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Un sourire venu d’enfer 20

novembre 6, 2020

Autobiographie approximative

Partie 2

L’exil

Chu tanné d’être pré-adolescent                                 

me faire piéger, espionner, humilier.

J’en ai assez de passer pour un voyou je ne veux rien casser

je veux sacrer le camp je veux tout aimer

voir le désert, nager dans la mer, caresser un petit gars

ressusciter encore plus jeune

sentir dans chaque fibre de mon corps un concerto d’hallucinations

de lunes-nombrils, de visages-soleils

je veux mourir en terre inculte

être enterré sous un érable

être un printemps en plein hiver.

Je n’avais plus qu’un espoir : me dépolitiser pour vivre comme tout le monde.

J’ai quitté Sherbrooke avec 135 $ en poche. Il est difficile de survivre bien des années avec une telle somme. Il ne me restait plus qu’à voyager pour survivre.

À Montréal, j’ai passé la première soirée dans un club gai. Au Lincoln, les jeunes sont rares. Tu es plus facilement remarqué par les plus âgés, car il n’y a pas de compétition.

J’avais choisi cet endroit, car, je gardais un mauvais souvenir des autres clubs, où même si les jeunes y étaient rarissimes, on ne m’apercevait même pas. Je sortais ordinairement de ces clubs encore plus frustré et humilié. J’étais trop laid pour attirer l’attention.

J’avais souvent l’impression que ces gars sont tellement à la recherche d’une queue à dévorer qu’ils ne pouvaient pas tenir compte du fait que l’on soit beau ou non. C’est tout à fait le contraire du désir chez les (amourajeux) pédérastes. Ordinairement, je ne poignais pas, mais cette fois, je me suis trouvé un endroit où aller coucher sans frais. Je n’avais qu’à faire la planche comme d’habitude et jouir de me faire sucer.

La dernière année à Sherbrooke, la ville scrupuleuse, m’avait permis de connaître quelques belles expériences avec des plus vieux que moi et de cesser de m’imaginer, comme mon éducation le prétendait, que j’allais automatiquement, en allant avec un partenaire plus âgé, être coupé en petits morceaux. Je crois d’ailleurs que cette peur entretenue par le système à travers les journaux a miné mon évolution sexuelle vers quelque chose de plus acceptable pour la société. Serais-je devenu un « gai normal » plus rapidement si je n’avais pas eu ces peurs d’enfance? La (l’amourajoie) pédérastie est d’abord l’appel de la beauté. C’est un échange d’énergies, des énergies que l’on retrouve seulement chez les jeunes, surtout la spontanéité.

Les nouvelles à caractère sexuel servent à faire peur aux enfants et parfois chez nous, on lisait Allo Police, ce qui me rendait méfiant envers tous les étrangers. C’est à partir de cette expérience que j’ai toujours trouvé profondément paranoïaques les annonces demandant aux enfants de toujours avoir peur des étrangers. Une vraie maladie ! Un irrespect total du droit du jeune à décider de sa sexualité, même si toutes les chartes prétendent défendre leur intégrité. Les jeunes doivent automatiquement asexuels. Quel mensonge ! Quelle ignorance!

Le lendemain matin, j’étais sur le bord de la route pour Toronto. C’était à la fois terrifiant et extraordinairement excitant. Comment survivre avec si peu d’argent? Une des pires peurs de mon adolescence : j’étais convaincu que je n’arriverais jamais à m’en tirer dans la vie, car en plus d’être « faiblesse », je ne savais rien faire de mes dix doigts. J’étais devenu journaliste par accident. Je n’avais que 19 ans alors que j’étais responsable du bureau de la Tribune à Lac-Mégantic.

Seul, c’est un vrai charme de voyager sur le pouce. Les gens ont rarement peur de toi et tu te sens vite en terrain ami avec ceux qui t’embarquent. C’est ainsi que dès le premier soir, j’ai couché dans une auberge de jeunesse à Toronto.

J’ai particulièrement aimé cette soirée puisqu’un magnifique petit bonhomme d’environ 15 ans est venu prendre sa douche avec moi. J’aurais bien vécu le

reste de ma vie à Toronto, mais mes avoirs ne me le permettaient pas et, de toute façon, ce premier petit compagnon de rêve prenait le lendemain une autre route que la mienne. Le dimanche, j’ai visité un peu la ville. J’ai commencé à chercher les indications quant à la route à suivre pour continuer mon voyage. Ce n’est pas facile quand tu es en terrain étranger.

C’est alors que j’ai connu mon premier incident. J’étais allé chercher de l’eau dans un garage et m’informer en français  à savoir quelles routes prendre. Tout allait bien, quand près de la clôture, j’ai aperçu un immense chien qui me courait après. J’ai grimpé le plus vite possible et j’ai échappé de justesse aux crocs du chien, mais pas aux barbelés.

J’étais étonné qu’un bonhomme qui m’avait paru si gentil envoie ensuite son chien après moi. Quel raciste !

Je me suis retrouvé sur une autoroute où un cortège de motos est passé à toute allure. Un des conducteurs a ralenti pour m’engueuler. Je me suis cru dans un endroit défendu. J’ai vite appris que mes craintes étaient fondées quand je fus embarqué par un groupe de jeunes qui m’apprirent que ces motos étaient bien l’escorte de la reine en visite dans le coin.

C’était à mourir de rire : je venais de faire du pouce à la reine d’Angleterre.

À Wawa, j’ai rencontré un jeune garçon de 14 ans environ, blond, beau comme un dieu. Il se rendait sur le pouce à Winnipeg. Il était là avec deux autres jeunes de son âge. Quel cadeau du Bon Dieu! Nous avons fait du pouce ensemble toute la journée sans succès.

Le soir, à l’auberge de jeunesse, nous avons couché tous les quatre ensemble. Je n’aurais jamais cru que mon petit blond exigerait de changer de place avec les autres afin d’être encore plus collé à moi. J’ai profité des faveurs de la nuit pour mettre les doigts, là, où mon imagination les poussait. Une chance inouïe! Et, la vie est si courte qu’il ne faut pas la manquer.

Ça valait mieux que le bonhomme venu me conduire à un ou deux milles en dehors de Sault-Ste-Marie, m’examinant sans cesse entre les deux jambes, à un point tel que je n’avais plus à me demander ce qu’il cherchait. Par contre, le bonhomme avait trop peur pour s’aventurer plus loin et je ne me suis pas offert. Il m’a donc laissé choir.

Sur le bord du chemin, j’avais cru ce soir-là devoir marcher les quatre autres milles, mais heureusement, les dirigeants de l’auberge avaient eu le génie d’organiser un système de fourgonnettes qui paradaient les parages afin de récupérer ceux qui n’avaient pas eu de chance et qui était restés sur le bord de la route.

Il est souvent difficile de décoller à Sault-Ste-Marie et c’est encore pire si tu restes pris à Wawa, endroit légendaire. Certains y sont demeurés assez longtemps qu’un pouceux a même eu le temps d’y rencontrer sa pouceuse et de la marier sur place.

À ma surprise, le lendemain matin, les jeunes avaient décidé de se séparer et de laisser le jeune blond poursuivre la route avec moi. Ce que j’ai accepté sans rouspéter, bien évidemment. Cela permettrait à ses compagnons d’avoir plus de chance sur le bord de la route. C’était plus que je ne pouvais en espérer.

Mes palpitations cardiaques ont augmenté du même coup. La liberté a un charme que je n’avais jamais même soupçonné. J’étais déjà follement amoureux. Darryl était superbe. Il avait un sourire aussi éclatant que le soleil qui nous rôtissait sur le bord de la route. C’était plus que je pouvais espérer de la vie.

Nous avons été chanceux et nous avons réussi à faire quelque deux cents milles dans l’arrière d’une camionnette. Mais, le soir, nous étions mal pris. Il était impensable d’avoir une nouvelle « ride » et la température était à la fois trop humide et trop froide pour que nous couchions dehors. L’idée que mon petit privilégié puisse avoir des embêtements me fit vite délasser les cordons de ma bourse, quitte à avoir plus de problèmes plus tard. Nous nous sommes installés dans une chambre d’hôtel à Marathon.

Avant de me coucher, j’ai pris une douche avec Darryl. Jamais je n’avais été aussi séduit par la beauté des rondeurs des fesses d’un petit bonhomme comme lui. J’étais là, comme un imbécile, sans dire un mot, à le contempler se laver. J’avais plein les yeux de la Grèce antique. Comment est-il possible d’être aussi beau? La pédérastie (l’amourajoie) est envahie par la beauté des garçons. C’est son moteur principal. Un pédéraste (amourajeux) jouit juste à voir un garçon qui lui plaît. Partager ses jeux, ses rires, c’est un voyage divin.

Malheureusement, j’étais encore trop scrupuleux pour en profiter sans remords. J’ai avoué à Darryl être pédéraste. J’avais honte d’être aussi profondément charmé. Le petit n’a pas été long à comprendre qu’il pouvait tirer parti de la situation : qu’est-ce que de se laisser embrasser pour s’assurer un maximum de confort et de sécurité? Darryl me regardait comme une bête rare. Comme Daniel, il ne semblait pas comprendre pourquoi j’étais soudainement aussi scrupuleux. Il devait rire intérieurement de moi et se demander comme il est possible d’être aussi stupide. Le scrupule est une forme de fixation émotive négative, une peur de la beauté de l’autre ou son incapacité à régir ses désirs.

J’étais fou de lui, disponible à ses moindres désirs, même à ne plus le retoucher, s’il le voulait, ce qu’il ne tarda pas à comprendre et à me demander. Les becs, ça passe, mais. Je me contentais d’avoir été fasciné par d’aussi belles fesses et de quelques faveurs nocturnes, qu’il savait rendre faciles et qui, étaient après suivies de ma part, par des remords de conscience idiots.

Winnipeg vint trop vite. Cet ange n’avait été qu’un espoir : si Darryl avait été le Canada anglais, je l’aurais vite accepté. C’était une brèche en plein cœur de mon nationalisme.

Darryl savait comme tous les petits gars qui ont du flair, comment instinctivement me mener par le bout du nez afin d’obtenir tout ce qu’il désirait. J’étais le portefeuille; un moyen d’échapper à la misère. Darryl était mon bonheur. Le pont de réconciliation politique. Un pont que la nature a elle-même rendu infranchissable puisque nous devions bientôt nous quitter. Nous sommes deux solitudes.

Darryl avait bien compris qu’il ne devait pas, pour maintenir mes extases, être une proie trop facile. Il avait droit à sa liberté. J’ai rarement vu un gars aussi beau. Non seulement j’étais envouté par la courbure de ses fesses, mais son ventre était un paradis pour l’oeil. Malgré mes scrupules, j’ai vécu des moments inoubliables avec lui. Il avait une vitalité extraordinaire. Un regard de renard. Les paysages se baignaient en lui. Il était un miroir magique.

Winnipeg. Sur le bord de la route, seul, je n’avais plus qu’un dollar en poche. J’hésitais. Devrais-je retourner au Québec ou poursuivre mon chemin? J’étais désespéré. Dans les derniers milles, Darryl avait semblé me fuir. Était-ce parce qu’il n’avait plus besoin de moi? Son amitié avait-elle été hypocrite? Quand tu es en amour, tu n’es jamais satisfait de l’affection que l’autre te témoigne. Tu en veux toujours plus.

Il me fallait choisir. Crever de faim au Québec ou dans l’Ouest canadien? Quelle différence ?

J’ai décidé de continuer et de ne pas abandonner par lâcheté.

J’ai rencontré un bonhomme qui avait fait du pouce longtemps et qui me livra quelques secrets.

À son avis, le seul moyen de voyager heureux, c’est comme dans la vie, de toujours se contenter des occasions qui se présentent, de toujours voir la vie de façon très positive. Il prétendait que si tu es ouvert à la chance, celle-ci ne peut pas faire autrement que de te sourire. Un vrai traitement d’optimisme. Ce n’était pas loin de ma philosophie de vie, car, que je le veuille ou non, j’ai été marqué par la religion et ma foi dans la Divine Providence était inébranlable. Rien ne pouvait m’arriver sans avoir une leçon à en tirer.

C’est bien beau à entendre; mais c’est plus difficile à vivre, surtout sous un soleil

qui te rôtit, l’estomac vide. Un dollar pour survivre, à plus de 2,000 milles de chez toi, sans métier. Mais, j’y croyais. Je survivrais.

La récompense n’a pas tardé. Quelques heures plus tard, un ex-soldat me prit à bord de son auto afin d’avoir quelqu’un à qui parler. Quelque 200 milles plus loin, une femme fut ajoutée à l’équipage. Je devenais un membre inutile. Évidemment, les deux décidèrent de passer la nuit à l’hôtel.

  • Nous te reprendrons demain, si tu n’as pas eu de chance avant.

J’ai profité de l’occasion pour assister à un coucher du soleil dans les Prairies. Ces spectacles sont censés être les plus beaux de la terre. J’en ai effectivement eu plein la vue, mais un coucher de soleil sur le lac St-Jean est aussi un spectacle hallucinant.

Découragé, je me suis blotti près de l’automobile abandonnée devant l’hôtel.

Que veux-tu en voyage, il y a quatre genres de personnes qui t’embarquent : a) pour te rendre service, c’est un voyage silencieux b) pour tenir la conversation c) un gai à la recherche d’un jeune abandonné sur le bord de la route d) un hétéro ou une femme qui ont déjà fait du pouce et qui sont curieux de savoir ce que tu as dans le ventre; car l’auto-stop est une école extrêmement riche.

Si j’avais le cœur gros, j’ai commencé à ressentir l’appel de la route. Aucune vie, aucun moment ne sont comparables à celui qui marque le départ d’un long voyage sur le pouce. C’est la grande aventure. Tout est possible et la plupart du temps, la vie est très agréable. Ça ne donne rien de s’apitoyer sur son sort. Il s’établit une communion entre le pouceux  (auto-stoppeur) et  la  terre  qu’il  foule. D’une part, tu as peur, t’es grugé d’insécurité, et d’autre part, la liberté te pénètre dans les cheveux et les narines comme une naissance ressortie dans chaque pore de ton corps. Quant aux yeux, il est inutile de dire qu’ils font la fête sans avoir le temps de se reposer.

Dès le lendemain, Vancouver est apparu avec le Pacifique. La traversée pour Nanaimo m’a encore plus séduit que les Rocheuses. J’avais tellement aperçu les Rocheuses sur des photos superbes qu’à première vue, elles étaient décevantes. Les Madeleine sont encore plus belles. Elles sont imprévisibles. Elles te précipitent dans le fleuve.

Le soir, j’ai trouvé une auberge de jeunesse et j’ai cherché à me refaire des forces. Même si j’étais pratiquement fauché, les auberges de jeunesse ou du gouvernement m’ont permis de m’en sortir. Je n’avais qu’à voyager de 200 à 300 milles par jour. Ce fut toujours facile, sauf, une fois en Ontario. Un bonhomme m’avait attendu pour m’amener avec lui. Il a passé droit à la route indiquée pour que je débarque et m’a demandé 12 milles plus loin où je devais coucher. J’ai été trop cave pour comprendre l’invitation et j’ai dû marcher les 12 milles pour souper et dormir.

Ce n’était pas que j’étais scrupuleux, mais parfois je n’y pensais même pas. Les scrupuleux manquent d’ouverture d’esprit, ce sont des paranoïaques qui s’imaginent que leur petit zizi est source de tous les maux s’il est partagé. S’ils ouvraient leur braguette, ils découvriraient que ce petit morceau de chair ne peut que nous révéler des plaisirs.

Bien des auberges acceptaient que l’on fasse le ménage comme mode de paiement. Le moins qu’on puisse dire : dans l’Ouest les auberges de jeunesse sont mieux organisées pour les jeunes que dans l’Est. Au Québec, elles coûtent beaucoup plus cher et si tu n’as pas d’argent tu couches dehors. Dans l’Ouest, de nombreuses auberges se font rembourser les repas que nous ne pouvons pas payer par le gouvernement local ou fédéral.

À Vancouver, j’ai volé pour une des très rares fois de ma vie. J’avais des timbres et je n’avais pas de carte postale. Après de longs moments d’hésitation, j’ai décidé d’employer ce seul moyen à ma disposition. Pour quelqu’un qui a le vol en horreur, c’est un événement très important. Pas à cause des sous, mais le danger de prendre ce mauvais pli. C’est une solution peut-être plus dangereuse, mais définitivement plus facile. Un mauvais pli : t’es mal pris, tu voles pour t’en sortir.

À Vancouver, j’ai voulu visiter une amie que j’avais quelquefois rencontrée au Québec. J’étais fier de mon exploit et je voulais lui faire partager. Je fus surpris d’y apprendre son absence et son mari me donna 10 $. J’étais ravi de visiter l’île grâce à ce don.

Je compris plus tard que cette générosité imprévue était seulement un moyen de se débarrasser de moi. À mon retour de l’île, il a prétendu que mon amie était partie pour longtemps, ce qui m’a déplu; car, celui qui m’en reparla, en visite chez ce monsieur, mentait trop mal pour que je ne m’en aperçoive pas. Monsieur n’aimait pas mes cheveux longs… il aurait pu me le dire tout de suite.

La femme avec qui j’avais fait le voyage avec l’ex-soldat habitait Nanaimo. Je me suis rendu prendre un café chez elle. Elle m’indiqua les endroits intéressants à visiter sur l’île, dont un sentier de huit milles dans les bois du Pacifique.

J’ai trouvé cette île si belle qu’elle a renforcé par mille mon goût du voyage. J’étais fasciné par les fleurs de la petite ville. Plus tard, dans le sentier « Rain Forest Trail », j’avais l’impression de m’être trompé de planète. Le vert était si tendre, il avait l’air plus vivant. J’étais fasciné. La beauté de la nature est certainement une des expressions employées par Dieu pour nous le faire découvrir. Dieu est une extase. Une explosion de beauté intérieure, ressentie comme un parfum qui nous habite soudainement, de l’intérieur.

N’ayant plus d’argent, je devais retourner à Vancouver, car, les auberges sur l’île nous nourrissaient très mal. Je n’avais pas assez d’argent pour visiter un parc de fleurs, le Buschard Garden, et j’en étais bien peiné. Fauché, on  ne  peut  pas tout voir.

Je pouçais, près de Victoria, quand un bonhomme chauve m’offrit de faire un bout de chemin. J’ai vite compris son intérêt à le voir essayer de m’effleurer la cuisse du bout des doigts quand il changeait de vitesse.

Il me fit voir de nouveaux paysages, puis m’offrit de visiter le secteur des millionnaires. Il s’arrêtait devant les plus belles maisons et m’expliquait l’originalité de chacune, tout en essayant, en se penchant sur moi, de me tâter la queue. Certain que je ne prendrais pas le mors aux dents, car, je trouvais ça plutôt comique de le voir se donner tout ce mal, il m’entraîna dans une de ces maisons qu’il habitait. Le reste est facile à deviner.

Il vint me reconduire, tout en me donnant les sous nécessaires pour me permettre de visiter le jardin que je souhaitais tant voir. Malheureusement, si le jardin était splendide, à mon avis, il manquait l’aspect sauvage qui m’avait tant plu à Nanaimo.

De retour à Vancouver, j’ai été amené à une plage publique naturiste, derrière l’université, dans les bancs de sable. Ce fut pour moi, toute une révélation. Nus, les rapports avec les gens semblent plus faciles, plus vrais. Tu en viens même à oublier ta nudité et celle des autres. Les cochons sont ceux qui se baladent habillés, les yeux plus grands que la panse pour ne rien manquer.

J’ai longuement joué avec deux petits gars dans un trou d’eau qu’ils avaient aménagé en lac, l’eau de l’océan étant trop froide pour s’y baigner à l’aise. C’était merveilleux! Leurs rires se perdaient dans le chant des vagues. Nous construisions un château. Leur mère nous souriait entre deux regards. Quelle image! Je me rappellerai toujours : en gros plan un magnifique petit bonhomme de onze ans environ, nu, riant comme le Petit Prince à son étoile; la mer à perte de vue qui caquasse pire qu’une vieille pie, le soleil qui te brûle comme un coq sur une brochette, et devant, comme toile de fond, comme si les vagues en surgissaient, une montagne blanche avec ses neiges éternelles. Si Dieu a créé mieux, il l’a gardé pour lui.

J’ai passé tellement de temps dans ce décor, j’en suis reparti brûlé par le soleil (mon vitiligo aujourd’hui), la peau rose comme une truite saumonée, et, marchant comme un pingouin, tant j’avais les cuisses brûlées à l’intérieur. Je m’étais endormi.

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