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Death’s City 1

décembre 26, 2020

Death’s city 1

Maurice faisait partie du vingt-deuxième groupe à être déporté dans un camp de travail de la Colombie-Britannique. Ils étaient 22, enchaînés les uns aux autres. Les gardiens armés ne manquaient pas une occasion de les frapper avec la crosse de leur fusil à chaque ralentissement, chaque chuchotement.           

« Walk! DEM Frog! We will teach you the language of the country. »
Si quelqu’un rouspétait ou s’interposait, il était sauvagement battu. Maurice était de ce ceux accusés d’avoir insulté la reine d’Angleterre au Québec, en refusant d’apprendre l’anglais. Il n’avait que dix-sept ans. Blond, les yeux bleus. De bonne éducation.      

Maurice était né durant la guerre qui opposa sept ans l’armée canadienne à un groupe de patriotes québécois insurgés contre le régime policier du parti libéral. Même si les pertes devaient être grandes, les Québécois en étaient venus à la rébellion à cause de nombreux assassinats pénétrés par les autorités de gens reconnus « irrécupérables » par le régime. Cette période de terreur avait fait suite à une longue opération de provocation anti syndicalisme, menée par le ministre de la Justice.

Les États-Unis furent souvent tentés d’intervenir, mais le monde entier voulait savoir si le Canada serait la Tchécoslovaquie du monde libre. Le peuple américain, difficilement remis des dernières guerres, était loin de supporter les dirigeants du pays, opinant que la guerre canadienne était interne, et par conséquent, ne les concernait pas à moins qu’elle déborde les frontières. Les multinationales avaient pressé en vain les autorités yankees d’intervenir, mais l’opinion publique les empêchait. D’autant plus que l’Amérique était fortement occupée à inventer toutes sortes de formes de répression camouflées pour remettre la jeunesse au pas. Il fallait panser les blessures et trouver des coupables plutôt que d’inventer des moyens pour parer à une situation économique dangereusement malade.     

Maurice fut arrêté le 22 décembre dans sa famille.    

Les miliciens, après avoir soigneusement encerclé la maison, avaient pris d’assaut pièce par pièce. Maurice discutait avec Serge, son frère cadet, quand entrèrent trois véritables bœufs de l’Ouest.    

— Maurice D.?        

— C’est moi.

— Come fucking bastard, we’ll teach you to obey      

Serge qui tentant d’intervenir s’écroula devant son frère, la tête littéralement arrachée des épaules. Maurice quitta la maison familiale révolté d’y voir surgir les flammes aux quatre coins. À partir de ce moment, il n’était plus un homme, mais l’immatricule 22-22.           

Sans procès, il fut condamné à travailler à perpétuité dans les mines de l’Ouest. Auparavant, il passa sept jours dans une prison commune, enfermé dans une cellule. Il crut bon de se tuer tant les journées étaient longues, la nourriture affreuse, mais aucun moyen ne s’y prêtait… Et surtout, malgré toutes les calamités, Maurice croyait toujours dans la victoire du peuple québécois.                      


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