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Un sourire venu d’enfer 18

novembre 4, 2020

Un sourire venu d’enfer 18

Autobiographie approximative

Page  149 à 155

Après un certain temps, j’ai dû lui (l’Haïtien) indiquer la porte, car tout le monde était d’avis qu’il nous exploitait. J’ai malheureusement mis la décision de tout le monde en pratique, un soir que j’étais saoul, ce qui a laissé un certain froid.

Quand je suis saoul, autant je peux être un bon gars à jeun, autant je deviens baveux et fou quand je bois trop. C’était d’autant plus malheureux que j’ai toujours eu beaucoup d’attrait pour les étrangers. Une fascination qui m’aide à mieux vivre mon côté primitif de la vie. Je trouvais que le rire de cet Haïtien valait bien les inconvénients, mais ce n’était pas l’avis des autres. J’ai obéi à la majorité.

Je me sentais d’autant plus solidaire avec les Noirs que jeune j’ai souffert de la couleur de ma peau. J’étais trop brun pour un blanc. Je ne vivais pas toutes les injustices qu’ils connaissent, c’est impossible; mais, je vivais en complète solidarité avec eux. Mon vitiligo fit de moi un  nègre blanc d’Amérique.

Comment demeurer indifférent à l’assassinat des noirs américains par le FBI ou la CIA? Comment ne pas avoir honte d’être blanc devant le racisme qui gruge notre histoire, soit à cause des noirs ou des Indiens?

À cause de mon amour des petits gars, du rêve d’en connaître de toutes les races et de toutes les nationalités, de comparer leur corps, je ne pouvais que me révolter encore un peu plus devant le racisme. Comment peut-on aujourd’hui avec toute notre science être assez stupide pour être raciste, pour croire dans la supériorité du blanc chrétien qui doit aimer jusqu’à ses ennemis? De belles paroles, mais les personnes religieuses sont toujours fanatiques quand il s’agit de la tradition. On croit avoir raison et ainsi pouvoir condamner tous ceux qui pensent autrement.

Ma participation à la vie politique était restreinte. Je ne voulais plus rien savoir. J’écrivais parce que je me faisais pousser dans le dos. La démarche du

« péquiste bon curé » qui voulait que j’abandonne mes amours illicites et les outrages de Jean étaient les claques de trop.

Se faire combattre par les libéraux, c’est compréhensif; mais que des amis en fassent autant, c’était impardonnable. J’étais à cent pourcent sincère dans ma démarche révolutionnaire quoique je me sentais indigne de la faire parce que je suis amourajeux (pédéraste). J’avais peur que ce serve de cette faille pour discréditer la cause.

Je comprenais que pour beaucoup être amourajeux, boys lover ou pédéraste, c’était inacceptable, une maladie mentale affreuse.

Je ne respectais pas leurs lois; mais je savais, sans pouvoir me tromper puisque je le vivais,  qu’on mentait quand on en parlait dans les média ou les livres , car rien ne se passe dans ces relations amoureuses comme on le prétend. Il n’y a jamais de violence, mais énormément de plaisirs partagés.

C’était selon notre sainte société un vice impardonnable. Tu ne peux pas prêcher la libération, en acceptant d’être aussi quotidiennement offensé, dénigré. Pour eux, j’étais seulement un vieux christ de cochon.  Ce qui est vrai. Mais, pour moi, c’était une société d’arriérés qui se fait emplir par ses curés.

T’as bien beau être masochiste; mais pas au point de mettre ta vie en danger imaginairement ou autrement, pour aider une région et te faire insulter parce que tu n’as pas la bonne orientation sexuelle. C’est de la folie.

Quand ceux pour et avec qui tu combats décident de te prouver que tu n’es qu’un malade mental, l’enthousiasme s’envole assez vite.

Avec le temps, j’en suis venu à me demander si cela ne faisait pas aussi partie des plans des libéraux. C’était d’une certaine manière la prolongation de la politique de la Tribune de Sherbrooke : me forcer sur tous les plans à aller trop loin afin de perdre toute forme de crédibilité. C’était du moins ce que j’imaginais.

J’étais bien d’accord avec un ami qui disait qu’en quittant la Tribune, j’avais en quelque sorte été désarmé. Le journal était ma seule force, mon arme de révolution. À son avis, ma plume contre les fédérastes était plus importante que dix mitrailleuses. Maintenant, je n’avais rien ou presque.

Je n’avais plus d’instrument pour sensibiliser les gens, sinon un mensuel, dont le champ de rayonnement était très restreint et la publication de livres encore plus restreinte. Or, la publication des livres, ça prend tellement de temps que t’arrives en retard la plupart du temps dans l’actualité.

28

L’R du Q

Les libéraux avaient réussi à me bâillonner. La tâche s’est poursuivie avec L’R du Q, le journal étudiant du CÉGEP de Sherbrooke.

J’avais écrit de nombreux articles pour ce journal, dont un sur  la  liberté sexuelle.

Un soir, Jean me fit part de son intention d’y joindre un article dans le mien sur la liberté de presse, la liberté en général. Il devait rencontrer la jeune fille qui avait pondu l’article afin d’avoir sa permission de le fondre au mien.

Quant à moi, je n’avais pas d’objection pourvu que tout le monde soit d’accord. J’admirais le courage et l’ouverture d’esprit de cette jeune fille que je ne connaissais pas. Une seule fois, j’ai songé à demander à Jean ce qu’il était advenu de ses démarches; mais la mise en page ne me regardait pas.

Jean était le directeur et nous vivions à couteaux tirés à cause de ma pédérastie. J’ai opté pour lui faire confiance et ne pas lui donner l’impression de vouloir tout régenter dans le journal.

Nous avons travaillé à sa préparation, dans les termes convenus. J’écrivais et Jean s’occupait du montage et de la mise en page.

Ma vie amoureuse était quelque peu en souffrance. Des parents avaient porté plainte contre ma présence à la piscine. Les dirigeants m’ont demandé de ne plus y retourner pour ne pas impliquer la police.

Un soir, alors que je jouais à l’extérieur avec Lynn, un bonhomme s’est informé du chemin à suivre pour se rendre à la piscine. Nous sommes embarqués tous les deux, pour lui montrer. Le gars ne semblait pas savoir ce qu’il cherchait et voulait plutôt connaître mes goûts. J’ai poussé la curiosité quant à mon interlocuteur jusqu’à ce que celui-ci m’avoue être un inspecteur de la Sûreté du Québec. On n’avait rien pour justifier une arrestation. Un hasard? Un avertissement ?

Je n’ai pas eu besoin de dessin pour comprendre : si je voulais rester en liberté, je devrais être un bon bout de temps, sans revoir Lynn ou courir les piscines. C’est ce que je fis sans que Lynn sache les vrais motifs de cette absence. Si j’étais assez fou pour accepter de mettre ma vie en danger par amour pour la région, il en était de même pour la pédérastie; car, je ne croyais pas qu’être en amour avec un petit gars puisse lui être le moindrement préjudiciable, à moins de le forcer.

Quelle folie que d’être prêt à endurer le martyre pour proclamer ce que je crois être la VÉRITÉ! Une folie qui m’a hanté toute ma vie et qui est plus vivante que jamais puisque depuis j’ai appris l’histoire de la répression sexuelle, un moyen de dominer chaque individu. Je ne m’en veux plus, je me suis accepté comme je suis, mais j’en veux au système de nous mentir et de nous écraser.

Ma guerre avec Jean dégénéra. J’étais bien d’accord à admettre qu’il n’est pas habituel, pour ne pas dire exceptionnel ou anormal, comme disent les hétéros, d’être pédéraste alors que la société essaie de nous confiner dans la vie de couple. Cependant, pourquoi y aurait-il qu’une façon de vivre sa sexualité ?

Je   ne   croyais   pas   que cet   interdit   reposait   sur   des   motifs   intelligents.        

Cependant, j’étais bien conscient qu’il peut y avoir des gens dangereux pour les jeunes. Je les classais surtout comme psychopathes plutôt que pédérastes. Quel danger peut-on représenter quand on tombe en amour avec un petit gars? Pourquoi parler de vice ? Quand tu aimes quelqu’un, tu travailles à son épanouissement. Est-on la seule société à défendre les rapports intergénérationnels? Y a-t-il des endroits sur terre où ces relations ne sont pas vues comme mauvaises? Pourquoi ces peuples seraient-ils plus stupides que nous qui condamnons tout ce qui n’est pas conforme aux règles établies? La rage des scrupuleux mène au suicide de leurs victimes. Moi, je fais jouir, le système conduit les jeunes trop émancipés au suicide.

J’ai décidé de déménager. Puisque je m’entendais bien mieux avec Pierre, nous avons pris un appartement ensemble.

Tout le temps était consacré à la rédaction d’un nouveau livre sur les Vauxcouleurs (Il était une fois les Cantons de l’Est, deuxième version) puisque la première formule avait été refusée. Cela était d’autant plus intéressant que Pierre avait décidé d’emménager avec une fille à la fois belle et  intelligente.

Ce n’est pas parce que je suis pédéraste que je dois être complètement indifférent aux femmes. Elles ont aussi beaucoup à nous apporter sur le plan de la création. Et, j’aime le féminin. Étonnant, mais vrai.

Le projet ne pouvait que réussir : nous venions de vivre, Pierre et moi, une expérience enrichissante : la campagne rhinocéros à Sherbrooke.

Durant cette campagne, je n’ai pas vu Lynn très souvent. Ces parents voyaient nos rapports d’un très mauvais œil à cause de notre écart d’âge et l’étrangeté pour eux de notre relation.

Plutôt que d’essayer de comprendre, de chercher le bien de leur jeune, les parents s’insurgent et condamnent. Cette façon de réagir rend toute forme de dialogue impossible. Le jeune est rabroué, sans qu’il ait son mot à dire sur sa propre vie.

Ses parents le savaient et n’approuvaient pas.

Cela ne pouvait pas faire autrement, car, j’avais été trop idiot pour refuser à Lynn, de lui donner ce qui lui tenait le plus à cœur : une marque de notre amitié. Je suis allé lui choisir, ce qu’il souhaitait depuis fort longtemps : une alliance. Celle-ci était une forme d’engagement entre nous, comme des fiançailles. Ce n’était pas mon idée, mais la manière de Lynn de vivre les liens qui nous unissaient.

Si les parents avaient moins peur, ils pourraient essayer de comprendre leur garçon.

J’imagine la réaction de ses parents quand ils ont connu la provenance de ce cadeau. Lynn était tout peiné et comprenait très mal la  réaction  de  ses  parents. Pourquoi la différence d’âge entre nous avait-elle autant d’importance? Puisque je demeurais beaucoup plus loin, ces visites se faisaient plus rares.

Lynn, c’était un enfant extraordinaire. Une imagination incroyable et une curiosité très poussée. Il vivait comme il ressentait les choses. À ce point de vue, il était

mon miroir.  Une  authenticité  que  je  n’ai  jamais  voulu  perdre.  La  spontanéité aussi. La valeur du moment présent. Cette capacité de l’enfant à vivre selon son cœur.

Lynn m’introduisait à une nouvelle recherche à savoir comment se comporteraient à moyen terme un enfant et un adulte, si ce dernier le considérait comme son égal. Il était le premier enfant à aiguiser ma curiosité quant à l’éducation, et ce, au moment, où l’on me fit connaître le livre : Les enfants de Summerhill. Lynn, c’était le ciel. Un demain à créer. Une ouverture d’esprit. L’image du monde que nous avons à créer…

J’avais terminé les articles pour L’R du Q et obtenu en récompense, de publier une annonce de L’Homo-vicièr, mon premier roman, quand il fut décidé que je serai candidat rhinocéros dans Sherbrooke.

Cette décision a été prise après quelques joints au cours d’une soirée fort agréable. Le lendemain, je faisais de nouveaux textes pour L’R du Q.

Je me suis immédiatement présenté chez le président des élections, où j’ai versé mon dépôt, soit 200 $. Je les avais économisés avec mon assurance-chômage.

Notre premier pépin fut la saisie de L’R du Q. Cette manigance a été réussie, grâce à un groupe d’amis de la jeune fille qui contresignait l’article sur la liberté sexuelle. Elle prétendait que cette situation l’attaquait dans sa réputation. Ces imbéciles avaient déjà consulté un avocat comme, si informé de la situation, il n’était pas possible de trouver une solution.

Ces faux révolutionnaires ont réussi à faire saisir le journal par l’administration du cégep. Les étudiants du cégep ont été appelés à trancher le débat en assemblée. Je reconnaissais parfaitement que cet article publié, sans le consentement de la jeune fille, si c’était le cas, était une grossière erreur; mais par solidarité pour Jean, j’ai défendu notre position sans expliquer que je n’avais rien à faire dans cette transaction. Du début à la fin, Jean était responsable de cette situation et des négociations. Nous avait-il induits en erreur ?

Il prétendait que cette fille avait accepté que l’on distribue quand même le journal (puisqu’il était déjà imprimé, mais son nom devait être biffé auparavant). Ça me semblait un compromis très raisonnable quand on m’en fit part. En réalité, je n’ai jamais transigé ni de près ni de loin ce problème, car toute l’autorité avait été remise aux mains de Jean. Il m’informait de la situation. Je lui faisais simplement confiance.

Cela a permis à certains de m’accuser de manquer d’impartialité et d’honnêteté comme journaliste. Certains m’ont même accusé de me servir du journal pour des raisons personnelles alors que je n’avais rien à dire dans le montage et la distribution. Mon seul engagement fut de donner mes articles à Pierre et Jean

qui étaient responsables de L’R du Q. J’étais juste un étudiant prolifique parce que je venais de quitter la Tribune. J’avais de l’expérience en journalisme.

À la suite de multiples interventions, nous nous sommes tous mis d’accord à distribuer quand même le journal, en ayant soin de rayer auparavant la signature de la jeune fille, car malheureusement, le journal était déjà imprimé. L’administration du cégep a eu vent de l’entente qui était sur le point d’intervenir. Elle exigea que les copies soient brûlées. C’est devant des cendres que nous nous sommes retrouvés. Quel respect des étudiants. La censure ne venait plus de la jeune fille, mais de l’administration du cégep.

Ce geste antidémocratique nous a finalement servi puisque nous nous en sommes plaints dans tous les journaux du Québec. Nous avons organisé une contre-offensive, soit un concours pour désigner le média régional le plus pourri au Québec. La Tribune de Sherbrooke a remporté le prix haut la main.

Le plus  comique,  le comité d’administration basait sa décision sur  le désir de  la Tribune de nous poursuivre en justice si le journal était publié

À la parution de Il était une fois dans les Cantons de l’Est ou Lettres ouvertes aux gens de par chez nous, le journal n’a jamais osé maintenir ses menaces, sachant très bien que je pouvais prouver tout ce que j’avançais.

Le directeur du cégep s’est contenté de me dire : la liberté, c’est bien beau; mais on ne peut pas tout dire ». La saisie du journal tenait d’une raison politique évidente. L’administration du cégep a confirmé s’y être opposée du fait qu’il n’était pas question du parti libéral alors qu’on parlait des Rhinocéros.

Elle visait aussi les articles touchant la liberté sexuelle, le droit à la masturbation et l’hypocrisie innée du christianisme à partir des textes du psychiatre W. Reich, Révolution sexuelle.

La saisie de ce journal a aussi permis à un péquiste de m’attaquer en tant que pédéraste (amourajeux) dans la Tribune. Selon lui, j’exigeais que tout le monde partage mes options sexuelles ce qui n’a jamais été vrai.

Comme moyen de me dépéquiser, tu ne peux pas trouver mieux ! Un autre bonhomme publia même une conversation privée. À qui se fier?

Quand t’arrives à griller un peu le cul du système, il met tous les moyens à sa disposition pour te détruire le plus irréversiblement possible.

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