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Un sourire venu d’enfer

novembre 12, 2020

Un sourire venu d’enfer 26

Autobiographie approximative

pp. 200 à 208

Les journées se ressemblaient toutes, sauf quand je me rendais à Prince George.

J’y retrouve ma seule raison de vivre : les petits gars.

Le soir, je me rends à la piscine ou dans les toilettes du terminus, car j’y rencontre souvent un petit Indien de quatorze ou quinze ans qui fait tout pour m’aiguiser. Ou encore, je partage la chambre avec des petits gars de passage. Ils m’arrivent comme sur un plateau. On dirait que le directeur connait mes goûts et m’envoie les jeunes qui se présentent.

J’ai vécu ainsi une aventure d’une semaine avec un jeune albertain de seize ans. Francophone, il avait été assimilé à cent pour cent. Il ne savait plus un mot de français. Nous partagions la même chambre, aussi n’avais-je pas hésité à lui tenir la conversation, glissant à quelques reprises ma fascination pour  sa beauté.

Il était très scrupuleux, très attentif à tout ce que les autres pensaient de lui. Quand il s’est déshabillé, il semblait mal à l’aise comme s’il aurait pu être vu par toute la ville.

  • Sois sans crainte, les fenêtres sont trop hautes. Personne ne peut te voir ici.
  • T’en es sûr ?

J’écrivais une lettre dans laquelle j’exprimais mon vif désir pour ce petit  blondin et le désappointement de demeurer sur ma faim. Plus je le regardais, plus je le trouvais beau. Je ne pouvais pas m’empêcher de le toucher. Comment faire? Je discutais avec lui, tout en le mangeant des yeux.

Un moment donné, j’ai vaguement eu l’impression qu’il venait de comprendre mon intérêt. Non seulement il me tenait compagnie, mais il se mit à poser, à se la poigner.

C’est invraisemblable! Combien de jeunes se trouvent laids et sont étonnés que quelqu’un puisse, au contraire, en être fasciné. Dans ce cas, les jeunes trouvent beaucoup d’avantages à connaître la pédérastie. Ils se sentent enfin revalorisés, voulus, aimés, adorés quand ils rencontrent un véritable pédéraste (amourajeux).

Les compliments sur la beauté de sa peau m’ont permis de lui demander de le toucher pour comparer les sensations de la vue et du toucher. J’ai fini dans son lit, l’esprit au ciel profitant sans doute de ce privilège que l’on appelle contempler Dieu face à face. L’extase.

Seul un beau petit gars comme lui me permet de connaître cet état d’esprit. C’est une espèce d’ensorcellement, d’envoûtement, une dégustation de l’âme dont la faim ne s’épuise jamais. Au lieu d’être coupable d’être pédéraste ou amourajeux, je ressentais davantage le privilège relié à cette déformation de l’attrait sexuel. Une raison de remercier Dieu. L’amourajoie est une félicité indescriptible, le langage d’âme à âme. Une complicité. Un échange d’énergies vitales. Elle enveloppe la pédérastie qui elle est plus génitale.

Cette aventure passionnée avait des effets très positifs sur lui. En ma compagnie, il semblait moins gêné, plus capable de converser avec les autres, plus sûr de lui et plus fier de son corps. Sans qu’il ne dise mot, je le savais auparavant un petit complexé. Il ne passait plus d’heures seul à se tourner les pouces et à brasser du noir. Depuis notre aventure, il nous accompagnait au restaurant, prenait part aux discussions.

Quand je l’ai quitté, ce n’était plus le même petit gars. Il ne m’attachait plus d’importance. Il cherchait ailleurs pour savoir s’il pourrait revivre avec un autre ce qu’il venait de découvrir. Et, ça semblait très bon. Il avait enfin saisi le vrai sens de la vie : chercher le bonheur. Notre société nous force à nous mépriser si on a le malheur d’avoir la libido un peu forte.

Dans la Colombie-Britannique, les gens étaient généralement très gentils. C’était un charme d’y faire du pouce. Les vieux étaient particulièrement attachants.

L’un d’eux a déjà fait 200 milles de plus parce qu’il aimait discuter avec moi. Il prétendait être un ami du premier ministre du BC. Tout y  est  passé : l’éducation, la révolution, les problèmes du Québec, etc. À la fin de la journée, il me laissa sur le bord de la route puisqu’il devait se trouver un endroit où passer la nuit. La pluie commence à tomber. Le vieux revient presque aussitôt parce qu’il ne veut pas que j’aie de la misère. Nous discutons à nouveau jusqu’à minuit et le lendemain, il fait un cent milles de plus pour nous donner le temps de finir nos argumentations.

Quand il m’a laissé, nous étions devenus de bons amis. Il m’a souhaité la meilleure chance possible et en me regardant du coin de l’œil, il me dit, sourire aux lèvres : « pas trop de FLQ! ».

Je n’avais à aucun moment parlé de violence. Peut-être m’avait-il perçu autrement que je le croyais. Ce vieux était formidable. Il a abandonné une haute situation pour s’acheter une ferme, vivre une dernière idylle avec sa maîtresse d’école et voyager. Il était bien plus jeune, malgré son âge, que bien des jeunes que je connais.

J’étais aussi très fasciné par les clochards. J’apprenais beaucoup de choses d’eux, même si plusieurs après quelques paragraphes se mettent à déparler.

Comment peuvent-ils vivre dans un tel état de mendicité? D’où tiraient-ils leur courage? Souvent ce sont des gens qui ont eu une fortune ou de belles situations. Ce sont toujours des gens qui n’ont pas su surmonter leur difficulté. Ils ont décroché lors d’une trop grande épreuve qui les a marqués à jamais. Ils sont beaucoup plus à plaindre qu’à blâmer. J’y voyais ma vocation. Un ami qui a fait ma carte du ciel m’a prédit que je mourrais dans la mendicité la plus absolue… il suffit d’une crise économique pour que sa prédiction se réalise, car je vis seulement avec ma pension de vieillesse.

Je me retrouvais en eux. Comme eux, j’étais banni. Politiquement rejeté, socialement scandalisant. Notre société ne peut pas admettre que nos réflexions la remettent en question. Il faut obéir aveuglément.

Comment échapper à ce destin? Je ne voulais plus endurer les jugements des supposés gens de bien. Je me voyais déjà un clochard. J’aime boire. Je suis un raté par excellence. Trop honnête pour être journaliste, trop vieux pour changer de métier, trop radical et politisé pour avoir un emploi stable. Comme Samson (pas le policier, mais le vrai Samson), je tenais à mes  cheveux  et  à  ma  langue.  Vivre  sans  passion,  sans  petits gars, autant crever.

Je ne pouvais pas avoir un autre avenir que l’échec. Après être exclus des journaux, je serai oublié dans la mer littéraire. On trouvera bien une raison pour m’empêcher de publier. J’irai mourir dans une chambre de Bagota, poignardé par un gamin. Je mourrai en l’embrassant ou en le suçant, en pleine éjaculation. Ce jour-là, le soleil sera heureux. Il aura récupéré quelques rayons perdus dans ma carcasse. Le seul moyen de bien mourir, c’est de bien vivre. L’éternité est à l’image de l’instant même de ta mort d’où faut-il bien vivre chaque instant pour ne pas être surpris au moment où tu es malheureux, car tu le serais à jamais, si éternité il y a.

Je vivais mes meilleurs moments sur le pouce. Je goûtais de plus en plus la beauté des Rocheuses. J’aimais me sentir dans ce décor grandiose, si petit dans un si grand panorama. L’air pur jouait aussi un rôle important. Le ciel sent certainement bon…

Souvent le pot me permettait une perception plus poreuse des décors, une pénétration plus intime des vibrations. Le pot est un produit assez extraordinaire. Ceux qui sont contre n’y ont jamais goûté. Quiconque a fait l’amour une fois drogué sait que rien ne peut égaler cette sensation de bien-être particulièrement quand tu viens.

Le pot n’a pas le même effet pour tout le monde. Il ne fait qu’amplifier ta personnalité, la qualité de tes sens.

Quant à moi, il me rend plus contemplatif et parfois plus peureux, plus paranoïaque. Je suis en même temps plus niaiseux et plus drôle. Drogué, parfois, je sens que je n’ai pas de culture. Je m’en veux d’être aussi vide, si peu intelligent. Je n’ai pas d’argent et je n’y tiens pas. Je suis heureux d’être ainsi, de me contenter de peu.

J’admire. Je bois la vie. Je suis fasciné. Parfois, c’est un trait de caractère déplaisant parce que je me sens souvent inférieur aux autres. J’avoue ne pas savoir ce qu’est de se sentir aimé.

Je n’ai pas toujours besoin de pot pour être drogué. J’ai souvent failli me faire tuer parce qu’en méditation je passais sur des feux rouges que j’avais vus verts. Je vois ce que je veux. J’oubliais le volant alors que je conduisais une auto; je m’apercevais que l’autobus était plein sans avoir vu personne entrer. Je pleurais parce que je me sentais subjuguer par une trop grande beauté. Je suis toujours accroc devant un petit gars. Je ne peux pas dissimuler mes sentiments. Je m’excite ou encore, comme me disait Frédéric : « Toi, c’est facile de savoir si un petit gars te plaît, tu bandes des yeux. »

Jamais un sens n’aura été aussi important pour moi que la vue. La vue, c’est un moyen de connaître, d’apprécier, de jouir. Je suis pédéraste amourajeux juste à cause mes yeux. Je ressens une jouissance foudroyante quand le visage d’un petit gars me plaît. Je cherche aussitôt à voir si son corps est en harmonie avec son visage. Je veux savoir s’il est aussi beau de partout. Si tout est bien balancé. Si sa peau est comme le duvet, lisse et tendre? Quelle est sa réaction quand il jouit? Quel est son caractère? J’aime les petits gars intellectuellement curieux et éveillés. Il me pousse dans mon besoin de connaissance aux derniers retranchements. La jouissance intellectuelle est encore meilleure que la jouissance physique.

Aimer un petit gars, c’est comme contempler une peinture qui nous éblouit; c’est être aveuglé et découvrir l’objet contemplé du bout des doigts. C’est chercher à le connaître, chercher dans sa voix, s’il est timide ou vaniteux, actif ou passif. C’est vouloir percer son langage non verbal. Le connaître à travers sa démarche physique.

Je devrais aimer les pigeons parce que je réagis comme eux devant un petit gars. La contemplation, c’est quasiment un don. C’est jouir par la beauté, l’harmonie, les vibrations. Le langage sensuel. Faire le vide pour tout recevoir, tout goûter d’eux. La lumière est un pas dans l’infini. Un regard à l’échelle des atomes. Une sensation de la fluidité des choses, même des roches. Le sourire est un éclair de joie. Un voyage dans l’apesanteur. C’est vivre plus vite que la lumière. Un clin d’oeil à l’énergie cosmique.

J’ai bien aimé le BC, mais Pauline Julien me manquait. Je voulais entendre du français.

Je me suis présenté au journal francophone « Le Soleil », de Vancouver. Après diverses rencontres, il fut entendu que j’écrirais de temps en temps des articles sur la communauté francophone. Rien de difficile, un petit réajustement temporaire de circuit dans ma vie.

À cette époque, j’ai rencontré un groupe de Québécois. Le plus jovial venait du Lac-Saint-Jean. Obélix était un gars de Sherbrooke. On l’appelait ainsi parce qu’il ressemblait à celui de la bande dessinée et avait une obsession parallèle : il aurait toujours voulu claquer un Anglais plutôt qu’un Romain. Nous avons essayé de tuer l’ennui que l’on nomme ça « voyou » ou pas. On avait du plaisir, même si c’était souvent complètement fou.

Un après-midi, nous nous sommes mis en cagoule, question de savoir comment réagiraient les gens. À la bibliothèque de Vancouver, pas un geste. Les gens nous regardaient et retournaient aussi vite à leur lecture. Ils n’avaient  même  pas la curiosité de savoir ce que faisaient des cagoulards à cet endroit. Les anglophones sont de vrais morts ambulants. Je n’ai jamais rencontré, sauf en province, en France, après 11 heures le soir, de gens aussi peu vivants.

Fort de cette expérience, nous nous sommes rendus dans un chic hôtel de Vancouver où nous nous sommes prosternés devant quelques mots de français. Un Québécois qui y séjournait est venu s’informer à savoir ce qui se passait. Nous lui avons expliqué que nous voulions créer une nouvelle secte religieuse, car c’est le meilleur moyen pour devenir riche le plus rapidement et avoir le maximum d’occasions de faire l’amour, tout en l’interdisant aux autres pour ne pas avoir de concurrents.

Devant le peu d’intérêt de la population, nous sommes repartis pour visiter cette fois, un centre de vente d’objets précieux. Nous n’avions même pas songé dans notre délire au danger que la police interprète mal notre présence et nous tire dessus. Cela aurait pu arriver. Quels cons!  Aucun de nous n’avait de mauvaises intentions, nous voulions rire et connaître la réaction des gens. Il n’y en a pas eu. Heureusement, pas de policiers non plus.

Vancouver, c’était la mort. Nous sommes partis pour le nord à la recherche de nouvelles sensations. Nous avons bien ri ensemble.

Dans les auberges de jeunesse, il était souvent possible d’y voir pendre une photo de la reine Élisabeth II. Nous avions trouvé dans un magazine une caricature de sorcière qui ressemblait beaucoup à la souveraine du Canada. La nuit nous subtilisions la photo d’Élisabeth par cette caricature. Quand les Anglais s’en apercevaient, c’était le remue-ménage. Pire qu’un vol à main armée dans lequel toute la population de toute la ville aurait été tuée. Un tel fanatisme pour la reine nous faisait bien rire. Comment des gens peuvent-ils être aussi arriérés ?

Si vous voulez pousser l’Ouest au séparatisme, le Québec n’a qu’à s’afficher carrément contre la souveraine et demander qu’elle soit retirée de nos institutions. Toucher à l’image de la souveraine, c’était plus grave que le rapace violant la vierge, dans Les fées ont soif, de Denise Boucher. Nous n’avions rien contre la reine elle-même. Ce serait même une personne assez gentille. Juste pour la beauté du prince André, j’apprendrais à marcher sur des œufs. Cependant, ce culte des vieux Anglais est la marque de leur conservatisme et l’affirmation de leur prétendue supériorité.

Malgré mes efforts, il m’était impossible d’obtenir un emploi.

Les proposés au travail m’ont formellement défendu de travailler dans  les  mines : un gars de ta trempe intellectuelle n’a pas le droit de se polluer le cerveau dans un travail aussi servile. Belle invention ! Je ne pouvais rien faire. C’était comme au Québec : je ne peux pas être journaliste, je suis trop radical. Je peux travailler dans une usine, mais je n’ai pas assez d’expérience, on ne m’embauche pas. Je ne peux pas travailler au gouvernement, j’ai un dossier judiciaire et je ne peux pas travailler dans les associations qui me plairaient, je suis amourajeux (pédéraste) et je ne m’en cache pas, bien au contraire. La lutte pour de droit d`être de n’importe quelle orientation sexuelle, pourvu qu’on y respecte la non-violence et le consentement mutuel, faisait partie intégrante de ma révolution.

Évidemment, je suis aux yeux des autres, un paresseux ou un « bum ».

Je reçois du bien-être social et ça me révolte. Je veux travailler. Baptême ! Vouloir travailler, ce n’est pas en demander tant que ça.

Je pourrais physiquement faire autre chose qu’écrire. Mais quoi? J’avais parfois envie de faire comme un gars de la construction à Prince George : entrer avec un bâton de baseball et menacer tout le monde de leur casser les deux jambes, si je ne trouvais pas un emploi. Quand tu t’ennuies, ou t’apprends à rire ou tu te révoltes.

Au début, je riais, j’étais avec un groupe pour qui, le rire est aussi important que le boire.

Seul, j’ai commencé à trouver ça moins drôle. J’ai même cherché un emploi dans ceux réservés aux femmes. Ils m’ont refusé évidemment parce que je suis un homme. Dans un monde libre, il ne devrait pas y avoir de différence entre le fait d’être un homme ou une femme. Évidemment, on me regardait de travers. Pourtant, personne n’a jamais été capable de me prouver que je ne peux pas être un aussi bon secrétaire ou gardien d’enfants qu’une femme. Elles veulent bien des emplois masculins… J’aurais été moins manipulable qu’une femme?

J’aurais cherché à faire augmenter les salaires? Les femmes sont toujours moins bien payées. Bizarre que les femmes aient plus peur des pédérastes que des machos. Ce sont pourtant les machos hétéros qui les battent. C’est vrai que j’aurais eu l’air bête sur les genoux du patron. Un trou dans le fond de mon jean.

Il ne me restait plus qu’à rire, boire, chanter et voyager. Vivre mon adolescence. Je suis retourné à Vancouver.

Mes relations avec le journal francophone le Soleil ont fait renaître une vieille passion : le journalisme. C’est ainsi que j’ai pu constater que si la population du BC n’est pas raciste, il n’en est pas du tout de même pour les fonctionnaires. L’intérêt pour l’information me replongea nette, drette, frette, sec, en politique. On ne peut pas se sortir de la politique : même la qualité de l’air que l’on respire est politique.

À Prince George, j’ai appris que les francophones ne peuvent pas bénéficier du service français de radio et télévision à cause de la présence d’une base militaire canado-américaine qui refuse une langue étrangère dans son environnement.

À Terrasse, les gens se plaignaient que les services sociaux du fédéral donnaient des cours  de personnalité  qui excluent toute remise en question de  la société. Le fédéral acceptait une francisation désincarnée. Ces cours étaient de vrais services de propagande au service de l’unité nationale. Dans ces cours, tout ce que l’on apprenait est : le Canada est bon puisqu’il vous offre ses cours.

Le fédéral a toujours eu un besoin maniaque de se faire valoir, car il sait qu’il vit aux dépens des provinces. Il a les revenus, mais ce sont les provinces qui ont les dépenses… C’est une des différences essentielles entre une fédération et une confédération.

Après quelques articles, j’ai dû constater les limites du Soleil.

Le journal vivait en grande partie avec des abonnements anglophones et gouvernementaux, car le Ministère de l’Éducation du BC s’en servait pour l’enseignement du français dans les écoles. Les autres moyens de survivance provenaient d’Ottawa qui favorisait la culture venant de France, moins subversive pour l’unité nationale que celle du Québec.

Les subventions étaient surtout accordées aux organismes regroupés autour des curés. Et, dans l’histoire du Canada, comme ailleurs, le haut clergé a toujours été du côté du plus fort.

J’ai temporairement été tenté par ce messianisme voué à plus ou moins brève échéance à la faillite.

Le Soleil ne devait rien dire d’important ou crever; mais j’avais enfin grâce à ce journal, l’opportunité d’avoir un emploi. Le directeur du journal m’a dit avoir communiqué avec la direction de la Tribune qui aurait dit : « Simoneau. C’est un ultra-radical. Si vous le maîtrisez, vous avez le meilleur journaliste qui soit; mais s’il vous échappe, vos problèmes commencent. »

J’étais extrêmement fier de cette appréciation de mes ex-patrons, si vraiment le Soleil a communiqué avec eux. Le constat était très juste à mon avis. J’ai beaucoup de difficulté à me calmer les nerfs et comprendre qu’on ne vit pas dans une société sans défauts. Je suis beaucoup plus frileux sur l’honnêteté, la justice sociale que sur la chasteté.

J’ai quitté le Nord pour participer à une entrevue à Vancouver. Faute de fonds, j’ai dû coucher dehors. Journaliste, je perdrais à nouveau ma liberté. J’ai vite ravisé mes positions. Pourquoi encore me sacrifier pour une cause perdue? Plutôt que le dire aussi franchement, j’ai posé des conditions quant à la liberté d’expression. Elles étaient si peu réalistes que moi-même si j’avais été patron je les aurais refusées. J’exigeais d’y débattre la liberté sexuelle, de faire la guerre au racisme de la police de Vancouver, d’écrire tout ce que l’on me déclarait, même les appels aux armes. Je ne voulais pas être un journaliste-diplomate, mais écrire la vérité toute nue. Le journal ne pouvait pas accepter un tel point de mire, c’était se condamner à disparaître. C’est une réalité pour laquelle j’ai toujours eu des problèmes de compréhension. Pourquoi l’honnêteté est-elle impossible dans nos institutions d’information surtout politiques ?

Le Soleil ne pouvait même pas dénoncer les fonctionnaires du ministère de la Main-d’œuvre qui répondaient à l’association provinciale regroupant plus de 100,000 francophones : « Si vous n’êtes pas contents, vous n’avez qu’à déménager au Québec.»

Une autre preuve que le bilinguisme en dehors du Québec a toujours servi de paravent, de mensonge aux politiques linguistiques de Trudeau.

Le Québec a toujours eu une âme de missionnaire. Tant qu’il fut possible de faire croire que les programmes pour les francophones sont réellement aptes à assurer la survie du français, l’unité canadienne était consacrée. C’est pourquoi le fédéral a artificiellement maintenu la francophonie dans l’Ouest. Enlever le monopole de la francophonie au Québec et jouir en même temps des avantages d’être dans le Commonwealth britannique.

Même les francophones n’aidaient pas le journal, lequel était pourtant un outil essentiel de survie. À Maillardville, la seule école française, établie grâce aux dons des lecteurs du Devoir, était devenue anglophone.

Les   journaux anglais   commençaient   à    combattre    la    loi 22    parce qu’elle prétendait faire du français la seule langue officielle au Québec.

Pas un journal anglophone n’acceptait de présenter les Québécois sous leur vrai visage. Défendre le droit du français au Québec, c’était selon eux être raciste.

Malgré nos écrits pour démontrer les preuves à l’appui que la minorité anglophone au Québec est mieux traitée que toutes les minorités partout au Canada, aucune lettre ne fut publiée en ce sens. Même les journaux socialistes et marginaux refusaient de sortir  la  vérité.  La  solidarité  coast  to  coast  existait seulement quand ça faisait leur affaire : pour avoir des votes.

Le NPD était aussi raciste que les conservateurs et les libéraux, mais un peu plus hypocrite.

Pour le gouvernement provincial, le moyen inventé pour accélérer l’assimilation, tout en se blanchissant les doigts, était de ne rien faire, d’attendre. Beaucoup de gauchistes à Vancouver se demandaient pourquoi le Canada serait français- anglais et non chinois-anglais, cette minorité étant aussi importante en nombre au BC que les francophones.

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