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Mario 1

décembre 4, 2020

                    Mario

Les salauds! Les salauds! Ils m’ont arraché à mes rêves. Entre le passé et l’avenir, ils ont infiltré leurs insinuations de haute trahison. Mais qui ai-je trahi? Les bigs-boss qui exploitent le peuple? Les billets Dominion qui nous fourrent irrémédiablement en enfer? Les vaches qui abusent de l’ignorance et de la servitude des gars du textile, du bois et de la pierre.               

Je m’en fous! Je ne veux rien savoir de toutes leurs mesures de guerre anti libération… J’aime le bois. Le ruisseau. Les vagues du lac Memphrémagog. Le soleil somnolant sur le Pinacle et l’Orford. Mon seul tort est d’avoir les cheveux longs et d’aimer les petits gars et avoir les cheveux longs.                     

Est-ce ma faute si l’exploitation n’est pas éternelle? Est-ce ma faute si à Sherbrooke; 18,000 chômeurs traînent dans les rues pour proclamer leur peur? Est-ce ma faute si j’aime ce peuple comme j’aime les garçons?        

J’ai huit enfants, messieurs, huit enfants qui mangent des hot dog et du beurre de peanuts depuis 10 jours. Deux ont la grippe. Je n’ai plus d’argent pour leur acheter des vitamines. Maudit kâliss! Je dois payer Household Finance, si je ne veux pas me ramasser sur le trottoir avec les autres. Le gouvernement se paie de beaux immeubles, pour permettre à ses hauts fonctionnaires de s’en mettre plein les poches, pendant qu’à nous, on réserve l’assurance-chômage et le bien-être social. On veut une job…o-n-v-e-u-t-u-n-e-j-o-b-o-n-v-e-u-t-u-n-e-j-o-b-o-n-v-e-u-t–u-n-e-j-o-b.         

Et, dans la rue, les travailleurs spécialistes en chômage défilent comme des sardines. Pauvre politicien, il en oublie sa Molson. C’est un agréable tumulte. Les chômeurs de l’Estrie claquent les talons entre la boue et l’asphalte pour ne plus crier que leur révolte prolétaire. Ça l’air d’un régiment appréhendé pour une guerre appréhendée. Et, toutes les guerres profitent aux religions et aux multinationales qui les activent. 

Je rêve d’un autre monde appréhendé. Plus humain. Fini le travail obligatoire! Finies les perles d’un corps qui pleure de rage… nous sommes à l’ère des loisirs. Les 18,000 chômeurs, nus s’ébattent sur la plage. Les gamins tranquilles… par la force de leur faim de mots… assistent à de grandes soirées littéraires. Les films y sont aussi très bons… L’esprit a vaincu les mains qui, souvent, cherchent dans un territoire inconnu, une pulsion de plaisir à définir les lignes corporelles. Qu’il est bon de la sentir s’éveiller et s’étirer!           

La réalité du système n’est pas ma réalité.  

Je ne campe pas les vieux dans des asiles pour contrôleur de pilules anti vieillissement. Mafia de la maladie! 

Bon dieu! j’aurais dû écouter et demeurer bien au chaud dans mon lit, avec toi, plutôt que de courir l’image d’un peuple en famine de liberté. 

Je me suis laissé emporter par ce monde où ne subsistent plus les usines pour approvisionner les guerres. J’étais ravi de cet âge d’or 1900 « queuque » ou un an après. Je me suis laissé entraîner et j’ai crié avec eux plus que le tocsin :           

À bas la tapette! À bas la tapette divorcée! À bas le trou d’eau! Et, j’ai été emprisonné pour lucidité séditieuse.              

Qu’y a- t-il de mauvais à être tapette? Qui ne sait pas que tout le monde l’est potentiellement? Le gouvernement! Et je paie pour apprendre son ignorance crasse de l’homme.

Depuis six jours, je m’interroge dans ma cellule à savoir si la tapetterie n’a pas été confisquée comme le hasch et la mari afin de permettre aux autorités de poursuivre leur commerce et éviter les augmentations de taxes. Ainsi, la morale est sauvée puisqu’il est difficile de vivre dans un monde où la société décide à la fois de ta liberté et de ton bonheur. Comme si les enfants n’avaient pas le droit à la liberté.    

Les enfants comme des soldats jaillissent derrière les buissons et leur corps sveltes, nus, flambant de beauté, de leurs lèvres-sang brisent les lois,  en les mâchouillant. Qu’importe pour eux que la reine soit au papier ce que la putain est au bordel. Pour eux, les jeux sont faits; la reine et la putain sont de la même famille : celle de la nécessité. Et la nécessité pour les enfants n’existe pas plus que la révolution. Tout ce qui importe, c’est le jeu. Et les étoiles tombent dans les yeux du chat qui boit au ruisseau, près de la brebis,  amoureuse de sa moustache. Les doigts des enfants glissent dans ces manteaux invoquant la poussée à leur bas-ventre d’une toison d’or, voyage-symbole de leur découverte du monde de la jouissance, de l’air et du tourbillon. D’ailleurs, les enfants n’ont du monde que leurs yeux et le cachemire de leur ventre à peine différent de la moisson. Ils n’ont de pays que la poussière lunaire, empreinte de leurs pas dans le monde nouveau de leurs sens, hors du temps, hors de l’espace. Ils sont les ruisseaux du Cosmos. Leur cerveau de feu couche dans l’avenir d’une ruelle de briques. Ils provoquent à l’amour et à la création. Ils sont les archipels d’une Atlantide nouvelle. Ils sont l’amour comme toi que la brise me rend dans ma geôle. Toi, le vrai mur de ma prison. Mon obsession. Beau péché qui me dérobe à moi-même.            
 
Eh oui! On m’a volé l’amour, on m’a même dérobé mon pays. Les traits de ma vie ont changé dans mes mains. Du monde de l’innocence première, viscérale de l’enfance, du pays de la sincérité et du bonheur où je courais allégrement à la chasse sous les peupliers de la mort, je n’ai qu’un vague souvenir. Mes mains courent entre les ruines d’un temple que seuls mes rêves ne profanent plus.           

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