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Un sourire en enfer 38

octobre 30, 2020

Autobiographie approximative

Page 95 à 103

L’homme est un animal qui a dû apprendre à se dominer lui-même avant d’apprendre qu’il est mal de dominer un troupeau de femmes et d’enfants comme certains autres animaux. Il a dû apprendre à contrôler son rut. C’est devenu une différence essentielle entre l’homme et les autres animaux.

Avec le temps pour arriver à se contrôler, les interdits prirent des proportions maladives, grâce à la confession et après grâce à la médecine. On a inventé l’Inquisition.

En fait, le contrôle émotif humain n’a pas évolué contrairement à son côté intellectuel.

La Grèce antique était plus intelligente dans son ignorance. Elle avait compris qu’un jeune ne pouvait pas procréer, d’où n’y avait-il pas de danger de faire l’amour avec lui. Elle respectait aussi le besoin des jeunes à apprendre par imitation des hommes adultes. L’adulte était un modèle de vie pour son jeune amant. Sur certains plans, cette explication n’était pas tellement plus intelligente, car, on croyait que les veines du garçon étaient trop petites pour permettre le passage  du  sperme.  Tomber  en  amour,  être  aimé,  permettait cependant   au jeune de se hisser dans la hiérarchie, grâce à l’enseignement de son aimé. Plus un jeune était beau, plus il avait de valeur.

La pédérastie jouait un rôle de politique et d’éducation. La pédérastie reposait sur la beauté du jeune homme. Elle n’était pas gaie, car quand le jeune homme commençait à avoir de la barbe, il devait cesser ses relations avec son dady.

Comment mieux connaître la pédérastie, sinon en la vivant et en acceptant d’en parler. J’intuitionnais le rôle économique de la sexualité ainsi que sa valeur politique. Il suffit de vivre la sexualité en dehors des normes fixées pour ne pas pouvoir être candidat en politique, surtout aux États-Unis, par exemple. C’est plus important d’être « politiquement correct » que d’être intelligent.  Le système a peur des gens qui ont une nature forte.

La sexualité est devenue une obsession planétaire à cause des religions et leur fausse interprétation du phénomène sexuel. L’Islam a une approche totalement maladive en croyant que la chasteté est plus importante que la vie. Elle est criminelle lorsqu’elle préconise de tuer les gais.

Je n’étais pas qu’un amourajeux, mais un fiévreux défenseur des intérêts de la population comme journaliste engagé.

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Mon engagement politique

C’était plus important pour moi qu’il y ait moins de chômage que ma propre augmentation de salaire. Mon engagement, c’était ma façon de dire que j’aimais les fils de la patrie. C’était, comme Reich le dit, un moyen de me déculpabiliser, car je ne m’acceptais pas. La culpabilisation à cause de la différence sexuelle que tu vies est le meilleur ingrédient pour la dévalorisation totale.

Les Vauxcouleurs (Estrie), c’était quand même un petit gars, tout comme le Québec. Un peuple enfant. J’étais fiévreusement un défenseur des intérêts de la population. C’était ma manière de me prouver que j’aimais quelqu’un d’autre que moi. C’était une raison de vivre. Le sexe c’était la partie poétique de ma vie.

Pour les libéraux, j’étais le felquiste à détruire, le grand responsable de toutes les contestations dans la région. Le bouc émissaire parfait.

Pour se débarrasser de mes pressions, les libéraux agissaient à deux niveaux : me faire connaître sous une image beaucoup plus radicale que la réalité et gruger mon appui auprès de ceux qui les contestaient, en semant le doute quant à mes allégations réelles. Il restait mon talon d’Achille pour me forcer à me taire : la pédérastie.

Pédéraste, personne ne peut t’aimer sans passer pour un pareil. Tu es ostracisé. T’es le parfait rejet. Tu es victime de la paranoïa parentale face à la sexualité. Les adultes n’arrivent pas à comprendre que bien des jeunes adorent aussi le sexe, ce qui est bien plus normal que d’y voir que du mal. Le mal dans la sexualité est une lubie d’adultes.

Le système et la religion maintiennent un état permanent de peur en prétextant protéger les jeunes contre les gros méchants loups. Cette approche permet de garder un caractère fautif à la sexualité. Quelle différence y a-t-il entre la relation d’un gars de 60 ans avec un autre de 79 et celle d’un gars de 25 et un jeune de 13 ans? C’est la même chose, la même attraction mutuelle, mais on l’interdit en prétendant que le jeune est encore trop niaiseux pour avoir des relations sexuelles, qu’il doit nécessairement avoir été entraîné par le plus vieux, comme si les jeunes ne se sentaient pas. Freud a démontré que la sexualité existe même chez les poupons. On se fiche de ce que les jeunes vivent, on décide pour eux. Pour qu’un tel jugement existe sur la sexualité, on doit obligatoirement d’abord la voir comme quelque chose de mal, de sale, car sinon pourquoi l’interdire ?

J’étais convaincu que le système finirait un jour par m’attaquer en se servant de cette réalité. La première tentative est survenue quand j’étais animateur chez les gars de la construction. J’intéressais probablement plus le système pour les

craintes que je sois un deuxième Paul Rose que pour mes aventures sexuelles qui ne traumatisaient personne. C’est du moins ainsi que je l’ai vécu.

D’un autre côté, les nouveaux contestataires sentaient parfois le besoin de m’éprouver pour avoir la preuve que je ne faisais pas que parler.

C’est ainsi qu’à une manifestation à Montréal, on m’amena devant l’escouade antiémeute. Mon compagnon me tenait par la main quand les flics fonçaient sur nous. Il m’a demandé de demeurer ainsi jusqu’à ce qu’il me dise de le lâcher. Les bœufs fonçaient la tête vide ne songeant qu’à blesser comme une bande de malades. D’ailleurs, j’ai toujours cru que le gouvernement engage des malades mentaux pour faire partie de l’escouade anti-émeute.

Je restais là avec mon compagnon me demandant ce qu’il voulait prouver. Ce n’est qu’à quelques pieds de distance qu’il m’a crié de courir. Nous avons couru la crotte au cul pour retrouver les autres manifestants. Nous avons un certain temps réussi à tenir tête aux policiers en nous barricadant. Comme les autres, pour me défendre, j’ai commencé à tirer des pierres et arracher du bois ici et là pour le brûler. L’escouade était plus forte. Nous avons couru pour nous réfugier dans le métro. Ce fut très impressionnant d’entendre les matraques s’écraser sur les portes du métro.

Quand je suis descendu à Sherbrooke, je suis embarqué avec un autre groupe qui manifesta dès le début une série de doutes à mon sujet.

Plus tard, sur l’autoroute, il a fallu attendre de nombreuses minutes alors que l’on me disait que c’est long d’espérer la police quand elle ne vient pas. Je n’y avais pas pensé. On agissait comme si on avait décidé de me liquider. Question de voir ce que j’avais dans le ventre. Puis, sans raison, on a repris le chemin. Dorénavant, on se comportait comme si j’avais été un héros et la joie était à son comble. Il ne faudrait pas croire qu’il s’agissait là d’épreuves felquistes, ces jeunes n’en faisaient probablement pas partie, mais ils agissaient comme si.

La révolte contre l’abus d’autorité est une preuve de santé mentale quand tu es jeune. Les jeunes voient souvent la révolution comme un jeu, c’est peut-être le meilleur moyen pour ne pas trop se prendre au sérieux.

Le seul problème avec les révolutions, c’est qu’on y introduit la violence. Donc, on fait automatiquement le jeu des institutions qui nous dominent.

Certaines fois, je ne mesurais pas la force du danger.

C’est ainsi que je classerais ma participation en 1971 à une manifestation contre les mesures de guerre à l’occasion de la visite du premier ministre du Canada d’alors, M. John Turner.

C’était en pleine atmosphère de crise, Turner se rendait au manège militaire de Sherbrooke. Des services de sécurité, comme il n’y en avait jamais eu à Sherbrooke, étaient de service. Il y avait, en plus de la police, des soldats placés sur les immeubles et d’autres à l’intérieur du manège prêt à intervenir.

J’avais bu et quand je buvais, j’étais particulièrement baveux. C’est le principal défaut dont j’aimerais me débarrasser si j’avais à revivre mon existence. Une relique de ma honte d’être inférieur à cause de ma réalité sexuelle.

Nous étions peu de manifestants à circuler face au manège.

Quand les invités, tout ce beau monde en robes longues et en habits, se mirent à arriver, certains commencèrent à nous cribler de sobriquets. Fort de ma bravoure passagère, j’ai commencé à passer un drapeau du Québec dans la figure des invités quand ils se frayaient un passage entre les manifestants. J’ai sévèrement été averti par un policier de ne pas recommencer.

Le temps fit couver mon vin. J’étais presque dessaoulé et à l’avant des manifestants quand le député provincial Jean-Paul Pépin se présenta tout aussi ébréché que moi en gueulant : « Où il est Simoneau?»

À la demande des manifestants qui ne voulaient pas de problème, j’ai reculé pour le laisser passer sans qu’il me voie. Pépin insulté de ne pas avoir de réponse fonça dans les manifestants. J’ai alors avancé pour y faire face, je n’étais quand même pas pour me mettre à courir. Il était furieux. Quand j’ai été devant lui, je lui ai demandé ce qu’il faisait pour les gens des Vauxcouleurs, plus particulièrement pour les gens de la construction. Pépin était incapable de répondre. Il ne faisait rien. Il devint rouge de colère et essaya de me sauter dessus. Des policiers s’interposèrent et le traînèrent à l’intérieur du manège. Ceux qui n’avaient pas été là depuis le début comme témoins de la scène commencèrent à prétendre que j’étais un agent provocateur. Pour les libéraux, c’était une méthode pour me discréditer auprès des miens en les amenant à douter de ma bonne foi. Une telle expérience s’est produite plusieurs fois, en 1972.

Par exemple, le premier ministre Robert Bourassa se rendait à l’école St- François redorer le blason des libéraux, car les événements et mes articles dans la Tribune avaient terni un peu sa réputation dans la région.

Les boss de la Tribune refusaient que j’y participe comme journaliste, craignant que j’aie une prise de bec avec Bourassa. Je ne me laissais pas passer  n’importe quel sapin dans une conférence de presse. Maurice Bellemare, un unioniste, prétendait que j’étais le seul journaliste à l’avoir eu à deux reprises. On préférait ainsi m’écarter. Jusqu’alors, Bourassa, connaissant sans doute le code d’éthique journalistique, se permettait toujours de me prendre à témoin de ses déclarations. Ne pouvant pas répondre, car ce n’était pas mon rôle, tout le monde se faisait charrier. Pour éliminer la possibilité que cela se reproduise, j’avais décidé de réagir quand une affirmation ne me semblait pas vraie. J’étoffais ainsi mes dossiers pour être certain de ce que j’écrivais.

J’ai dû me retrouver parmi les manifestants pour l’approcher. La veille, j’avais organisé une grève temporaire de la faim avec un ami, Jim Corcoran, pour souligner que Bourassa venait encore nous mentir.

Pour sa part, le Parti québécois a posé 10 questions en conférence de presse afin d’avoir les réponses de Bourassa au cours de sa visite.

Devant l’école, nous avons négocié avec les organisateurs de la tenue de la conférence de presse. Bourassa serait en compagnie d’un journaliste du Devoir pour faire connaître les résultats à la population. Tout allait pour le mieux, une station de radio sur deux à Sherbrooke, faisait connaître la situation. La conférence de presse fut acceptée selon nos recommandations.

Un policier vint me dire que le ministre Georges Vaillancourt que je connaissais très bien me demandait à l’intérieur. J’ai hésité et j’y suis allé, même si certains me criaient de me méfier. « C’est un piège!»

J’hésitais encore devant les portes quand l’escorte de Bourassa se mit en marche. Bourassa m’a pris par le bras, me demandant de lui poser mes questions. Les premières ont porté sur la fermeture éventuelle de la Domtar. Il était évident qu’à chaque négociation syndicale ou à chaque changement de gouvernement la Domtar faisait l’objet du même chantage à l’effet de devoir obtenir de nouvelles subventions ou fermer ses portes. Si nous étions d’accord à ce que des sous soient investis pour sauver les emplois, nous trouvions que le gouvernement devait alors garantir que ces versements se feraient sous forme d’actions et demeureraient une propriété du Québec.

Quand vint le tour de la Transquébécoise, M. Bourassa essayait de mentir; les flics commençaient à me frapper ainsi que certains autres manifestants libéraux. Je me suis emporté et j’ai engueulé M. Bourassa en le traitant de maudit menteur.

Comment pouvait-on savoir que Georges Vaillancourt me connaissait depuis très longtemps? Ainsi, certains prétendirent que j’étais de mèche avec les libéraux. C’était mal me connaître puisque j’avais de plus en plus dédain des libéraux. Le soir, en rencontrant le ministre des Finances, Raymond Garneau, que je connaissais aussi, j’ai refusé de lui serrer la main. M. Garneau s’est contenté de me dire « je t’ai déjà connu beaucoup plus « courtois.»

J’avais quand même été président des jeunes libéraux de Limoilou alors que le PQ n’existait pas encore.

Comme journaliste, je me devais à la Vérité et je faisais fanatiquement mon travail. Si l’exploitation se poursuivait, c’est que personne n’osait faire connaître la vérité.

Je n’avais pas décidé pour les cultivateurs qui, dans leur manifestation pour protester contre la politique fédérale du lait, paradaient avec des têtes de cochons pour symboliser les ministres fédéraux.

J’avais eu l’idée de cette manifestation, c’est vrai; ainsi que d’y inviter tous les candidats aux élections, mais l’originalité de l’action dépendait uniquement des cultivateurs. Les candidats s’entendaient pour dire le contraire et Adrien Lambert me dénonça aux Communes, à Ottawa. Ce fut la première fois où j’ai commencé à avoir la réputation d’être un petit révolutionnaire. Pour moi, la seule importance était de faire connaître l’injustice du programme fédéral des quotas. J’étais fier quand les représentants de l’UCC, devenu plus tard l’UPA, racontaient qu’aux négociations à Ottawa, il suffisait de dire que je m’en mêlerais pour que de nouvelles propositions soient à nouveau mises de l’avant.

C’était facile de dénoncer mon fanatisme, mais j’avais raison d’être intransigeant. Plus de 1,500 cultivateurs ont dû quitter leur ferme pour aller grossir les rangs des assistés sociaux à Montréal. J’étais sensible aux douleurs des familles de cultivateurs ruinés alors que nos députés ne songeaient qu’au bien du parti libéral. Il en était ainsi dans presque tous les domaines. Nous n’avions pas un poids politique suffisant pour être écouté.

Évidemment, je n’étais pas connu de tout le monde. C’était même une petite minorité. Pourtant j’étais déjà à ce que l’on me disait le pire ennemi de Bourassa dans la région. Bourassa n’a jamais su que souvent je me suis demandé si je ne devais pas lui foutre la paix, croyant qu’il était moche à cause des minables et des requins qui l’entouraient. Je faisais probablement plus de distinction entre Robert Bourassa, premier ministre et l’homme, qu’il ne l’a jamais supposé.

Dans la région, j’étais devenu la hantise de Bourassa non seulement parce que je le contestais ouvertement, mais aussi parce que j’appuyais tous les projets susceptibles d’améliorer la situation des Vauxcouleurs.

Pour franciser Sherbrooke et l’amener à prendre place dans l’économie touristique, j’ai écrit de nombreux articles dans la Tribune démontrant le rôle privilégié du Centre des Études des Littératures d’Expression française de l’université de Sherbrooke, sous la direction de M. Antoine Naaman. En plus de l’aspect littéraire, je préconisais la création d’un pavillon de la francophonie, relié à Terre des Hommes. Ainsi, Sherbrooke aurait pu présenter aux touristes une activité culturelle unique en Amérique du Nord. Ottawa refusait des subventions à Sherbrooke et fournissait des fonds à un organisme compétitif en France. Quant au Québec, Bourassa a refusé de donner suite au dossier sous prétexte que le Centre avait eu recours à son pire ennemi pour mousser sa publicité, oubliant que la Tribune m’avait laissé le dossier simplement parce que je m’y connaissais mieux en étant moi-même impliqué dans la littérature. Si ce n’était pas un cas de patronage, comment qualifier cette attitude?

Les libéraux pour se débarrasser de mes pressions agissaient à deux niveaux : me faire connaître sous une image plus radicale que la réalité et gruger mon appui auprès de ceux qui les contestaient, en semant le doute quant à mes allégeances réelles.

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