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Un sourire venu d’enfer 40

novembre 26, 2020

Autobiographie approximative

pp. 335 à 344

Encore chômeur, j’ai douté de ma compétence au point d’essayer d’être accepté dans un cours de communication à l’UQAM; mais on me refusa pour , « expérience pertinente». Je n’ai jamais su ce qu’ils voulaient dire dans ce verdict.

À force de réfléchir à la question, j’ai convenu qu’il est possible que je sois complètement incompétent, trop paranoïaque et trop radical, pour pouvoir faire un bon journaliste.

Encore une fois, je ne savais pas quoi faire de ma vie. J’apprenais à m’en ficher royalement. Tout ce qui comptait, c’était le moment présent, pas une seconde de plus. Survivre, c’était mon défi quotidien.

Quelques semaines avant les Olympiques, j’ai voulu me rendre chez Suzanne. J’avais une bonne heure à attendre. Le métro était rempli à craquer. J’ai décidé de m’y promener et y chercher une âme sœur.

Ma recherche n’a pas été vaine, j’en ai trouvé deux qui m’ont conduit au bureau de la police du métro. Ces policiers en civil m’avaient souvent vu passer à Berri. Ils avaient trouvé mon comportement suspect, après tout la reine serait bientôt là. Et je suis classé parmi les dangereux de ce monde dans les fiches fédérastes.

Évidemment, les policiers n’ont pas pu me retenir, car rien n’interdit de perdre son temps en se promenant dans le métro. Par contre, ils m’ont flanqué une charge de flânage avant de me laisser partir. Je leur avais dit que je suis journaliste, ce qui m’a probablement valu d’être emmerdé moins longtemps. Même si je n’avais pas été longtemps au bureau de la police, j’avais eu le temps d’apprendre que la police de Vancouver, une bande de royalistes, ne m’avait pas oublié.

  • T’es mieux de ne pas remettre les pieds à Vancouver. On t’y attend depuis longtemps.

Un autre point : la police était surprise du nombre de livres que j’amenais avec moi, comme elle se disait agacée par la longueur de mes cheveux et mon allure de « petit voyou ».

Effectivement, grâce à Gaétan D, je faisais des critiques payées pour le journal indépendantiste Le JOUR. C’est peut-être niaiseux, mais cela me revalorisait énormément, car j’avais un pied dans le journalisme. Il y avait au moins une personne sur terre, Gaétan D, qui croyait que je pouvais faire quelque chose de bien dans la vie. Comme le dit si bien Félix Leclerc : « Si vous voulez tuer quelqu’un, empêchez-le de travailler. » Sans Gaétan D, c’est probablement ce qui serait arrivé, car je me sentais de plus en plus un idiot. Je me demandais si je n’étais pas fou puisque personne ne voulait me prendre au sérieux.

J’avais payé mon billet pour me promener dans le métro. Cette expérience m’a pourtant bien servi pour la critique d’un livre sur le caractère cumulatif de la violence psychologique des gens dans la foule qui attendent les services communautaires. J’ai été condamné à l’amende ou trois jours de prison, malgré mes explications.

J’ai interprété cette arrestation comme une tactique préventive pour me coffrer illico si jamais il arrivait quelque chose à Sa Majesté durant les Olympiques.

Trois jours, c’était juste le temps nécessaire pour me garder à l’ombre, grâce à nos taxes, et permettre à Trudeau de mépriser les Québécois un peu plus encore une fois. J’ai, de par cette injustice, été réveillé de ma longue léthargie post prison. J’étais encore une fois en guerre avec les libéraux.

Je ne savais pas comment répliquer à ces méthodes antidémocratiques préventives. L’occasion s’est présentée avec la littérature.

Gaétan Dostie organisait des soirées de poésie à l’occasion des Olympiques. J’ai été inscrit comme poète dans la soirée des « intervenants », en plein go-gauche, avec les marxistes-léninistes et les féministes. Puisque je me croyais un très mauvais poète, cela me suffisait amplement. J’étais dorénavant à l’abri des arrestations arbitraires.

Je ne me tairais plus. J’étais d’autant plus révolté que le fédéral s’apprêtait à déposer une loi contre les armes, visant particulièrement le Québec (avec le temps je suis devenu un partisan de l’enregistrement des armes à feu, car je pense qu’au Québec rien n’en justifie le moindrement la possession d’une arme).

Il y avait aussi une autre loi permettant d’emprisonner à deux ans indéfinis tout délinquant sexuel récidiviste. Cela veut dire que pour un petit attouchement, une petite masturbation ou fellation, tu peux passer le reste de ta vie en prison parce que cela s’est produit avec un mineur qui a probablement adoré l’expérience jusqu’à ce qu’il se fasse prendre. C’est pire que la prison à perpétuité, car alors tu es à la merci de tes juges et des entreprises de recherches comme du temps de la Gestapo pour le reste de ta vie. Ta vie devient un réservoir sans fond d’incertitude.

Pour moi, puisqu’on se servait de mes goûts sexuels pour m’écraser politiquement, cela signifiait être assuré très bientôt de finir mes jours en prison. Je n’avais plus rien à perdre. Je crèverais en prison, si je me faisais reprendre. Notre seul droit était de croire ce que le système veut que l’on croie, rien d’autre. La liberté sexuelle existe seulement pour ceux et celles qui n’en ont pas besoin, car ils vivent comme le système veut qu’ils vivent. C’était payé cher des petites masturbations en couple ou des 34 et demi, car souvent les jeunes aiment seulement être sucés. La réciproque ne les intéresse pas et je ne l’ai jamais demandée.

En participant aux activités du COJO, il devenait impossible que je sois arrêté, séquestré arbitrairement, sans que l’alarme soit donnée. En fait, j’ai passé ma vie à me battre pour la liberté sexuelle alors que le fait de combattre pour cet idéal me condamnait à ne pas pouvoir vivre cette même liberté pour laquelle je combats. Je pouvais à nouveau agir librement.

J’ai d’abord écrit un texte ridiculisant la bagarre qui devrait exister sur la valeur inestimable des crottes de la reine, jetée dans le Saint-Laurent, lors du passage de son bateau. Je disais qu’il faudrait les récupérer et les exposer en permanence au stade olympique, comme on le fait pour le cœur du frère André, à l’Oratoire Saint-Joseph. J’y préconisais aussi un plan de location de maisons de loyalistes le long du fleuve. Je terminais en me moquant de la venue des cadets de l’armée en disant que je ne m’y opposerais pas, bien au contraire, je serais le premier à les faire « venir ».

Ce texte jugé scandaleux fut refusé dans tous les journaux, même dans Hobo- Québec. Peut-être n’aimait-on pas le passage où je disais en riant que le prince Philippe serait le juge de nos athlètes, faisant ainsi allusion à sa présumée homosexualité ?

Je me suis présenté à La Place aux poètes organisée par Janou Saint-Denis. Ce retour à la poésie m’entraîna à Radio Centreville, une radio communautaire FM, diffusant au centre de Montréal.

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La venue de la reine

J’étais fier de cette découverte : une radio libre à Montréal.

J’ai immédiatement organisé une émission de poésie en collaboration avec Janou St-Denis. Ce fut un succès.

Le groupe de poètes invités s’est ensuite rendu au restaurant où il fut décidé de créer un mouvement littéraire pour aider Janou dans ses revendications pour que les poètes aient un coin sur la montagne à l’occasion de la Saint-Jean. C’était normal. La majorité des poètes étaient nationalistes alors pourquoi ne pas leur rendre le droit à la parole.

Les poètes sont considérés comme des moins que rien dans la culture québécoise.

Ce groupe fut nommé le Comité d’action poétique. Ce mouvement de jeunes poètes a été mis sur pied à la Place aux poètes, animée toutes les semaines par Janou St-Denis.

Nous avons décidé de tenir une manifestation contre la Société Saint-Jean- Baptiste qui décidait qui participait aux fêtes de la Saint-Jean. De plus, Jean- Marc Castilloux avait déniché un permis de la police. Le CAP était un regroupement bizarre. Il comprenait des membres de l’Atelier des Idées nouvelles, le baron Philippe, toujours habillé en femme et se battant pour les féministes, et bien d’autres.

Cet événement fut spectaculaire non par le nombre de participants, mais parce que pour la première fois à ma connaissance, des poètes prenaient la rue pour protester.

La poésie perdait son caractère pédant. Nous distribuions des poèmes à tout le monde, même aux flics qui en lisaient probablement pour la première fois dans leur vie. Les poètes ont dû même pousser la moto d’un flic tombée en panne. La poésie prenait droit de cité. Elle vivait enfin. Plusieurs personnes étaient ravies d’une telle initiative. « Gauvreau ne se taira plus, les poètes non plus. », disait-on avec foi.

La victoire symbolique de la parole nous entraîna par hasard dans une nouvelle aventure.

Adrien Vilandré, un ami de Québec, nous demanda de participer à une soirée de poésie, programmée comme par hasard, le soir même de l’arrivée de la reine Élizabeth pour les Jeux olympiques à Montréal.

Le récital a été organisé, malgré les protestations de la police. Elle ne pouvait rien faire contre nous, car tout se déroulait sur un terrain privé, soit au séminaire de Montréal, dans l’ouest, sous le signe de l’orignal épormyable, de Gauvreau. Il s’agissait d’une soirée de la jeune poésie et une fête populaire de la chanson amérindienne. Chanter les Indiens et réciter des poèmes sur les signes avant- coureurs de l’indépendance en souvenir autant de Gauvreau que de Louis Riel, le soir de l’arrivée de la reine, ne troubla personne, sauf les autorités.

Ce fut une très belle soirée. Récital à l’extérieur. Tout était survolté. Avant le récital, la police nous avait nargués, empruntant un chemin pour aller se stationner en haut de la butte qui nous servait de scène pour réciter nos textes devant la foule à nos pieds. Nous étions examinés comme si nous avions été de vulgaires bandits. Par contre, pour couronner notre entreprise poétique, nous avions la visite du consul américain ainsi que du chef de l’Opposition,

M. Jacques-Yvan Morin. J’étais fier d’y réciter un seul poème, mais très provocateur, une espèce de slam avant le temps.

Je n’aurais jamais cru qu’un jour un de mes textes fassent un tel tabac. Ce n’est pas qu’on le trouvait baveux, mais plutôt drôle. On ne voyait pas encore dans la poésie une tournure d’esprit qui se permet de rire des événements.

Je m’appelle Élisabeth

I am the queen du mois de juillet j’ai été choisi pour mes deux fleurs deux gerbes de poil près du pénis.

J’aime autant que Philippe

les belles fesses rondes de nos athlètes et quoiqu’en dise le maire Drapeau

le stade ne vaudra jamais

la beauté de nos olympistes..

Vive le Québec !

Au moins icitte

on tripe en Christ…

Laissez laissez venir

à moi les petits soldats laissez-les

je m’en occuperai

de mille et une façons qu’ils aimeront.

Bourassa,

j’ai le cul plus vierge que tes promesses La vie aussi poignée que tes lois

je ne veux rien sinon ma dignité ma liberté.

Vasez, vasez

vos gens durant ce temps jasent jasent

et paient leurs taxes.

Je me promenais depuis cette première manifestation avec une pancarte sur laquelle était écrit : Qu’osse ça veut dire : Le PD à Bourassa, l.d !

Je promettais de révéler bientôt le sens de ces lettres et j’invitais Bourassa à tenir des élections. C’était aussi le fruit d’une gageure avec un ami. Une vengeance de la prison.

En fait, le PD à Bourassa : l.d. : voulait simplement dire : Qu’osse ça veut dire : LE PEUPLE DEMANDE À BOURASSA, LÈVE-TOI DEBOUT.

Je m’en étais aussi servi dans une manifestation que l’on avait tenue sur la rue Saint-Denis où j’avais d’ailleurs récité un texte intitulé : l’archange Foin – Foin.

Je me promenais déguisé en un archange enceinte d’une bonne nouvelle. Deux pénis décoraient mes ailes larges de deux pieds, chaque côté de moi.

Je n’étais pas tellement reconnaissable. J’étais bien heureux de défiler quand j’ai passé devant les deux flics qui m’avaient arrêté dans le métro. Cependant, n’ayant ni fait les trois jours de prison ou payé l’amende dans les délais pour crier ma non-culpabilité, j’étais en quelque sorte apte à être arrêté n’importe quand. J’avais la chienne.

Je me promenais alors avec de grandes ailes pour faire un peu plus archange. Une parade plus qu’une manifestation.

Le Cap voulait réunir tous les arts dans le même panier. Avec la poésie, on peut faire des tableaux et des pancartes, on peut accompagner le tout de musique. Être un artiste, c’est aussi être un poète. Le rire fait aussi partie de la beauté et des bonnes choses de la vie.

Ce soir-là, les poètes étaient en révolte et exigeaient la défaite prochaine du gouvernement Bourassa.

Si Janou refusait toute ingérence de la politique dans la poésie; moi, avec ma pancarte, je revivais le parti Rhinocéros en poèmes.

Manifester était devenu une grande fête intérieure.

Le Comité d’action poétique a été élargi à tous les artistes en vue d’un regroupement général. Le nouveau nom fut le Mouvement d’Action Poétique, le MAP.

L’Atelier des idées nouvelles qui venaient d’ouvrir ses portes dans le quartier chinois de Montréal décida d’organise avec le Comité d’Action poétique une manifestation poétique.

La prochaine manifestation devait s’appeler : « D’l’aut’bord d.chassis ». Ce titre un peu trop joual a créé quelques dissensions mineures. Pour organiser cet événement, nous avons organisé une conférence de presse. Tous les journaux importants sont venus, tous y déléguèrent un photographe, sauf Le Devoir, qui obtint les détails par téléphone.

Aucun des journaux ne publia les résultats de cette conférence de presse, car à chaque fois que je me présentais avec ma pancarte Le P.D. à Bourassa l.d. tout le monde « freekait ». On trouvait que j’allais trop loin. Aujourd’hui, je dirais qu’on avait raison. Exaltation d’avoir été en dedans ne justifiait pas ma manière de contester. Je n’avais pas à m’en prendre à Bourassa, mais plutôt au système judiciaire qui exagère le mal des relations sexuelles entre adultes et jeunes au point de ressembler à l’Inquisition. Mais, la rage était là, bien humaine. Radio-Canada n’en parlait pas, nous y avons tenu une manifestation, devant les studios lors de l’émission « Ce soir ».

Cette manifestation était un spectacle nouveau à Montréal.

Un camion, muni d’un haut-parleur, ouvrait la parade en scandant :

« Le temps de se taire, de se faire fermer la gueule est révolu. Face à la répression culturelle qui sévit au Québec avec CORRIDART, les poètes sur la montagne, les Gens de l’air et le Jour (les libéraux refusaient d’y annoncer, consacrant la faillite du journal) ne peut y avoir qu’une réplique. Nous, artistes de toutes les disciplines et de partout, nous nous élevons dans une lutte à mort pour la libération de toutes formes d’expression. Nous sortons du châssis, écrasant toute frontière, toute classe sociale, tout vedettariat, toute limite morale, sociale, formelle qui nous étreint. Nous prenons la rue. Nous la fêtons. Nous la gardons.»

Le soir, dans le Vieux-Montréal, nous avons tenu une soirée de poésie. J’y ai présenté qu’un seul texte qui malgré son contenu créa moins d’émoi que les poèmes du Baron Philippe qu’on a déjà oublié.

Mon poème de l’Archange Foin-Foin se lisait ainsi :

Je suis l’archange mère Foin-Foin ici à titre personnel

pour imager un coin de ciel.

Échappé des hautes sphères malgré vos  » Empires building  »
votre pollution senteur fond de pet

vos asphaltes assassins de sensations je vous annonce : la fin des temps durs.

Bientôt, mes camarades piqueniqueront dans des pétales de roses

au Jardin botanique.

J’entends vos questions.

Combien de temps encore durera

le règne des crapauds alourdis, des serpents à la langue fourchue, de la drapolice, de la boubouphalie et de la trudeaumanie?

Quand ce cruel Boubou vendra-t-il l’autonomie culturelle du Québec in English? N’attendez pas les anges pour vous le dire

Ils font l’amour. Ils font la foire.

Valser ! Valser ! Vaux mieux que se faire fourrer

Un texte dans lequel j’annonçais la fin prochaine de tout ce qui était libéral tant au Québec qu’au fédéral.  En novembre, il fut annoncé qu’il y aura des élections. C’était l’euphorie. Ce n’était pas de la prophétie, mais un sens de la prévision qui me fait parfois grandement peur. On dirait que je sens les événements arrivés. Le Grand Robert disait que je pourrais lire l’avenir si je le voulais.

Dans le cadre de ces combats, je me suis présenté au Solstice de la poésie, à l’occasion des Jeux olympiques, à Montréal, avec ma pancarte. Je savais que les organisateurs y tournaient une vidéo qui devait être distribuée un peu partout, surtout dans les écoles afin de faire connaître la poésie à la jeunesse.

Avec ma pancarte, je savais très bien que ce n’était pas tout le monde qui y voyait le sens que je lui prêtais. Je voulais créer une pression de plus sur Bourassa et le forcer à démissionner. Je n’avais rien à perdre : ou je me faisais descendre pour avoir eu cette audace ou je risquais de passer le reste de ma vie en prison. Je me défendais avec ce qui me semblait lui faire le plus peur.

J’ai profité de ma présentation pour donner un véritable réquisitoire pour les prisonniers politiques à la suite de la lecture d’un dossier que j’avais préparé sur le sujet. Malheureusement, presque toute ma participation à la vidéo a été ratée. Le message n’a pas débordé le cap d’un tout petit auditoire d’une centaine de personnes.

À la suite de cette soirée, j’étais fier de moi. Janou St- Denis me dit que de tous les révolutionnaires qui avait paradé sur le théâtre, j’étais le seul qu’elle aurait vu aux barricades. J’étais authentique à en être un peu fou.

Par  contre,  j’étais  triste  de  la  façon  dont  Paul  Chamberland  m’avait  perçu :

« t’avais l’air d’un vrai bum », me dit-il. C’était une claque, car j’adorais Chamberland. Je ne voulais pas être un voyou, mais un vrai révolutionnaire. J’ai été consolé plus tard quand Francoeur a sorti sa chanson « Beau bummage ».

La poésie, c’est une espèce de drogue effervescente. Une rivière intérieure de grand printemps. La Chaudière en pleine débâcle. Aucun barrage ou dynamitage ne peut en venir à bout.

Je n’ai pas eu besoin de me faire reprocher de ne pas avoir caché ma pancarte de malheur, supposément trop politique pour être poétique. J’ai plongé seul dans les remords de conscience. Pourquoi ne pas avoir eu l’intelligence d’oublier ma lutte personnelle pour le bien de toute la communauté artistique?

Publicisée ou pas, la parade fut tout un succès. Même Armand Vaillancourt, le sculpteur, y présenta une œuvre originale.

Une autre fois, j’avais écrit un texte pour une revue d’Amérique du Sud, à la demande de Gilbert Langevin, dans lequel en m’adressant à Nixon, après avoir crié ma solidarité pour les Noirs des États-Unis, je disais quelque chose comme :

M. le Président, il est temps de vous tuer. Je ne voulais pas parler d’assassinat, mais je sentais qu’il serait renversé. Le texte a été refusé bien évidemment, mais quelques mois plus tard, Nixon abdiquait à cause du Watergate. Dans l’esprit de mon texte, il venait d’être tué. Il venait d’être expulsé de son travail.

Prédire de tels événements est simplement que de la logique appliquée. Mais, j’ai parfois des intuitions qui me font peur. Un soir, je me suis réveillé en sueurs. J’avais rêvé que Nixon voulait déclarer une guerre atomique. Quand je racontais ces choses, tout le monde riait de moi. T’apprends à la fermer. Plus tard, il fut confirmé que Nixon a effectivement à cette époque voulu attaquer la Russie. Comment expliquer ça? Je ne le sais pas. Ça n’a pas grande importance. Ça n’arrive plus. J’ai tué ces voix intérieures.

Selon ce que j’ai appris, un an après la chute de Bourassa, il semblerait que la décision de Ryan au Devoir d’appuyer le Parti québécois serait issue de sa peur des rumeurs quant aux goûts sexuels de Bourassa. Est-ce vrai? J’en doute, mais on ne sait jamais. Je crois que la vie sexuelle de toute personne qu’elle soit en politique ou non ne regarde que les gens qui la vivent. Rien n’est aussi privé que la vie sexuelle.

C’est une des grandes et belles choses au Canada, les journalistes ne parlent jamais de la vie sexuelle de nos politiciens. Avec Ryan et sa religion, tout est possible. Et, si c’est vrai, ma pancarte ne fut peut-être pas aussi inutile dans le sens de la révolution. Je reconnais aujourd’hui que c’était de la folie de ma part que d’introduire ainsi la politique dans la poésie; mais aucun sujet ne doit échapper à la poésie. Il y a une manière de rendre poétique le discours politique et il peut même être non vindicatif. Même la politique se doit de s’exprimer poétiquement. Elle fait connaître les sentiments vis-à-vis les choses et porte ainsi la politique à un niveau qui n’a plus la forme d’un discours. La poésie est un cri du cœur.

Pour plusieurs, je n’écrivais plus de poésie. D’une certaine façon, j’en convenais. C’était plutôt un cri de névrose ou de révolte. Est-ce que la révolte fait aussi partie de la poésie? La poésie a été la source de toutes les révolutions.  Pourquoi en serait-il autrement au Québec? Ailleurs dans le monde, on sublimait même la maladie mentale. Serait-ce qu’on est trop moumoune au Québec?

Évidemment, j’aurais pu en avoir honte; mais la névrose n’est-elle pas une invention des psychologues pour justifier la répression sexuelle? Pour rendre des souris névrosées, il suffit de produire des décharges électriques dans leur nourriture. Elles deviennent folles ne sachant plus si elles doivent répondre à un besoin naturel impérieux ou subir la décharge électrique. C’est exactement ce qui se passe avec la sexualité.

Moi, les petits gars sont ma nourriture spirituelle. Le système a perverti la sexualité pour élaborer la classification selon les classes sociales et entretenir des modes. Le sexe est devenu une denrée économique. Je ne suis pas électrocuté, mais je suis enfermé ou humilié par tout le monde qui me refuse ce droit à la VIE VRAIE, À L’AMOUR, À ÊTRE CE QUE JE SUIS VRAIMENT.

Je ne voulais pas abdiquer à ce besoin, car, j’étais persuadé que ma pédérastie, dans mon cas, de la manière que je la vis, est un moyen de sublimer l’Homme, de résister à la violence, de garder un peu le goût de vivre.

De plus, j’ai la certitude de ne pas nuire à mes jeunes partenaires, au contraire, je leur apporte une part de mon bonheur. Un petit poème résume ce que je ressens :

Sur le cadavre

D’un soldat de quinze ans Paul et Serge s’embrassent.

La ville autour d’eux en nuages s’évapore
Paul est capitaliste Serge communiste

dans les bras l’un de l’autre

Paul et Serge sont des Hommes .

La jeunesse sacrifiée

à chaque éclat d’obus crie : l’humanité est folle.

Quelle est l’ombre qui nourrit ce brasier d’ignorance?

Qui arrache à la folie ces deux soldats enlacés dans le feu?

L’Amour serait-il l’épouse de Satan?

Je pourrais résumer ma pensée politique d’alors par :

NI LES ÉTATS-UNIS NI LE CHILI

NI LA RUSSIE

VIVE LE QUÉBEC, TERRE HUMAINE !

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