte au fur et à mesure.

                                 GASTON (l’air furieux)

Ah! Mon tabarnak! Regarde, je saigne. Pourquoi tu m’as fait ça? Tu vas me le payer.
      
Il tire ses bobettes devant lui. Il est nu devant Philippe, le visage déformé par la rage, les poings serrés et les yeux exprimant nettement la folie…

                                     PHILIPPE 
C’est quoi ton problème? T’as un contrat? Tu veux me tuer… ?   Tu veux mon lit? Tu veux l’appartement à toi seul? Pourquoi me fesses-tu? Je ne t’ai rien fait.

Gaston ne semble pas comprendre ce qui se passe. Il est cependant de plus en plus hors de lui-même. Il agite les poings, faisant signe à Philippe de s’approcher.

 
                                      GASTON
Viens, mon crisse, viens !

                                      PHILIPPE
Calme-toi !   Je ne veux pas me battre avec toi. Si t’aimer, c’est s’assurer de manger la raclée, je pense que tu t’es trompé de gars. Je ne suis pas masochiste.
                                  GASTON
T’as peur, en mon tabarnak !
Philippe sent un point brûlant à la poitrine.   

28— Intérieur — Maison — Cuisine — tôt le matin — 28

Philippe sort de la chambre et se rend dans la cuisine. Gaston suit Philippe, les poings ronds, jusqu’à la cuisine.   Philippe essaie de téléphoner, mais Gaston lui arrache le téléphone. Philippe se dirige de l’autre côté de la cuisine, près de la porte de l’extérieur ; mais il ne peut pas s’enfuir, car il est en bobettes.

Philippe observe Gaston et se dit qu’au moins il est loin des couteaux déposés sur l’armoire. Philippe est de plus en plus certain que finalement Gaston veut le tuer. Il essaie de négocier…

                    PHILIPPE
OK !   Tu veux l’appartement à toi tout seul, je m’en irai donc.
 
                  GASTON
C’est ça, crisse ton camp tout de suite !

                       PHILIPPE
J’ai payé le mois, je vais partir dès qu’il sera terminé.
        
Gaston se calme un peu. Il cesse de serrer les poings. Il semble ne pas trop comprendre ce qui se passe. Il s’effondre en larmes sur le plancher. Il regarde Philippe comme s’il appelait au secours. Philippe de plus en plus amoureux ne peut pas résister. Il s’approche de Gaston lentement et essaie de le consoler, persuadé qu’il se passe quelque chose qui lui échappe. 

Philippe amène Gaston dans sa chambre et le laisse se reposer. Dès que Gaston s’est endormi, Philippe en profite pour retourner dans sa chambre où il enfile un jean.

Gaston arrive dans le cadre de porte de sa chambre.   Il a l’air éberlué. Il se tient la main sur la joue comme s’il avait un mal de dents.
                                    GASTON

Qu’est-ce qui arrive?    Pourquoi suis-je en sang ?

                                        PHILIPPE

Je ne le sais pas. Tu as commencé à me frapper et j’ai dû me défendre. Que veux-tu, j’étais champion de boxe quand j’avais de ton âge.

Philippe sort de la chambre et revient avec une serviette. Philippe fait des compresses sur les blessures de Gaston qui a déjà un œil au beurre noir et une lèvre fendue. Philippe est bien navré de la situation. Il met beaucoup de zèle à soigner Gaston.

Philippe réexamine Gaston. Il a l’air bouleversé. Philippe s’aperçoit soudain, en avalant, qu’il a sans doute été blessé lui aussi; car sa salive goutte le sang. Il vérifie en passant un doigt dans sa bouche. Il en ressort tout rouge.

Philippe et Gaston ont retrouvé leur calme.

                       GASTON
Il faudrait dormir. Je vais chercher mes pilules.

En arrivant à son bureau, Gaston se rend compte que Philippe lui a donné, par mégarde, quand il a fait sa crise d’épilepsie, les cachets de drogue qu’il avait laissés sur son bureau. 

 Gaston et Philippe se recouchent, mais cette fois, Philippe se laisse caresser. Gaston s’endort, la tête au creux de l’épaule de Philippe.     

 Philippe profite du sommeil de Gaston pour quitter la chambre.

 Philippe ne sait plus que penser. Même s’il est de plus en plus amoureux, il ne veut quand même pas trahir son pays, en tentant la chance.  Le mouvement de résistance ne pouvait pas être trahi grâce à un agent infiltré. Il profite donc du sommeil de Gaston pour téléphoner à son agent de liaison dans l’organisation terroriste.


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