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Un sourire venu d’enfer 12

octobre 29, 2020

Un sourire venu d’enfer 12

Autobiographie approximative

Page 85 à 95

Ma perception morale se raffina à travers la vie.

Le rôle du plaisir dans ses rapports était évident, autant pour lui que pour moi, mais je savais aussi que cela ne pouvait pas durer, tourner en grand amour, ce que je cherchais. La très grande majorité du temps, je partageais ce plaisir avec des garçons que je revoyais que très rarement ou pas du tout. Le plaisir pour le plaisir. Le plaisir espacé d’une éternité entre chaque aventure. Mais, ça nourrissait ma mémoire et le désir de recommencer. Je trouvais plus normal de rechercher le plaisir que le sacrifice.

Pour moi, l’amourajoie était la porte d’entrée de l’amour. Il y avait déjà une différence entre mettre la main sur le pénis d’un jeune qui me plaît, par curiosité, par hommage à sa beauté, et vivre à ses côtés et l’aimer. Bizarrement, le sexe prend moins de place dans les relations quand elles se prolongent. La tendresse, la complicité, le partage du bonheur, le plaisir d’être ensemble prennent tout l’espace. Les joies ne se meublent pas seulement par une aventure sexuelle génitale momentanée, mais exigent sa répétition à travers l’amitié naissante.

Je commençais à faire de sérieuses différences entre le message du Christ et le fanatisme chrétien des mangeuses de balustrades qui se centrait sur l’unique interdit du sexe. Une vraie maladie. C’était tellement fou qu’on ne pouvait même pas  se  questionner  sur  sa  propre  sexualité  sans  passer  pour  un  cochon.

Mes pires craintes étaient de deux ordres : soit que le système m’offre de pouvoir

vivre ses relations sans problème à condition de lui obéir pour me fermer la gueule sur le plan politique ou éclabousser mes amis si je me faisais arrêter sans les avoir déjà avertis de ma pédérastie. Par contre, tu ne peux pas vivre le contraire de ce que tu es, seulement parce qu’une société est assez bornée pour condamner toutes formes de relations sexuelles en dehors du mariage.

Cette année fut assez heureuse. J’étais politiquement devenu fanatique, mais il me semblait que la police ne s’intéressait plus à nous. Petit à petit, les choses revenaient au naturel et la poésie reprenait le dessus.

Je pouvais rire de plus en plus de ma peur de mettre le FLQ dans le trouble à cause de mon ignorance. Je comprendrai en lisant Pour en finir avec octobre, de Francis Simard, que mes craintes étaient injustifiées quoique la mort de Mario Bachand semblait au contraire me donner raison, mais on a vite dit que cet assassinat était le fruit des services secrets canadiens. Un révolutionnaire qui travaille pour Power Corp. ça semble un peu louche.  Je n’avais aucune raison de questionner ma légitimité felquiste puisque j’y croyais sincèrement et si par malheur j’avais dit quelque chose que je ne devrais pas dire, cela n’aurait été que le fruit de mon ignorance. Comme Simard, je me battais pour le peuple. Quant à ma pédérastie, certains la vérifièrent et ma vie a prouvé que ce n’était pas une invention. Si j’avais été du côté du pouvoir, je n’aurais pas fait quatre fois de la prison. 

Grâce à Gaétan Dostie, j’ai fait connaissance avec une foule d’écrivains québécois qui me fascinaient toujours plus les uns que les autres. Je me sentais bien inférieur, mais j’espérais qu’un jour ma plume soit assez riche pour donner quelque chose.

J’attachais beaucoup d’importance à ce que j’écrivais. Je voulais m’en servir si un jour je devenais assez populaire pour indiquer aux jeunes que le talent est quelque chose qui se cultive. Il ne faut pas espérer, dès le premier vers, être plus grand que Rimbaud. Les génies sont extrêmement rares.

Sur un plan régional, j’étais déjà devenu un poète écouté et respecté, ce qui était déjà beaucoup.

Un soir, à Sherbrooke, alors que je n’y croyais plus, ma poésie triompha.

Après avoir chanté dans mes poèmes mes amours avec Coco, je vis en descendant de scène un petit gars, assis seul, qui semblait me sourire. J’ai été immédiatement saisi par sa beauté, l’élément fondamental de l’amourajoie, sa raison d’exister. L’amourajoie est semblable à l’extase et le besoin de toucher que l’on ressent devant une œuvre d’art.

Je repoussai l’idée d’être aussi chanceux et que ces sourires me soient vraiment adressés, mais j’étais seul. Fort de ma présomption, je me suis assis loin de lui, mais dans la même rangée pour mieux pouvoir l’observer. Je le voyais qui se grattait sans cesse entre les deux jambes, me regardant de temps en temps, question de voir comment je réagissais. Était-ce une invitation? J’ai décidé de m’asseoir dans le banc voisin. Je vis la belle montagne qui se formait sur son pantalon. Les petits sauts dans le pantalon. Une montagne déchirée par les rayons de la scène pendant que la musique accompagnait la poésie. Lucien Francoeur était meilleur que jamais.

C’est avec un peu d’hésitation que mes doigts se mirent à masser ce sanctuaire de pulsations. J’étais le plus heureux des hommes. Vauxcouleurs, la prude, m’offrait un de ses enfants. .Évidemment, plusieurs se scandalisent quand on raconte ainsi comment un petit gars peut traduire dans son corps un appel que même bien des adultes ont oublié. Ce n’est pourtant que la stricte vérité. Mais, pour pouvoir parler de sévices sexuels et d’attentat à la pudeur, de l’incitation des adultes, il ne faut jamais  croire  qu’un  petit  gars puisse  être d’accord  et  s’offrir  ainsi   au   plaisir. C’est non seulement la stricte vérité, mais c’est facile à comprendre : tous les jeunes ne meurent pas de peur en entendant le mot péché depuis leur enfance et ils aiment le plaisir. C’est normal plus normal que de haïr tout ce qui correspond au corps.

Dans notre société, le sexe est devenu quelque chose de terriblement important parce qu’on essaie de l’interdire aux jeunes qui le découvrent. Dans mon temps, on ne voulait même pas en parler. Les adultes font abstraction totale de leur propre expérience pour mieux se faire croire qu’être innocent, c’est être chaste. On ne différencie plus ce qu’être pur, chaste ou bonasse.

Je n’ai jamais été et je ne serai jamais seul à ne pas comprendre une telle folie de la part de la société. Probablement, parce qu’on est trop borné pour constater qu’il n’y a pas que la procréation dans la sexualité. Pourquoi un pénis est-il plus important qu’un autre organe de notre corps, sinon parce qu’on est ignorant et qu’on s’est fait laver le cerveau?

J’étais moins scrupuleux, plus heureux. Je voulais vivre mon amourajoie et la défendre, même si je savais que presque tout le monde est contre de telles relations sexuelles parce qu’on s’imagine que l’enfant est profané comme s’il ne vivait pas sa propre sexualité, à son propre rythme. Une réalité qui a été fortement démontrée par la science.

En fait, cet interdit donne le droit aux adultes de contrôler la vie sexuelle des jeunes. Cela incarne leur relation avec l’autorité. On a peur que si un jeune a une relation gaie, il le devienne automatiquement. Pourtant, mon expérience me prouve que c’est absolument faux. La religion a créé cette répression et l’interdiction aux jeunes de disposer de leur corps; mais cette surprotection maladive est née avec la bourgeoisie et est l’œuvre de la médecine. Il faut lire l’histoire de la sexualité de Foucault.

Cette nouvelle façon d’affirmer mon droit de partager avec ceux qui le désirent les joies sexuelles n’était pas sans me créer différents problèmes. Ceux qui ne me connaissaient pas pouvaient facilement me prendre pour un maniaque. Par contre, dans mon  entourage,  on  se  montrait  tolérant  envers  moi  parce  qu’on reconnaissait que je cultivais un tel culte de l’enfant que je ne pouvais pas être un danger pour eux. Une telle vénération était beaucoup trop poussée pour les mettre en danger. Cependant, je ne me sentais pas totalement accepté. Étais-je réellement paranoïaque? Sûrement!

Politiquement, certains m’admiraient; mais cela tournait toujours contre moi, dès qu’on apprenait que je suis amourajeux.

C’était comme si mon orientation sexuelle avait strictement rapport avec mon goût pour un Québec indépendant. J’ai toujours pensé que le Québec sera plus tolérant que les autres pays d’Amérique du Nord, parce qu’ils sont protestants et aussi qu’il sera ainsi plus facile d’essayer de faire comprendre à la majorité mon point de vue dans un monde plus petit.

D’autres mettaient en doute ma loyauté envers mon engagement, du fait que je n’étais pas sans cesse importuné par la police. Une nouvelle peur s’installa : qu’est-ce qu’on pense de moi?

J’allais voir Coco persuadé que certains étaient assez fous pour croire qu’il s’agissait là d’un moyen employé par le système pour me récompenser ou essayer de me posséder. J’en suis venu à croire que j’y jouais une fois de plus ma vie. Braver la mort en valait la chandelle. Mes amours n’en étaient que plus sublimes… mais probablement moins équilibrés parce qu’ils prenaient une dimension qui n’existe pas dans la réalité. Ma vie politique se mariait très mal avec ma vie sexuelle délinquante.

Pourtant, c’est humiliant en maudit de risquer — vraiment ou en imagination — sa vie pour une population qui du jour au lendemain te « lynchera » parce que tu n’acceptes pas toutes ses règles. Comment les assurer que tu ne te fais pas acheter par la police? Je n’étais quand même pas pour courir après les policiers pour leur demander de me tapocher, juste pour éliminer tous les soupçons. Je savais qu’un jour ou l’autre, ça arriverait et que dès lors mourraient d’eux-mêmes tous les soupçons. Je ne pouvais rien d’autre.

Je travaillais de toutes mes forces pour les Vauxcouleurs, en songeant que je le faisais indirectement  pour  les  petits  gars.  L’interdit  rend toujours  un peu  fou.

Mon amour était cosmique : la nature était plus belle que jamais. J’étais un peu moins frustré et jamais la guerre ne me répugnait autant, car je songeais aux enfants qui y sont tués. J’étais devenu grâce à ma liberté, un adorateur de la Vie.

J’ai entrepris, en me sentant aussi bon que les autres malgré mon amourajoie, lutte sur lutte pour le bien-être de l’Estrie, les Vauxcouleurs… Je m’engageais surtout dans ce qui me semblait une question de justice sociale. Journaliste, j’avais un pouvoir réel. Je pouvais facilement entrer en communication avec ceux qui nous représentent. On oublie trop facilement qu’ils sont élus pour nous servir.

J’étais bien conscient que pour une bonne partie des humains je n’étais qu’une charogne dès qu’on découvrait ma tendance à la liberté sexuelle. Être amourajeux, pour la majorité des gens, c’est pire que tuer… c’est stupide, mais c’est ainsi.

Je considérais qu’il était important de dire que je suis amourajeux ne serait-ce que pour être honnête avec les gens qui m’entourent, mais en parler, c’est t’assurer d’être crucifié. Qu’est-ce que tu fais dans ce temps-là?

Je suis persuadé que la plus grande sécurité pour les petits gars serait que l’on puisse en parler ouvertement, de manière à ce que le sujet puisse être abordé sans devenir fou. Ainsi, le jeune serait aussi libre de se confier sans gêne et  sans peur à ses parents ou un prof ami, s’il en a besoin. On essaie de nous faire croire qu’on est libre, mais on a seulement le droit de dire non.

Pour moi, la cause des Vauxcouleurs, c’était la même que celle de mes amours, de ma sincérité, de mon honnêteté. Dans un cas comme dans l’autre, j’étais décidé à crever, s’il le fallait, pour aider la région à se sortir de sa situation financière difficile.

Durant quatre ans, sans pouvoir le contrôler, à plusieurs reprises, j’ai revécu ces pénibles moments au cours desquels j’avais la certitude de me faire tuer.

Était-ce l’effet de deux accidents bizarres de voiture qui devinrent une raison de croire que c’était possible d’être tué par le système? De nombreuses personnes étaient tuées ailleurs pour des raisons politiques ou sexuelles comme cela s’est produit en Italie, par exemple. La droite religieuse s’imagine faire l’œuvre de Dieu en tuant ceux qui ne partageant pas leurs croyances… J’étais fier de moi. Je bravais la mort par amour.

Si mon amourajoie permettait sans traumatisme quelques petites expériences génitales; par-ci par-là, elle me portait à croire dans un très haut degré de sacralisation de l’enfant, de ses droits et de ses besoins. Aucune peur  ne pouvait m’empêcher d’agir comme il me semblait bon de le faire. L’amour des petits gars, c’était ma révolution : le besoin de rendre la vie plus humaine, plus tolérante, plus fascinante.

Mon fan-club augmentait. Quand on me parlait de révolution, on discutait aussi d’amourajoie. Si je n’ai pas dû révolutionnairement justifier mes amours presque tous les soirs, je n’en ai jamais parlé. C’était un autre poids à porter. Une autre façon de semer le doute en moi parce que je suis différent.

Sur le plan politique, je n’étais pas toujours peureux. Cela m’arrivait seulement quand j’avais la police aux fesses ou encore quand j’étais avec de nouveaux compagnons de lutte qui, ne me connaissant que récemment, me manifestaient à cause de mon amourajoie un manque de confiance.

Je ne voulais pas être un second Mario Bachand que l’on disait tué par des felquistes pour ses bobettes. Cependant, tous croyaient que ceux-ci étaient de faux felquistes, des agents de la GRC. Les deux agents coupables vivraient maintenant au Québec. C’est cela qu’il ne fallait pas qu’il se sache d’où la police française aurait toujours refusé de faire la clarté sur cette situation. Si Bachand avait été tué par des felquistes jusqu’à quel point pouvait-on croire ne pas être descendu pour de simples soupçons? Était-ce un moyen de la GRC pour dissuader les futurs candidats felquistes?

Ainsi durant sept ans, sans pouvoir le contrôler à plusieurs reprises j’ai revécu ces pénibles moments au cours desquels j’avais la certitude de me faire tuer.

Chaque fois, j’en suis sorti un peu diminué, honteux qu’avec le temps je n’aie pas réussi à vaincre ces traumatismes stupides. J’étais sans l’avouer redevenu l’enfant torturé, incertain, peureux.

Si j’acceptais de compenser la peur par la peur, je rejetais une violence qui s’attaque à qui que ce soit. J’avais un trop grand respect de l’être humain grâce à mon amourajoie pour accepter ce mécanisme archaïque.

La violence physique m’apparaissait incorrecte dès qu’elle touchait un être humain. Je comprenais et utilisais la violence verbale; mais à mon avis, devoir se servir de violence physique n’était pas un signe d’intelligence, mais un cri d’impuissance et de désespoir.

Tu dois régler des choses avec ta tête; car si tu utilises tes bras, tu es un imbécile.

Le fédéral le faisait largement. Il ne respectait rien, même pas les lois qu’il avait édictées. Comme en Amérique du Sud où le meurtre de ceux qui réfléchissent trop est courant, la mort de Gouin confirmait que le système chez nous commençait à s’installer. Aux États-Unis, les Black Panthers étaient mitraillés dans leurs appartements ou dans les prisons par la police qui n’a jamais eu à répondre de ces meurtres.

La GRC fédéraste n’avait-elle pas intérêt à écraser les Québécois? J’avais de maudits problèmes de conscience : comment être un pacifiste dans ces conditions?

Les politiciens en auraient sûrement tiré parti s’ils avaient connu cette faiblesse; mais je m’en cachais bien. Quand je buvais, j’offrais l’image du dur, de l’irréductible; mais je devenais en même temps un casse-pied pour mes amis. Après un certain nombre de bières, je tombais dans des crises de paranoïa inouïes. Tout le monde devenait policier ou felquiste, Je reprochais à mes amis de ne pas être sincères.

Comment pouvait-on m’aimer en refusant d’admettre que l’amourajoie ne cause aucun préjudice aux jeunes? C’est l’équivalent de me condamner.

Je n’avais pas toujours tort d’être parfois paranoïaque. J’étais testé de toutes les façons. À la taverne, les questions sur mon amourajoie et la révolution fusaient de partout. Je donnais mon interprétation sans jamais expliquer que ma plus grande peur était la violence : j’aimais trop les jeunes pour les voir souffrir dans une guerre avec le fédéral. Mais, jamais je ne pourrai accepter le fédéralisme, car il tue le Québec.

À cet amour, à cette passion, mon amourajoie ajoutait tout le mépris imaginable contre l’exploitation subie par mes ancêtres. Ainsi, je devais avouer que si une guerre civile commençait, je serais inévitablement aux barricades. « Vous ne nous ferez pas avaler la merde que vous avez fait avaler à nos aînés, on vous fera sauter avant», pensais-je.

C’était un de mes plus profonds sentiments.

Pour moi, la révolution n’avait rien à voir avec ce que nous prêchaient les marxistes-léninistes. Mon but premier n’était pas de renverser le système capitaliste; mais de combattre pour que la vie des enfants qui viendront soit sans les difficultés connues à travers l’histoire jusqu’à maintenant. Je pouvais visionner le monde désiré et celui que nous avions alors.

L’objectif majeur était d’éliminer les sources de violence en faisant sauter les sources de frustration.

Il faut tuer tout fanatisme tant sur le plan de la morale, de la religion ou de l’état. Il faut croire que l’homme est vraiment l’être le plus beau et le plus prometteur de la création. Je ne voulais pas de la révolution par vengeance, mais par la transformation de la vie quotidienne pour le mieux-être de tout le monde.

Il est évident qu’à ce moment-là, les bêtises d’un système sont d’abord perçues à travers celui que tu vies, mais les bêtises des autres finalement finissent par te rattraper. En d’autres mots quant à moi la révolution n’était pas de détruire des systèmes, mais de rendre la société plus humaine.

Pour arriver à ça, il ne fallait pas seulement l’indépendance du Québec, mais une révolution culturelle.

Quand on ne me parlait pas de révolution, on discutait de l’amourajoie.


J’ai dû comme révolutionnaire justifier mes amours presque tous les soirs. C’était une autre croix à porter.

Je n’avais pas encore lu W. Reich qui prouve que la répression sexuelle des jeunes vise dans notre système à créer une situation permanente de culpabilisation n’ayant d’autre but qu’améliorer les performances de la production pour recouvrer l’absolution sociale.

Aujourd’hui, on essaie de discréditer W. Reich en soulignant qu’il a terminé sa vie en asile psychiatrique. Ce qui arrive à ceux qui tentent d’amener des idées et des perceptions nouvelles… La lutte pour faire valoir ton point de vue peut t’amener à des extrêmes, mais est-ce que Reich avait totalement tort? Ne parle- t-on pas aujourd’hui d’énergie noire qui compose notre système dans une très grande proportion et qu’on ne peut classifier d’aucune manière. Est-ce l’énergie à la base de la vie est différente de toutes les énergies comme le prétendait Reich? Dans cas, il aurait été proclamé fou parce qu’il fut plus intelligent que ceux qui régissent le système. Sa conception remettait en cause le système économique qui se confond à l’exploitation humaine.

Tout ce que je  pouvais  expliquer,  c’était  le  comportement  des  jeunes garçons avec qui j’avais eu des expériences amoureuses. Je savais qu’il est faux de prétendre qu’il y a violence ou domination. Les seules séquelles que j’ai eues à faire face à la suite de telles expériences furent le plaisir indicible de se revoir. Très souvent on n’en reparlait pas parce que depuis le petit gars s’était marié et cela aurait été débile de risquer de briser une vie de couple. Souvent les femmes ou les hommes sont jaloux du passé de son partenaire.

Tout le monde était étonné d’apprendre que ça se passait en dehors de la sodomie, sans violence ou domination de ma part. Pour moi le plaisir du petit était plus important que le ciel, mais je n’ai jamais exigé un geste de leur part. Tout devait se dérouler selon leur goût. Jamais je n’ai demandé à un jeune de faire quoi que ce soit. Les choses arrivaient alors que nous étions prêts tous les deux à les vivre. Plus souvent qu’on le croyait, le jeune était tout aussi intéressé, sinon plus que moi, à cause d’une curiosité encore inassouvie. Les jeunes devenaient mes amis, même s’il ne s’agissait que d’aventures passagères et encore plus surprenant, les petits gars qui étaient hétérosexuels mettaient eux- mêmes fin à la relation génitale, tout en demeurant mes amis. Toute la culpabilisation autour des rapports amourajeux est le fruit de notre morale qui est complètement déconnectée de la réalité humaine. Les émotions jouent un rôle primordial dans une relation amourajeuse. Elle ne peut pas exister sans une confiance et une admiration sans bornes.

Loin d’être négatifs, mes rapports avec eux permettaient souvent qu’ils prennent encore plus confiance en eux. Ils repartaient le sourire aux lèvres et ils manifestaient beaucoup de plaisir à me revoir. Pourquoi en aurait-il été autrement?

Avec le temps, je les ai perdus de vue comme ça arrive si souvent dans la vie. Cela crée un autre problème pour l’amourajeux. Il peut survenir une accusation plusieurs années plus tard à la suite d’un acte passé, même si tu t’es totalement transformé ou que le jeune s’imagine qu’il peut se faire bien du fric avec le chantage… une nouvelle industrie de la droite religieuse et des féminounes.

Le sexe physique est un plaisir à découvrir. Une expression d’amitié s’il est accompagné de sentiments véridiques et profonds.

Évidemment, toutes ses activités se déroulaient dans le cadre de la vie d’un jeune, c’est-à-dire à travers le jeu et le plaisir. C’est pourquoi les séances génitales n’avaient pas d’importance dans le cas des jeunes. Comme me l’avait dit un des psychiatres consultés: « On ne peut pas être contre la façon selon laquelle tu vies ton amourajoie, car elle tient absolument en compte l’effet sur la vie du jeune. C’est un respect qui ressemble à une forme d’adoration.»

La question qui revenait toujours était la domination.

On admettait difficilement qu’un jeune puisse se sentir vraiment égal à un adulte. On s’imagine qu’un jeune a automatiquement peur d’un plus gros que lui. Ce qui est absolument faux.

Peu de personnes ont eu la chance d’expérimenter la liberté dans le cadre d’une morale ouverte. Contrairement, à ce que la vie m’apprenait, les féminounes répandaient qu’une relation durable avec un jeune avait pour but d’obtenir une confiance inébranlable pour pouvoir en abuser par la suite. Abuser de quoi ? Du plaisir ? On dirait que les femmes ne peuvent pas voir la sexualité en dehors de la nausée.

On oubliait que le pédéraste tombe littéralement en amour avec le jeune qui lui plaît et que c’est tout à fait réciproque. La relation est souvent le fruit d’une relation plus que fortement émotive. C’est plus souvent un échange d’énergies que de la simple génitalité. D’ailleurs l’un n’empêche pas l’autre. L’affection est aussi importante que le cul dans une telle relation. La tendresse est le langage employé.

Les gens refusent la réalité, simplement parce qu’ils ont toujours entendu dire que le jeune est une victime comme s’il ne pouvait pas jouir de la situation. Le jeune a sa propre sexualité depuis sa pré naissance, donc une expérience amourajeuse peut très bien et doit d’ailleurs se situer dans son développement. Il peut y avoir des conséquences négatives que si le jeune est appelé à vivre sans tenir compte d’où il est rendu dans son cheminement. La relation intergénérationnelle est une réalité depuis le début de la vie; car, le garçon apprend à être un homme à travers l’homme plus âgé.

Comment peut-on continuer de baser son agir en hypocrite quand on sait que ce que l’on nous a appris est parfaitement faux.

C’est pourtant ce qui arrive dans notre société. Je savais, par expérience, que les jeunes en ressortaient plus heureux. Ceux qui parlent d’un profond traumatisme doivent avoir beaucoup d’imagination et très peu de connaissance de l’adolescent pour se le faire croire. Évidemment, je parle de situations dans lesquels le jeune est parfaitement libre.

La vérité n’est-elle pas plus importante que le mensonge? Ce qu’on enseignait a pour but de contrôler les émotions de tous les individus. Pour maintenir le pouvoir moral sur la masse, il faut mentir et laver les cerveaux dès l’enfance. Il n’y a pas que l’esclavage économique, il y a aussi l’esclavage émotif.

Je connaissais aussi la névrose qu’on alimente en s’interdisant ces plaisirs, somme toute insignifiants. La relation entre gais peut être différente de la relation hétérosexuelle, car elle ne donne pas naissance à nouvel être. L’amour gai ou hétéro se déroule obligatoirement en dehors de toute forme de violence et de domination. L’amour est d’abord un partage. L’amour gai n’exige pas une fidélité pour protéger l’avenir de ses enfants.

Cette morale unidimensionnelle de notre société est fortement implantée dès la naissance chez tous. Dès que tu en dévies de la morale que l’on t’enseigne, tu es écrasé par une honte terrible. T’es un cochon, un monstre, un pervers. Mais, dans le fond, tu n’y peux rien, c’est strictement ta « petite nature », une réalité que tu n’as même pas choisie et qui, sans violence, ne procure que du plaisir et du bien. Qui est blessé par une fellation?

Pire tu vis constamment dans la peur des langues sales qui sont prêtes à te faire exécuter au nom de leur dieu d’amour. Comment ne pas être fasciné par la beauté d’un adonis? Comment ne pas être paranoïaque en sachant que chaque moment de ta vie pourrait être le dernier en liberté? Comment accepter des règles de la société quand tu sais que le point de départ est faux, basé sur une ignorance crasse de la réalité humaine?

Comment peux-tu croire que tu peux nuire à ton jeune amant quand tu sais que cet interdit est ridicule et contre nature? Il y a bien des niveaux et beaucoup de formes en amitié comme en amour. La peur de la sexualité à l’adolescence repose sur le fait que la jeune fille peut être enceinte; mais dans le cas d’une liaison gaie, ce problème n’existe plus. Sans entacher l’égalité homme femme, il faut savoir reconnaître l’existence des différences.

Personne n’est pareil. La répression sexuelle est une mode, une façon de vivre qu’on t’imprime dans la tête dès la plus tendre enfance. Cette règle est non seulement payante pour la mode; mais pour les religions, les psychiatres, les avocats et les juges. Il y a évidemment des détraqués dangereux dont la société doit protéger les enfants, c’est évident, mais les règles ne font aucune nuance entre ce qui est violent et ce qui ne l’est pas. Ce qui est viol ou un plaisir  partagé. On agit comme si le plaisir sexuel était le mal en soi. C’est d’ailleurs pourquoi ce sont les parents qui décident de ce qui est bien ou mal, plutôt que les jeunes. Comment peut-on ainsi créer une conscience personnelle? Comment peut-on vivre des expériences qui forment notre propre jugement?

C’est le racket de la protection des jeunes dans sa totalité. L’interdit repose sur la sacralisation d’une partie du corps – celle qui transmet la vie – parce qu’on ne comprenait pas et qu’on n’arrivait pas à expliquer le phénomène des naissances. On a donc inventé des moyens pour protéger la procréation essentielle à la survie de l’espèce. La base des interdits vient du fait que l’on croyait que le sperme était une partie du cerveau ou en quantité limitée d’où fallait-il le protéger.

Le meilleur moyen pour les religions afin de tout contrôler face à une telle ignorance est de tout interdire en dehors de la procréation, s’assurer qu’il ne peut pas y avoir d’amour en dehors des règles établies. Le rôle des religions est de donner un sens à la vie, à l’expliquer, ce qui est impossible quand tu ne connais pas encore l’existence des spermatozoïdes ainsi que le fonctionnement de l’homme et de la femme. Tout ce qu’on savait : si on faisait l’amour, on pouvait avoir un enfant et l’homme devait abandonner une partie de son cerveau. Pauvre homme ! On niait l’existence de l’homosexualité ou on la prenait pour une maladie mentale.

Plusieurs sociétés ont créé des rites différents à partir de leur expérience de la vie. Les règles sexuelles sont donc des ententes sociales. Une interprétation de la nature. Une manière de conjurer ses peurs. Comme le disait Jean-Jacques Rousseau, c’est un contrat social.

Avec les religieux, ce fut encore pire : on prétendit que le sexe nous éloignait de Dieu. Ainsi, on créa de toutes pièces des règles venant d’un Dieu qu’on inventa. On créa une force intérieure assez forte pour être quasi incontrôlable, des interdits auxquels on ne peut pas échapper, car on peut être tué par les religieux qui les appliquent. Sans contrôler la sexualité, l’homme était, disait-on, encore pire que la bête.

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