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Un sourire venu d’enfer 22

novembre 8, 2020

Autobiographie approximative

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Retour décevant

À mon retour, j’ai été consterné d’apprendre qu’après la censure à La Tribune et à L’R du Q, je faisais face à une nouvelle forme de « tais-toi ».

Il était une fois dans les Cantons de l’Est n’avait pas été distribué. Le responsable de la distribution, toujours mon bon ami Jean, avait décidé que le livre n’était pas assez intellectuel, trop contre-culture pour plaire à la population. Pourtant, ce livre a été exposé au Salon du livre de Paris pour son originalité et comme pamphlet de contre-culture politique d’avant-garde. Il s’est vendu comme des pains chauds. Il avait été tiré à 5,000 exemplaires et quelques années plus tard il était pratiquement introuvable.

J’avais le feu au cul. Ni le Parti Québécois, ni la CSN ne voulaient en faire la promotion. Pour les péquistes, je ne prônais pas assez clairement l’indépendance, mais ce n’était pas le but du livre. Quant à la CSN, je ne l’ai jamais su. En fait, avec le temps, je m’aperçois qu’à cette époque je rêvais beaucoup plus de la révolution que de l’indépendance.

L’indépendance c’est le moyen, le chemin à suivre pour permettre la révolution, c’est-à-dire changer les choses en profondeur. Il est impossible de changer quoi que ce soit si le Québec n’est pas d’abord un pays indépendant.

À mon sens, si avec un tel livre les gens ne savaient pas trouver la solution, c’est qu’ils étaient trop masochistes pour s’ouvrir les yeux et méritaient leur sort. Tu  ne peux quand même pas les aider, malgré eux. Si les gens sont trop bêtes pour comprendre qu’Ottawa écrase toujours et depuis toujours les Québécois, que veux-tu faire? Rien de plus sourd qu’un sourd qui ne veut rien entendre.

À Sherbrooke, déjà ma popularité s’était estompée. Presque plus personne ne savait qui j’étais.

Dans les milieux militants, les dirigeants me trouvaient trop radical, trop « show off ». Je n’étais pas mieux accepté. J’étais haï à mort par les libéraux et  repoussé comme un lépreux par les indépendantistes. C’était ma récompense de m’être battu, malgré la peur peut-être paranoïaque (comme si une peur maladive est moins terrifiante) de me faire battre ou descendre à tout bout de champ. C’était arrivé ailleurs, donc, ça pouvait se répéter.

Pourquoi autant de froideur à mon égard? J’aurais peut-être même été plus considéré si j’avais été un agent de la Gendarmerie royale. On aurait eu au moins une raison de m’écarter.

Cela mettait fin à une grande ambition. Comme tout le monde, j’avais rêvé à la postérité. Je trouvais mon message tellement essentiel et clair qu’il m’apparaissait absurde de susciter autant d’indifférence.

Pourtant, les critiques du livre étaient excellentes. On encensait Il était une fois les Cantons de l’Est dans bien des journaux.

Une jeune fille du journal « Contact », duquel j’avais pourtant été écarté, m’a touché en écrivant : « Il est allé au bout de ce qu’il lui était possible de faire. Il ne nous reste qu’à en faire autant. » J’ai bien apprécié ce geste de reconnaissance.

J’ai difficilement avalé ces moments à cause de mon orgueil démesuré. Une telle indifférence permettait au moins d’éliminer mes peurs.

Quant à la gloire, quand tu n’es pas mort, ça ne donne pas grand-chose. Pire la gloire, c’est un paquet d’emmerdements. C’est ne plus avoir de vie privée, ne plus pouvoir créer. Tu dois répondre à la demande et non plus vivre selon ton rythme. La gloire, c’est la misère. Je l’apprenais lentement, mais sûrement. Il suffisait d’examiner la jalousie qui existe entre les artistes et les auteurs pour se passer de la gloire. Elle a des avantages : plus besoin de t’inquiéter pour faire accepter tes textes, des droits d’auteur, etc.

Mon français était mauvais et en regardant les autres, je me sentais un bien piètre écrivain. Que veux-tu? La réalité, c’est la réalité. Fuck la gloire!

À Sherbrooke, j’ai à nouveau rencontré Gérald, le béret blanc, pédéraste ou amourajeux. Il y avait au moins une personne sincèrement heureuse de me revoir.

À ma consternation, Gérald s’était passagèrement converti. Persuadé d’être responsable de ma damnation, il avait brûlé toutes les revues pornographiques que je lui avais laissées à mon départ. Une valeur de plus de 100 $.  Il avait été l’intermédiaire des achats et il se sentait responsable. Pourquoi faut-il toujours brûler ce qui nous semble sale? Un « relent » d’Inquisition? Pourquoi les autres doivent-ils toujours décider ce qui est bien ou mal à ma place?

Nous avons vite recommencé à faire la noce. Il m’écoutait religieusement raconter mes aventures de voyage et vanter la beauté de Darryl.

Les libéraux ont déclenché des élections.

Ma participation fut très modeste. J’étais persuadé que le vent de droite identifié dans l’Ouest canadien soufflerait aussi au Québec. Je n’avais plus le feu sacré d’antan.

J’ai participé à des émissions radiophoniques ouvertes à la population. J’ai fait ressortir les liens du nouveau chef du parti créditiste avec Cotroni, prétendument le chef de la pègre au Québec. Yvon Dupuis s’emporta et menaça de quitter l’émission si on me laissait continuer de parler. Quant à Robert Bourassa, dans une émission de Radio-Canada, je lui ai dessiné verbalement le fédéralisme rentable durant presque cinq minutes, accusations auxquelles le premier ministre ne put répondre que par : « J’ai souvent eu l’occasion de parler à M. Simoneau et à son avis rien ne va. » L’émission ayant été interrompue pour des annonces publicitaires, les animateurs m’ont demandé de demeurer en ligne. À cause d’une prétendue erreur technique, la communication a été coupée. L’animateur m’a demandé d’entrer à nouveau en communication avec eux; mais c’était pratiquement inutile.

Au passage de Bourassa à Sherbrooke, je me suis rendu à CJRS lui remettre une copie de mon livre sur les Cantons de l’Est (ou Vauxcouleurs). J’ai vite été intercepté par les policiers qui me refusèrent l’accès aux ondes. Un des policiers me demanda si ce dernier livre était comme celui que j’avais déjà remis au premier ministre, soit L’Homo-vicièr. À cette occasion, la présentation de L’Homo-vicièr était afin d’obtenir la libéralisation de la pédérastie (amourajoie) , de la marijuana et un meilleur service de sécurité et d’aide pour les pouceux du Québec. C’était à l’Assemblée nationale et je n’avais jamais vu Bourassa devenir aussi blême, car dans le temps on prétendait que celui-ci était secrètement pédéraste. Ce qui était fort probablement une fausseté.

Un autre policier ajouta : « Tiens, c’est le fou qui est assez fou pour mettre le feu chez son patron et juste assez fin pour l’éteindre. »

Allez comprendre quelque chose.

Évidemment, le député Vaillancourt fut envoyé pour me parler. Pendant qu’il m’entretenait, la police fit approcher une voiture dans laquelle s’engouffra Bourassa comme si j’avais été une menace réelle pour sa sécurité. Ce n’était pas très brillant de me faire avoir pour une deuxième fois par un scénario presque identique à la fois précédente.

Les peintres de Vauxcouleurs avaient organisé une exposition pas mal politisée pour un centre d’achats. Réginald Dupuis y participait et m’invita à la visiter. J’étais fier de nos artistes. Nous sommes repartis prendre une bière et discuter un peu. Aucun incident. Beaucoup de satisfaction.

À notre grande surprise, une rumeur commença à circuler prétendant que j’avais été mêlé, lors de notre visite, à une chicane avec des libéraux, ce qui était absolument faux. Notre étonnement est passé à la consternation quand on a appris que les œuvres de Réginald avaient disparu et des rumeurs voulaient que je sois mêlé au vol mystérieux de ces peintures. Nous n’y comprenions rien. Une autre tentative libérale de me faire passer pour un petit bandit.

Un peu plus tard, l’enquête policière a éclairci les faits. La police a retrouvé les peintures dans un local du parti libéral. C’était toute une leçon à recevoir quant à l’honnêteté des libéraux. Étaient pris qui voulaient prendre. Mais, ça n’avait plus d’importance, les élections étaient passées et cette rumeur m’avait rendu inapte à agir pendant la campagne électorale.

Durant cette campagne et aux complémentaires dans Johnson, je me suis rendu aux assemblées du Parti Québécois vendre mon livre sur l’Estrie. Ce dernier s’envolait comme dans une bourrasque.

J’aurais bien aimé, dans Johnson que la population sache que Maurice Bellemare était celui qui leur avait menti quant à l’appui du gouvernement unioniste pour la construction de l’aéroport international de Drummondville. Contrairement à ses déclarations, son gouvernement s’entêtait à appuyer un site à St-Hubert, ce qui a permis au fédéral de concrétiser son projet à Ste- Scholastique.

Le message n’a pas passé. Même si M. Bellemare et son gouvernement seront responsables durant les prochaines décennies de l’entorse au développement économique du Québec, et particulièrement du cœur du Québec, les électeurs de la région la plus touchée ont élu un député libéral.

Les résultats des élections ne m’ont pas surpris. Presque tous les comtés étaient passés au parti libéral.

La visite surprise des chars d’assaut dans la Vieille Capitale et les spectacles libéraux pour alimenter la peur avaient encore une fois roulé la bonne foi des Québécois.

Au moins, le Parti Québécois devenait l’Opposition officielle. Ainsi, il prendrait le pouvoir la prochaine fois puisque les libéraux ne pourront pas voler les élections aussi facilement. Dans certains comtés, le vol était manifeste. Les libéraux avaient emporté les élections par 100 ou 500 voix. J’ai rencontré un bonhomme qui me raconta avoir voté 17 fois à 20 $ chaque fois contre René Lévesque.

Je ne pouvais pas changer les résultats des élections. Le monde aime se faire fourrer.  Plus  Trudeau  botte  le  cul  des francophones,  plus  il  reçoit  un  appui inconditionnel. Plus Bourassa mentait, plus ses libéraux empochaient, plus les gens votaient pour eux.

Il a suffi à Claude Ryan de mêler la religion à la politique pour faire une entrée fracassante. Pendant que Ryan dénonçait le patronage par ses voies parlementaires, je me suis laissé dire que dans le ministère de l’Agriculture, un sous-ministre libéral gardait sous clé, pendant deux mois, les chèques d’allocation des cultivateurs pour les travaux de drainage dans les comtés qui avaient trop voté en faveur du Parti Québécois. Il espérait ainsi que les agriculteurs rejetteraient encore plus le Parti Québécois.

Pendant que ses amis sortaient le prétendu scandale du divorce de René Lévesque, Ryan se pavanait avec sa famille pour mieux faire ressortir ses qualités chrétiennes. L’hypocrisie, ça paye, surtout en politique. Ça pogne. Les gens aiment se faire charrier par de tels artifices.

J’ai été parfois surpris des pensées de mon nouvel ami Gérald.

Béret blanc, d’une secte religieuse fanatique, il était pourtant, comme moi, contre les big boss. Selon lui, le Vatican a trahi le christianisme depuis belle lurette. Ce dont je suis parfaitement d’accord.

Politiquement, nous étions évidemment à l’opposé. Sa politique combat le communisme dans l’intérêt du capitalisme alors que je considère essentiel d’éliminer toutes formes d’impérialisme et de dictature bénévole ou pas, de gauche autant que de droite.

Le capitalisme est aussi  impérialiste,  dictatorial  est sûrement aussi corrompu que le communisme. Les deux régimes sont aussi sanguinaires l’un que l’autre. Tout ce qui compte c’est le pouvoir et le profit. L’idéal serait un capitalisme très socialiste.

Nous ne parlions que très rarement de nos options religieuses ou politiques, la beauté des petits avait trop d’importance pour être salie par ces mesquineries.

Gérald était béret blanc à cause de sa famille. Il identifiait Gilberte-Côté Mercier à sa mère. C’était touchant de l’entendre parler de la douceur, de la compréhension de Madame Mercier. Il avait pour elle une très profonde admiration : c’était la martyre, celle qui a sacrifié sa richesse pour sa foi. Quant à moi, c’était une névrosée, une frustrée sexuelle.

Gérald refusait d’admettre que les bérets blancs sont aussi riches que les autres sectes religieuses. Par contre, si je considérais leur approche de la sexualité comme parfaitement débile, j’admirais leur solidarité. Une solidarité digne d’un peuple libre et adulte.

Mes récits de voyage aidant, Gérald sentait jaillir en lui l’appel des grandes étendues. Le bruit de la liberté, le goût du petit gars qui en avait assez d’être écrasé et qui voulait fuir la maison paternelle en grimpant dans ses 34 ans.

Malgré nos âges, nous étions tous les deux, devant la grande route, la grande aventure, deux préadolescents qui voulaient être libres. Nous rêvions tous les deux aux fesses de Darryl, même si aucun de nous n’acceptait la sodomie.

Le flo, le petit gars, c’est l’harmonie, la beauté comme le modèle d’un peintre ou d’un sculpteur. Un moyen de rendre positive une obsession du pénis, obsession stupide qui ne disparaîtra chez moi qu’avec ma mort. Nous étions comme deux préadolescents qui ne se sentent pas assez aimés chez eux, deux survenants.

Le voyage, c’était une symphonie. Les petits constructeurs de châteaux sur la plage de Vancouver. Les deux autres qui étaient venus me provoquer pour que je m’amuse avec eux dans le sable. C’était leur rire, leur peau bronzée, la main qui cherche l’attention en se perdant sur un pénis bien bandé vite couvert de sable pour être déterré par la main d’un autre. La surprise du moment où celle-ci le découvre. Les feux qui allumaient alors les yeux du petit qui réagissait comme s’il ne savait pas que c’était nécessairement pour arriver… C’était la sensation de l’espace, de l’air à perte de narines. La fluidité des verts dans la forêt, près de Long Beach, sur l’île de Vancouver. L’éléphant de l’artiste Fafard, en Saskatchewan, sur le toit d’une école. Une impression folle à se rendre malade de vouloir vivre.

Ma fièvre se propageait. Darryl valait plus que nos souleries, nos recherches, toujours infructueuses et dont le seul avantage était de nous épater mutuellement. Nous nous étions contentés de peu assez longtemps, il nous fallait prendre cette liberté coûte que coûte.

  • Nous nous rendrons à Winnipeg et nous inviterons Darryl à nous suivre. Si ces parents s’y opposent, je le kidnapperai. Si tu voyais comme il est beau. Il vaut bien quelques problèmes.

Autres paroles en l’air entre deux bières. On a toujours l’art de se vanter parce qu’on a besoin de se croire un objet qui n’est pas inutile.

La vague a atteint un nouveau paroxysme en rencontrant Jimmy, un gars connu à Vancouver et que le souffle du voyage poussait de Montréal à Sherbrooke.

Jimmy était en rupture de ban avec sa famille. Ses parents étaient dirigeants d’une petite industrie québécoise. Comme tous ceux qui ont de l’argent, ils ne comprenaient pas que dans la vie; il n’y a qu’une chose qui importe : aimé et être aimé, se sentir bien dans sa peau. La vie est une suite d’expériences.

Jimmy n’avait encore connu aucune expérience sexuelle et il avait été entendu que ce ne serait pas moi qui l’initierais. On se parlait franchement entre ceux qui faisaient du pouce. Nous, on ne se racontait pas de mensonge. Une loi de la vérité ou de la survie. Même s’il était trop vieux pour correspondre à mes désirs,

ayant sûrement une trop longue queue, vingt ans, presque six pieds, le défi que représentait son impuissance sexuelle était fort alléchant. Que décidera-t-il quand il saura ce qu’est le plaisir? Le sexe se marie souvent avec les sentiments que l’on ressent l’un pour l’autre. C’est encore plus vrai chez un pédéraste (amourajeux).

Je me sentais un peu comme une « guidoune dans ses chaleurs » tout en étant encore membre assidu des Enfants de Marie. Je ne voulais plus faire de politique, tout en m’engageant un peu. Je voulais travailler, mais pas trop. Je n’avais pas d’emploi et aucune chance d’en trouver : je n’avais pas de métier, j’étais trop vieux ou trop dangereux ayant été journaliste trop longtemps. J’avais les cheveux trop longs et je ne voulais pas être bilingue par fanatisme.

32

Nouveau départ pour l’aventure

Je voulais repartir en voyage, mais je ne voulais pas passer pour un lâche. Les braves s’attaquent au système plutôt que fuir.

La fièvre a fait sauter toutes les barrières. Nous partirions tous les trois pour l’Amérique du Sud. Gérald a laissé son travail; Jimmy, ses études. Nous avons décidé de mettre nos chèques de bien-être en commun et de partir avec l’auto de Gérald.

La vraie révolution est celle qui ne croit pas dans le système. Elle ne croit en rien pour chercher la vérité et qui rejette toutes formes de soumission aux règles débiles qui ont été créées pour mieux exploiter chaque individu.

Cette fois, avant de partir, j’ai passé la dernière soirée avec mon père. Je l’ai vu pleurer pour une des premières fois parce qu’il s’inquiétait pour moi.

Cette fois, j’ai passé la dernière soirée avec mon père. J’étais gelé comme une balle. Les dernières animosités étaient tombées entre nous. Il m’avait pardonné ma pédérastie, mon amourajoie. J’étais moins révolté contre la sorte de monde de sa génération et les générations précédentes qui nous ont légué une perception vraiment débile de la sexualité.

Je l’ai senti très près de moi. Au fond, nous nous sommes toujours aimés. Mes reproches quant à sa froideur n’étaient plus justifiés. Mon père ne combattait jamais en meute, peut-être a-t-il été trop souvent trahi dans sa confiance aux autres pour croire dans la fidélité des autres ? Papa a toujours connu beaucoup de difficultés pour survivre financièrement. Il aidait trop de gens.

D’abord, il s’est fait avoir par la Thérèsa, une mine d’or dans le nord de l’Ontario. Puis, pour que les enfants ne souffrent pas dans les périodes difficiles, il faisait d’énormes crédits à bien des paroissiens en difficulté.

Politiquement, il était fasciné par le nationalisme de Daniel Johnson, père. Jamais il n’a été récompensé d’une manière ou d’une autre pour ses services. Quasi ruiné, il n’y avait pratiquement que la vente de la bière à l’épicerie pour lui permettre de s’en sortir. À deux reprises, aux deux référendums, le curé est monté en chair et a fait battre l’abolition de la prohibition. À cause de ces échecs, mon père a dû s’exiler pour nous faire vivre. Il s’est aussi fait haïr parce qu’il voulait la construction d’une école centrale à Barnston. Les écoles ce n’était pas à la mode dans le temps. Ce fut une très dure lutte, mais la première école centrale en milieu rural fut construite à Barnston.

Toute sa vie, il l’a vécue pour nous, ses enfants. Il l’a vécue aussi à aider les cultivateurs de par chez nous à survivre et s’enrichir. Tout ce qu’il a récolté : en 1978, une année après sa mort, les gens ont refusé de changer le nom de l’école St-Luc de Barnston pour l’école Émile-Simoneau. La paroisse porte pourtant déjà le nom de St-Luc. Cette demande a engendré toute une série de jalousies et de gestes hypocrites. D’abord, les commissaires de Coaticook ont rejeté la demande, car, elle avait été publiée dans le journal du coin. Ils avaient peur puisque je suis un gars très politisé. Ils ne voulaient pas créer de précédent. Il fut entendu qu’un sondage serait tenu le 3 novembre. Il fut devancé sans avertissement. Les articles expliquant ma demande ont ainsi été publiés après le sondage. Les gens ont préféré garder le nom de Saint Luc comme si ce saint avait besoin de ça pour dormir. Une telle mesquinerie m’a révolté. La Commission scolaire et le Comité de parents de l’école ont agi malhonnêtement. La Tribune a publié un article le 4 novembre, confondant ce sondage et les élections municipales.

Pendant qu’on refusait le changement de nom à Barnston; à Sherbrooke, on élevait un monument à un ennemi francophone, Sir Alexander Galt. Il faut être un bandit pour être un héros québécois. C’est un peuple incapable de sortir des jupons des curés. Une race infériorisée et sans identité. Un peuple aussi masochiste mérite presque de disparaître. Cela dépasse ma pensée;  mais il  faut parfois se vider le cœur.

Je reprochais à mon père de trop encaisser et d’être trop à droite. Il n’acceptait pas tout ce qui venait des syndicats. Comment pouvait-il accepter le si peu de gratitude des gens qu’il avait aidés? Comment pouvait-il continuer à croire dans une Église qui l’obligea à bûcher toute sa vie à cause de sa tartufferie, de sa morale maladive? Comment pouvait-il être fier du monde qu’il nous a construit? En fait, je lui reprochais de ne pas être aussi révolté que moi, ce qui d’une manière me condamnait. Il était plus sage que moi. Il savait que ça ne donnait rien. On est juste responsable de créer sa propre vie.

La nausée devant les libéraux nous était commune. Si quelques années plus tôt, j’avais choisi d’appuyer les libéraux pour être en contradiction avec lui, maintenant qu’on en avait chassé René Lévesque, la politique nous réunissait moi et mon père plus que jamais.

Il savait ce que je ressentais et il me reprochait à son tour d’être comme lui en politique : à la recherche de trop d’intégrité. Par exemple : je n’en ai jamais voulu à mes patrons à la Tribune, ils faisaient leur travail. Je comprends combien je devais être un paquet de problèmes, moi et ma maudite politique. Le journalisme d’enquête n’existait pas encore. Que j’aimais faire ce travail !

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