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Un sourire venu d’enfer 21

novembre 7, 2020

Un sourire venu d’enfer 20

Autobiographie approximative

Au cours de ce voyage, je revivais une valeur qui m’a toujours paru essentielle dans le développement humain : la solidarité.

J’attachais beaucoup d’importance aux rencontres des voyageurs comme moi. Ce sont des jeunes qui cherchent non seulement souvent à découvrir des paysages, mais à comprendre la vie. Je croyais plus que jamais dans cette nouvelle génération. J’ai été d’autant plus scandalisé le jour où dans une auberge un jeune en vola un autre. Comment peut-on se voler entre pauvres ?

Tous les soirs où l’occasion se présentait, je me rendais avec un jeune d’Edmonton assister à un coucher de soleil sur le Pacifique. La merveille de ces couleurs nous éblouissait presque autant que le silence et la méditation. Ce nouveau camarade m’invita à lui rendre visite chez lui à Edmonton.

Le voyage était déjà amorcé. Je suis embarqué avec un jeune Américain qui possédait un camion fortement équipé pour le voyage. Celui-ci était d’une gentillesse à te faire rêver de la Californie.

Dans les Rocheuses, à Banff, son camion est tombé en panne. Le jeune américain nous a offert de poursuivre notre chemin afin d’éviter les retards. La majorité des jeunes ont gagné le bord de la route. Nous n’étions plus que deux avec lui. Nous voulions l’aider puisqu’il avait eu l’amabilité de nous amener. L’Américain n’en revenait pas. Il nous dit n’avoir jamais connu un tel geste dans toute sa vie. Nous l’avons assisté jusqu’à ce que son problème soit réglé et que sa route ne concorde plus avec la nôtre.

J’ai fait seul le voyage de Calgary à Edmonton. Les Rocheuses m’ont paru de plus en plus belles dans ce deuxième voyage dans les montagnes, car je ne cherchais plus la surprise, la hauteur, mais à mieux profiter de la vue générale.

Chez mon nouvel ami, j’ai eu la surprise de faire la connaissance de deux petits gars qui prenaient immensément plaisir à jouer avec moi. J’étais au ciel encore une fois. Je remerciais Dieu de me les faire connaître. La pédérastie (amourajoie) est un don de Dieu, celui de se sentir égal avec tous les autres humains, celui de jouir de la gentillesse naturelle des jeunes. C’est une forme d’osmose d’énergies génétiques.

J’ai reparlé politique pour la première fois depuis départ. Un séparatiste en terre canadienne, cela a de quoi attirer l’attention.

Un groupe de jeunes avaient décidé de me passer un savon et mieux me faire apprécier les beautés « canadians ». Ils m’ont amené prendre une bière pour me persuader de mon péché contre ce beau et grand pays qu’est le Canada. Mais, aucun n’avait encore visité ce beau et grand pays. J’aurais préféré courir les jeux forains avec les jeunes, mais j’étais invité et je devais me prêter au jeu.

Ce n’était pas un grand tour de force. La majorité de ceux qui défendent le Canada dans sa forme actuelle n’ont que de très faibles arguments basés surtout sur l’émotivité et une méconnaissance invraisemblable de ce qu’est leur pays. Ceux qui ne sont jamais sortis de chez eux disent qu’il ne faut pas briser un aussi beau et grand pays.

Plusieurs parlent d’égalité et de fraternité, oubliant que les anglophones et les immigrants s’imaginent être les seuls patrons en Amérique du Nord. Une réalité que l’on ne peut pas avaler au Québec.

Le chef d’orchestre apprenant qu’il y avait un Québécois dans la salle en a  profité pour lancer : « Welcome in God’s land », ce qui à mon sens démontrait en soit ce sentiment de supériorité des anglophones vis-à-vis les francophones.

Quand tu sais que le Canada n’est qu’une institution politique et économique artificielle pour avantager les multinationales concentrées dans le sud de l’Ontario; quand tu sais que cette concentration est à la source du déséquilibre entre le centre du pays avec l’est et l’ouest; que cette injustice est tellement flagrante que le nord de l’Ontario veut se séparer du sud pour créer un nouveau pays, l’Aurora; la grandeur du pays tu te la branches quelque part.

Vite, cette étude n’apparaît plus comme une raison de fierté, un petit relent de puissance, de valorisation personnelle ou d’identification nationale.

Quant à la fraternité, elle existe vraiment qu’en dehors des structures nationales entre êtres humains, sinon, elle ne représente que les argents qu’elle procure. C’est payant pour les industriels en majorité américains d’être subventionnés en double. Pour le reste, il suffit d’examiner le sort fait aux francophones pour comprendre que cette belle fraternité n’existera jamais. L’Ouest est assez riche pour être un pays, tout comme le centre et le Québec. Quand les gens de l’Ouest s’y arrêtent, il leur faut peu de temps pour tomber d’accord avec nous. Ils s’imaginent être la vache à lait des provinces de l’Est. Pourquoi s’il en coûte autant pour garder le Québec dans la Confédération, sont-ils prêts à envoyer l’armée pour empêcher le Québec de se séparer?

Pour les gens de l’Ouest, à cause de l’image reflétée dans les journaux, les Québécois sont des racistes qui vivent un couteau à la main pour égorger tous les anglophones sur leur passage. Quand ils nous connaissent un peu, ils sont éblouis. Ils apprennent que quelque part sur le territoire vit un peuple pour qui l’humain est plus important que l’argent.

Si les Québécois sont si racistes pourquoi une très grande partie est bilingue alors que les anglophones, surtout au Québec, s’obstinent à ne pas apprendre la langue de la majorité? Pourquoi les anglophones du Québec, la minorité la mieux traitée dans le monde, colportent-ils à l’extérieur du Québec une image aussi sale des francophones?

Qui sert le fédéral? Le sud de l’Ontario. Qui bénéficie de cette situation? Les Américains. En quoi sont-ils intéressés? Un Canada séparé, sans souveraineté- association signifie en Alberta la création d’un nouvel état américain. Le pétrole ne sera plus alors l’exclusivité des pays arabes et dans une guerre froide, c’est tout un atout. Quant à l’Est du pays, un Québec indépendant, boudé par l’Ontario qui a toujours été foncièrement raciste, permet un marché en électricité et en matières premières fort avantageux. La souveraineté-association se ferait sans Ottawa, de gré à gré entre les provinces canadiennes et le Québec. Finies les chicanes entre l’Est et l’Ouest à cause de l’incompatibilité de leurs intérêts économiques et linguistiques. Les grands perdants seraient les multinationales. C’est pourquoi tout en faisant semblant d’être neutres les États-Unis ont sans cesse le nez dans l’économie canadienne.

Le Canada, c’est une farce économique invraisemblable. Les économies régionales ont souvent des intérêts opposés et non complémentaires comme les fédérastes essaient de le faire croire.

En Alberta, la majorité se fout d’appartenir aux États unis. Heureusement, ces jeunes n’étaient pas de ce groupe et les discussions sont vite devenues très amicales. Ces jeunes étaient plus près d’une sécession de l’Alberta du Canada que d’une fédération canadienne.

La soirée ne s’était pas déroulée comme ils l’avaient prévu : après quelques heures de discussion je les avais persuadés que l’indépendance n’était pas bonne que pour le Québec, mais souhaitable et réalisable pour l’Ouest canadien également.

Nous avons passé le reste de la nuit à courir les effeuillages et à boire.

Je n’ai jamais eu le courage de leur avouer ma pédérastie ou mon amourajoie. Cela n’avait pas grande importance. Qui se préoccupe de la nuance de ma position : « J’aime les femmes, mais je suis plutôt gai et j’adore les petits gars».

Le retour au Québec s’amorçait. Je voyais le Canada très différemment. J’étais surpris que la majorité des gens loin d’être racistes étaient très sympathiques. Ils étaient malheureusement mal informés et influencés par leurs journaux, monopolisés en grande partie entre les mains de propriétaires américains.

Je n’étais plus certain d’avoir raison en étant séparatiste. Je ne les voyais plus comme nos ennemis. D’autant plus que les artistes francophones rencontrés étaient exceptionnellement sympathiques. Même les écrivains anglophones se plaignaient de la concentration culturelle à Toronto, d’où les artistes des Prairies crèvent de faim. Par contre, on ne me cacha pas que le public de l’Ouest est encore plus conservateur qu’au Québec.

Pour survivre, je suis arrêté au Manitoba travailler au journal La Liberté.

Pour la première fois, j’ai dû faire face au vrai sort des francophones hors Québec. L’assimilation se faisait à un rythme effarant.  St-Boniface n’était plus une ville française, mais un quartier de Winnipeg.

Pourquoi dans toutes les auberges de jeunesse, les responsables étaient-ils presque toujours bilingues? Comment cette situation pouvait-elle être compatible avec la réalité ?

J’ai travaillé à un seul reportage : la francisation dans la fonction publique. Il m’a suffi de cet exemple pour comprendre à jamais que le bilinguisme à Trudeau, c’est du tape-à-l’œil. Malgré leur bonne volonté ou le goût d’augmenter leur salaire, certains anglophones, après avoir buché comme des fous pour apprendre le français, le perdent vite, faute de ne pas pouvoir le pratiquer.

Il faut aussi comprendre la population francophone. Pour se faire servir en français, il faut faire venir le fonctionnaire qui connait le français. Ça prend beaucoup de temps avant que leurs confrères les trouvent. On fait payer ainsi le coût du bilinguisme. Les gens sont fatigués de devoir ainsi attendre pour être servis dans leur langue. Ils savent aussi que parler français, c’est de s’assurer de ne pas avoir d’avancement ou du moins ça le rend terriblement difficile. Ils finissent par lâcher. C’est moins d’efforts.

J’étais aussi révolté du fait que l’Église catholique venait de mener une campagne contre le seul ministre francophone du Manitoba, à cause de son appartenance au Nouveau Parti Démocratique (NPD). Il fallait combattre le socialisme aux dépens des francophones. Partout dans l’Ouest, on pouvait voir un virage à droite.

Le christianisme servait à faire oublier que le les capitalistes et les communistes font crever des millions de gens pour conserver leur suprématie économique. Une belle vacherie qui montre le jeu des religions en politique ! Pour se déculpabiliser, il suffit de se dire chrétien, continuer de regarder en silence ces systèmes tuer pour garder le pouvoir et faire de l’argent. Pourvu que le sang paie, l’Église ferme les yeux.

Cette nouvelle vague était facile à comprendre : le Vatican aimerait bien élargir son empire en Amérique du Nord, d’où l’œcuménisme, alors que la CIA veut faire sauter la Russie.

Pour arriver à leurs fins, les deux se sont réunis dans une nouvelle croisade : les mouvements charismatiques. Les proaméricains, comme Ryan, sont poussés au pouvoir. Il faut sauver l’homme du communisme et permettre l’exploitation capitaliste.

Dans une auberge, un anglophone s’en prit à moi tout simplement parce que j’étais francophone. À ma surprise c’est un métis du coin qui prit ma défense disant qu’il y a presque toujours du sang indien dans le sang francophone.

Avec mes nouveaux avoirs financiers, j’ai décidé de faire un pèlerinage à un héros francophone de l’Ouest : Louis Riel. Je me suis rendu à Batoche

.J’ai été conduit aux lieux historiques par des Indiens qui s’efforçaient de me dire quelques mots en français. J’ai visité la classe où Riel a enseigné. À ma surprise, j’ai découvert mes initiales « JS » sur un des bancs de cette école. Cela m’a bouleversé.

On ne nous apprend pas que pour construire le chemin de fer on a massacré les Métis. Riel et son peuple étaient en guerre contre Ottawa, car ils avaient créé un nouveau pays. On ne nous enseigne pas souvent ces massacres qui sont une honte pour le Canada.

De retour sur la route, j’ai été embarqué par une dame qui voyageait en compagnie de deux parents. Son chauffeur était un militaire. Cette dame se disait la cousine de la reine Élizabeth. Je n’en croyais rien au début, mais j’ai dû convenir que c’était possible. Celle-ci parlait un peu le français et voulait que je lui apprenne quelques mots.

  • Votre cousine n’est pas très gentille. Je faisais du pouce près de Toronto et elle m’a passé au nez sans s’arrêter, dis-je, en riant. Elle me répondit qu’Élisabeth n’est pas toujours de nature souriante.

La dame m’a questionné sur la vie politique du Canada. Le militaire essayait à chaque fois de faire valoir le beau côté des choses alors qu’au contraire, je tentais de lui faire comprendre l’injustice du racisme anglo-saxon. La dame me parla de l’homosexualité de Trudeau qui, selon le soldat, avait cessé d’être le sujet de discussion des gens du pays depuis son mariage. Je ne pouvais pas en parler, car je ne sais pas ce qu’il en est vraiment et une chose est certaine : je n’ai jamais couché avec Trudeau.

Je ne sais pas ce qu’elle a pensé de mes opinions, mais pour elle, j’étais définitivement un petit nègre blanc d’Amérique fort sympathique.

Je me suis arrêté dans une auberge de jeunesse dans le nord de l’Ontario. Pour la deuxième fois, il était évident que l’on avait essayé de m’écraser. Alors que je pouçais, une auto conduite par un Indien m’a foncé dessus. Ils étaient alors en guerre contre les Blancs, dans ce coin du pays. Sur le pouce, il est difficile de faire savoir au chauffeur que t’es Québécois, car, les Indiens respectent les Francophones.

Tous les humains sont égaux et on s’en aperçoit très vite. Il fonçait sur un Blanc avec les cheveux longs. À cause des luttes raciales en cours, cela était très compréhensible. Je n’en ai gardé aucune animosité. Je n’étais pas visé comme individu, mais comme Blanc.

C’était la deuxième fois que ça se produisait. C’était arrivé une autre fois dans l’Ouest. Un camion s’est tassé sur moi alors qu’une pipe dépassait à l’arrière. Celle-ci m’a heurté la main. Il n’y avait rien de surprenant dans ce comportement. Dans l’Ouest et aux États-Unis particulièrement, il était fréquent que des voyageurs seuls mangent une raclée ou soient tirés à bout portant par des gens dont le conservatisme rend cinglé. Rien n’est plus stupide et borné qu’un individu qui juge les autres. C’est malheureusement le propre des gens très religieux.

À l’auberge de jeunesse, une jeune fille me proposa de l’accompagner jusqu’au Québec. Cela ne m’intéressait pas particulièrement. J’ai donc refilé l’invitation à un jeune chanteur qui semblait aimer mieux la présence des femmes que moi. Il les aimait assez (avec ses mains, j’imagine) que je l’ai aperçu un peu plus loin sur le bord du chemin. Les femmes aiment rencontrer des gars qui ne pensent pas qu’au sexe en les voyant. C’est d’ailleurs ce qui les rend intéressantes.

Quant à moi, j’ai entrepris le voyage en compagnie d’un petit bonhomme de 15 ans environ. Il venait visiter le Québec. On n’est pas tous paralysés de peur d’être abordés sexuellement… on laisse ça aux femmes.

Nous avons eu toutes les misères à nous trouver une « ride ». Nous sommes arrivés à Thunder Bay, morts de fatigue.

Malgré nos efforts, pas moyen de dénicher l’auberge de jeunesse. Si les informations fournies étaient claires pour les dirigeants de l’auberge, celles-ci ne l’étaient pas pour nous. C’était un vrai casse-tête. Découragés, enragés, nous avons décidé de coucher dans le champ, si dans les dix minutes nous n’avions pas découvert un gîte.

À ma stupéfaction, le jeune lançait des roches, avec succès, dans les feux de circulation. J’étais trop conforme au respect de la propriété privée et publique pour accepter sans rouspéter un tel comportement. C’était la fatigue, ai-je pensé pour l’excuser.

Quelques secondes plus tard, une auto-patrouille fit son apparition. Papiers! Papia!, comme dit Léo Ferré dans une de ces chansons.

La police a pris beaucoup de temps à vérifier mon identité. Il y avait, selon elle,

un autre Jean Simoneau qui lors de son passage avant moi avait la malencontreuse habitude de faire des vols à main armée. Heureusement, je n’avais pas le même numéro d’assurance sociale.

À ma surprise, la police embarqua le jeune. Elle me laissait pour seule explication d’avoir reçu une dépêche de Vancouver les informant de la fuite de mon compagnon. Il était recherché à la demande de ses parents.

C’était la première fois que j’en entendais parler. J’avais chaud. Je me voyais déjà arrêté pour détournement de mineur. Comment pouvais-je prouver que je n’en savais rien? J’hésitais. Peut-être le jeune leur dira-t-il que nous venons à peine de nous rencontrer? Crevé de fatigue devais-je trouver l’auberge ou fuir avant que la police revienne encore m’emmerder. ? De toute façon, je ne pouvais rien faire pour lui. Quand tu as les cheveux longs, t’es coupable automatiquement. C’est encore pire si tu es trop jeune.

Mort de peur, j’ai décidé de continuer ma route. Un camion m’a embarqué et j’ai fait quelque 200 milles avant de m’arrêter. J’étais peiné d’avoir été obligé d’abandonner un aussi beau petit gars.

J’ai passé la journée étendu sur le bord du chemin pendant qu’un nommé Trudeau faisait du pouce avec moi. Je ne me rappelle pas son prénom. Il m’a bien fait rire, en me racontant tous les tours joués à la police, en disant simplement qu’il était de la famille du premier ministre Trudeau.

Il n’avait que le nom de Trudeau de répercutant. Rien à voir avec le célèbre Pierre, même qu’il était séparatiste à 110 %.

« Je suis sûr de frapper », lui ai-je dit, car il fallait bien expliquer mon comportement bizarre, soit de me coucher sur le bord de la route. Aussi bien dire adieu à toutes les chances qui pouvaient se présenter.

La faim a commencé à nous jouer dans les tripes. Je m’étais acheté un macaroni Kraft, sans songer qu’il pourrait y avoir des problèmes pour le faire cuire. Pas très brillant. J’ai cherché autant comme autant à découvrir un endroit assez charitable pour nous donner l’eau nécessaire et nous le laisser cuire. Inutile.

À la fin de l’après-midi, nous nous en allions à l’auberge de jeunesse quand nous avons aperçu deux personnes travaillant à réparer une petite Volks, bourrée de marchandises.

  • Allons les aider, ai-je proposé.

Trudeau refusa sous prétexte que nous n’aurions jamais la chance d’embarquer dans un char aussi bourré de victuailles et que nous devrions, au contraire, voir à nous percher pour la nuit. J’ai insisté pour qu’on les aide, non pour s’attirer leurs faveurs, mais par pure amabilité entre voyageurs.

Nous avons travaillé plus d’une heure. Trudeau était en beau joual vert. Le soir venait et nous avions passé la journée sur le bord de la route pour rien. Nous n’avions même pas été capables de dénicher un endroit où faire cuire nos nouilles. Je commençais aussi à être révolté. « L’Ontario est le paradis des racistes. », dis-je., mais dans le fond c’était à moi d’être assez intelligent pour acheter quelque chose qui ne nous place pas à la merci des autres. Je comptais sur les auberges pour obtenir les plats pour les faire cuire.

À l’auberge de jeunesse, les dirigeants refusèrent à leur tour de nous laisser préparer notre petit repas. Ils riaient de nous. J’avais le feu au cul.

  • On défait la baraque, criais-je à Trudeau, en m’emparant d’un bon gourdin.

Le jeune anglais qui nous répondait a pris peur. Il nous a demandé de patienter un peu. Songeant probablement à ses os plus qu’à notre misère, il nous revint avec quelques sandwichs pour nous aider à patienter jusqu’au repas.

Nous  étions  à  notre  sieste  quand   les   voyageurs   que   nous   avions   aidés réapparurent. Ils avaient tout rangé et libéré le siège arrière. Ce fut un tour jusqu’à Toronto, plusieurs centaines de milles plus loin. Ces jeunes étaient des amis d’Angela Davis, ce qui ne fut pas sans provoquer mon admiration.

J’étais ravi de les écouter m’apprendre dans quel sens les jeunes Américains bougeaient. Je me sentais devenu citoyen du monde. Ça me rappelait tout ce que j’avais vécu avec Darryl. L’amour est une fiction même dans la mémoire. Elle est encore plus belle que la réalité.

Le reste du voyage s’est déroulé sans incident. Tout était beau, intéressant.

Les frontières entre jeunes, c’est une aberration. Ça n’existe pas. Les problèmes sont les mêmes partout : l’abus de pouvoir, l’impérialisme, la violence. Les vrais responsables sont toujours intouchables.

La crise canadienne est imaginée aux États-Unis et pour les intérêts des multinationales américaines. Ils ont les moyens pour  s’installer  et  les  politiciens vont chercher dans les poches des contribuables l’argent qui manque.

Mon voyage dans l’Ouest, ce fut Darryl. Darryl. Une rencontre fortuite. Une surprise. Un cadeau de Dieu. Un arc-en-ciel dans ma vie. Darryl, comme tous les petits gars que j’ai aimés, était le symbole parfait de mon idéal de vie. Ma vie n’aurait pas eu de sens sans cette profonde fascination, cet envoûtement pour la beauté des petits gars. Ce besoin d’eux est aussi vital qu’une source d’eau fraîche dans le désert. Ce n’est pas qu’un attrait sexuel quoique ce le soit aussi. Une nuit dans le lit près l’un de l’autre suffit à faire apprécier Dieu et sa création.

La pédérastie (amourajoie) est un échange de vitalité, presque une adoration de la vie à travers leurs jeux, leur beauté. La pédérastie, c’est vivre intérieurement en petit gars, malgré l’âge adulte. C’est un échange émotif. L’osmose de l’adoration avec la beauté. Une vibration sur une même harmonie.

Darryl savait fort bien qu’il me fascinait beaucoup trop pour que je puisse être le moindrement dangereux. Je me suis ruiné pour qu’il ne gèle pas la nuit

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