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Théâtre.Simoneau 3

janvier 6, 2021

Fuck la reine  3

Le numéro 1 s’étire les doigts comme Laurel and Hardy, il se les passe le long des pantalons, se les entrent dans le nez, ils restent pris, un confrère l’aide à les lui retirer, en lui tirant sur le bras. Puis, il continue de se tortiller de gêne.

Le Québécois se relève tout chambranlant.

Le policier no 4 s’approche, le saisit par l’épaule, la tête, s’arrêtant plus qu’il faut à la hauteur de la braguette. Puis, enlève un genre de sacoche que le Québécois porte enlacé à l’épaule et la dépose sur le comptoir. Il le plie et lui passe les doigts sur les fesses.

                            Policier 4

Je dois t’y regarder?

                              Policier 1
Non, tu n’es pas chez vous icitte.

                             Policier 4

 Y me semblait aussi. Je suis toujours frustré dans mon travail.

Il lui repasse la main en avant en insistant.

                            Policier 4

Je sens quelque chose.

Il est tout excité.

                             Policier 1

C’est-y du pot ou de l’acide ?

                            Policier 4 (en riant)

Je ne pense pas, ça plutôt l’air d’une gomme baloune. Plus je touche, plus je pèse pour mieux sentir, plus ça se gonfle.

Le policier 1 s’approche du Québécois, prêt à lui tordre une oreille avec une clé anglaise.

                                 Policier 1

Ton nom?

                                 Le Québécois

Hein !   Quoi?   Je ne parle pas anglais. Je ne comprends pas.

                                 Policiers ensemble

C’est un Québécois. C’t’un tuff.

Ils tremblent devant la bravoure de leur collègue.

Le prisonnier demeure silencieux.

          Le policier no 3 (s’approche et lui flanque un coup de pied sur les orteils.)


                                     Policier 3

Ton nom?   Tu ne connais pas l’anglais! Tu n’es pas au Québec icitte, tu es au Canada, et le Canada, c’est un pays anglais. Si tu ne le sais pas, nous allons te l’apprendre.

Il lui donne un coup de coude dans le ventre et un coup de judo dans le cou. Le Québécois s’effoire. Au même moment, où le policier 1 vient pour le frapper avec la clé anglaise, un policier s’écrit :

                                         Policier 4

Laissez-le faire, j’ai son passeport. Narcisse — Eugène — Ti-moineau.

                             Le policier 6 ( il fait répéter chaque lettre et les tape à la dactylo).

Le policier 5 accourt.

                                        Policier 5   

Ce n’est pas possible. Voyons!  Montre-moi. Ce n’est pas possible, ce doit être un ami du premier ministre d’Ottawa. Ces Anglais qui se font passer pour des Français.

                                   Policier 1 (blanc de peur)

Qu’est-ce qui te fait dire ça?

                                   Policier 5

Son troisième nom. Il n’a pas de troisième nom et c’est connu que tous les Français, vendus ou pas, ont trois « midle » name : Jos Pierre Elliot Trudeau; Jos Jean Alexandre Turcotte, Jos Jean Noël Tremblay.

                               Un des policiers

Trudeau, Marchand, ce ne sont pas des Français. Ce sont des Anglais avec des noms français. Les colonisateurs du « French écrasement Power ». Des libéraux.

                            Un autre policier

Cela n’a pas d’importance, ce sont des exemples de noms qui pourraient sembler français à cause de la consonance.


                             Policier   5

C’est comme si tu disais seulement Jacques Hébert, Claude Ryan, Patrick Straham. Qui les reconnaîtrait? Il pourrait bien être de ces FLQ qui se promènent dans les rues et poignardent tous les Anglais qu’ils rencontrent… Ah ! Les fucking Québécois, je les haïs, moi. Il faut trouver un troisième nom.

                             Policier 2

Arrête-moi ça, tout de suite. Je n’en dormirai pas de l’avant-midi. 

                                  Policier 5

Bin! On ne sait jamais. Mieux vaut prévenir que de guérir. Vérifions!

                                    Policier 5

Qu’est-ce que l’on va faire à quatre heures du matin, on ne peut tout de même pas appeler le bureau des passeports pour se tirer du trou. Il faudrait peut-être appeler le chef, c’est un cas d’urgence?

                                  Policier 2

Pas question. Tu sais comme moi que c’est sa « nuitée de bordel » à soir. Je n’ai pas envie qu’il nous fasse passer une heure de piquet sur le bout des orteils ou qu’il nous câlisse par la tête un trois jours de suspension, demain matin, sous prétexte que l’on ne s’est pas bien rasé. Comme au collège, on nous enlevait nos couvertures, si l’on ne faisait pas nos lits, le matin. Tout ça parce que monsieur n’est pas venu…

                                  Policier 1

Attends! Peut-être que si tu tournais la page…

Tout le monde le regarde accusateur.

                                   Policier 1 (l’air super niaiseux)

On ne sait jamais…

Le policier 5 tourne la couverture.

                                             Policier 5

Bien oui. Regarde donc ça. Son nom est bien écrit là aussi.

Un ouf général. Tout le monde se prend par le bras et « swing la basquaise dans le fond de la boîte à bois ».


                                  Policier 1

Narcisse Jos Eugène Ti-Moineau.

Les policiers s’épongent le front. Ils se sortent une bière et après un toast calent quelques gorgées.

                                 Policier 1

Une chance qu’on n’a pas à faire un effort intellectuel de même tous les jours. Moi, je démissionnerais tout de suite.
 
                                Tous les flics
Moi, itou !

                                 Policier 1

D’où qui vient, lui?

                                 Policier 2

C’est marqué : Voyageur. Sans domicile. Nous aurons des problèmes en maudit ce soir.   Amène-le au bout du comptoir.

                               

                                      Policier 5

Quand même! Ces Québécois ce sont des tuffs. Il n’a pas encore accepté de parler anglais. Bilingue, vous êtes supposé être, doit-il se dire en dedans de sa maudite tête de cochon… Il est peut-être du FLQ? Y paraît qu’il y en a déjà eu un à Dawson Creek. S’il y en a déjà eu un dans le Nord, y va bientôt en avoir partout.

Les bœufs prennent leur bière, jouant au cowboy entre les bureaux. Ils se bousculent un peu. Un pleure dans son coin, mais peu de temps après, ils recommencent tous à jouer, mais cette fois, en se prenant pour leur idole : un Jerry Lewis, un autre Batman, Mannix, Paul IV, Luky Luke et Joly Jumper.

Entre un bonhomme, tout de blanc vêtu, un bandage de guenilles au visage comme un chirurgien et des gants de caoutchouc. Il s’assied près du Québécois. 

                                     Policier blanc

Ne leur dis pas que je suis ici, ils ne m’ont pas vu entrer…

Les six policiers sont sur les bureaux, ils prennent toutes sortes de pauses de leurs héros alors que l’un d’eux, à tour de rôle, fait semblant de les photographier.

       

                           Policier 5


Ça va faire une bonne photo pour mon petit gars. Y aura pu la regarder à la télévision. Ça va coûter moins cher.  Aujourd’hui, avec le coût de la vie, si ça continue nous allons être obligés de recommencer à manger les chats, pis les rats.

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