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Un sourire venu d’enfer 7

octobre 24, 2020

Un sourire venu d’enfer 7

Autobiographie approximative

12

L’aéroport international de Drummondville.

Le hasard fit que pendant la saison des vacances, j’ai été appelé à remplacer un journaliste de Drummondville. Selon les patrons, j’étais celui qui pouvait s’adapter le plus vite à une telle situation, soit un manque de personnel dans un des bureaux essentiels.

J’ai poussé là aussi l’idée d’un gouvernement régional. Et, petit à petit, j’ai connu un projet qui fut la plaque tournante de mon travail : construire un nouvel aéroport international devant remplacer Dorval, à Drummondville. C’était clair : j’appuyais le projet d’aéroport et les gens de la région de Drummondville appuyaient en retour l’idée de créer des gouvernements régionaux.

Je me suis fait le propagandiste de ce projet puisque sa réalisation devait entraîner la création d’au moins 100,000 nouveaux emplois dans les Vauxcouleurs (Estrie). J’ai mis toutes mes énergies, toutes mes capacités à faire valoir le bien-fondé de cette solution.

J’ai même rédigé un mémoire plutôt niaiseux que j’ai remis à P.-E. Trudeau et Jean Marchand.

Dans mon mémoire, je préconisais de faire de ce projet le symbole de l’unité nationale. L’argumentation reposait sur des notions de psychologie plutôt mal assimilées. Je croyais en jouant le trémolo de l’unité nationale donner plus de chance de succès au projet de Drummondville, celui-ci étant du ressort fédéral.

J’ai profité du Carnaval de Québec auquel Pet Trudeau devait assister pour lui remettre mon mémoire en main propre. J’avais une accréditation comme journaliste, donc, il ne me suffisait plus que de l’approcher.

Je suis arrivé en retard à l’ouverture des cérémonies marquant sa participation au Carnaval de Québec, ce qui me priva au début de mon macaron de journaliste. En arrivant à l’hôtel de ville, j’ai présenté ma lettre de créance. Les responsables sans attendre m’ont aussitôt fait passer à la salle de réception. Ces derniers m’avaient probablement confondu à un invité. J’avais l’air stupide avec mes bottes sur le beau tapis de l’hôtel de ville.

Trudeau était là avec une meute de femmes. J’ai dû attendre que les femmes cessent de lui parler et j’ai dû lui frapper sur l’épaule pour attirer son attention, avant de pouvoir lui remettre mon document. Trudeau se contenta de me dire en riant : « Vous ne voulez tout de même pas que je vous lise ça en fin de semaine? Est-ce du Platon? »

Jean Marchand se trouvait plus loin, je lui ai aussi remis. Il tâta l’enveloppe et me demanda : « Ce n’est pas une bombe toujours? »

Je n’aimais pas tellement Jean Marchand parce que je l’avais déjà entendu rire des ouvriers alors qu’il dirigeait un syndicat. Je l’ai trouvé profondément paranoïaque. Mais là je m’en fichais, l’important c’était de passer mon message.

Le samedi, je me suis rendu au Patro Rocamadour poursuivre les entrevues que le journal se hâtait de publier. Les journalistes me disaient fou; les patrons disaient que j’avais eu au moins l’audace de m’essayer.

Infiltré dans le cordon de protection, j’ai réquisitionné les ministres pour avoir  mes entrevues. Ainsi, pour la deuxième fois, je démentais les organisateurs du festival qui avaient insisté sur le fait que je ne pouvais pas approcher le premier ministre à plus de 30 pieds.

Le samedi soir, c’était le défilé et le bal de la reine du Carnaval. J’ai convenu avec Réjean de me rendre seul au bal, mais de regarder avec lui la parade. Je ne voulais pas que Réjean soit pris seul dans une manifestation anti-Trudeau, comme cela était annoncé dans les journaux.

Au Château Frontenac, j’ai rencontré une femme qui se disait étudiante en journalisme et qui voulait voir Trudeau de près. Nous nous sommes  installés près des marches au bas de l’escalier et quand Trudeau passa, j’y suis allé d’une nouvelle question. Trudeau s’arrêta et répondit à moitié. Insatisfait, j’ai passé sous le cordon de sécurité, entraînant l’étudiante par la main, et nous sommes allés nous installer à l’entrée de la salle de bal. Quand Trudeau y arriva, j’ai  repris ma question. Trudeau s’arrêta, laissa sa reine, s’approcha de moi et me  dit : « Ne vous en faites pas, votre mémoire, je le lirai. »

J’étais fou de joie. Aussi, je lui ai flanqué une claque sur l’épaule avec un éclatant « merci, Monsieur Trudeau ». C’était le délire. Les policiers de la Gendarmerie royale se précipitèrent inquiets. J’ai eu droit à un sermon genre : « T’es complètement fou. Nous aurions pu croire qu’il s’agissait là d’un attentat et te descendre. »

Je m’en fichais, j’avais réussi.

J’avais parfaitement accompli ma mission et comme journaliste j’avais eu beaucoup d’entrevues concernant le projet d’aéroport international à Drummondville. Il me fallait maintenant me débarrasser de l’étudiante afin d’aller rejoindre Réjean. Comment lui dire : « mon amant à 12 ans, je l’adore, et je ne veux pas passer cette soirée sans être à ses côtés. » La guerre étant la guerre, j’ai menti, je lui fis croire que Réjean était mon fils et qu’il m’attendait comme il l’avait été convenu ensemble auparavant.

Quelques mois plus tard, un photographe de la Tribune qui avait rencontré cette même étudiante à Québec m’a demandé combien de petits bâtards j’avais ainsi semés à travers le Québec. Je n’étais plus complètement le vieux garçon qui ignore à quoi sert cette bibitte entre les deux jambes, mais un grand Don Juan. Elle lui avait raconté que j’avais un fils bien évidemment!

Ces rencontres furtives avec Trudeau m’avaient marqué. Il m’avait littéralement fasciné. Trudeau m’avait épaté quand il se prononça en faveur de l’homosexualité. J’ai même voté pour lui. C’était un type que j’admirais profondément. Mon père, au contraire, le haïssais. Papa était conservateur.

J’ai continué grâce au téléphone de m’occuper du projet d’aéroport international à Drummondville à partir de la salle de rédaction à Sherbrooke. Je me suis ainsi fait des contacts. Le journal mit même une ligne directe avec Ottawa à ma disposition.

Fort de mon premier succès, à Québec, j’ai obtenu du journal la permission de me rendre à Ottawa rencontrer les ministres concernés par le projet d’aéroport international.

Le président du journal, M. Yvon Dubé, m’avait auparavant demandé à son bureau, question de s’assurer que je refuserais un poste dans les six chiffres, si on m’offrait un emploi.

M. Dubé est une des personnes que je respecte le plus dans le monde journalistique. Il a essayé de m’apprendre qu’un bon journaliste cherche toujours à trouver la vérité, à comprendre les deux côtés de la médaille quand il se produit un évènement.

Je ne crois pas dans l’impartialité, car nous sommes tous gérés par notre inconscient qui, lui, ne ment pas. Nous sommes tous animés par des sentiments, mais la conception de M. Dubé demeure à mon sens le but premier du journalisme : la recherche de la vérité dans le respect de ses lecteurs.

Aujourd’hui, il n’y a plus de journalistes, mais des chroniqueurs qui croient tout savoir et qui pensent pour les lecteurs en se faisant passer pour des experts.

Je n’étais toujours pas achetable. Personne ne pouvait en douter. J’aimais trop les Vauxcouleurs (Estrie) pour y préférer mes intérêts personnels.

Jean Marchand fut le plus arrogant. Un vrai « frais chié ». Quant aux autres, sauf Paul Hellyer, ils furent presque paternalistes. Je n’étais que dans la vingtaine.

Le deuxième soir, j’ai soupé avec le secrétaire du ministre des Transports,         M. Hellyer, qui voulait savoir pourquoi j’attachais autant d’importance à ce projet. Tout en notant la beauté et la jeunesse du secrétaire de Jean Chrétien, j’ai longuement expliqué comment et pourquoi, si le projet de Drummondville était rejeté, je devrais conclure à la trahison du « french Power » et en l’inévitable nécessité de séparer le Québec du reste du Canada.

Je lui ai rappelé comment grâce aux chemins de fer, le sud de l’Ontario avait été développé alors qu’on ne fit rien pour assurer un tel progrès au Québec. Je me suis éternisé sur le rôle économique similaire que cet aéroport serait appelé à jouer à l’avenir.

Ma réflexion était facile : pour développer le Québec, il faut développer son mode de transport pour retrouver un poids économique et une concurrence à l’Ontario. Cette province s’était grâce à nous, puisque nos taxes servaient au développement du Canada, approprié tout le secteur de l’automobile. Il était donc normal que cette fois le Canada serve au développement économique du Québec.

À la fin du souper, il m’expliqua que le ministre prend toujours le même ascenseur afin d’échapper aux journalistes. Quand je rejoins Hellyer dans l’ascenseur, celui-ci ne comprenait pas comment je m’étais pris pour réussir à la questionner, lui, qui me refusait tout entretien ne serait-ce même que d’une minute.

Quant à Trudeau, au début cela fut facile. Je me tenais à la porte des Communes et je lui posais des questions quand il entrait. Il revenait parfois sur ses pas et me répondait.

Le deuxième après-midi, à sa sortie, il cessa de grimper les marches vers son bureau, il me sourit et me fit un signe d’adieu de la main.

Le lendemain, j’étais au poste quand trois gros bétails m’encerclèrent.

T’es celui qui embête le premier ministre?

Je ne l’embête pas. S’il ne veut pas me répondre, il n’a qu’à continuer sa route.

De toute façon, j’ai un livre que j’ai écrit et que je veux lui remettre. Je prends l’avion dans deux heures.

Les policiers me conduisirent à son bureau, mais Jean Marchand arriva. Poussé par le temps, j’ai dû me contenter de laisser mes Hymnes à l’amour à son bureau, sans voir Trudeau. J’ai quitté le parlement escorté de deux policiers, ce qui fit rire Paul Hellyer quand il me croisa.

J’ai quitté Ottawa avec en poche une promesse verbale d’entrevue avec Trudeau au cours des quelques mois qui suivaient.

C’est une belle expérience que de représenter un journal sur la Colline parlementaire. Ça te donne un accès privilégié aux différents ministres.

En travaillant sur les problèmes économiques,  je  me suis vite rendu compte  que les intérêts du Québec sont incompatibles avec ceux du Canada.

Dans un des articles sur l’aéroport, il y a eu un malentendu entre moi et Robert Bourassa. Celui-ci était alors chef de l’Opposition. Il me téléphona. J’étais déjà à l’appareil. Je l’ai fait attendre au grand désespoir des patrons, alerté par ce coup de téléphone peu commun.

Au journal, à chaque fois que je rejoignais un personnage politique d’envergure, c’était la même chose : tout le monde devenait fou. J’en avais pourtant l’habitude. Par exemple, au début de mes articles sur la crise socio-économique des Vauxcouleurs, j’avais essayé de rejoindre Stanfield durant plus d’une semaine. Sa réponse était toujours qu’il étudiait le sujet. Fatigué, j’ai réussi à lui faire demander par un député créditiste en Chambre : si un jour vous prenez le pouvoir, continuerez-vous à toujours étudier pour ne pas vous prononcer sur les événements? Le jour même, Stanfield me rendait mon appel. J’avais peut-être ce succès du fait que le lendemain si on ne me répondait pas, une note sur le sujet paraissait dans le journal.

Le projet de construire le futur aéroport à Drummondville était d’une importance capitale. À lui seul, il pouvait éliminer le chômage et l’assistance sociale de la région. De plus, de par ce site, le Québec pouvait espérer supplanter les aéroports de l’est des États-Unis et devenir le point central des échanges Europe-Amérique.

Dans ma conception, le développement aérien était aussi important que le furent les chemins de fer. Il était donc essentiel que le Québec ne se fasse pas refaire le coup de la Confédération. L’Ontario a toujours tout centralisé aux dépens du reste du pays, particulièrement l’Est. Ailleurs qu’à Drummondville, cela signifiait la mort de Dorval aux dépens de Toronto.

Le problème de la distance n’existait pas vraiment, au contraire. Partout dans le monde les aéroports internationaux ayant été étouffés par un manque d’espace, la tendance était de les construire le plus loin possible et de compenser par des transports rapides avec les grands centres. Le Canada pouvait grâce aux avions à atterrissage vertical répondre facilement à cet inconvénient. Paul Hellyer et ses fonctionnaires cachaient leur vraie motivation. L’aéroport remplaçant Dorval devait surtout servir Ottawa et le sud de l’Ontario. Il ne devait surtout pas être situé au cœur du Québec, au cas où le Québec se séparerait.

Finalement, pour le gouvernement du Québec, c’est le poids de la caisse électorale qui eut le plus d’importance.

Pour le fédéral, à Ste-Scholastique, l’aéroport devenait un nouvel instrument de chantage contre le Québec. En cas de séparation, en décrivant une forme ovale, les avions devaient passer sur le territoire du Canada. Or, advenant des négociations de séparation, pour cette raison, le nouvel aéroport international reviendrait de droit à Ottawa.

Les nouvelles étaient très peu encourageantes, car les fonctionnaires fédéraux voulaient un site servant davantage Ottawa et Toronto. Tout ce que nous faisions, tous nos arguments, étaient récupérés pour donner raison à ces fédérastes. Des économistes ont eu trois semaines pour fournir une argumentation appuyant la décision fédérale. André Raynaud faisait partie du groupe du rapport Higgins.

Évidemment, Trudeau et compagnie a engagé une firme d’ingénieurs pour prétendre que ce projet devait se réaliser à Ste-Scholastique pour des raisons économiques. Un aéroport qui détruisait les meilleures fermes du Québec. Ce rapport permettait simplement à Toronto de garder la main haute sur le trafic aérien avec l’Europe.

Un soir, Jean Marchand fit connaître son appui à un site situé à l’ouest de Montréal. Ce fut la goutte de trop. Quant à Jean-Luc Pépin, ministre de Trudeau et député de Drummondville, il ne se prononçait jamais. Le député de Sherbrooke, Paul Gervais, ne savait même pas qu’il existait un tel projet.

Drummondville était défendu par un petit groupe dont le maire, M. Philippe Bernier, M. Robert Malouin, qui devint ensuite député libéral et un photographe unioniste, M. Paul Dozois.

J’avais été averti que si la chose était nécessaire un groupe d’étudiants était prêt à manifester leur mécontentement. Suite à la conférence de Marchand, j’ai demandé que cette manifestation soit organisée. Elle a eu lieu le dimanche, à l’occasion d’une conférence de presse de Jean-Luc Pépin.

Dans son discours, le ministre du Commerce me rendit responsable de cet éclatement de frustration de la jeunesse. Pourtant, je n’avais dit que d’y aller, c’était le temps.

Cette rencontre a eu son effet, Jean-Luc Pépin a eu assez chaud pour changer son attitude et s’intéresser au projet, mais c’était trop tard. La décision fut prompte à venir.

Malgré l’appui des trois quarts des municipalités du Québec au projet de Drummondville, Ottawa annonça son choix : Ste-Scholastique.

Cet endroit permettait, parce que les avions passaient au-dessus du Canada, de ne pas devenir un enjeu si l’indépendance se faisait.  Il serait automatiquement  à cause de cet élément, une propriété fédérale alors qu’à Drummondville, l’aéroport devenait propriété du Québec, advenant l’indépendance.

Ce n’était donc pas une pure coïncidence que toutes les décisions étaient prises à l’encontre des intérêts du Québec. C’était une réalité historique. Ottawa est la marionnette de l’Ontario, son double testicule économique.

Après le coup des textiles, c’était maintenant celui de l’aéroport international… le Québec ne serait pas le port d’entrée aérien de l’Europe en Amérique parce que Toronto n’acceptait pas le projet de Drummondville. La concurrence était trop forte.

Ma fascination pour Trudeau se muta en haine d’Ottawa. J’ai alors décidé que dorénavant je serais membre du Parti Québécois comme je l’avais dit au secrétaire du ministre des transports.

Ma guerre avec La Tribune commença, non seulement parce que j’étais devenu fanatique; mais parce que j’y vis une forme de censure. On me dit que Bourassa et Marchand demandaient ma tête presque toutes les semaines.

M. Dubé m’a affirmé plusieurs années plus tard qu’il n’y a jamais eu de telles pressions politiques à mon endroit, mais que les instances régionales étaient fatiguées de voir l’intérêt que la Tribune portait au projet d’aéroport international à Drummondville.

C’était simplement la survie économique de notre région qui était en jeu… Mais l’appartenance aux libéraux était plus importante que le bien de la population.

Quoi qu’il en soit, je suis depuis absolument indépendantiste. La décision du gouvernement fédéral venait compléter les raisons pour être à jamais séparatiste. Chaque jour m’apporte depuis une raison nouvelle de nous séparer du Canada.

C’était évident que les décisions se prennent toujours en fonction des intérêts du Canada anglais. D’ailleurs, si on lit l’histoire du Québec, on s’aperçoit que si notre peuple a toujours été vaillant, il a toujours été une bande de moumounes quant au besoin de s’émanciper. Nous sommes dirigés par des politiciens qui se prétendent les voix du peuple, des menteurs-prédicateurs au service des intérêts anglophones plutôt que ce celui du peuple francophone.

Avec l’Église, nous sommes habitués à écouter les ordres venus de Dieu et de ses représentants. La décision fédéraste était prise par Trudeau et Marchand. Ils savaient que c’était contraire aux besoins du Québec, mais ils s’en fichaient. Je les ai classés, Trudeau, Marchand et cies, à titre de vendus, de traitres au Québec. Au lieu de s’améliorer, leurs pareils ont toujours été juste un peu plus dégueulasses, comme les Lalonde et Jean Chrétien.

Le Québec vivait des moments difficiles et ce projet aurait transformé le visage économique du Québec. Ils nous auraient donné une raison d’espérer. Mais non! Toronto avait le dernier mot.

Quand le fédéral a ordonné une étude, c’était juste pour justifier le choix qui avait déjà était fait : Ste-Scholastique.

Smiley Pépin, qui était ministre fédéral à Drummondville, ne connaissait même pas l’impact qu’avait ce projet sur sa région. Ce qui prouve bien que ce n’est pas tout d’avoir des ministres dans un cabinet qui change quoi que ce soit pour une région.

Même le projet de St-Jean-sur-Richelieu ne fut pas retenu, sauf par l’Union nationale.

C’était évident pour moi qu’économiquement le Canada ne s’arrête même pas une seconde aux besoins du Québec. La vache à lait de la fédération. La crème qui permet au Canada d’avoir un tel train de vie.

Furieux n’est pas le mot pour dire ce que je ressentais. Et dire qu’aujourd’hui, on est assez fou pour appeler Dorval, l’aéroport Trudeau. Quelle bande de masochistes! Célébrer une trahison historique!

Dès que je fus en communication avec le secrétaire de M. Hellyer, je dis comme simple bonjour : « Vive le Québec libre! » « Je vois que tu connais la décision, » fut sa réplique.

J’ai ensuite parlé avec le ministre Jean-Luc Pépin, à qui j’ai dit qu’il ne me restait plus qu’à prendre ma carte du Parti québécois.  Selon Jean-Luc Pépin, si je prenais cette décision c’est qu’elle couvait profondément en moi depuis longtemps.

Puis, je lançai chef du cabinet de Jean Marchand s’informer auprès de son patron à savoir comment on se sent dans des culottes de traitre. « L’histoire se répète, lui dis-je. Aux Plaines d’Abraham, il a fallu  un français pour nous trahir, et cette fois, c’est encore la même chose. Si en 1769 on ne connaît pas le nom du traitre au moins en 1969, on le sait. C’est Jean Marchand. »

Puis ce fut autour du bureau de Trudeau. Son attaché de presse me rappela que Trudeau acceptait de m’accorder prochainement une entrevue personnelle d’une heure, ce que certains journalistes attendent depuis une année. « Je refuse cet entretien, dis-je, je ne me tiens pas avec des putains. »

Cette décision était un coup de masse. Elle mettait définitivement fin à mes espoirs dans le supposé French Power. Ça donnait raison à mon père qui ne cessait de me rappeler qu’à chaque fois que les Anglais ont voulu fourrer le Québec, ils se sont servis de francophones.

Le lendemain, la direction du journal m’informait sans que je puisse les blâmer que je ne pouvais plus téléphoner à Ottawa sans permission. Je venais de perdre ma ligne directe.

Pour la première fois de ma vie, j’espérais que le FLQ s’en mêle. J’avais toujours été complètement opposé à la violence, par respect pour les humains, par amour pour les enfants. J’aurais aimé voir sauter les édifices fédéraux des Vauxcouleurs.

J’ai aussitôt préconisé des mesures visant à bloquer l’autoroute 20, la Transcanadienne. « Ottawa doit apprendre que nous ne sommes ni des peureux, ni des masochistes. » Ce qui ne se réalisa pas, car à tour de rôle, tout le monde se rangea à ce qu’on disait le bon sens : plier devant le fédéral.

Je n’aurais jamais cru que le gouvernement du Québec aurait la malhonnêteté de choisir un autre site pour rendre la chose payante aux fournisseurs de sa caisse électorale. Pour moi, la situation territoriale démontrait bien que ce nouvel aéroport ne servirait pas les intérêts du Québec.

L’avenir m’a donné raison, c’est un éléphant blanc. Les cultivateurs ont été plumés. Les syndicats Québec-Ontario ont connu de telles luttes qu’on parla de guerre de frontière.

Jean Marchand avait eu raison. Quand je l’avais rencontré, il avait confirmé l’arrivée impressionnante de lettres et de télégrammes d’appui d’individus, de municipalités au projet de Drummondville; mais avait-il dit : « Cela n’est pas important puisque jamais les autorités municipales ne descendront dans la rue pour s’opposer au fédéral. » Effectivement, rien ne bougea.

C’était une trahison complète.

L’union Nationale, au pouvoir à Québec, préférait sauver les intérêts de sa caisse électorale et appuyer un site dans la région de Farnham, contrairement à ce qu’il affirmait publiquement, du moins selon ce que m’avait dit Maurice Bellemare.

La Tribune ne tarda pas à me retirer du dossier. J’étais effectivement devenu beaucoup trop fanatique.

Petit à petit, le groupe de Drummondville qui était composé presque exclusivement de libéraux, sauf le photographe, abandonna. Tout espoir était perdu.

Les autorités drummondvilloises organisèrent une soirée au cours de laquelle Drummondville devait me rendre hommage. Le président de La Tribune y fut délégué à ma place. Je ne pouvais pas recevoir ces honneurs alors que des centaines de personnes en pleurs téléphonaient à nos bureaux. L’aéroport devint un nouveau motif de désespoir.

Je n’étais pas un vendu et je ne pouvais pas être dupe d’Ottawa. Je n’étais plus un adepte d’un changement constitutionnel superficiel, j’étais à ce jour devenu séparatiste.

À moins d’aimer souffrir, il était impossible de tenir une autre position. La trahison de l’équipe de Trudeau était trop évidente.

Ottawa se sert du Québec pour maintenir son unité nationale. Il ne s’intéresse au Québec que si celui-ci est dans une position de pouvoir réellement réussir l’indépendance, car c’est dangereux pour lui . Alors, tous les mensonges et tous les écarts à la loi deviennent permis, même l’occupation militaire comme en 1970.

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