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Simoneau.Théâtre 13

janvier 16, 2021

Théâtre 13

Les puces 6

15— Maison — Chambre de Philippe — Vers 18 h 30-      15

Gaston quitte l’appartement.

Philippe se rend à son garde-robe. Il examine quelques habits, des manteaux, des pantalons et en met quelques-uns de côté pour Gaston.

À son retour, Gaston crie : « Philippe! Philippe! », puis se rend dans la chambre de celui-ci.


                                               PHILIPPE

Essaie ça !

Philippe lui présente un habit assorti d’une veste. Gaston, visiblement heureux, lui remet le 5.50 $ et enfile l’habit, mais les pantalons sont deux fois trop grands à la ceinture.


                                              GASTON
Ce n’est pas grave. Je vais mettre la veste et le manteau.


                                            PHILIPPE


Ça n’a pas de sens. Ça ne se fait pas. C’est un tout. Sans ça, ça l’air fou.


                                         GASTON

Si moi, j’aime ça, ça pas d’importance. 

Gaston saisit le manteau d’automne. Il l’enfile avec fierté.


                                           GASTON


Un vrai manteau de la gauche.

Philippe sourit. Il est visiblement joyeux de voir Gaston heureux. Philippe retourne à la cuisine où il met une dernière main au riz et fait cuire les steaks pendant que Gaston est de bonne humeur. Ce dernier place deux chandelles et fait brûler de l’encens.

Gaston tout sourire, la veste et le manteau sur le dos, avec une cravate, mais une paire de jeans.


                                   GASTON (excité)


Il ne faut pas manger tout de suite, il faut d’abord fêter notre union…
          
Philippe sursaute au mot union. Il regarde Gaston, vient pour l’engueuler, mais le sourire ce celui-ci est si radieux qu’il n’en est pas capable.

                                                 GASTON

 
Tu récites le poème qui te représente le mieux et nous trinquerons au pouvoir des mots.


Philippe prend son manuscrit de L’amourajeux et cherche son poème. On entend alors la chanson « Le mouton noir », de Plume Latraverse, à la radio.

Terminé, Gaston baisse le son du poste de radio.

Philippe récite ensuite « À droite toute »…

Quand il a terminé, Gaston applaudit à tout rompre, mais Philippe lui fait signe de garder le silence quand on entend en sourdine « Cette blessure », de Léo Ferré. 

Philippe s’approche et lève un peu le son…


                                           GASTON


Maudit que j’aurais aimé avoir écrit ce texte. C’est bien toi : deux passions : la beauté des petits gars et la liberté de notre nouveau pays, la République du Québec.


                                          PHILIPPE

Une seule et même passion. La jeunesse et le pays.

Philippe et Gaston trinquent.

Ils soupent en silence avec avidité. On y entend « Québec, mort ou vivant », de Pauline Julien. Puis, c’est un classique, le Boléro, de Maurice Ravel.


                                             GASTON


Les 70, c’était le bon temps. T’as pu connaître tous les grands de notre littérature. Parle-moi un peu de Miron et Langevin. Tu les as connus, toi.


                                           PHILIPPE


C’étaient des monuments. Godin, le sourire, l’œil taquin ; Miron, l’intelligence, la parole et ce cher Gilbert Langevin, la lucidité incarnée, l’engagement contre la misère des petits. Les vrais piliers de notre culture.
                                         GASTON

Ce qui est écœurant, c’est qu’à cause de mon âge, je ne les aurai jamais rencontrés.


                                       PHILIPPE


Tu ne seras pas le seul. Très peu de jeunes les connaissent. Au Québec, on n’a pas encore compris que la culture, c’est le pays.
        
Philippe devient soudainement triste.

Gaston se lève et tire du sac une deuxième bouteille de vin. 


                                      GASTON

Surprise!   J’en ai aussi payé une. Fêtons d’être ensemble.


                                       PHILIPPE

Je suis d’accord; mais je veux que tu saches que je suis dû pour Haïti. Je suis écœuré d’être ici, dans un pays de féminounes.

                                      GASTON
Je te vois en Haïti, rôtir au soleil avec ton problème de peau. Tu serais pire qu’un Bar-B-Q.

Philippe se met à rire comme un fou.


                                        PHILIPPE

Enfin libre! Plus de dictature féminoune, plus de fédérastes…


                                      GASTON

Fuck les femmes! Vive le célibat et l’amour gai…   Comme ça t’as vraiment eu une aventure avec un jeune quand tu t’es fait prendre? Je ne comprends pas pourquoi maintenant tu ne veux plus rien savoir. Était-il plus beau que moi?   Je ne suis pas si vieux que ça, je ne suis pas encore passé date pour un pédéraste.


                                       PHILIPPE


T’as rien compris. L’amour, ça ne se commande pas. Il a eu peur que je le trompe et il a voulu se venger…

 
                                      GASTON


Oublie ça. Je suis là maintenant. Ce n’est pas le temps d’être triste. Chantons un peu, ça te fera oublier un peu.


Philippe et Gaston finissent la bouteille de vin en chantant <Chevaliers de la Table ronde >. 

18— Intérieur — Maison — salon — 18


Après avoir chanté, ils se rendent au salon où ils écoutent de la musique particulièrement du Léo Ferré.

On entend Ferré : « Le problème avec la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres.»

Philippe prend le livre Tribunal d’honneur. On entend le Concerto no 1, de Tchaïkovski, pendant qu’il lit.

Gaston s’approche et pose sa tête sur son épaule. Il regarde Philippe amoureusement. 

Philippe sourit à Gaston et enlève lentement la main de Gaston qui se glisse vers son entrecuisse.

 Puis, on entend Bob Marley dire : « Don’t worry, be happy »

 Philippe pleure, car c’était la chanson favorite de son fils ainsi que le message qu’il avait laissé lorsqu’il s’est suicidé quelque trois ans plus tôt.

Gaston essaie, impuissant,  de consoler Philippe. Il le prend dans ses bras, mais Philippe s’en défait avant de se rendre dans sa chambre. Gaston l’entend pleurer et dire :

                            PHILIPPE

 Maudite vie! Je serais mieux mort. Pourquoi? Pourquoi t’es-tu enlevé la vie ?

19— Intérieur —   Maison — Chambre de Gaston —   Nuit.   19

Gaston arrête la musique et s’en va dans sa chambre. Il s’étend sur son matelas dans le centre de sa chambre. Il fixe le plafond.

                          GASTON


Philippe !   Philippe?   Dors-tu ?


                     PHILIPPE (voix hors champ)


Pas encore. Mais, si tu peux te taire, ce ne sera pas long…

                     GASTON

Ce n’est pas juste. Moi, je couche par terre et toi t’as un beau lit douillet.

 
                     PHILIPPE


Veux-tu te fermer. Pis dormir !  (Il lève la voix).


20— Intérieur — Chambre de Gaston — Chambre de Philippe – nuit — 20


Gaston se lève. Il est nu. Il se rend dans la chambre de Philippe au pied de son lit. Il appelle Philippe, empruntant une voix braillarde.


                    GASTON


Philippe ! Je peux juste venir coucher à côté de toi ?  J’ai trop mal au dos sur ce matelas-là. Si je ne peux plus dormir et que je tombe malade, ce sera de ta faute. T’auras tué un écrivain (avec une voix encore plus insistante).

                      PHILIPPE

Arrête de jouer au bébé. !

                    GASTON

J’ai mal au dos (avec une voix de plus en plus braillarde)


                      PHILIPPE  (impatient)

OK, d’abord! Mais, tu restes de ton bord. Tu ne me touches pas.
  

Gaston est heureux. Il se rend près de la fenêtre et l’ouvre toute grande.
Il s’enfile ensuite auprès de Philippe, tenant bien ses distances, au début.
Il regarde la fenêtre, espérant que le froid fera le reste. Il sourit.

Effectivement, Philippe finit par se coller sur lui.   Gaston commence du bout des doigts à le caresser sur la poitrine, sans que Philippe s’y oppose.
Gaston le caresse avec insistance jusqu’à ce que Philippe se tourne et lui rende la pareille. Philippe, à son tour, effleure le dos de Gaston du bout des doigts.
Gaston essaie sans succès d’embrasser Philippe. Gaston est surexcité. Il met toutes ses énergies. Il prend la main de Philippe et la place sur son sexe.
Puis, Gaston se penche et suce Philippe. Philippe se laisse faire. Il caresse la chevelure de Gaston, de plus en plus excité. Gaston constate que Philippe garde toujours les yeux fermés quoiqu’un large sourire trahisse sa profonde satisfaction. Philippe, après voir éjaculé, repousse la tête de Gaston. Il se relève et fume une cigarette.

 
                           PHILIPPE


Ça fait si longtemps, je ne me rappelais pas que c’était aussi divin.


                         GASTON


Je savais que t’étais pour aimer ça. Tu n’avais qu’à te laisser aller. Pourquoi as-tu toujours gardé les yeux fermés ?  


                           PHILIPPE

Pour mieux goûter tout, même si je ne veux pas y prendre goût. C’est plus important de l’écrire, de le chanter; mais comme tu dis pour ce faire, il faut d’abord le vivre…

                           GASTON

C’est tellement plus agréable de vivre que de le chanter…


                             PHILIPPE


Si je veux continuer ma carrière d’enseignant, je n’ai pas le choix. Je dois me plier aux normes et vivre en hypocrite.

                               GASTON


Pas du tout. J’ai l’âge de consentement. Nous avons le droit. Le système est assez fou qu’il veut maintenant établir un nombre d’années maximum entre les deux amants pour s’assurer que les vieux ne touchent pas aux plus jeunes. Quelle Gestapo! Ils font semblant de vouloir nous protéger, mais tout ce qui les intéresse c’est de nous dominer, de diriger jusqu’à notre sexualité, la source même de notre personnalité. Il n’y a pas d’âge qui soit mieux l’une que l’autre. De quoi se mêle-t-on?  Bandes de fascistes !

  
                             PHILIPPE


Merci de la leçon. Je vais prendre un coke dans la cuisine. Ce fut tout simplement divin…


Philippe embrasse Gaston pour le remercier.



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