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Un sourire venu d’enfer 3

octobre 20, 2020

Un sourire venu d’en enfer 3

Autobiographie approximative

 4

L’école normale

Septembre. J’avais à nouveau réussi ma onzième année, mais cette fois une onzième scientifique et non générale.

J’ai voulu continuer mes études à l’école Normale pour hommes à Sherbrooke. Je n’avais pas d’argent et le service d’aide aux étudiants refusait mes demandes. C’était comme au secondaire; pour avoir des sous il aurait fallu que j’affirme que mes parents m’avaient foutu dehors du bercail. Je tenais à la vérité, et par conséquent, à la bonne réputation de mes parents. La décision de mon père de ne pas me nourrir jusqu’à 75 ans était pleine de bon sens : il me forçait ainsi à apprendre à compter sur moi-même et à me déniaiser un peu.

Mes parents me remettaient parfois mes trois mois de prison sur le nez, mais qui ne l’aurait pas fait? Puisque je comprenais leur attitude sans les blâmer, j’étais de l’avis d’un psychiatre, d’un masochisme maladif.

À cette époque, je me croyais vraiment un salaud d’être amourajeux. Je ne savais pas que cet interdit est le fruit d’une savante formule de répression pour mieux abuser des gens. Je n’avais pas encore de morale personnelle. Je croyais dans ce que dit le système comme la plupart des gens.

Par hasard, j’ai appris que l’ancien président de la commission scolaire de Victoriaville, un Monsieur Morissette, était devenu ministre adjoint à l’Éducation. J’avais travaillé souvent avec lui à Victoriaville et ce dernier ne pouvait avoir qu’un bon souvenir de mon professionnalisme comme journaliste. Il n’en fallait pas plus pour que je frappe à sa porte. Il me prêta l’argent pour poursuivre mes études à Sherbrooke.

J’ai ainsi renoué connaissance avec les libéraux. Ils étaient au pouvoir et ma seule planche de salut. J’ai pensé que ce n’était peut-être pas vrai que les libéraux avaient été les instigateurs de mon arrestation en 1963. Après tout, ces gens n’étaient que des organisateurs locaux.

Ce fut toute une expérience d’entrer à « l’École Normale de Sherbrooke », sous la protection du ministre adjoint à l’Éducation. Jamais tout n’avait été si bien

préparé pour me recevoir; jamais le prêt d’honneur n’avait été aussi rapide à m’accorder une bourse d’études.

Mes études furent complètement bouleversées par une nouvelle fièvre de poésie. J’ai essayé d’écrire. Personne ne croyait dans mon talent. Je faisais aussi des paroles pour les chansons de mes jeunes frères. Une version de No where man, des Beatles devint :

C’était un homme bohème sans famille, sans patrie

qui parcourait sans relâche l’univers.

Par amour de la liberté il n’apprit aucun métier

faisant mille petits travaux par le monde.

Homme libre de la terre ton pays est ta planète

et tous les hommes ta famille.

Cette nouvelle dimension de la vie m’éblouissait, mais me traumatisait tout autant.

Tous les journaux, toutes les revues refusaient mes textes. Ceux-ci étaient pourtant de moins en moins religieux. Selon les auteurs-modèles qui m’avaient amené à la plume, Rimbaud, c’est un si joli garçon, et Jacques Prévert, dont la révolte m’obsédait, il était impossible que j’évolue autrement.

Je correspondais avec une poétesse de Québec, Madeleine Guimont. Elle était toute sensibilité et douceur. Malgré mes échecs, j’écrivais, j’écrivais, j’écrivais. J’adorais ce Nouveau Monde où tout est imagination, jeux de mots. Peut-être aujourd’hui dirais-je, je pleurais, je braillais. Poèmes et chansons étaient ma vie. Je me lamentais et je ne me pardonnais pas d’être amourajeux.

J’étais profondément vexé que les orchestres de mes frères ne connaissent pas autant le succès que je le voulais et qu’ils le méritaient. Leur premier orchestre fut les Stellairs, qui fut dissous et remplacé par les Pyramides et les Rembrandt, qui connurent un certain succès.

Cette création, baignant dans une atmosphère de révolte et de sensualité, fut la source de mes problèmes. Mes textes étaient de plus en plus révoltés et seul l’aumônier de l’école normale semblait y attacher de l’importance. Ce fut alors ma période de recherches ésotériques. J’étais obsédé par un nouveau thème : la mort. Par contre, j’étouffais ma peur et je commençais à décrire mes émois amourajeux. Les petits gars reprenaient du terrain. Mon texte La Mort du beau Pierrot devint le symbole de ma nouvelle façon d’embrasser la vie. Tout maintenant.

Les études n’avaient plus d’importance. J’allais boire avec un groupe d’amis étudiants et je cherchais ce qui pouvait arriver après la mort. J’avais l’obsession de l’au-delà. J’avais peur du vide c’est-à-dire de l’avenir.

Pour moi, tout devint clair. Puisque le cerveau est l’outil essentiel, le centre de la perception, à la mort, il n’y a rien qui puisse subsister. C’est le grand vide total éternel, mais l’énergie que nous sommes ne peut pas disparaître totalement. Avec la mort, nous devenons une énergie diffuse et inconsciente, car rien ne se perd et rien ne se crée. De l’énergie noire, la plus en abondance dans l’univers, mais dont on ne sait rien. Demeure-t-elle une source de conscience?  Conscience de quoi? Les âmes seraient-elles comme les nuages noirs perçus dans ma vision en prison? Le bonheur serait-il quant à lui  une  énergie  blanche? Une énergie qui se suffit par elle-même.

La vie est une force énergétique plus concentrée que l’énergie nucléaire. Une énergie, qui, comme la vie sexuelle, n’a pas encore été mesurée puisque l’on n’a pas encore découvert les moyens d’y parvenir. Une énergie plus concentrée, d’une plus grande qualité. Ce qui permet la conscience et donc la création de ce qu’on considère comme la réalité. Notre vie serait un regard sur les énergies qui passent. Sentir ce qui se passe, son environnement, serait notre seule réalité.

Les étudiants les plus âgés me comparaient à Teilhard de Chardin. Je ne l’avais pas encore lu, aussi, je ne savais pas si ces rapprochements étaient plus ou moins fondés. Sa théorie que j’ai lue plus tard est fascinante et ressemble effectivement à ce que je pense.

Je faisais des expériences d’hypnose et de télépathie, expériences que j’ai vite mises au service de mon amourajoie. Ce fut une période assez féconde pour trouver un sens à ma vie personnelle : aimer les petits gars. Je me découvrais amourajeux dans toutes les fibres de mon corps. C’était encore à mes yeux quelque chose de défendu, de mal, d’où bien des tourments et une association Satan-amourajoie dans mes poèmes. Mais je ne savais pas encore (je l’ai appris à 67 ans) que mon ange de naissance était Samaël, dit Satan. Je serais bien mort de haine envers moi s’il avait fallu à cette époque que je sache cette croyance. Je voulais bien que Satan m’aide pour avoir les faveurs d’un petit gars, mais je m’étais déjà rendu compte que de prier Dieu et de me morfondre en regrets après, était beaucoup plus efficace. Comme si Dieu aurait été bien d’accord.

La poésie m’amena à appliquer la même recherche à la prose. Une rédaction sur mon premier voyage en avion, comparé à un voyage dans le ventre d’un aigle,

me fit échouer en français. Mon professeur n’avait pas aimé l’allégorie.

Je détestais les mathématiques et puisque j’aurais voulu enseigner le français, j’ai répondu par un poème au concours du ministère de l’Éducation. Ce poème reprochait à la civilisation occidentale de n’avoir qu’un but : l’argent. Je visais aussi le ministre de l’Éducation, Gérin-Lajoie, car à mon sens, il n’avait fait qu’une réforme administrative.

Cette offense me valut l’avertissement de ne plus me représenter à cette école supérieure, car, si j’étais un petit gars de grand talent; mais mon éducation familiale était à la source de grandes carences. Pour les autorités, je n’étais rien d’autre qu’un névrosé. Un révolté. Un instable.

Avant la fin de l’année, les libéraux avaient décidé d’en appeler au peuple. J’ai offert mes services à ceux que je connaissais : Émilien Lafrance, qui gardait un bon souvenir de moi, à cause de mes prises de position contre la cigarette, au temps des Disciples de la Croix; M. Morissette qui venait de m’aider; Georges Vaillancourt pour qui j’avais déjà fait deux discours aux élections précédentes, et Carrier Fortin, ministre du Travail, que j’avertissais de mon impopularité à cause des réformes que je préconisais. Seule l’organisation de Carrier Fortin sembla intéressée à mes idées.

On désirait que je me présente à la télévision afin de rassurer les gens à savoir que la réforme de l’éducation n’entraînerait pas la sortie des  crucifix  des  écoles. J’ai refusé ce geste de politicaillerie, car je croyais que d’autres idéaux étaient bien plus importants pour le Québec : un changement dans le système électoral, trouver des façons d’éliminer le patronage.

Ces réformes avaient même été timidement entreprises par Jean Lesage (sans que j’aie un mot à dire évidemment), mais ces sujets me captivaient davantage que la religion dans les écoles. D’ailleurs, j’étais encore assez religieux pour m’opposer à la laïcisation des écoles. Ce qui prouve que je n’étais pas encore bien éveillé. Tout ça, ça ne me fournissait pas un moyen de gagner ma vie. Et, je le devais. Je n’avais pas le choix…

5

La rentrée scolaire à Québec.

De retour à Québec, les Jésuites étaient la seule institution scolaire qui m’acceptait. Il fallait payer des frais de scolarité énormes. Pour y arriver, je devais obtenir une bourse d’études.

J’ai repris les démarches, auprès du Ministère de l’Éducation. Révolté de ne rien obtenir, j’ai décidé de me rendre passer le chapeau à la porte du bureau du ministre de l’Éducation., avec le chapeau de M. Gosselin et un communiqué de presse.  Je n’ai récolté que quelques sous, mais l’intérêt soulevé par la presse incita le ministère à bouger. Première réaction : il me fit passer pour fou.

Il fut aussitôt décrété que je devais passer un examen psychiatrique avant d’avoir une bourse, car, on devait savoir en qui on investissait l’argent des contribuables. Cet examen suscita la colère des mouvements étudiants qui se battaient pour l’enseignement gratuit. Ceux-ci invitèrent les autorités à passer le même test. Manque de peau, l’examen révéla seulement une certaine tendance à éparpiller mes énergies (c’est ce qu’on appela ma névrose), mais on insistait surtout sur ma capacité définitive de pouvoir poursuivre des études universitaires et bien au- delà. Ce bien au-delà m’a toujours tracassé.

En politique, j’étais toujours persuadé de la nécessité de se débarrasser du système de patronage. J’ai entrepris la lutte dans une section de la Société Saint-Jean-Baptiste, à Québec.

La lutte au patronage m’était apparue plusieurs années plus tôt comme un élément essentiel pour répondre à Gordon, cette espèce de chien en culotte du Pacifique Canadien, qui prétendait que les francophones étaient trop idiots pour occuper un poste de commande.

À mon avis, il fallait nettoyer notre vie politique de sa réputation et de ses sangsues. Par la suite, si les Anglais continuaient à nous traiter injustement, il n’y aurait qu’une solution : la révolution pour l’indépendance du Québec.

Si j’acceptais cette voie, je refusais celle qui montait à Montréal : le FLQ.

J’avais peur, depuis mon premier emprisonnement et mes lectures du Reader Digest, de la guerre civile et des communistes. Par contre, j’étais un chaud partisan de René Lévesque. J’avais même conseillé au secrétaire de Lesage, Raymond Garneau, la tenue d’un congrès à la direction des libéraux où Lévesque serait appelé à remplacer Jean Lesage.

Je cherchais toutes sortes de solutions qui auraient fait du Québec une province riche et heureuse. Je m’étais penché sur le rôle des députés et j’avais essayé de vendre l’idée d’une espèce de régime présidentiel où les mouvements de base joueraient un rôle indispensable. À cette époque, je voyais l’indépendance du Québec comme une bombe atomique, apte à permettre aux Québécois d’être traités avec égalité par les anglophones, si on n’y parvenait pas autrement.

La SSJB-Québec ne voulait rien entendre sous prétexte qu’elle se voulait apolitique. J’ai été forcé de laisser ce mouvement. J’étais en larmes. J’affirmai que si un jour le FLQ grossissait, ce serait la faute de tous ces irresponsables qui refusent de faire face à la musique et optent pour le statu quo alors que l’injustice est flagrante.       

J’ai à nouveau intégré les rangs des libéraux. Je voulais cette réforme  à  tout prix : un gouvernement du peuple, un gouvernement honnête. Pour ce faire, je devais me consacrer à la politique.

Je me suis rembarqué assez vite dans ma nouvelle mission. J’écrivais aux députés, aux ex-ministres libéraux qui étaient alors dans l’opposition.

À mon avis, la politique était tout comme le journalisme, la tâche la plus noble. Comme le dit l’Éthique à Nicomaque, elle consiste à travailler au mieux-être de ses concitoyens. La politique est donc le summum moral de l’amour. J’ai vite déchanté.

Je m’étais fait la réputation d’un gars du centre gauche. Pour moi, le Québec devait développer le Nord, accentuer la participation des travailleurs à la gestion des entreprises. Le Québec devait assurer universellement les droits fondamentaux pour chaque individu que sont la nourriture, le logement, la santé, le travail et l’éducation. L’état ne devait pas remplacer l’individu, mais garantir qu’il aurait au moins accès au minimum de ces moyens pour se réaliser personnellement et socialement. Les moyens de s’en sortir…

Toujours coupable d’être amourajeux, je me suis présenté en clinique pour me faire traiter. J’avais peur de devenir un maniaque et de m’en prendre à des petits gars comme ce fut le cas d’un certain Dion à Québec. J’avais peur de devenir violent si je devais être confronté à quelqu’un qui voudrait me dénoncer. Je savais que ma manière de percevoir la sexualité n’était pas normale selon la quasi-totalité de l’humanité. Mais, je ne savais pas ce que je devais faire pour m’en guérir.

J’avais inutilement demandé au député Vaillancourt de m’aider pour défrayer le coût d’un traitement psychiatrique. Je me suis débrouillé et je me suis présenté à une clinique Roy-Rousseau pour être traîté gratuitement.

Après une semaine d’observation à la clinique Roy-Rousseau, j’ai été renvoyé sous prétexte que je peux m’en sortir seul. C’était le verdict de trois psychiatres. Le médecin qui me fit part de leur verdict m’avoua n’avoir rien contre l’amourajoie telle que je la vis, car elle est empreinte d’une liberté totale et d’un respect tout aussi grand de la personne de qui je tombe amoureux, mais selon eux, je risquais à nouveau la prison, ce que je ne saurais pas supporter.

Un des médecins me conseilla, comme si cela était possible, que je devienne gai et de cesser d’écrire aux députés puisque mes lettres et mes documents se retrouvaient sûrement au panier. Il oubliait qu’on ne choisit pas son orientation sexuelle, mais qu’on la subit.

J’avais trouvé ce verdict très pertinent. Pourtant, une semaine plus tard, je

recevais un appel du ministre Éric Kierans qui m’offrait de le rencontrer. Je me suis rendu à son bureau et à ma grande surprise, j’ai été présenté à Jean Lesage. Les politiciens discutèrent avec moi et finirent par m’offrir d’apprendre le métier de politicien avec Jean Lesage. J’aurais eu un salaire de 100 $ par semaine. J’ai refusé, croyant qu’ainsi je préserverais mieux ma liberté et que je n’aurais pas besoin de devenir un singe pour faire mon chemin en politique. Je ne voulais pas devenir une marionnette politique.

Kierans venait de donner tort à mon psychiatre. On me lisait.

Mon année scolaire s’est très bien terminée. J’ai facilement réussi. Je ne pouvais pas être distrait, je n’avais que 0.50 $ pour mes dépenses, après avoir payé ma pension.

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