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Simoneau.Théâtre 12

janvier 15, 2021

Théâtre 12

Les puces 5

10— Intérieur — Maison — corridor — 17.30 —    10

Philippe et Gaston s’appliquent à nettoyer le corridor. Le passage est assez étroit, mais très long. Il passe devant les chambres. 

Philippe et Gaston se lancent parfois de l’eau et rient de leur mésaventure.

                                GASTON
On aura au moins appris à laver des planchers, si on ne s’entraide pas comme écrivain. On saura mieux effacer les taches.
Philippe constate que Gaston frotte toujours à la même place.
                             

                               PHILIPPE

Tu pourrais frotter ailleurs de temps en temps. À ce rythme-là, on va être encore là, l’an prochain.
                                               GASTON
Ceux qui ont peinturé le plafond n’ont pas fait attention. Y a des taches de peinture blanches partout. Je n’aime pas ça, ce n’est pas beau.
                                   PHILIPPE (s’impatiente)
Je m’en sacre des taches blanches. Le temps n’est pas à l’esthétisme, mais à ce qui est pratique… Éliminer la possibilité de puces. Nettoyer pour rendre l’appartement viable. On verra ensuite si on peut l’améliorer. Ce soir, je ne veux pas commencer à devoir me gratter…

                                       GASTON

Fais ce que tu voudras. Je fais ce que je veux. Je ne peux pas vivre dans ce qui est laid…

                                       PHILIPPE
Moi, je ne peux vivre dans ce qui est malpropre…
                                           GASTON

Petit bourgeois !

                                           PHILIPPE

Il faut bien venir de la rue pour jouer au snob !

Philippe multiplie sa vitesse pour compenser les lenteurs de Gaston. Même si Gaston frotte toujours aux mêmes places à la laine d’acier, les taches persistent. Il frotte, regarde, puis recommence.
                                           GASTON
Ça ne part même pas…
Philippe passe vite le corridor à la moppe.

Gaston découragé se relève et va s’asseoir dans la cuisine. 

11— Intérieur – maison – salon — 19 heures — 11

Philippe lave le salon et crie à Gaston de venir l’aider à entrer les meubles par la fenêtre.

Le sofa prend tout un mur. Même s’ils sont dans les coins, la causeuse et la chaise de salon prennent plus d’espace que prévu. Quant au meuble du système de son, il occupe le reste de la place. Il y a même une table et une lampe qu’ils n’arrivent pas à entrer par la fenêtre, faute d’espace.

                                              GASTON
Tabarnak! On n’a même pas de place pour nos ordinateurs.
                                            PHILIPPE
Il ne reste plus qu’une solution : on les met dans ta chambre. Avec les mousses au centre, on pourra placer les ordinateurs tout autour…
                                                GASTON
Pas question! Je veux vivre moi aussi. J’ai besoin d’espace pour marcher et travailler la nuit.

                                          PHILIPPE
Tu feras comme tout le monde, tu travailleras de jour.   De toute façon, je t’ai averti avant que durant la nuit je veux dormir. Ce fut la seule condition posée pour venir habiter avec toi.
                                            GASTON
Moi aussi, je t’ai averti que je travaille la nuit. La lune m’inspire.

                                            PHILIPPE

Tu travailleras sur la table dans la cuisine, en attendant de savoir écrire à l’ordi. Dans ta chambre, tu n’as pas de bureau pour écrire.

                                          GASTON
Je ne me suis pas loué un grand appartement pour être obligé de travailler dans une cuisine.
                                             PHILIPPE

Grand appartement, mon œil! Tu vois bien qu’on a pu d’espace.

                                         GASTON
Tu n’as qu’à jeter les meubles dont on ne sert pas tous les deux. Je ne pensais pas que tu étais aussi bourgeois.
                                        PHILIPPE
Moi, bourgeois?   Je vis maintenant sur l’Assistance sociale. Ne viens pas jouer au petit Christ de go-gauchiste qui essaie de culpabiliser tous ceux qui réussissent et qui sont incapables de faire un effort pour gagner leur vie. Ça ne prend pas avec moi. Quand tu veux, t’es un hostie de petit mongol. Il y a une demi-heure, tu étais prêt à coucher dans mon lit, dans ma chambre. Maintenant, tu joues au génie qui a besoin de sa solitude pour pondre. Je n’ai jamais vu un gars incarné autant deux extrêmes à la fois.
                                        GASTON
 Énerve-toi pas! Prends ça cool! Moi, une rue, un parc, un banc me suffisent. Je n’ai pas besoin de drap santé pour m’y frotter le zizi et provoquer des rêves.
 
                                       PHILIPPE

Si t’es si bien que ça dans la rue, retournes-y. J’assumerai seul le coût du loyer. Je suis amplement capable.

                                     GASTON
C’est ça, les grands révolutionnaires… Ça révolutionne tout tant que ça ne les dérange pas.

C’est bon! On va mettre les ordinateurs dans ma chambre. Pas parce que ça me plaît, ni pour faire plaisir à Monsieur, mais parce qu’il faut bien qu’il y en ait un de raisonnable…

                                       PHILIPPE
OK!   Et, je te passe mon bureau pour y mettre ton ordinateur. Je te ferai même une place dans mes filières. Je te passe les deux du bas. Comme ça, n’y aura pas de raison que tu laisses traîner tes cochonneries.
                                     GASTON
Ce ne sont pas des cochonneries. C’est mon travail d’écrivain. Tu pourrais au moins me respecter dans mon professionnalisme.

                                  PHILIPPE

Pardon ! Tu sais que j’apprécie tes créations. Je voulais parler de tes brouillons. Tu les gardes tous comme si tu voulais fournir à toi seul toutes les archives du Québec. 

Gaston lit quelques poèmes que Philippe écoute religieusement, applaudissant entre chacun. Gaston est visiblement fier comme un paon.

12— Intérieur — Maison — Chambre de Gaston– environ 19 h 30 — 12

Les deux ordinateurs sont placés le long des murs. Une fois la chambre installée, Gaston constate que c’est plus qu’acceptable puisqu’on peut voyager assez librement autour de la mousse synthétique qui sert de matelas…

Gaston court autour de celui-ci comme un gamin.
                                   GASTON
J’ai maintenant mon ranch…
Gaston fait semblant de se servir d’un lasso. Il s’approche de Philippe et l’entoure de ses bras.  


                                   GASTON (murmure à Philippe)


Je t’aime bien, tu sais. Plus que tu te l’imagines. Un peu chialeur, mais tellement compréhensif.

 
Philippe se sent inconfortable, gêné, mais il enlace Gaston à son tour. Un large sourire prouve qu’il a retrouvé un peu de bonheur.


                              PHILIPPE (presque amoureusement)


Je te tiens, mon petit poulain !      

Gaston est ravi. Il se sent enfin désiré par un homme. Il aura un père. Il tente d’embrasser Philippe qui tourne la tête.
 
                             GASTON

 Ce n’est pas grave. Tu fais des progrès. C’est la première fois que tu me sers dans tes bras.
 
Comme si Philippe en prenait soudainement conscience, il laisse Gaston et se dirige vers la cuisine. Soudainement, il revient sur ses pas et crie :
 

                         PHILIPPE


Faudrait pas que tu te fasses des idées. Je me suis oublié, c’est tout. J’ai tellement besoin de tendresse moi aussi…
 
 Il entre dans la chambre. Gaston lui saute sur le dos.

                      GASTON
 Envoye ! Envoye ! Joly Jumper! T’as ton Lucky Lucke !
  
Philippe court partout avec Gaston accroché au dos.

Quand ils passent près du matelas, au centre de la chambre de Gaston, Gaston saute sur celui-ci et court s’asseoir à son ordinateur.

                     GASTON

     Tu vas m’apprendre à m’en servir ?

Philippe, quant à lui, s’allonge sur le dos sur le matelas. Il regarde Gaston avec un grand sourire et des yeux devenus subitement follement amoureux.

                       PHILIPPE
Sûrement! Je t’apprendrai tout ce que tu veux. Finalement, l’appartement, ça va être bien… même si c’est encore un peu petit. Quand on sera un peu plus riche, nous nous en prendrons un plus grand. On ne peut pas changer maintenant, on devrait payer deux loyers à la fois.

                          GASTON
Oui, mais j’y serai probablement seul. Tu ne m’aimes pas assez pour qu’on vive en couple.
Gaston ferme l’ordinateur, se lève et vient s’allonger près de Philippe. Il caresse la joue de Philippe. Lui donne un petit bec, mais se relève d’un bond.

                              GASTON

Merde! J’ai oublié mes pilules. Laisse-moi tranquille un peu, j’aimerais dormir. Tous ces malentendus me tuent.

Philippe surpris quitte la chambre, penaud. Il se rend à la cuisine, tout en allumant une cigarette.


13— Intérieur — Maison — cuisine — vers 18 h 15–  13

Philippe s’assoit et s’aperçoit soudainement que le buste de son robot C-3 PO, de la Guerre des Étoiles, a disparu. Il cherche sous la table, sur les tablettes et le retrouve enfin dans l’armoire de l’évier.

Philippe, visiblement offusqué, le replace à nouveau sur le frigidaire et se rend devant la chambre de Gaston. Il se plante devant la porte pour respecter l’espace de son colocataire.

                          PHILIPPE
Gaston! Gaston! Ne fais pas semblant de dormir. Je vois tes yeux, hypocrites. Pourquoi as-tu enlevé le buste sur le frigidaire ?

                           GASTON
Y me plaît pas !   Yé laid !

                            PHILIPPE
Maudit! J’aimerais bien savoir pour qui tu te prends pour juger de mes goûts. Je l’ai remis là où il était et il va rester là.

                         GASTON
Y en est pas question. Je vis ici moi aussi. Et, je ne me ferai pas imposer la laideur.
      
14 — Intérieur — Maison — Cuisine — trois minutes plus tard — 14

Gaston sort de sa chambre et vient trouver Philippe dans la cuisine. 

Il entre dans la cuisine, prend le buste sur le frigidaire et le replace sous l’évier. Philippe lui arrache des mains, s’arrête, avant de le frapper, quoique le geste est clair.


                               PHILIPPE


C’est un souvenir de mon fils qui s’est suicidé et il n’y a pas un maudit qui va y toucher.


                            GASTON


T’aurais pu le dire avant. Mais, je tiens à t’avertir… la décoration dans la maison (en haussant la voix) c’est MON AFFAIRE.

                          PHILIPPE
 T’as rien et tu vas décider OÙ (il insiste) TU (il insiste encore plus) vas mettre nos affaires et lesquelles en plus, j’imagine… Pour qui te prends-tu? Le roi ?

 
                      GASTON
Non! Le colocataire qui a aussi ses droits. Tu passes ton temps à me dominer… j’en ai assez.
Philippe est sidéré. Il a de la difficulté à retenir sa colère. Il replace les chaises autour de la table avec fracas. Il s’avance vers Gaston comme pour le confronter.

 
                     PHILIPPE (avec mépris)


Moi, te dominer? T’es malade! Je ne domine même pas la situation. Quant à toi, c’est vrai que tu n’as presque rien à dominer. Tu n’as rien qui t’appartient.

                      GASTON
J’ai signé le bail. C’est moi le locataire principal. Si tu n’es pas content, crisse ton camp! D’ailleurs, puisqu’on a payé moitié-moitié, on va l’appliquer tout de suite.

Gaston se rue vers les armoires. Il y déplace tout. Mettant ses affaires d’un bord et celles de Philippe de l’autre. De son côté, les tablettes sont pratiquement vides alors qu’il doit mettre sur la table les choses de Philippe qui n’entrent plus dans leur «espace réservé». Elle est vite remplie.

                     GASTON

Je ne veux plus que tu touches à MES (insistant) AFFAIRES.

                   PHILIPPE


Je ne l’ai jamais fait.
                     GASTON

Qu’importe !   À partir de maintenant, chacun pour soi !


                     PHILIPPE


OK! OK !   Je reprends tout ce que je t’ai passé. Le lit. Le bureau pour ton ordinateur, la lampe sur la table de cuisine. Bonne chance! Maudit niaiseux.

                    GASTON
On sait bien, t’as presque tout. Tu peux tout reprendre. J’aime autant ne rien te devoir.
  
Gaston se dirige vers sa chambre, le temps de reprendre un autre ton, sans perdre la face.

                                       GASTON
Bon. Disons qu’on oublie ça. C’est fou le moitié-moitié. Je te permets de mélanger mes choses aux tiennes à condition cependant que ça fasse plus d’espace à tous les deux.

                              PHILIPPE

Tu deviens raisonnable. Si on doit vivre ensemble, on doit essayer de se rendre la vie agréable au lieu de toujours se chicaner.

                         GASTON

C’est l’évidence même. Mais, je ne serais pas ici, si tu ne m’y avais pas obligé.


                        PHILIPPE

Obligé? Je ne t’ai jamais obligé à quoi que ce soit. Tu m’as écrit un poème d’amour, me menaçant de te suicider, si je te rejetais moi aussi. T’étais tellement en détresse que j’ai décidé de me sacrifier pour te sauver la vie. J’ai tout laissé pour toi. 


                     GASTON

Ce n’est pas ça du tout. On m’a informé que tu paniquais, tu trouvais que la police cernait trop notre mouvement révolutionnaire. On a eu peur que tu fasses tout manquer à cause de ta maudite panique. Je suis ici pour t’appuyer parce que tu es trop lâche pour faire face à la musique. Tu te sauves de toi-même comme si tu étais le seul à avoir été repéré. Tu n’avais qu’à ne pas attirer l’attention avec tes affaires de cul, si tu ne voulais pas être dérangé.

                         PHILIPPE
Je peux me passer de ton aide.   Je n’ai pas plus peur que les autres membres de la cellule. Ils s’imaginent peut-être que je suis le seul à vivre une vie sexuelle en dehors du mouvement.   J’ai déménagé parce qu’on m’a affirmé qu’on ferait une équipe du tonnerre ensemble…
                 GASTON

 Ce n’est pas ce que l’on m’a dit. On dit que tu déménages tout le temps parce que t’es trop parano pour demeurer plus d’un an à la même place.

                   PHILIPPE

Je ne me sauve pas. Je demeure où je peux, selon les besoins. Si j’ai terminé ma mission, il faut bien que je déménage. C’est vrai que je n’ai pas la vie facile, ces temps-ci.   Le suicide de son enfant unique, ça gruge en maudit un caractère. Tu devrais comprendre. 


                     GASTON


Ce n’est pas une raison pour me mépriser.
                      
À ces mots, Philippe regrette de s’être laissé emporter et d’avoir agi comme s’il n’affectionnait pas particulièrement Gaston. 

Pendant une seconde, il se demande si cette rencontre ne servait pas à essayer inconsciemment d’oublier son fils. 

Il essaie donc, lui aussi, de changer de ton. Il s’approche de Gaston et vient pour lui passer la main dans les cheveux, mais il se retient et arrête son geste.

 
                   PHILIPPE

C’est absolument faux, ce que tu dis là. Si j’avais le moindre mépris pour toi, je ne serais pas ici. Je t’aime à ma façon. Tu as peut-être un caractère de fou; mais je trouve que tu as un talent tout aussi fou. Il faut donc te laisser t’exprimer… même à travers les bêtises d’un gars de ton âge.

Gaston est flatté. Il se rapproche de Philippe, visiblement pour en entendre davantage.

                  GASTON

Tu es le premier qui me dit que j’ai du talent. Venant de toi, ce n’est pas rien…


                  PHILIPPE

Je le crois vraiment, mais je ne veux pas que tu t’enfles la tête davantage, elle est déjà assez grosse comme ça.
     
Philippe lui caresse la joue et Gaston a enfin un sourire.
  
                  GASTON
Tu me mens peut-être, mais je te crois parce que je sais que j’ai un talent fou.
 
                  PHILIPPE
C’est malheureux que l’on s’engueule tout le temps. Peut-être est-ce ma faute? On ne change pas à mon âge. Puis, j’ai de la difficulté à m’endurer moi-même ces temps-ci.
                       GASTON
Laisse donc un peu ton passé. Pense à nous. Au merveilleux hasard qui fait que nous soyons ensemble. Tu es un merveilleux poète et moi aussi. Mais, tu ne connais rien en théâtre et même si je suis beaucoup plus jeune que toi, je peux t’être mauditement utile.

                  PHILIPPE
T’as raison. Mais, ce n’est pas facile d’oublier quelqu’un qu’on a autant aimé. La mort de mon fils me tue.
Philippe se tourne pour ne pas laisser voir qu’il pleure. Gaston le prend dans ses bras et l’embrasse sur les joues. Philippe s’abandonne aux caresses.

Philippe se rend à l’armoire et sort un plat, puis, au frigidaire, où il prend deux            « steaks ».

                                                      PHILIPPE

Je fais à souper. On le mérite bien. On a assez travaillé. 

Philippe verse une tasse de riz et une tasse d’eau dans un plat. Il prend un poêle.

                                                   PHILIPPE

Comment veux-tu ton steak ?

                                                GASTON
Laisse faire, je n’en veux pas. Je vais me faire mon souper moi-même.


                                                  PHILIPPE
Je ne comprends pas. Un steak ce n’est pas assez bon pour toi? Je te l’offre de bon cœur.

                                                  GASTON

Je ne peux rien prendre de toi. Je dois protéger mon indépendance. Tout ce que je veux de toi, tu ne veux pas me le donner.


                                                  PHILIPPE


Encore cette maudite histoire d’amour. T’es fatigant avec ça. Ce n’est pas parce qu’on se ferait l’amour qu’on s’aimerait. Je ne sais pas dans quel maudit livre t’as pris ça.

Si je suis avec toi, c’est parce que tu as du talent. Pas autre chose. Parce qu’on rêve tous les deux de créer un nouveau pays. C’est comme ça. Je te vois comme un petit Mozart assassiné par l’establishment et l’argent.   Au Québec, on déteste les radicaux. Ils sont trop lucides. Tu es un danger venu du futur.

                                               GASTON
Moi, un agent? Tu peux bien manger de la merde… Je n’ai rien à faire avec la police. La police a défoncé chez moi aussi parce que j’écris. Elle cherchait aussi mes textes. Le Québec est actuellement un état policier.


                                              PHILIPPE (insistant)


Je n’ai pas dit agent, j’ai dit « argent ». Si je pensais que tu es un agent double, je ne vivrais pas avec toi une seule seconde.


Gaston se lève. Il prend une assiette et y dépose deux tranches de pain qu’il graisse généreusement de beurre de peanuts.


                                  PHILIPPE (Philippe ahuri, mange Gaston des yeux)
Tu ne me feras quand même pas ce coup-là. Comment veux-tu que je mange en paix du steak quand tu t’offres du beurre de peanuts.


                                 GASTON (provocateur)

Monsieur veut avoir bonne conscience. Il ne peut pas tolérer le vrai visage de la pauvreté. Eh oui! C’est ainsi.   Monsieur ne paye plus de vin, depuis qu’il me tient. Je suis devenu un poids. Un esclave.

                                            PHILIPPE
 

Ah bon ! Monsieur Gaston veut du vin maintenant.   Le steak ne lui suffit plus. Et, évidemment, c’est moi qui paye.
 
  Philippe sort machinalement son portefeuille. Il n’a que 20 $.

                                           PHILIPPE
Tu vois bien que je n’ai pas les moyens de garrocher l’argent par les fenêtres.

                                       GASTON
L’autre soir, t’étais pourtant assez riche pour payer la bière à André.

                                          PHILIPPE   

Ce n’est pas pareil.   Je voulais le récompenser parce qu’il venait de nous trouver un appartement.
 
                                       GASTON
Un trou, tu veux dire. Un nid de puces.

                                        PHILIPPE
Tu prétendais pourtant l’aimer. C’est toi qui as plaidé pour qu’on s’installe ici.
                                       GASTON

Ne change pas de sujet. Avec André, pas problème. Tu lui achèterais le ciel et l’enfer. Penses-tu que je n’ai pas vu lui faire les yeux doux ?

                                     PHILIPPE

En plus d’être obsédé, Monsieur est jaloux.


Philippe, fatigué de cette nouvelle discussion inutile, lui fait une grimace, mais tend le 20 $ à Gaston


                                          PHILIPPE

Rien au-dessus de 15 $, j’ai besoin du reste pour manger demain à la cafétéria. J’ai deux cours. Je ne peux pas y assister le ventre creux.
  

Gaston sourit. Il prend victorieusement l’argent, son manteau et son petit foulard et s’élance vers la porte.

                                        PHILIPPE (désabusé)
Tu pourrais au moins laisser ton petit maudit foulard ici. Tu n’es pas obligé d’avoir l’air fou.

                                       GASTON
C’est tout ce que j’ai, et je m’habille comme je veux.

                                       PHILIPPE
Attends un peu !

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