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Module Xle93

décembre 14, 2020

Module XIe93 ou un jour avant…     

                        1

Texte d’adolescence.        

    Je suis le module XIe93, situé quelque part dans l’espace, en quête d’une identité propre. Le module est condamné à crever dans une période déterminée, de la main même d’un destin irréversible de refus à être de la masse informe que le système veut pétrir.          

Crever cette année ou l’an prochain, ce n’est pas tellement important. L’essentiel, c’est de demeurer le module XIe93, tel qu’il a toujours été envers et contre toute forme de sociétés dominatrices et exploiteuses.          

Certains modules courent dans l’espace comme des amibes, d’autres rampent comme des serpents. Module XIe93, je ne sais quel est mon mode de locomotion il emploie.

Je suis perméable au vent et à la tempête. Je suis le feu qui me dévore et qui étouffe dans la fumée des usines qui tentent de me pétrir.              

Il y a place dans ce monde à beaucoup de changements climatiques. L’oxygène se prête à bien des sauces. Quant à moi, je n’ai pas encore découvert la mienne.

Je suis entre deux étoiles. Immobiles sont mes pensées fixées sur cette identité que j’aimerais bien définir. Qu’importe, cette recherche après tout, je mourrai bientôt comme ça, pour le bien de la sainte vache humanité puisque le roi l’a décidé. 

Je n’ai pas à chercher à échapper à ce destin, la vie est ainsi faite. Je suis né avec la mort écrite sur le front, avec l’impuissance installée au creux de ma main. J’ai au rein, greffée toute une époque de frustrations, de misères et de cris inutiles.

Module XIe93, j’appelle la terre. Terre, m’entendez-vous?   

Qu’importe tant de précipitation, la terre ne peut m’entendre, elle est sur une autre orbite autour du soleil. Et l’étoile devant moi ne sait que dire à tant de refrains saccadés de désœuvrement.  

Je suis seul. Irrévocablement seul.       

Il faut se faire à tout, même à son non-être dans l’espace et le temps. Il faut apprendre à jouir de cette non-participation aux conflits de la vie. Mais comment? Il est inutile de songer au suicide, le suicide est une forme d’euthanasie active. Il suffit de le faire pour que le lendemain soit découvert le processus de se mettre au monde, sans avortement.   La vie est un pas tracé dans l’infini de l’univers.       

Il faut attendre patiemment. Regarder autour de soi où se cache l’orgasme. Il faut oublier que jadis il aurait été possible, par le fumier, de rencontrer un virus-transport et de ramper jusque dans la matière encore inarticulée d’une pierre tombale. Et de là, à l’improviste, sauter dans le monde d’une plante ou d’un insecte, par la sueur.           

Il faut être vide, malgré tout. Contre tout. Jamais je ne remplirai ce rôle. Je suis le vide même de l’antimatière.           

Je suis un trou dans l’espace, un mauvais souvenir dans le temps.         

Je vis dans un sac de polystyrène. Je suis rasé et j’ai les ongles arrachés. En plus de l’air irrespirable, mes geôliers chaque jour m’injectent de nouvelles peurs, de nouvelles hontes. Les autres qui m’entourent sont des bêtes affamées qui, comme moi, cherchent un moment qui leur permettra de vivre au-delà de cet enfer. Pourtant, nous savons tous que nous ne pouvons-nous en sortir autrement que les deux pieds par en avant. Nous sommes les prisonniers de nos propres phobies. Nous sommes prisonniers de notre état d’homme.       

Nous naissons avec dans le sang le poison qui nous tuera. Nous naissons avec le goût d’aimer. Nous voudrions être des arbres. Seuls. Entourés de personne, sinon quelqu’un pour nous flatter, nous gaver de plaisir, un autre nous puisque l’amour se vit nécessairement en couple et que le couple est un mode de vivre sa solitude à deux miroirs. Vivre la même schizophrénie, la partager pour la rendre moins pesante. Voilà tout ce qui nous hante, ce qui nous déchire et nous brûle jusqu’au moment où, en plus, pour nous revaloriser, nous allons jusqu’à mettre nous-mêmes sur nos blessures le sel qui nous électrocutera. Nous aimons notre déchéance jusqu’à la boire dans les tavernes. Les tavernes sont bien les seuls endroits de la terre où les prisonniers proclament à tout rompre la liberté en s’enchaînant aux autres.          

Oui! Nous vivons dans un monde de chiens au sens péjoratif du mot. Dans le monde de Lucifer, celui de la répression de l’amour, de la glorification de la puissance et de la violence. De la déification de l’argent. Nous sommes fidèles à notre esclavage. Nous le léchons et le respectons, en laissant les autres, les dirigeants du système, de la mafia légale, toujours débiles de pouvoir et d’argent, hypocrites, crosseurs et menteurs, décider du bien et du mal. Nous les laissons nous laver le cerveau et nous imposer les valeurs diaboliques au nom de leur dieu : l’or noir, le pétrole.   Nous avons besoin, tout aussi grands que nous soyons, d’un autre pour nous posséder, nous tyranniser. Nous avons besoin de notre misère pour nous donner l’illusion de vivre. Nous parlons d’un pays, notre corps, qui n’existe pas puisque nous sommes trop lâches pour l’aimer assez pour le forcer à naître. Nous rêvons d’amour, de feu, de sang, pour nous sentir héros ou martyrs. Nous embrassons dans nos lectures ceux qui ont su à leur époque défoncer le sac de polystyrène et nous crachons sur eux pour nous faire croire que nous sommes encore mieux.    

Pourtant, nous sommes de maudits lâches. Nous sommes des peureux. Nous avons peur de vivre notre révolte jusqu’à la démence, parce que nous savons que cette révolte nous conduira jusqu’au suicide. Un mort n’apporte rien à la révolution.

Dans notre sac de polystyrène, nous pouvons toujours croire en l’amour, mais nous savons que c’est faux. Il est impossible d’aimer avant d’avoir haï, avant de s’être haï, avant de s’être oublié dans un autre. Et presque tout le temps, le monde est tellement écrasé, refoulé, vidé, l’homme n’a pas le temps de découvrir l’autre avant d’avoir appris à se reconnaître et à se faire l’amour à soi-même. On cherche dans le yoga une méthode scientifique de se sucer, de jouir, tout en n’ayant pas la colonne vertébrale fatiguée. On cherche dans la religion le moyen de vivre sa quote-part de péchés nécessaires à la vie sans danger d’être damnés. On cherche dans la révolution un moyen de se réaliser par autrui afin de s’aimer et d’oublier la honte qui nous monte à la gorge quand on se regarde dans un miroir. On cherche dans les grands discours de taverne les actes héroïques, un moyen qui nous fera oublier notre insignifiance dans notre quotidien. La révolution est devenue un emploi ayant perdu son noble caractère d’acte de conscience; perdu sa vocation d’exister pour améliorer le sort de tous les humains.           

J’ai honte de moi. De ma perméabilité vis-à-vis des autres. J’ai honte de n’être qu’un vulgaire individu, égaré quelque part, et si j’essaie de me proclamer fort, j’ai peur. J’ai peur d’être tué. J’ai peur de la chair. J’ai peur des rats. J’ai peur d’être mal jugé. J’ai peur d’être trop ignorant pour pouvoir le dissimuler. J’ai peur de me voir en face parce que je suis vide. Je suis le vide. J’ai peur du vide.     

Les autres ne m’ont presque jamais rien apporté, sinon des emmerdements. Pour me déculpabiliser, j’ai adoré des gens que je ne connais même pas. J’ai marché sur les eaux tumultueuses d’une tempête de l’océan, contenue dans un verre d’eau. J’ai ouvert ma poitrine et l’on m’a volé le cœur. J’avais à la tête une foule de chirurgiens spécialistes en détraction des énergies pas comme les autres qui peuvent bondir après un violent mal de tête. On a vu un héros naître et mon plaisir a bien été de leur chier dans les mains. Je ne veux rien savoir de ces vies de héros et de vedettes. Je ne suis pas le petit René Simard. Je ne suis pas aussi beau que lui, je n’ai plus douze ans et ainsi, je ne peux plus intéresser les pédérastes. Dommage! Quand j’ai eu cet âge, déjà, on m’avait appris que les pédérastes mangent les enfants avec de la sauce au chocolat. On m’avait déjà appris la peur au lieu de la jouissance. On m’avait appris que les pédérastes mangent les enfants et les laissent en charpies dans des boîtes qu’ils font parvenir à la police avec la mention : « Appelez Allo-police!  Ça vaut une manchette, ça fera encore plus peur aux enfants et ça aidera les parents.  »  Nous sommes éduqués et éducables à la peur. Si nous n’avions pas peur, quel genre de vie aurions-nous? À quoi bon sang nous nous occuperions- nous? Nous risquerions de découvrir que d’être mangé par un pédéraste, c’est le plus beau, le plus agréable moment de son existence… un ticket à l’ouverture d’esprit, un passeport pour le septième ciel.           

À Sherbrooke, même un peu partout, il y a des gens qui, pour le kik, vont se faire peur. C’est ainsi qu’on a inventé les péchés de la chair. Qu’allons-nous inventer pour avoir plus peur quand on aura découvert que le péché de la chair n’existe pas ? 

Pour bien y arriver, il faut d’abord être comme le système en y retirant autant que possible tous les avantages;  puisque fourrer le système, c’est comme faire l’amour et si vous ne faites pas votre brin de 69, vous ne faites l’amour qu’à moitié. Les policiers qui ont peur que l’ordre soit troublé feront peur aux troubleurs et à tous ceux qui, voyeurs, regardent se dérouler les événements. Alors on invente ce que l’on appelle la droite et la gauche. Ce sont deux idéologies, termes vulgaires, deux idioties inventées pour tenir les imbéciles occupés, car, ils font partie d’une même maudite patente du système : le bien et le mal. La structure sociale. Résultat : tout le monde a peur. Là, c’est le fun. Ça permet d’exploiter en tout repos les plus faibles, les plus petits, les plus dépendants de la pensée d’en haut.     

Les héros naissent dans les toilettes et meurent dans les vitrines. Les marchands font vivre les artistes qui se préoccupent surtout de peindre les phobies ou de créer à côté une industrie, antipollution de la cervelle. Les bruits montent. Le tonnerre gronde. Le nouveau dieu créé existe et tombe dans la merde de chèvre. On le ressuscite d’entre les morts et on le plante à une croix. Tout le monde tremble, la propriété privée est en danger et l’on s’ouvre le ventre pour jouir à se faire dévorer les tripes. Pendant ce temps, la police apporte une contravention au crucifié pour s’être exhibé nu devant des femmes en chaleur. C’est la révolution. Tout le monde a peur et pendant que tout le monde a peur, on oublie de rire… et le système nous fait les poches. Ceux qui ne croient pas dans cette grande invention du système pour contrôler le taux de natalité par les guerres sont vus comme traitres. Il faut avoir peur et surtout quand l’exige le salut de la finance.    

À ce jour, étant plutôt niaiseux de nature, j’ai servi de cobaye. J’ai été la mesure de la peur. Ne pourrais-je pas pour un moment servir à autre chose? J’en ai plein le cul d’avoir peur… ça coûte cher en sous-vêtements… J’en ai plein le cul d’être un fusil à l’eau. Je ne veux plus éteindre des feux, je veux en mettre dans le plus de cœur possible… embrasser tous ces beaux petits gars, tout mignons, tout chauds. Je ne veux pas travailler pour les exploiteurs, vendre de la viande avariée ou poser des bombes comme l’agent Samson, de la GRC. Je veux mettre le feu dans les cerveaux, allumer des joints dans l’imagination de la jeunesse, les réveiller à l’Amour et la Beauté. Leur apprendre qu’on est sur terre pour être heureux et que tous ceux qui au nom de leur dieu nous prêchent le contraire sont les vrais imposteurs… Cesser la violence, la remplacer par une caresse, c’est ça le seul vrai sens de la VIE et de la révolution.           

Je sais. Je ne peux plus servir à révéler la vraisemblance. Je ne crois plus en rien. Tout est faux. Tout est à refaire.

Mes bibittes fonctionnent à l’eau et c’est beaucoup moins payant que le pétrole… mais au moins, je suis porteur d’eau… Je suis VERSEAU.       

Sherbrooke, 1973  

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