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Un sourire venu d’enfer 41

novembre 27, 2020

Autobiographie approximative

pp.344 à 353

42

L’après-école libre, chez Ted.

Septembre 1976. J’étais encore une fois assisté social. Je demeurais chez Ted, un animateur à l’école libre.

Il ne m’aimait guère puisque privé de l’école libre, j’ai transposé l’expérience à la maison. Des enfants de nos connaissances nous rendaient visite. Ça le fatiguait, moi, ça me choquait de l’entendre chialer. Presque toutes les fins de semaine, la maison était pleine à craquer. J’avais laissé le hangar aux petits gars pour qu’il se fasse une cabane. C’était la période expérimentale au cours de laquelle les jeunes font les 400 coups pour savoir s’ils sont vraiment libres.

À l’intérieur, ils dirigeaient mes travaux de peinturage. Tout le monde participait, avant de passer au hangar travailler à l’aménagement de leur local. La cour était devenue un véritable dépotoir.

Parfois, Patrick et Yanie venaient faire leur tour. Patrick était jaloux. Si je m’étais pris pour le père, il s’était pris pour le fils ou du moins en revendiquait-il tous les privilèges. Même Yanie affirmait aux petites Haïtiennes à la maison quand elles ne voulaient pas l’écouter : « Je connais Jean depuis bien plus longtemps que vous. Il a même resté chez nous. » Grand verdict irréfutable, signifiant qu’elle avait plus d’influence sur moi et que je lui appartenais plus qu’à elles.

J’adorais recevoir les enfants desquels je pouvais difficilement me différencier.

Quel pouvoir avais-je de plus? Je vivais parfaitement l’égalité entre tous les êtres telle qu’enseignée à l’école libre. Je n’avais plus qu’à apprendre, moi aussi, à dire oui ou non. Pour moi, le non a toujours été un grand problème. Plus tard, un de mes fils adoptifs me disait : « Avec Jean, c’est facile, il suffit de dire qu’on l’aime pour qu’on ait tout ce que l’on veut. »

La cuisine ou le salon devenait vite une salle de jeux. Je regardais faire les petits ou je dessinais avec eux, tout dépendant combien j’étais occupé dans mes préoccupations d’adulte. En dessin, j’étais toujours un peu mal à l’aise d’être beaucoup moins talentueux qu’eux. Quand j’étais au collège, je n’ai jamais été capable de faire un dessin convenable et je n’étais pas mieux en vieillissant. Comme avec la musique, il suffisait que je chante pour que tout le monde autour perde la mélodie. Une cruche parfaite.

En quoi suis-je bon? Devenait souvent la question de circonstance. Une chose certaine, je les aimais encore plus que je m’aimais moi-même. J’admirais leur talent.

Les vacances avaient été extraordinaires. J’ai fait connaissance avec deux petites Haïtiennes dont l’une était extrêmement belle. Elles avaient un frère aîné. J’avais aussi rencontré Steve, un magnifique petit garçon qui m’a aussitôt fait sauter les fusibles.

Au début, sa mère voyait d’un mauvais œil mon contact avec lui. Elle dut convenir que le petit adorait se promener sur mes épaules et se laisser parfois tâter et chatouiller. Le soir, Steve exigea de coucher dans la même tente que moi où il roucoula des heures, allongé contre moi, bandé comme un cheval, pendant que je le caressais et le mangeait des yeux. Le noir lui conférait un profit encore plus divin.

Ce petit gars était d’une beauté archangélique. Brun. Les cheveux bouclés. Un peu gêné et très sensible aux moindres attentions. Il avait quasi la voix d’une fille et les os d’une telle délicatesse que j’avais peur de les briser quand je jouais avec lui.

Hélas! Nous avons vécu très peu longtemps ensemble, car il déménagea. Je ne l’ai revu qu’une année plus tard. À le voir me chercher dans la voiture où j’étais assis alors qu’il était à l’extérieur, la figure rayonnante de curiosité, je savais qu’il ne m’avait pas oublié. Je rêve de lui comme à bien d’autres. Juste leur souvenir confirme que la vie mérite d’être vécue, ne serait-ce que pour les avoir rencontrés, même si peu longtemps. Que ça choque ou pas, pour moi, vivre  avec eux est le plus grand cadeau que Dieu m’a fait.

Sachant que tous les jours ne peuvent pas être une fête et vivre en compagnie de petits gars, je me suis développé une mémoire quasi nucléaire tant visuelle que tactile de chacun d’eux. Je peux ainsi, quoique je vive autre chose, me référer à eux pour reprendre le goût de vivre.

Les petites Haïtiennes m’accaparaient beaucoup. Elles me croyaient un martien à cause de la couleur noire et blanche de ma peau. Ce qui me fait dire que je suis un nègre blanc d’Amérique authentique. Elles adoraient vivre avec moi. Ainsi, elles venaient souvent avec leur grand frère passer quelques jours. Malheureusement pour moi, le grand frère n’était pas intéressé par mes sollicitations. Je devais encore une fois apprendre à me contenter d’espérer, de développer et partager d’autres formes de jouissance en sa compagnie. C’était assez facile. Marco était très beau, extrêmement intelligent, précoce comme pas un et un amateur de bonne musique, musique que l’on écoutait en prenant notre bain ensemble. J’aurais aimé être plus riche pour l’amener toujours avec moi, lui faire entendre ce qu’il y a de mieux en spectacles. Seul, je n’en avais même pas le goût. La vie a l’intérêt de celui avec qui tu la partages. C’est le pouvoir d’être comme en couple. Un façonne l’autre.

Malgré leurs visites sporadiques, septembre laissait de grands vides dans mon emploi du temps. Aussi, je me suis enregistré à des cours fournis aux Ateliers populaires.

J’ai choisi le théâtre et la radio. Le théâtre m’aiderait à rendre plus vivants mes poèmes quand j’aurai à réciter; alors que la radio me permettrait de m’impliquer davantage dans la vie du quartier. Je me sentirais ainsi un peu moins inutile.

Le cours de radio se poursuivait en collaboration avec Radio Centreville, une station communautaire, à Montréal.

J’étais fier de collaborer à cette station de quartier, car, elle m’apparaissait la seule radio libre au Québec. Le seul endroit où il était possible de critiquer le gouvernement ou de parler de sujets tabous.

J’appréciais particulièrement la notion de quartier. Pour moi, cette radio devait servir à faire connaître les services communautaires dont le quartier pouvait jouir. Un instrument efficace pour combattre la pauvreté et redonner espoir aux gens. Un mécanisme pour trouver un consensus local, des solutions à nos problèmes.

Une fois par semaine, nous nous rendions à la station apprendre à nous servir de l’équipement et à monter des émissions.

Quant au théâtre, il reposait surtout sur la spontanéité et la création. J’adorais ce passe-temps à cause de l’atmosphère d’amitié, de solidarité. Notre professeur était excellent. J’ai compris que si j’avais eu plus de mémoire, j’aurais pu devenir un bon acteur.

Avec ma grande famille, j’ai tôt fait de suggérer une émission avec les enfants. J’aurais aimé dans cet élan créer une série d’émissions qui auraient été faites strictement par les enfants. Marco aurait pu facilement en être l’animateur. L’idée fut tout de suite retenue.

À part de courir les cours d’école pour organiser des entrevues, j’ai dû passer de nombreuses heures à travailler au montage. J’ai trouvé ça fascinant.

Je découvrais cette technique en même temps que l’auteur américain William Burroughs. Je ne comprends pas pourquoi les critiques s’entendent pour affirmer le génie de cet écrivain à partir du Festin nu où il est question d’expériences de la CIA alors que La machine molle et Les garçons sauvages sont des ouvrages bien supérieurs. Dans La machine molle, il nous fait pénétrer techniquement dans le continuum espace-temps par la descente spiralée à travers le trou du cul d’un petit gars et nous fait aboutir dans la vision fantastique de l’espace-temps appliquée à la civilisation. Ce qui est grandiose dans ce texte, tu en sors comme t’es entré par le cul du petit soldat, phénomène qui structure vraiment son roman sous forme de spirale.

Quant aux Garçons sauvages, il ne fait penser aux Gamins de Caracas, ces petits bouts d’hommes qui deviendront dans quelques années, le point central de tout Occidental. Ce sera le prochain épisode de ma recherche, car au Québec, sauf dans les sermons, ce n’est pas pour demain que les parents accepteront le droit de l’enfant à sa sexualité, encore moins sur le choix de sa famille, de son école, de sa pensée.

La civilisation occidentale est encore mille ans en arrière de ce règne d’espérance et la Russie quant à elle, l’est de dix mille ans. Ce n’est encore rien à côté des talibans qui sont restés coincés à l’époque du désert avec Mahomet. Pas surprenant que pour nous faire vivre d’une manière aussi arriérée, les islamistes aient besoin de prendre les armes pour faire écouter leur message.

Aujourd’hui, les parents qui se prétendent les plus progressistes te diront fièrement que leur enfant c’est leur propriété. « C’est à moi, cet enfant. Que je ne vois jamais un maudit salaud lui toucher. » Et, ces enfants deviendront alcooliques ou drogués pour oublier qu’ils n’ont jamais connu la tendresse de leurs parents parce qu’on leur a appris que se caresser est un péché. Heureusement, Freud était plus intelligent, il faisait une nuance entre la sexualité et la génitalité.

La sexualité est tout ce qui touche à l’affection alors que la génitalité concerne les parties du corps qui servent à la reproduction ou à créer du plaisir. Les zones érotiques ont beaucoup changé depuis que l’on essaie de couvrir tout le corps, une manière de manifester sa honte d’être un être matériel. Une bêtise

consacrée comme étant normale et une vérité qui a franchi les siècles, grâce au mensonge et à la violence… L’Inquisition en témoigne.

Je préférais pouvoir me présenter carrément comme pédéraste aux parents et amis, car ça garantissait que jamais je ne pourrais me servir de ma force pour obtenir une relation sexuelle avec un petit. J’avais bien trop peur de devenir un prédateur sexuel, ce qui impliquait la violence. En étant aussi ouvert, si par hasard un jeune s’était senti inconfortable dans notre relation, il n’aurait pas peur d’en parler à ses parents. Peut-on devenir violent à force d’être frustré? C’est ce dont j’avais peur.

L’essentiel de la relation était que je sois amoureux et que mon partenaire le soit aussi de moi. Ce sont des choses qui se sentent. Comment l’amour pourrait-il nuire à quelqu’un? Je dirais que 98 pour cent d’une relation sexuelle pédéraste est pure affection et tendresse. La complicité est aussi un des éléments essentiels.

Robert, un petit voisin, venait fréquemment à la maison. Nous étions assez intimes.

Le matin, il n’attendait plus que je lui ouvre la porte. Il savait ce qu’il voulait voir, car je préfère coucher nu. Les jeunes sont beaucoup moins niaiseux que se l’imaginent les adultes.

.Dire que je suis pédéraste était me garantir que je ne sois jamais un agresseur. Si notre relation devenait pénible pour le jeune garçon, puisqu’il peut habituellement en parler, il se confierait facilement à ses parents. Ma grande question demeurait : peut-on devenir violent à force d’être frustré? C’est ce dont j’ai toujours eu peur panique.

Les questions posées n’étaient pas celles de la société qui ne voit que du mal à travers les relations sexuelles entre les générations, mais est-il préférable de ne pas obéir aux lois débiles de la société pour s’empêcher d’être un danger pour les jeunes que l’on aime. Loin d’être violente, la pédérastie (amourajoie) est strictement émotion amoureuse et tendresse.

Aimer, c’est d’être bien avec quelqu’un. (Gabriel Charpentier)

La capacité de communiquer entre les enfants et les parents de notre milieu garantissait que jamais un jeune ne soit assez honteux ou peureux pour ne pas pouvoir parler directement entre eux de notre relation. Si le jeune peut parler sans honte de sa sexualité, il en parlera à ses parents ou ses amis si quelque chose cloche. Le jeune ne se sentait pas juger ou étouffer parce qu’il m’aimait.

Cette  confiance  devrait  exister  dans  toutes  les  familles  et  tous  les  jeunes devraient pouvoir parler sans peur, ni honte avec leurs parents d’un événement qui le blesse ou le trouble ou le rend heureux. Si les parents sont inconfortables d’en parler, c’est qu’ils ont un sérieux problème. Quoi de plus naturel que le sexe? Pourquoi la peur de la nudité rend-elle tant de gens malades? Je suis persuadé que la manière répressive de vivre la sexualité chez les jeunes crée beaucoup plus de traumatismes que le fait de jouer librement à des jeux sexuels, même avec un adulte qu’ils aiment.

Après tout, si j’avais pu aller plusieurs jours en examen psychiatrique pour m’assurer que jamais je ne pourrai être un danger pour un garçon avec qui j’aurais une relation sexuelle, il est inutile de dire que j’étais très préoccupé par les effets de ma pédérastie sur les jeunes.

Cependant, rien, moins que rien, dans ce que je voyais et ressentais me permettait de croire que mes relations pouvaient avoir le moindre effet négatif. Les      arguments          que  l’on     inventait        pour          interdire        des    rapports              sexuels intergénérationnels sont totalement faux. Il suffit que les jeunes se sentent vraiment libres et non écrasés par la morale pour que la sexualité devienne un sujet comme les autres. Pourquoi les autorités nous mentent-elles tout le temps quant à la sexualité ?

J’étais révolté quand j’ai appris que ce que n’est pas vrai que te masturber te donne des boutons ou crée plus tard un problème d’éjaculation précoce, ce que les religieux et la médecine essayaient de nous faire croire. J’admets que ma manière compulsive de me masturber quand j’étais jeune avait quelque chose d’anormal, mais je ne le savais pas. Masturber permet d’oublier les problèmes. C’est quand même mieux que de boire puisque trop boire n’est qu’un résultat de la mésestime que l’on a de soi.

Évidemment, ce n’étaient pas tous les parents qui comprenaient mon point de vue. C’était même une très très petite minorité qui connaissait assez leurs enfants pour leur laisser le droit de choisir eux-mêmes et n’intervenir que s’ils sentaient qu’il y avait quelque chose qui cloche. . Je dirais même que ce n’était possible que dans un cercle fermé. Ceux qui cherchaient à comprendre la vraie vie. Ceux qui voulaient vraiment le bonheur des enfants et ne partaient pas en croyant avec les prérequis que le sexe est mal et honteux.

Un jeune élevé dans un milieu sexuel libéral ne peut pas être perturbé s’il rencontre quelqu’un qui vit ainsi; mais s’il vient d’une famille scrupuleuse, si on apprend ce qui se passe, c’est l’enfer et le jeune peut être marqué pour le reste de sa vie. Le jeune a bien plus peur de la réaction des autres que de ce qui s’est passé. C’est le fun de jouer aux fesses quoiqu’en disent les autorités.

Les gens ne semblent pas comprendre que tous les enfants n’apprennent pas seulement à travers les paroles. Ils sont des lecteurs nés de tout langage non verbal. La meilleure preuve est qu’ils apprennent à parler en nous regardant faire. La façon dont les parents réagissent face à la sexualité les marque à vie. C’est une empreinte qui nous marque avant même que l’on commence à comprendre qui on est. C’est pourquoi les adultes croient que la sexualité est si importante. C’était ce que leurs parents leur apprenaient.

Des tonnes d’affaires se déroulent durant notre enfance et dont on ne se rappelle pas. On apprend sans même s’en rendre compte. C’est ce qui constitue notre inconscient.

Personnellement, j’avais l’art, m’a-t-on raconté, de placer des couteaux, fourchettes dans les prises électriques pour savoir ce que ça faisait. Je n’en ai pas le moindre souvenir, sauf qu’aujourd’hui, j’ai peur de l’électricité. Alors pourquoi si une aventure sexuelle, comme un toucher survenait, ce qui n’est pas désagréable en soi, me pourchasserait-elle toute ma vie?

Plus j’y pensais, plus je trouvais cela stupide. Pourquoi mentons-nous toujours sur tout ce qui touche la sexualité? Combien de gens vivent parfaitement équilibrés et ont déjà connu les jeux du docteur dans leur enfance? Qui ne s’est pas déjà masturbé? Il n’y a pas qu’une façon.

Par contre, combien ont été traumatisés parce qu’on leur a fait peur quand ils ont été pris? Combien de jeunes se sont suicidés parce qu’ils ne se croyaient pas aimés par leurs parents? On risque d’être beaucoup plus traumatisé par un manque d’affection dans notre enfance que par des caresses.

Quand on est jeune, la sexualité ça ne veut absolument rien dire, sauf l’affection, se sentir désiré, aimé. Par contre, en voyant les adultes devenir fous dès qu’on parle de sexe ou quelque chose qui s’y rapproche, on s’imagine que c’est aussi affreux que l’apparition du diable.

Si on n’attache pas une importance outre mesure à la sexualité, pour les enfants, la vie sexuelle est pratiquement presque toujours inexistante avant 10 ans. C’est d’ailleurs pourquoi je suis contre l’enseignement de la sexualité pour tout le monde à l’école, avant la fin du primaire. Pourquoi parler d’un sujet qui n’intéresse pas un jeune, qui n’en a pas besoin, sinon pour lui laver le cerveau et lui transmettre ses bibittes. Je suis contre les lavages de cerveau religieux et moralisateurs. S’en prendre à la sexualité pour un rien, c’est une connerie propre aux religions.

Par contre, l’école doit pouvoir répondre aux cas particuliers, à ceux qui veulent savoir, soit en ayant des spécialistes dans cet enseignement ou des moyens (livres, films) qui permettent de répondre aux questions des plus précoces.

Robert entrait et venait me trouver dans ma chambre. Je couchais nu, comme d’habitude, et ça ne le dérangeait pas. Il venait s’asseoir à mes côtés, attendant patiemment que je sorte du lit. Il connaissait mon intérêt pour les bites des petits gars, mais il ne semblait pas se sentir concerné.

Robert avait l’art de se faire aimer. Il avait des yeux champagne, bouillonnant d’intelligence. L’allure d’un petit détestable, juste assez pour le rendre sympathique. C’était une machine ambulante de questions. Y en avait des pourquoi et des comment avec lui.

Fort de mieux me connaître, Robert avait commencé à demander des cadeaux pour savoir jusqu’où il pouvait aller et compter sur moi. J’accédais à ses demandes, dans la mesure où je le pouvais. Ces dépenses pouvaient être assez facilement absorbées par mon budget. J’avais juste à manger du macaroni Kraft quelques fois de plus pour lui donner ce qu’il voulait.

D’ailleurs, Robert aimait d’autant plus venir me voir que sa mère était bien d’accord. On peut penser qu’elle était folle de me faire confiance, mais c’est poser le problème en dehors de la réalité. Elle faisait confiance à son garçon, sachant très bien qu’il pouvait décider lui-même s’il aimait être avec moi ou non. Souvent les adultes paniquent, refusent de considérer ce que le jeune ressent sentimentalement et prétendent le défendre en lui interdisant toute fréquentation suspecte, oubliant que rien d’intelligent ne justifie une telle peur si on connait aussi les fréquentations de son petit gars. Les pédérastes sont en amour alors que les prédateurs dangereux sont psychopathes ou attaché à un racket de la pègre.

Si j’aimais la visite des enfants, même s’ils faisaient beaucoup de désordre, mon colocataire Ted ne goûtait plus au plaisir de les voir venir s’amuser chez nous. À son avis, l’école libre exigeait trop d’énergies pour devoir encore supporter des enfants à la maison.

Je voyais dans cette décision, une tactique pour m’empêcher de rencontrer les petits gars, décision assez surprenante de sa part, car, il croyait comme moi que la vie serait plus heureuse pour les jeunes si on éliminait l’interdit sexuel et le bourrage de crâne qui l’entoure. Jusque-là, il n’avait jamais démontré de réserve quant à ma pédérastie.  Au contraire, il m’avait lui-même présenté des petits gars, dont Steve n’était pas le moindre.

Ted n’avait plus le courage d’entendre crier les enfants, surtout avant 11 heures du matin.

Je le trouvais bien paresseux. Je ne me gênais pas pour lui dire. Pire, je n’acceptais pas sa foi religieuse. Elle me faisait peur. Ted prétendait toujours que l’avènement de Dieu était pour bientôt et que ce serait un Arabe. Il me prédisait la chute prochaine du Chah d’Iran, le début de la guerre au Moyen-Orient par la France, l’indépendance du Québec, pendant cette guerre, et finalement, l’assassinat du pape au Québec. Tant de violence me faisait peur. Aussi, je ridiculisais toutes ses vues macabres.

Plus il me parlait de religion pour me convertir, plus il m’en éloignait.

Un autre problème, Ted se comportait avec moi comme si j’étais son épouse. Je devais lui obéir, me soumettre comme toute bonne femme au foyer. Ce n’était pas tout à fait mon genre et contrairement aux femmes, ces scènes de violence ne me faisaient pas peur. Le mâle dominateur violent est une notion que je déteste autant que les féministes ou les gais qui se prenaient pour une femme. La féminité n’est pas que dans l’allure extérieure. Je n’avais pas encore beaucoup évolué quant aux travestis. J’étais comme tous les autres qui les jugent sans même essayer de comprendre parce que notre éducation nous a mis dans la tête que ce sont des gens malades. Heureusement avec le temps, j’ai compris que les travestis ont autant le droit de vivre comme ils le veulent que moi ou n’importe quel hétéro.

Les crises de Ted se faisaient de plus en plus violentes et de plus en plus fréquentes. Ted a dû apprendre assez vite que pour moi la libération de la femme, ce n’est pas qu’un appui intellectuel. J’ai horreur qu’un humain essaie de dominer un autre humain. J’ai horreur de cette race de mâles hétéros. J’ai horreur de cette race de mâles qui ne peuvent pas se passer d’une femme dans leur lit et qui les traitent comme de vulgaires servantes. J’en ai autant horreur que d’entendre certaines féministes brailler sur leur exploitation, sans chercher à en secouer le joug. On est exploité quand on veut l’être.

J’ai toujours admiré les féministes qui se tiennent debout et qui ne sont pas toujours à nous casser les oreilles avec leur manie de mettre tous les hommes dans le même panier et ne pas réaliser qu’elles sont aussi une partie du problème si elles ne prennent pas leur place dans la société. Je suis pour l’égalité absolue des êtres humains quelle que soit la race, la couleur, le sexe, l’âge. Un être humain, c’est un être humain. Il n’y en a pas qui sont meilleurs ou pires que les autres. Nous sommes le produit de notre génétique et de notre éducation.

La   situation   se   corsa   encore   plus   entre   moi   et   Ted,   mon  colocataire.

Les enfants en jouant ont brisé une vitre dans la porte de la salle de bains. Ted y vit un moyen que j’aurais inventé pour espionner les jeunes dans la toilette. Quand tu es scrupuleux, tu as tellement l’esprit croche que tu imputes toutes sortes d’intention aux autres pour transgresser tes scrupules. Je n’étais pas là quand les jeunes ont brisé la vitre. J’étais frustré d’être ainsi faussement accusé.

Pour corriger cette situation, Ted plaça un tableau, une grosse croix pour remplacer la vitre cassée. Quand j’ai aperçu ça, je me suis rappelé tous les péchés qu’on m’avait mis sur la conscience quand je me masturbais.

La guerre a pris. Je n’aurais probablement rien dit s’il s’était contenté de boucher le trou; mais autant de symboles religieux avaient de quoi me faire perdre le goût de rire.

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