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Simoneau.théâtre 6

janvier 9, 2021

Simoneau. Théâtre 6

Fuck la reine 6

Scène 3

Dans un coin, sur une table, un jeune garçon de 14 ans, nu, vivant, fume un joint. Il demeure là, tout au long de cette scène pour le plaisir – voyeur de l’auteur et de tous ceux qui partagent ses goûts -.

Dans l’autre coin, un banc ordinaire, un peu plus loin, venant du corridor, quelqu’un tape, sans arrêter, à la dactylo.

Au centre de la scène, sur une plate-forme, devant une balustrade avec une statue de la reine et, plus en avant, une table avec un porte-papier, au centre. À gauche, un autre banc, un autre lutrin et une horloge grand-père.

                               Le mignon

Il est bon ce maudit pot- là. Ce n’est pas de la merde comme d’habitude pour augmenter les profits aux dépens de nos vies.

Le mignon se flatte le corps

                                 Le mignon

C’est bon d’être nu. Je me demande quel fou a inventé la décence. Ce doit être un curé, un bourgeois ou une féminoune qui rejetait son corps; un ou une malade qui ne peut pas accepter que son Dieu ne l’ait pas créé parfait. Tous les fanatiques religieux sont des malades mentaux.

Tout devient calme, silencieux. La lumière se promène, découvrant le décor.   Après un tour, la lumière revient au centre et s’arrête sur un bonhomme, un bûcheron, avec sa scie à chaîne. Il examine la pièce attentivement.

                      Le bonhomme

Tabarnak! C’est beau icitte… Obstination! Ça aurait été le fun d’avoir ça comme décor dans ma chiotte au camp. Le soir, plutôt que de niaiser à regarder des revues cochonnes, j’aurais pu sculpter de beaux petits tétons. Saint-Crème, ça aurait été le fun. Kossé que tu veux, dans le bois, il faut bien tuer le temps comme on peut? C’est comme en prison. Le soir, tu dois regagner ta cellule, tu te couches et tu rêves de rencontrer le monde. Bien des créatures. Heureusement, tu t’endors bien vite parce que t’es pété d’avoir trop forcé. Le bois, la mine, les barrages, ça veut dire travailler parce que tu n’as rien d’autre à faire, rien d’autre à penser, t’es loin de tout. Ça veut dire digérer leur maudite cochonnerie puisque tout est cuit dans la graisse, le beurre, ça coûte trop cher. Heureusement, travailler dans le bois, c’est comme prendre un bain d’eau frette, ça ne dure pas tout l’hiver.

Le bonhomme marche en rond.

                                     Le bonhomme

Y vas-tu arriver ce maudit juge-là? Un autre hostie de mafioso travesti en vertu, qui cale son cognac et s’aiguise les dents sur le clitoris d’une petite fille, durant les partys de la haute. Y a rien qu’eux qui ont ce droit…

Il se dirige vers la porte à droite, sort du décor. On l’entend.

                                       Le bonhomme

Cour deux. C’est bien ça. C’est ici que le juge, propriétaire de bordels, est censé se tenir. Y faut qu’il vienne si je veux trouver l’adresse de Sweet Heart. Cré Sweet Heart!  La dernière fois, elle m’a demandé 50 piastres pour 15 minutes et m’en a pris 1,200 avec son pourvoyeur, sans compter la semaine à l’hôpital. C’est une botte qui coûte cher.

Le bûcheron se promène impatient.

                            Le bûcheron

Y doit être dans son lit, le vieux christ, à son âge, ça lui prend du temps à venir. Vibrateur électrique ou pas.

Il se rend près de la porte d’où vient le bruit de la dactylo.

                            Le bûcheron

Tiens, encore un Anglais qui a oublié d’arrêter de travailler. Y pensent jamais à s’amuser, ces maudits-là.

La jeune statue vivante, un magnifique petit garçon, les fesses bien rondes et le corps superbement éloquent, racontant à lui seul la gracieuseté d’un paysage immortel, se penche, prend le pot de chambre et pisse un coup, en s’exclamant:

                                   Jeune statut

Wow! Une seconde de plus et j’aurais pissé sur la tête du procureur de la Couronne… une belle fripouille qui défend les intérêts de la mafia légale, en faisant croire qu’il se soucie de l’intérêt du peuple.

Le bûcheron écoute à la porte, retourne presque au centre. Le Québécois arrive avec sa guitare. La musique retentit de partout. Il s’avance jusqu’au bûcheron qu’il ne voit pas puisqu’il regarde la statue du mignon, le bouscule et va s’asseoir sur le banc à gauche.

 

                               Le Québécois

Encore personne. La ponctualité ce n’est pas ce qui étouffe la reine. Ça fait deux siècles que je l’attends celle-là. La reine versus Ti-Moineau, ça va être tout un combat. Je vais lui sauter sur la tête et lui « picosser » les yeux. Elle ne pourra plus rien faire, Sa Majesté. Elle va être aussi aveugle que sa Justice. Je serai déclaré schizophrène puisque je me serai pris pour un pic-bois. Et, la reine criera à tue-tête, en tombant de son trône.

                                   La reine

Il y a des tempêtes. Des bancs d’oiseaux sifflent par milliers dans le vent. Ils s’effoirent comme des mouches dans mon pare-brise. (La reine frotte ses lunettes)

                                   Le Québécois

Baptême! Arrive, vieille putain. Des chevaux? Tiens des chevaux, ce doit être elle. Elle doit être folle, elle se parle à la troisième personne

Le bûcheron se rend à la porte. Il écoute.

                                    Le bûcheron

Cé pas des sabots, ça, cé des dactylos. Les secrétaires ont fini leur dîner dans le temps record d’une pause-café. Chez les Anglais, le socialisme, c’est de travailler et de donner son salaire en impôts pour nourrir la petite gagne qui en profite. Tout pour la rentabilité, rien pour les Indiens. Puis, je ne l’attends plus, le vieux moribond. L’esprit fané. Fuck le juge! Fuck les putains! Je vais aller à l’Ambassadeur, la taverne à tapettes, ça va être différent. Je gage (s’adressant à la statue du mignon) mon jeune que je vais la voir la queen bien avant toué.

Le bûcheron sort. Le Québécois commence à gratter sa guitare et se gratter lui-même.

                                 Le Québécois

Bout de bordel! De bout de bordel! Encore des puces… je dois avoir pris ça au Park Hôtel ou au Blue House. Il me semble que les gouvernements de l’Ouest sont assez riches pour pouvoir acheter les « instincteurs à poux » qu’il faut pour leur hostel du bien-être social.

Il chante en se tortillant comme un yogi qui n’arrive pas à décider quelle position prendre… se gratter ou gratter la guitare…

                                  Le Québécois

Sur le bord de la route, mon Bourassa, je pense à toué.   Ça fait des jours que je n’ai pas mangé. C’est encore pire que ton bien-être social, versé grâce à Trou-d’eau, à la Canadian John’s Manville. Toué t’es trop pauvre, après les Simard, pis ITT, t’as pu d’argent pour les décrocheurs, les affamés, ces mères nécessiteuses de la LIBERTÉ.

    Il s’endort sur le banc, en mastiquant le manche de sa guitare et soupirant :


                                  Le Québécois

Je ne peux pas manger de ballonné. Si je ne peux pas gagner ma vie avec mes chansons. Je ne suis pas manœuvre, opérateur de heavy mécanique. Je vais manger les notes de mon talent en rêvant d’une bourse du Conseil des Arts ou d’une paye de la Salvation Army.

Après j’irai chanter le soir entre sept et huit pour les assistés sociaux voyageurs, pour les ramener direct au petit Jésus ou aux SS, avant de pouvoir sacrer mon camp avec des pains un peu raidis.   Des soirs, y fait frette en maudit, trop pour coucher dans le stationnement couvert à Vancouver.  Aujourd’hui, y a qu’un moyen de devenir riche… c’est d’inventer « sa » religion…

Dans un silence plat, alors qu’il dort, un à un s’installe : le Procureur de la Couronne, habillé comme un revenant direct du 18e siècle, le sténographe qui porte son oie sous le bras pour y arracher les plumes nécessaires, deux secrétaires en costumes de majorettes et dans l’extrémité droite un policier pleure dans son mouchoir en s’exclamant :

                                 Le policier

Chu malheureux. Chu malheureux. Je n’ai pas encore eu d’appareil de télévision comme le chef de police de Montréal. Où est donc rendue la moralité? Faut-y être riche pour avoir droit d’être soudoyé ?  

Près du Québécois s’installe un bonhomme d’une quarantaine d’années, vêtu dernier cri, qui polit ses lorgnons avec une meule. Chaque personnage prend des lunettes d’approche et examine à tour de rôle ses voisins. Et les photos de la reine collées partout.

Tous ( ensemble.  sauf le policier qui pleure)

         Et l’accusé ! 

Ils se jettent à quatre pattes, regardent sous la table, sous le trône. Sauf le policier qui continue de gémir.
 
                                      Le policier

Monsieur le Maire! Monsieur le Maire! Flag! Flag ! M’auriez-vous abandonné? Monseigneur, moderne… le dieu des gros immeubles, des terrains de stationnement, l’obsédé du ciment Lamontagne, le fou du progrès à reculons. Pourtant, je te rends de bons services… Flag! Flag! Ti-Jean de ton prénom. Je t’ignore quand tu reluques les petites filles. Petite. Petite. (Presque en murmurant.)

Il balance la tête pour s’assurer qu’on ne le regarde pas, alors que tous les personnages à ses pieds l’observent :

                              Tous

C’est lui! C’est lui! T’es sûr ?  Il ressemble à Vic Cotroni. Regarde dans ses poches, s’il a l’adresse de Peter, Pier the door? Ce doit être lui… a-t-il des reçus de caisses électorales ?

Les regards des autres rejoignent celui du flic qui, de plus en plus mal à l’aise, tombe de sa chaise. Tout le monde s’approche, le renifle. Un, ayant le nez au derrière du policier, s’exclame :

                    L’avocat de la défense

Qui pue! Cé pas possible. On ne peut pas envoyer ça en prison, y va y avoir une émeute quinze minutes après son entrée. Il faut un jury… il faut surtout le laver de ses péchés.

Le policier se relève. Offensé. Prend son mouchoir, le fait virevolter en faisant un demi- tour sur ses talons. Chacun à tour de rôle fait comme s’il était un taureau à mâter dans un rodéo alors qu’une jeune fille surgissant de nulle part s’exclame :

                              La fillette

Ne devenez pas tous riches ensemble. Prenez un billet sur le taureau gagnant. Sortez votre deux, approchez-vous de la famille Pépin, de la députation de Sherbrooke, et cherchez les chanceux qui boiront les gouttes d’une nouvelle taxe indirecte sur le plaisir.

Après avoir passé sous le mouchoir, les taureaux se mettent à genoux, en rond.

                           Le policier

Je suis le chef de l’escouade antiémeute, pour vous servir. J’attends que la GRC pose son pétard, le 24 juin, avant de créer une nouvelle danse : le bain de sang. Plus de 100 blessés, la dernière fois, ce sera encore mieux la prochaine fois. Je suis heureux quand le sang coule, surtout celui des dames et des enfants…

Les autres à genoux se mettent à pleurer.

                                           Ensemble

Ce n’est pas notre accusé. 

                                       Le policier

Vous auriez pu le deviner. Je n’ai pas l’air innocent. J’ai les cheveux courts… je travaille pour la reine, moi…

On entend rire la statue de la reine en sourdine, de plus en fort…

Le policier sort de sa poche une photo de la reine qu’il place sur la chaise devant laquelle il se met à genoux.

                          Le policier

Je vous salue, Élizabeth, mère de Michaël Jean, votre gouverneur général, presque princesse de l’Église anglicane, une grande gueule qui se fait aller comme si elle représentait quelque chose…

                       Tous s’exclament (ils lui mettent la main sur la bouche à tour de rôle)

Té pas drôle ! C’est la reine des féminounes…

                        Le policier crie :

Frappez-moi pour que je vous frappe. Si vous ne frappez pas assez fort, j’engagerai des agents de la RCMP, escouade de la provocation.

On recommence les recherches jusqu’à ce qu’une de participantes, face à l’horloge, s’exclame :

                                  Vieille

Mé cé le temps! Debout les minous! La reine va bientôt entrer.

Tout le monde se met à l’attention. La musique commence. Le juge entre. Il est grand, mince, déguisé en travesti. Sa robe dans le dos laisse voir ses fesses. Il se rend au centre de la scène. Danse d’une façon érotique comme pour se flatter, sur l’air de hey Kids, d’Elton John (ce qu’imite le petit gars-statue).

Derrière, le procureur de la Couronne s’avance, simulant de l’enculer, tout en le masturbant. Le juge rugit de joie. Après sa danse, il monte sur son trône. Les deux jeunes filles prennent sur la table un miroir et le placent face au juge qui ajuste ses faux cils. 


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