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Un sourire venu d’enfer 2

octobre 19, 2020

Un sourire venu d’en enfer 2

Autobiographie approximative

 3

Retour au journalisme et à l’école

À ma surprise, mon ex-patron de Lac-Etchemin fit appel à mes services pour créer un nouvel hebdomadaire dans Limoilou, à Québec.

Québec, c’était le retour à la vie normale. Le déracinement. Adorant le journalisme, je ne pouvais refuser une telle occasion.

À mon arrivée à Québec, je me suis mis à la recherche d’une chambre et pension.

Après quelques coups de fil, j’avais retenu différentes adresses et rejeté d’autres. Je ne voulais surtout pas me rendre là où la dame semblait autoritaire et bizarre au téléphone. Elle ne cessait de me répéter le coût de la pension sans que j’aie d’abord vu la chambre. Je me suis mêlé dans mes papiers. J’ai sonné exactement chez elle. Trop gêné pour refuser, j’ai accepté de partager la chambre avec un jeune Français.

Mme Alice Thibodeau G. louait chambre et pension aux immigrants. Cette annonce dans le journal fut son unique tentative pour y attirer des Québécois. Quelle coïncidence! Cette dame, à qui je veux absolument rendre hommage joua par la suite un rôle extrêmement important dans ma vie.

Elle avait un fils et deux filles : Georges, Louisette et Rolande.

Son mari était très religieux. De prime abord, il semblait très dur, mais l’expérience me le fit connaître sous un meilleur visage. Je rejetais son besoin  de discipline. Il semblait préférer Dieu à Louisette, sa fille aînée; mais quelque chose m’attirait en lui, quelque chose comme la sagesse et la sincérité.

Louisette s’amouracha d’abord de moi. J’étais, à la fois, son confident, le révolté, le bouffon, le poète. L’enfant à la quête de tout ce qui s’appelait plaisir et jouissance, entre deux enseignements religieux. Je ne pouvais pas envisager avec elle autre chose qu’une amitié; car, je cherchais plutôt désespérément un petit gars à aimer. Je me suis contenté de lui expliquer que pour des raisons personnelles, il nous était impossible de se marier.

Mon expérience au journal était très importante. Elle m’assurait qu’un jour il me

serait possible de vivre normalement, car je me sentais affreusement coupable d’être pédéraste. C’est normal, car jeune on identifie ce que les autres disent à notre propre vie. On nourrit son expérience avec ce que l’on entend et ce que l’on voit. La sexualité étant si sauvagement combattue et condamnée, les jeunes croient que la sexualité est un crime plutôt qu’un plaisir; un crime plutôt qu’une réalité humaine. Ainsi, plusieurs commencent à se haïr, certains iront même jusqu’au suicide. C’est donc une morale contre-productive. Une morale qui sème la mésestime de soi. Ce n’est pas l’apanage de la religion catholique, mais de toutes les religions. Cet état d’esprit entraîne nécessairement toutes les formes de discriminations, tout en les légalisant.

Dans nos moments de loisir, les Français se déconstipaient lentement. Au lieu de brailler, je réapprenais à rire. Nous ne pensions qu’à courir les filles et jouer des tours.

Ainsi, dans un magasin, je fis longuement chercher l’objet dont j’avais besoin pour exercer mon nouveau travail. Le commis impatient me fit avouer mon nouveau métier : cambrioleur. Il fallait voir la tête du pauvre commis. Une  chance qu’il n’avait pas un fusil mitrailleur, je serais allé voler en enfer.

Une autre fois, costumés, nous avons parcouru les principales rues de la ville avant de nous rendre voir une comédie. Nous avons tenu la vedette autant que le film.

Petit à petit, j’oubliais ma conversion et je laissais à nouveau s’exprimer ma révolte.

L’expérience journalistique fut de courte durée. Le journal ne se finançait pas. J’étais toujours un bon journaliste, mais j’étais trop moche dans la vente des annonces pour lui permettre de faire ses frais.

L’hebdomadaire abandonné, l’équipe s’est aventurée dans la rédaction de petits livres d’histoire locale, projet qui a dû être aussi laissé pour compte. Le gars engagé pour s’occuper de la publicité n’était pas ce qu’il y avait de plus honnête, ce qui précipita la fin de ce travail.

J’étais un assez bon vendeur, mais je détestais cet emploi. Je déteste vendre.

À nouveau chômeur, je suis retourné chez moi jusqu’à ce que mon père m’avertisse qu’à mon âge, je devais gagner ma vie puisqu’il ne pouvait pas subvenir à mes besoins jusqu’à la fin de mes jours. J’étais majeur. Il avait absolument raison.

Je suis reparti pour Québec et la pension G. Le plaisir laisse toujours un goût de retour.

Il était essentiel pour moi de cacher aux autres mes penchants naturels : j’en avais trop honte. Je voulais oublier le passé, la prison. Je faisais, malgré ma révolte, des efforts surhumains pour me réhabiliter. Dans cet esprit, j’ai décidé de retourner à l’école.

Après de longues démarches, j’ai été accepté à l’école Jean-François Perrault. Le désir de servir bien caractéristique chez tous ceux qui veulent se convertir m’attirait bien des sympathies. J’étais presque un héros; mais je n’avais pas le choix. Je devais trouver un moyen pour m’en sortir, de gagner ma vie ou crever.

J’ai été élu à la vice-présidence de l’association des étudiants de l’école. Je prêchais   la  responsabilité  sociale.   J’en   arrachais   en maudit  pour  survivre.

M. G., qui au début, ne m’aimait pas plus qu’il ne le faut, se prit petit à petit d’admiration pour mon courage. Il ne comprenait pas pourquoi il m’était si difficile de concrétiser ce besoin d’apprendre pour mieux servir mes semblables. C’était un très brave homme au-dessus des mesquineries sociales.

Cette année ne fut marquée que par un incident : le samedi de la matraque.

À cette époque, j’étais encore bien naïf et surtout un bon petit fédéraste. Je voulais servir mon pays. Tout ce que je connaissais du mouvement indépendantiste était ce que l’on entendait dire avec mépris à Québec : un groupe de gens qui veulent nous forcer à parler en cul de poule comme les tapettes de Radio-Canada.  Ce n’était pas très respectueux, mais c’est tout ce qu’on en disait. Québec a toujours trainé de la patte sur le plan de l’évolution politique. On vote d’ailleurs encore pour la CAQ dans cette région.

Il était de plus en plus question de la venue de la reine, visite qui était fortement contestée par le groupe de Pierre Bourgault, chef indépendantiste de l’époque.

Si je n’étais pas encore favorable à la séparation du Québec, une idée nouvelle qui croissait surtout à Montréal, et qui n’existait pratiquement pas dans l’esprit des gens de Québec, j’étais un fiévreux partisan de l’indépendance du Canada vis-à-vis de l’Angleterre.

Devant la montée des protestations, j’ai fait accepter par les étudiants de l’école d’écrire à sa Majesté, soulignant qu’elle parlait mieux le français que la très grande majorité de nos ministres fédéraux. Je voulais juste calmer le jeu, en attirant l’attention sur la piètre figure du français à Ottawa.

Cette lettre fut interprétée comme un serment de fidélité à la reine à un point tel qu’un journal de Toronto prédisait que le jeune auteur de cette lettre serait un jour un personnage important du gouvernement canadien. Le samedi se passa dans un massacre sans précédent des manifestants par la police. Mon

association étudiante a sévèrement décrié cette effusion de sang inexcusable, mais cette fois, personne ne remarqua l’intervention.

En cadeau de Noël, les quelques étudiants indépendantistes me firent remettre un Union Jack, drapeau national de l’Angleterre. J’étais navré que l’on interprète aussi mal mon geste qui voulait souligner simplement qu’il faudrait d’abord se faire respecter comme francophone dans le gouvernement canadien.

J’étais assez stupide pour être d’avis cette même année que l’on arbore le nouveau drapeau canadien parce que ce geste représentait à mon sens un début de changement : les Anglais comprenaient enfin que les Québécois ne sont pas des trous-du-cul. Si j’avais su que la couleur de la feuille d’érable a été choisie rouge par mépris des Québécois, j’aurais sûrement pensé autrement.

La deuxième session d’études fut plus difficile à réussir, même si j’avais démissionné de la vice-présidence pour ne m’attaquer qu’à mes problèmes de finance.

Pour m’en sortir, j’ai travaillé le soir comme placier dans un cinéma et la fin de semaine dans un restaurant.

J’ai ainsi revu des centaines de fois un film qui m’a beaucoup bouleversé. MONDO CANE. C’était un film traitant à la fois de la misère et des mœurs étranges dans le monde des humains. J’ai commencé, grâce à ce film, à comprendre comment les religions ne sont qu’aberrations mentales, fruits de la peur et de l’ignorance.

J’ai terminé avec succès mes études, et l’été, je me suis rendu travailler pour le Journal de Magog. Ce fut la redécouverte de l’écriture. Si, à l’époque de la Tribune, première vague, ma poésie fut celle de la morale et de l’amitié; cet été- là, ce fut celle du repentir. J’étais plus chrétien que le pape.

À Québec, amoureux d’une jeune fille pieuse, je scrutais masochistement mon état d’amourajeux. Je me croyais coupable d’être ce que je suis. On a savamment amené les humains à haïr la sexualité dès qu’elle n’est pas conforme aux normes des religieux qui, eux, doivent vivre sans sexualité et qui essaient de répandre leur problème dans l’âme de tous les humains. Une projection morbide !

J’ai dû quitter le journal de Magog parce qu’il refusait de publier toute la vérité sur les coûts d’un projet municipal.

À cette époque, j’ai appris que mon père, Émile Simoneau, mon parrain Hormisdas Turgeon, et mon oncle, Arthur Simoneau, étaient depuis longtemps des nationalistes convaincus et actifs.

J’avais du journalisme, une très haute opinion. C’était une espèce de chevalerie.

À mon avis, un bon journaliste se devait à ses lecteurs, plus précisément à la Vérité, au Bien commun.

Au péril de sa vie, il devait faire jaillir la Vérité, exposer problèmes et solutions, servir les pauvres en dénonçant leur détresse.

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