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Xénéphon 6

décembre 22, 2020

Xénéphon 6

La première journée, Xénéphon fuma un peu trop et se retrouva dans sa vingt et unième vie alors qu’il avait vécu la première année de la révolution au Québec.

Xénéphon était courbé de rire et criait dans une taverne :   

« Kâliss que c’était le fun l’année dernière. Tout le monde s’était donné le mot pour fucker les envahisseurs canadiens et américains. À chaque usine qui fermait les portes pour nous dompter, cinq mille chômeurs refusaient de faire leur paiement à la finance. Chacun ne donnait plus que le dixième de leur perception d’assurance-chômage. Pas d’emploi, pas d’argent, pas de moyen de payer la banque pis la finance. Ces sacrifices-là! On leur a montré comment le système en créant des rôles sociaux avait créé des classes et divisé les gens.       

L’éducation, voulant que ce soit honteux de se faire vivre au frais de l’état, avait été remplacée par le dicton : “Pour qu’un boss soit boss, il faut qu’il respecte ceux qui travaillent pour lui.” Le Québec, même encore dominé, avait mis sur pied tout un système de prêteurs indépendants qui n’avaient pas droit de prendre un intérêt de plus de trois pour cent pour venir en aide à ceux qui avaient une famille et étaient mal pris. Les riches aidaient ainsi les plus pauvres. Les maisons de finance et les banques étaient fuckées. Ainsi, les grosses compagnies qui faisaient chanter tout le monde se virent-elles à leur tour poigner dans leur propre système économique.            

Les grosses compagnies tentèrent de monter les travailleurs contre les chômeurs. Les grosses compagnies pensaient avoir le gros bout du bâton puisqu’en ayant fait pression sur les gouvernements, elles furent épargnées de payer de l’impôt sur la machinerie et tant que la campagne d’éducation ne fut pas assez solide, elles obtinrent des prêts et des octrois pour garder les portes ouvertes. Les syndicats ne dénonçaient pas tellement ce régime puisque ça mettait leur existence en jeu. Ils étaient coincés. Plus d’industries, plus de travailleurs, plus de cotisations; mais par contre, ils voyaient l’intérêt de faire durer le conflit, tout comme l’employeur. Pendant ce temps, les travailleurs moyens payaient les taxes alors que les industriels attendaient que les travailleurs et les chômeurs s’entre-tuent pour reprendre le contrôle, appuyé par les travailleurs moyens qui se rendaient compte de la manigance et constituaient la majorité silencieuse. »  

Xénéphon mit alors sur pied un journal particulier pour dénoncer à tue-tête cette situation :

« Écoutez !  dit-il aux travailleurs éberlués, c’est à qui le pays? Qui se sert de nos richesses naturelles? Qui se fait des profits? Finies les folies. Wake up, cria-t-il, comme il l’avait déjà lu dans les bulletins des Témoins de Jéhovah!       


Il leva la queue et fit jouer : All you is love, des Beatles.  Les disciples revenaient en dansant, ce qui prouve que toute révolution est d’abord culturelle et passe par la sexualité. Entre deux joints, tu pourrais faire queuque chose, criait Charlebois, pendant que Pierre Bourgault rassemblait les foules en prononçant le discours d’introduction.   Pendant ce temps, Xénéphon dansait avec Éros.


Aussitôt, une nouvelle formation politique prit en main l’avenir du pays. Cette année-là, un travail fou a été accompli pour nationaliser les mines,  les forêts ainsi que l’eau. Ça faisait sec. De grandes compagnies se mirent à fermer leurs portes. On leur enleva d’un coup leur propriété, on les reconduisit poliment à la frontière et on leur dit comment elles paieraient les dommages sociaux.   “On est chez nous, pas vous autres, vous êtes des étrangers, des exploiteurs.”   Les big boss avaient le choix entre se mettre au pas ou sacrer le camp.

Le problème prit une telle ampleur que les bleus devinrent rouges et les rouges devinrent turquoise, de sorte que tout le monde était presque aussi vert que Stéphane Dion. Pour la première fois dans l’histoire d’un peuple, tout le monde s’était mis ensemble pour se protéger. Avant d’en arriver là, il a fallu que les bourgeois soient privés comme la masse de façon à ce qu’ils soient sensibilisés à la misère de de ceux qui les entouraient et de telle façon à ce que tout le monde soit individuellement touché et embarqué dans le mouvement.          

Les vieux profiteurs de la situation antérieure essayaient de regimber, mais ça n’avait pas d’importance puisque tout le monde savait qu’il est impossible de gouverner pour tous tant qu’on est pris à défendre son tiroir-caisse. Pour gouverner pour le peuple, il faut être libre, surtout des riches, pis des profiteurs. Les gens avaient appris que le meilleur moyen de diviser une population est de faire du patronage : ça crée une classe de privilégiés à combattre et ainsi en se battant contre la corruption, on oublie de se battre contre les vrais problèmes et on y laisse parfois sa peau. Le vrai malaise, c’est toujours le même petit groupe de gros qui domine tout      .

Les syndicats du temps avaient mis sur pied un système d’information de façon à ce que tout le monde soit au courant de la situation et puisse immédiatement comprendre les tentatives d’intimidation du système : on te frappe ou on te privilégie pour que tu te prostitues. Tout le monde savait que le pouvoir de domination est à la solde du dieu dollar, la religion des riches.   Le système est organisé comme un ensemble ce qui fait que chaque pouvoir est au service et intégré à un autre à divers degrés d’oppression et de domination, de façon à ce qu’il soit impossible pour un individu de s’en sortir seul. Tout le monde est pris par les tripes, l’âme, le cerveau et les sens. Comme les cartels du pétrole et des médicaments. C’est du joli. En premier lieu, pour y résister, il faut s’assurer sa survie physique, sans que ce soit au détriment de sa vie sociale et intellectuelle. Le reste vient par surcroît.   Ainsi, est-il possible d’échapper à la principale forme d’oppression qui vise à avoir honte de revendiquer ses droits. Avec cette liberté, il faut connaître ses droits et en user sans en abuser. Il faut cesser de penser qu’on doit quelque chose à la société, sinon le devoir de se réaliser pleinement. Bien beau se demander ce que l’on doit à l’état, mais il faut aussi demander ce que l’état nous doit… itou…          


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