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Un sourire venu d’enfer 46

décembre 2, 2020

Un sourire sorti d’enfer 46

Autobiographie approximative

pp. 381 à 387

La majorité des Québécois ne savent pas que la Grèce antique, le pilier de notre civilisation, a déjà existé et favorisé l’amour pédéraste (l’amourajoie).

La pédérastie était même une fierté. Cette ignorance du passé est normale puisqu’on n’en parlait jamais avant la fin de notre cours classique. Avant, on avait pour références que les écrivains qui s’acharnaient contre l’homosexualité. Personne ne se levait pour combattre cette fausseté. Qui veut passer pour un malade mental ?

En fait, je me rends compte que la peur idiote de la sexualité transmise par les féminounes actuelles est la même que celle de la religion quand j’étais petit. Quoique la religion ne nous mettait pas en prison pour apaiser les scrupuleux.

Les jeunes n’existent pratiquement pas dans l’esprit des adultes. Ils sont absents et sans pouvoir.

Alors, on ne nous faisait pas de grands sermons sur le danger des méchants vieux messieurs qui auraient pu avoir le désir de toucher à notre petit zizi. Les adultes s’imaginaient que tous les jeunes sont des niaiseux. La peur du sexe est une peur féminine, fruit d’un système qui est né avec la peur des religieux frustrés. Une peur qui nous vient aussi de la télévision. La peur des autres, une paranoïa. Le mépris que les femmes ont d’elles-mêmes parce qu’elles sont femmes d’où leur besoin de tant crier leur féminisme. La femme est la victime des religions. La femme est victime du rejet de sa sexualité et sa réalité.

Jusqu’à l’adolescence, le danger sexuel ne nous transperce même pas régulièrement  l’esprit.  Même  les  plus  vicieux  n’y  songent  probablement pas.

À cette époque, la sexualité était le dernier de mes soucis. Surtout que j’étais trop idiot pour comprendre les mots employés par les adultes correspondaient parfois à mes tentations amicales. Ce discours venait dans les cours d’école, à la cachette. Certains essayaient même de se prétendre mieux bâtis que leurs chevaux alors que les autres comme moi pensaient que ce petit tube ne servait qu’à faire pipi.

Mieux encore, nous n’avions pas la télévision pour présenter une bande de vieilles obsédées sexuelles qui essaient de nous faire croire que l’on pouvait être en danger en jouant aux fesses ou en voyant de la chair fraîche. Le scrupule traumatise plus que le plaisir. La chasteté est une forme de limite mentale. Qui peut proscrire un plaisir qui ne représente aucun danger?

Ces femmes projettent leur peur et leur dégoût du sexe sur leurs enfants. La peur du sexe est une obsession féminine, à cause des machos, je l’accorde. Si elles ont eu un peu de plaisir, il est évident qu’elles seront un peu plus ouvertes d’esprit. Le sexe ne sera pas un sacrifice exigé par la Bible. Il ne faut pas oublier qu’en 1967, les Québécois (es) ont souffert le martyr quand des noires d’Afrique sont venues en spectacles nous montrer de très beaux seins. On a du chemin à parcourir pour se sortir de la grande noirceur des adversaires des Fées ont soif.

Je me rappelle aussi que mes parents avaient discuté d’articles de journaux jaunes où on racontait comment certains garçons avaient été déchiquetés pour le plaisir sexuel d’un vieux cochon.

Je n’aurais jamais cru que de souhaiter que M. Pope me mette la main entre les deux jambes aie d’une certaine manière un rapport avec ce danger. Je rêvais de savoir ce que ça faisait quand c’était un adulte qui nous touche.

Dans le fonds, c’est tout un hommage que je lui rends sans même qu’il ne l’ait jamais su. Je souhaitais avoir une relation sexuelle avec lui.. Je le croyais assez correct pour ne pas avoir peur de lui et vouloir vivre cette expérience au-delà de ce que je connaissais sans peur, ni honte. Je n’avais même pas dix ans.

Pourtant plus tard, si je suis resté accroché à la pédérastie, c’est justement en partie parce que je me rappelais ces histoires de dangers qui m’avaient totalement traumatisé. Comment discerner un M. Pope d’un de ces sales qui te coupent en morceaux après avoir vérifié la rigidité de ton petit pipi?

L’homosexualité était tellement mal vue qu’à part les latrines publiques, tu ne savais pas où rencontrer des gais, ce qui conférait encore plus le statut de pervers à ceux qui s’y rendaient.  Moi, mon fou, j’avais encore peur des vieux. Je voulais bien, mais à reculons (sans jeu de mots), c’est-à-dire en tremblant de peur.

J’ai en très grande partie décroché de la pédérastie quand je me suis d’abord aperçu que ce n’était pas tous les gais qui rêvaient de faire de toi un chop suey ou une tourtière. Même que la plupart des gais étaient délicats, respectueux.

Est-ce qu’on nous avait menti ou est-ce qu’on exagérait un danger parce qu’on n’en connaissait rien?

Le « cruising » est une des choses les plus intéressantes de la vie sexuelle gaie, même si souvent ça ne tourne à rien. Ça vaut la peine de vaincre ta peur pour te sentir désiré.

Cette peur n’a pas eu d’effets néfastes sur moi simplement parce qu’à Barnston, les gais ne courent pas dans les rues. J’ai dû affronter ces histoires d’horreur à cause des journaux. Cette peur fut si envahissante que beaucoup plus tard et sans m’en rendre compte j’ai opté pour ce qui était le plus sécuritaire. Je faisais du pouce en trimbalant une roche dans mes poches. À cette époque, on n’était pas encore devenus assez fous pour croire qu’on peut être un monstre en jouant aux fesses sans violence et dans le plaisir. On pouvait faire la nuance entre plaisir et danger.

L’école libre me permit de me rendre compte que je pouvais vivre 24 heures sur 24 en rut, sans même toucher les petits gars qui me tentaient. Je pouvais aussi avoir des jeunes qui étaient absolument consentants et heureux de me connaître. Ainsi, je n’avais pas à forcer qui que ce soit à me fréquenter et à avoir peur des rapports sexuels. Je m’apercevais que les moumounes qui combattent avec tant d’acharnement la sexualité sont beaucoup plus aigries, plus jalouses que moi.

Leur discours est faux, car dans une relation pédéraste les deux sont strictement consentants. Et quand tu n’es pas frustré, tu n’as pas besoin de violer une autre personne pour assouvir tes besoins. Assouvi, le sexe occupe une proportion infime de tes pensées. Les désirs tombent avec l’éjaculation.

Ce fut cette transformation qui me donnait le choix. Ce fut ce qui me permit de découvrir que je pouvais aimer être le jouet sexuel d’un gars de mon âge ou d’un aîné et aimer ça. L’exclusivité quant à aimer juste des petits gars, comme le prône la majorité des pédérastes, volait en éclats à travers mes expériences. Par contre, j’étais déjà prisonnier de mes textes sur la pédérastie et identifié à cette orientation sexuelle. J’étais vraiment polymorphe.

Je trouvais la petite Hélène assez belle pour désirer une femme. Les seins sont encore plus beaux quand la fille n’est pas encore âgée. Ils sont plus petits, plus « poires ». Elle avait probablement environ 25 ans.

Même si nous nous étions séparés, Suzanne demeurait une connaissance que j’appréciais grandement. Elle m’avait appris à me connaître et vivre différemment ma pédérastie. Suzanne m’amenait, à cause de sa maturité, à une recherche intérieure plus profonde que le pouvait un petit gars. Avec un petit gars, tu vis et tu ne te poses pas de question, car t’es au ciel. Avec Suzanne, je pouvais me demander ce qu’eux pouvaient ressentir. Tout le sexe dont j’avais besoin, je l’avais avec elle.

Je découvrais qu’il y a chez les adultes un pouvoir d’aimer qui se compare très bien avec celui des petits gars à cause de sa différence. Ces relations permettent une autre forme de développement : le développement intellectuel. Une bonne discussion apporte aussi un énorme plaisir. J’apprenais à être tout aussi éberlué par l’intelligence des autres que par leur beauté physique.

Mon besoin de séduire des bonshommes quand nous allions prendre un coup était, sans que je m’en rende compte, une des solutions retenues par les psychiatres que j’étais allé voir pour être certain de ne jamais être un danger pour un petit gars.

Je disais que c’était mon côté féminin, mon côté « guidoune », mon côté Marie- Madeleine. Ce besoin d’appartenir à quelqu’un par simple séduction. Une exclusivité sur laquelle je cracherai une bonne partie de ma vie soit jusqu’à ce que j’aie rencontré l’homme, la femme ou le jeune de ma vie. Nous avons tous intérieurement une partie des deux sexes masculin et féminin.

Notre développement sexuel en homme ou en femme, notre identification sexuelle, ne se fait qu’à la fin de notre développement embryonnaire.

Selon les psychiatres, pour ne pas souffrir inutilement de l’étroitesse d’esprit de notre société, il était préférable que je sois gai plutôt que pédéraste, et ce, même si ma façon de vivre ma pédérastie leur semblait tout à fait correcte, probablement parce que je n’aimais pas la sodomie. Mon dédain pour la peur et la violence faisait en sorte que je ne pouvais pas être un danger pour qui que ce soit.  Mes recherches étaient axées sur la tendresse et les caresses.

Mon désir de devenir père et enseignant est né dans ces circonstances.

Je pouvais être un bon professeur parce que j’avais une bonne connaissance de l’âme des jeunes. Je pouvais facilement me mettre dans leur peau et réussir les cours universitaires qui nous y conduisent.

D’autre part, rien ne m’empêchait de vivre ma vie sexuelle en dehors de ma profession d’enseignant, à moins que l’on soit assez idiot pour croire que l’on est professeur 24 heures sur 24 à cause de l’exemple qu’il faut donner.

L’enseignement devenait une porte de sortie très intéressante, adaptée à ce que je suis profondément. Enseigner sacrifiait ma pédérastie sous l’aspect génital, mais n’éliminait en rien les sentiments. Je devais au préalable terminer ce que j’avais entrepris au niveau de l’écriture.

Je me prenais déjà pour un écrivain, mission qui se confondait avec la révolution.

Au début, Avant de se retrouver tout nu dans la rue ou le problème du logement devait être un livre d’une centaine de pages. Je pouvais aussi compter sur mon très bon ami Gaétan Dostie et Parti pris pour le publier.

J’ai voulu innover en résumant la position de tous ceux qui étaient concernés par le logement et combien le fédéral est encore une fois de trop dans ce domaine. Chaque groupe fut invité à présenter son mémoire à un colloque sur le logement en vue de ce livre. Je devais ensuite faire la sélection des mémoires. Puisque je voulais toucher tous les aspects, le livre devint immense, plus de 400 pages.

Parti pris n’était pas très content du volume des textes, surtout que le ministre qui appuyait le projet trouvait que ce serait un livre beaucoup trop volumineux.

Je dois avoir eu raison dans mes choix, car ce livre a servi longtemps de livre de référence dans les universités. En y publiant beaucoup de statistiques, malheureusement, le livre devenait très vite dépassé. Mais, à cette époque, écrire était pour moi mon arme de combat. Rien n’empêchait les mises à jour.

La correction fut faite par Louis Geoffroy. Celui-ci me dit qu’il m’avait toujours considéré comme un bon écrivain, mais qu’en lisant mes textes, il avait totalement changé d’idée. Selon lui, le livre était plein de fautes de français, totalement monotone, sauf le chapitre sur les feux dans le secteur Saint-Louis, à Montréal

Malgré ce jugement défavorable, j’aimais bien Geoffroy et c’était son droit le plus légitime de ne pas aimer mon livre, même si mon orgueil en prenait une claque.

De toute façon, j’étais devenu un écrivain connu par accident. Si je n’avais pas connu Gaétan Dostie et Gaston Gouin, je serais demeuré un parfait inconnu quoiqu’à cette époque les journaux publiaient beaucoup mes lettres ouvertes. Mes écrits sur la pédérastie n’auraient jamais été connus si je n’avais pas participé à la publication de Sortir avec Jean Basile, en 1978, et fait un dossier avec Paul Chamberland dans le Berdache, le 15 novembre 1980.

Mon texte entraîna une recherche à l’Université de Montréal pour savoir quels effets pouvaient avoir mes textes en prison puisque tout le monde peut les comprendre.

J’étais perçu comme un baveux, un provocateur, par bien d’autres écrivains qui ne comprenaient pas que je prenais mes écrits pour une mission à accomplir.

Comme tout fanatique, j’étais prêt à mourir pour défendre mes causes : l’indépendance du Québec et le droit à la pédérastie, si elle non violente et consentie.

Je ne savais pas que cette étude était commandée par le ministère fédéral de la Justice.

Une fin de semaine, je partis pour rendre visite à ma famille à Barnston. La petite Hélène m’a joint au téléphone pour m’annoncer une très mauvaise nouvelle, mon éditeur était décédé.

Au début, j’ai cru que c’était mon ami Gaétan Dostie, mais dès mon arrivée à Montréal, j’ai appris qu’il s’agissait de Geoffroy, mon correcteur et non mon éditeur.

Il demeurait dans le secteur Saint-Louis et il venait de mourir à la suite d’un incendie dans sa demeure. Les photos pour la publication d’Avant de se retrouver tout nu dans la rue étaient sur son bureau au moment du sinistre. Elles étaient partiellement brûlées. On décida de s’en servir quand même pour illustrer le livre.

Ces funérailles furent particulières. Rien de religieux, Janou Saint-Denis y lut des textes poétiques à l’église. Ce fut suivi d’une rencontre où l’on s’enivra avec une chaise vide pour marquer la présence et les goûts de Louis. Je suis sorti de ces funérailles complètement « paqueté ».

C’est aussi peu de temps après que je fis la connaissance de Marcel Raymond qui étudiait déjà sur Geoffroy.

Quand le livre fut terminé, j’ai décidé de prendre des vacances en me rendant sur le pouce voir ce fameux Lac-Saint-Jean. Je suis parti accompagné de Patrick et deux des trois garçons de ma cousine. Nous avions une tente pour dormir et des pouces pour nous y rendre.

À notre retour, nous étions sur le bord du chemin quand une patrouille de la police s’arrêta pour nous embarquer et faciliter un bout de chemin. C’était évidemment un moyen pour me questionner. Un vieux avec trois jeunes, c’est automatiquement très suspect. On fut laissé un peu plus loin et les policiers avaient pu constater que rien d’anormal ne se produisait.

Quelques minutes plus tard, la police revenait et nous demanda d’embarquer. Il avait appris que des changements devaient être effectués dans mon livre sur le logement et qu’il y avait un avis de recherche pour me retrouver d’urgence. Nous nous sommes rendus jusqu’au parc, sirène et tout le pataclan. On me dit que c’était pour me faciliter les choses un peu plus loin, car d’autres conducteurs n’auraient pas peur de nous embarquer en nous ayant vus dans une auto- patrouille. Les policiers ne pouvaient pas m’amener jusqu’à Montréal.

Un seul autre élément me revient à l’esprit quand je songe à ce livre. J’avais rencontré le nouveau ministre de la Justice, Marc-André Bédard, par accident, et je lui avais fait part de mes peurs et constatations concernant les incendies répétitifs dans les maisons abandonnées. Je lui ai dit que ceux-ci étaient l’œuvre de la pègre qui procédait ainsi pour obtenir l’espace afin d’ouvrir de nouveaux terrains de stationnement. Une de mes grandes intuitions journalistiques. Ce fut les rires et les « yé malade celui-là. Quel paranoïaque! » C’est vrai  que  je n’avais pas de preuves, mais ça sautait aux yeux. On a découvert quelques années plus tard que j’avais raison. Si on ne mérite pas un rire, on ne vaut pas grand-chose.

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