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Cicatrice à l’âme 9

septembre 5, 2020

Cicatrice à l’âme 9
(pp. 72 à 83)
Tiré du livre Laissez venir à moi les petits gars, par Parti pris, en 1981

C’est ça d’un coup que faisait revivre la prison. Une vie à se découvrir cloche en tout, impuissant dans tous les sens du mot. À nouveau pour la deuxième fois, comme à 15 ans, je me voyais dans le grand miroir : un être déchu, brisé seulement parce qu’il commit à un moment donné un christ de péché qui s’appelait l’impureté.

C’était comme à 16 ans, avec en plus, un dégoût croissant, proportionnel au degré de déchéance, d’expériences amoureuses et de fonds de bouteille, avec le désir de plus en plus ancré de me suicider ou de me faire tuer, n’ayant pas le courage de le faire, avec la peur panique de ces instincts devenus indomptables.

Il ne me restait plus qu’un moyen pour venir à bout de moi : faire de la prison et m’enfermer dans un monastère, souhaitant mourir le plus tôt possible. Le seul moyen de dominer mes instincts me semblait d’empêcher la tentation et, s’il le fallait, de m’empêcher de vivre.

J’ai obtenu la permission des gardiens d’écrire à mon directeur de conscience et à la trappe d’Oka pour y obtenir mon admission. Cependant, j’ai dû prendre deux semaines pour le faire puisque nous n’avions droit d’écrire qu’une fois par semaine,

Mon Père,

Après plusieurs années de ma vie dans le péché, grâce à l’implacable justice de Dieu, je paie présentement mes dettes à la société. Je purgerai mon esprit pendant je ne sais combien de temps de toute tache d’impureté. Puisque j’ai corrompu tant de jeunes garçons, je me dois pour le reste de ma vie de m’isoler du monde pour me permettre de prier afin de m’assurer que ces pauvres garçons n’aient pas tout au long de leur vie à souffrir de mon mauvais exemple. Ah! S’il fallait qu’un seul enfant se damne à cause de moi. Je préférerais être damné à sa place. Aussi, je me dois de disparaître à jamais du monde puisque je suis corrompu jusqu’à la racine. Je ne peux plus voir un garçon sans être assailli par mille et une mauvaises pensées. Je ne peux rien faire pour m’en empêcher et, chaque fois que la situation me le permet, je succombe. Je voudrais être exorcisé puisque la confession ne suffit pas. Je prie, je vous en supplie d’en faire autant, pour que Dieu permette ma mort afin que je cesse de faire autant de mal, malgré moi. À ma sortie de prison, pour me défendre et protéger les autres, je vous prierais de m’accepter dans votre institution.

Le temps se déroulait avec lenteur. Je craignais la folie puisque je me sentais un peu comme dans un voyage dans un monde étranger, les milles dans le temps me semblaient longs à parcourir et le temps ne coulait plus. Émotivement immobilisé, sidéré, je priais sans cesse pour ne pas avoir de mauvaises pensées et m’adonner au péché.

Le samedi, j’aurais aimé vérifier ce qui se passerait lors de mon émission de radio, mais j’étais trop occupé à prier, j’y ai pensé trop tard.

Le dimanche, à ma grande surprise, les gens chez qui j’habitais au Petit Lac vinrent me rendre visite. Pour eux, ce n’était pas important que je sois pédéraste, j’étais demeuré un être humain, et surtout, un bon gars.

Il était étrange de parler à quelqu’un à travers deux grillages, séparés par un corridor, avec un garde qui écoute ce que vous dites en plus des micros possibles. Avec l’habit du prisonnier, vous êtes drôlement gênés. Je les ai longuement regardés, perdu dans mes prières, avant de parler, pendant cinq minutes, de banalités. Ces gens ne sauront jamais jusqu’à quel point ils m’ont fait plaisir. Ils prouvaient par leur présence que je n’étais pas un salaud, mais un être sensible, qui ressent la solitude et la condamnation, peut-être même plus intensément que quiconque. Ces gens qui ne me devaient rien, qui avaient pourtant un fils de 13 ans avec qui j’aurais pu jouer aux fesses, venaient me rassurer, m’affirmer que je restais un bon garçon, malgré ce handicap, somme toute, pas si important que ça. J’étais bouleversé. J’ai alors pensé que les vrais chrétiens sont ainsi : ils ne font pas qu’aller à la messe le dimanche, mais ils pardonnent, ils sont tolérants, ils aiment les autres. Ce ne sont pas des fanatiques de la lutte contre l’enfer et le péché, mais des êtres fidèles, sincères et authentiques.

(Mon seul commandement est de vous aimer les uns les autres)

J’ai profité de mes temps libres au début de la semaine pour écrire une longue lettre à mon directeur spirituel.

« Mon Père,

Que Dieu soit loué! Je ne ferai plus de mal aux jeunes. Je suis en prison, heureux de payer ma dette envers la société.

J’aimerais avant de vous entretenir de mon sort, vous charger d’une mission. Mes parents souffrent beaucoup de mon arrestation. Je voudrais que vous leur écriviez et possible que vous leur rendiez visite. Je sais que vous sauriez trouver les mots qu’il faut pour qu’ils acceptent cette pénible situation. Penser aux souffrances que cela crée dans ma famille : c’est le plus lourd fardeau que j’ai à porter. Comme j’ai été méchant de ne pas avoir songé à eux avant mes plaisirs égoïstes. Je vous en supplie, faites-leur la grâce d’obtenir une consolation dans une aussi pénible situation. Vous savez, vous, qu’il m’est possible, si je le veux, d’endurer les pires sacrifices ; mais qu’il m’est intolérable d’être à l’origine du malheur des autres. Que Dieu me punisse jusqu’à la mort s’il le faut; mais qu’au moins, il épargne ceux que j’aime.

Si tel est mon désir de me racheter, je ne vous cache pas que souvent je mets en doute ma sincérité. Je n’arrive vraiment plus à savoir si je suis coupable de tous les crimes dont je suis accusé. Il n’y a qu’un moyen de mettre fin à cette attraction pour les garçons : me tuer. Tout a échoué autrement. Ce n’est pas une question d’efforts ou de volonté, mais un état.

Oui! J’ai beau examiner la situation sous tous ses angles, je n’arrive pas à me condamner totalement. Si vous saviez combien je souffrais moralement. Je vous ai raconté tous les efforts faits pour m’en sortir et tous les échecs qui ont suivi. J’aurais dû m’enfoncer avant dans un cloître puisqu’il m’était impossible de résister à cette passion qui me pousse vers tous les garçons qui me fascinent par leur beauté.

Ce n’est pas de l’amour, mon père, je les adore. Que Dieu me pardonne ces paroles, mais je ne peux conserver ces fautes sur la conscience plus longtemps ainsi que mes craintes,

Comme vous aviez raison de me mettre en garde contre les effets néfastes de la passion pour les jeunes garçons. Je me rappelle vos prophéties disant que si je n’apprenais pas à me maîtriser cela me conduirait à la prison ou à la folie, à trahir mon pays.

Je n’ai jamais oublié vos paroles. Comme j’ai eu peur par la suite? Plus j’avais peur, moins je pouvais me contrôler. Après vos paroles, ce ne fut jamais plus pareil. Chaque aventure était suivie d’une peur intenable. J’étais plusieurs jours à craindre de voir les policiers survenir et m’arrêter. Chaque fois qu’une auto de la police tournait autour de moi, je m’imaginais avoir été trahi. Cette peur a modifié amplement mes rapports avec les jeunes. Quand j’arrivais à avoir une expérience avec l’un d’eux, tout se passait comme dans un rêve. Je perdais toute notion du temps et de l’espace, goûtant ces rares minutes comme si immédiatement après j’allais être condamné à mort. C’est probablement cette

peur qui engendra des tremblements de tout mon être quand je regardais pisser un jeune ou qui créa cet état de félicité parfaite quand je parvenais à aller plus loin avec lui…

Je me rappelle qu’après chaque tentative, j’attendais pour voir s’il bavasserait. S’il ne parlait pas parce qu’il était gêné d’en parler ou parce qu’il avait aimé l’expérience, il devenait pour moi un être avec qui je parvenais à communiquer. Je m’éprenais de lui et je cherchais automatiquement à le revoir. C’est comme si en ne me dénonçant pas, il fournissait la preuve qu’il m’acceptait intégralement. Je perdais toute espèce de peur et je me retrouvais en lui, avec lui, une vie qui m’abandonnait dès qu’il était absent. Avec lui ou avec eux (puisqu’il y en a eu des centaines), je peux être moi-même jusque dans les détails quotidiens. J’aimais tellement leur présence que je n’avais qu’une idée en tête : les revoir, passer ma vie avec eux. Les inonder de tendresse.

En leur absence, je souffre d’une solitude asphyxiante. Je perds toute ma sécurité et tout ce qui me permet d’être heureux. Vous savez, m’ayant écouté à maintes reprises, combien je perds le goût de vivre, combien je retrouve avec acuité un sentiment intolérable de mépris de moi et le sentiment d’être profondément humilié, inférieur et vicié jusqu’à la racine quand je ne suis pas avec eux? Leurs rencontres sont des îlots de bonheur, des espaces dans le temps, où je me sens être à l’image de Dieu. Un être aimant. Malheureusement, il ne m’est possible de vivre aussi intensément et heureux que dans ce que vous prétendez un vice. J’espère que vos prophéties s’arrêteront là, car je ne voudrais pas devenir fou et encore moins trahir mon pays. Je sais que la peur de ces éventualités me hantera longtemps puisque vos prédictions quant à la prison se sont réalisées. J’ai peur de la fatalité au point d’en être victime.

Vous savez, avant mon arrestation, j’étais fier de voir venir ce sacrifice puisque j’avais peur de devenir un maniaque comme Léopold Dion et de tuer un jeune avec qui je me serais laissé aller, par peur d’être dénoncé. Vous ne savez jamais ce que la peur peut créer. Dion tuait peut-être les petits gars parce que c’était la société punitive qu’il tuait à travers l’enfant ainsi que lui-même. En tuant l’enfant, il s’auto punissait, en souhaitant être lui-même tué à la suite de ce geste, ce qu’il n’aurait pas pu faire lui-même. Dion était rendu au suprême degré du dégoût de l’absurde de sa vie et du désespoir… pas même les psychiatres, les prêtres et encore moins les forces de l’ordre comprennent la pédérastie.

Pour protéger des queues, ils sévissent jusqu’à ce que le pédéraste tue ou se fasse tuer. Personne ne veut comprendre au bout, le fond du problème. Si Dion n’avait pas été incarcéré au début, si la prostitution avait été légalisée et accessible à peu de frais, les quatre petits vivraient encore. Si les journaux ne parlaient pas de Dion, d’autres ne seraient pas traumatisés par cet exemple et poussés à répéter ce geste rituellement, si la peur conduit à la folie. La peur est la pierre angulaire de la violence. Elle fait perdre tout contrôle. C’est par peur de devenir un second Dion que je suis heureux d’être en prison. Je suis plus en sécurité ici contre moi qu’en liberté. Je ne voudrais jamais être amené comme lui

à un tel degré de folie que je doive d’abord tuer la société dans leur corps, avant de leur faire l’amour.

Je ne me serais jamais laissé aller à ces extrêmes puisque je suis viscéralement contre la violence ; mais étant très influençable et obsédé par la peur de me faire poigner, on ne sait jamais. La folie est comme le ixième coup de marteau sur la tête. Elle vous arrache des gestes quand il ne vous est plus possible d’encaisser de nouveaux coups. Quel intérêt la société a-t-elle à forcer les pédérastes à se haïr jusqu’au suicide? Faut-il qu’un pédéraste soit psychopathe pour devenir dangereux?

Ayant été trahi pour 25 cents, j’ai pensé me venger comme il m’arrivait parfois de songer à tuer quelqu’un pour anéantir en un geste les humiliations d’une société qui refuse de comprendre. Ce désir naissait à force de me sentir éternellement et irrémédiablement une bête traquée. Ces pensées, quand elles faisaient surface, m’effrayaient et je les repoussais avec un sentiment d’effroi. C’était absurde. Je ne peux vouloir me venger, je les trouve encore beaux, trop beaux pour leur en vouloir. Juste les voir, c’est déjà une félicité.

J’aime tellement les petits gars avec qui je me livre à mes passions que je les excuserais même de me faire fusiller. Je suis entre leurs mains une pâte qu’ils moulent comme ils le désirent. Je ne peux rien leur refuser tant que ça ne va pas à l’encontre de ce que je crois. Non! À moins de devenir fou de peur, je n’aurais jamais pu faire aucun mal aux jeunes. Je les aime trop, même si c’est mal.

Pardonnez-moi et absolvez-moi. J’ai été le plus franc et le plus sincère possible. »

Le temps coulait de plus en plus lentement. De plus en plus atrocement. Un inutile sacrifice fait d’heures passées à revivre ma vie, me condamner, des heures à rechercher la faille, la minute qui légitimerait mon emprisonnement et me rendrait enfin responsable de mes actes.

Je regardais les murs en songeant au service que je me rendrais en m’y fracassant la tête. Jamais je n’osais. Je m’accusais d’être hypocrite, de ne pas me faire justice. Je me haïssais comme il est impossible de se haïr, tout en ayant un corps qui, ayant fait la fiesta, refusait de se détruire.

La vie n’existait pus. J’étais un cerveau ambulant entre la réalité des quatre tables de la salle commune, quatre tables rondes, avec autour, au bout des tiges de fer rondes, six petits bancs ronds aussi. Une réalité composée d’une dizaine de personnes ne trouvant pas mieux à faire que de jouer aux cartes, discuter pendant des heures de sujets les uns plus banals que les autres, jouer aux dames et rediscuter des mêmes sujets que la veille. J’étais le loup du palace, exécutant toujours les mêmes pas, au même rythme, à la poursuite de la preuve flagrante de culpabilité. Toujours les mêmes mots, des prières récitées, collées

aux mêmes grains d’un chapelet camouflé toujours dans la même poche gauche, à l’arrière de mon pantalon pour éviter les tentations. Le vertige de ces sentiers s’arrêtait devant une petite salle située à gauche, vers l’Est, où se trouvaient deux douches, douches que je repoussais toujours, craignant toujours que le Gros m’y retrouve et m’encule; ou encore, dans la petite salle, toujours à gauche, mais cette fois vers l’Ouest, vers la cour, toujours pareille avec son ciment, où il était possible de se dissimuler dans l’une ou l’autre des trois toilettes ; ce que j’évitais, à moins d’y être contraint par la nécessité, afin d’éviter la tentation de me crosser.

Chaque jour, c’était la même chose. Lever tôt, six heures, je crois. Réveillés par des gardes qui hurlent en frappant les barreaux. Chaque prisonnier s’affairait aussi dans une odeur peu agréable à se rendre aux toilettes vider sa chaudière. C’était la danse des cris et des bruits, mes premières prières jusqu’à ce que je perde le sommeil et commence à me lever plus tôt pour prier les bras en croix. Les pas partaient des cellules, alignées de chaque côté dans cette aile de la bâtisse, dos à dos, donnant chacune sur un petit couloir qui se situait entre les escaliers menant à la cour, escaliers qu’il nous était impossible de franchir à cause des portes de fer. Les fenêtres étaient toutes barricadées de fer.

Après l’opération toilette, c’était le déjeuner. Craignant que les tentations ne deviennent trop impérieuses à cause de Jeannot, j’ai commencé un jeûne. Cette décision me faisait d’autant plus respecter des autres que je distribuais ce que je ne mangeais pas. J’ai petit à petit étendu ce jeûne à tous les repas. Puis, au cours de la journée, deux sorties à l’extérieur. On se rendait dans la cour à travers un passage unique, fermé aux deux extrémités par des portes de fer. La cour, c’était de l’asphalte et un mur de ciment de plusieurs pieds de hauteur. La visite à la cour était attendue comme la liberté. C’étaient quinze minutes différentes des autres. Au moins, si on faisait le même trajet, la cadence était moins étourdissante. Parfois, il était même possible d’y jouer au ballon. La cour, c’était, malgré sa gueule d’asphalte et de ciment, différent, ce qui brisait la monotonie de la salle commune puisque les prisonniers qui habitaient les deux étages  se  rencontraient.   C’était   l’aventure,   comme   l’arrivée  d’un nouveau.

Un nouvel arrivant était nouveau une journée ou deux puisqu’en peu de temps il était possible de saper chaque seconde de sa vie, de les discuter, de les confronter  et  de  tirer  le  portrait  exact  du  nouvel  ami  ou  du  nouvel ennemi.

Je ne me livrais pas à ces examens, j’étais seconde après seconde replié dans mes souvenirs, comme un coffre mystérieux afin de m’accuser davantage. Et pourtant, mes cent pas, mes longues prières n’y parvenaient pas facilement, comme en fait foi cette autre lettre à mon directeur de conscience; la quatrième lettre était pour ma mère que j’ai toujours profondément aimée ainsi que mon père.

Mon Père,

J’ai beau prier, chercher en moi le mal, mettre en doute jusqu’à mon honnêteté, je ne parviens pas à croire totalement dans ma méchanceté. Je me sens surtout victime d’une situation. Est-ce ma faute si à quatre ans, j’aimais déjà le sexe? Est-ce ma faute si je n’ai compris que bien plus tard ce qu’est le péché d’impureté? Ah si j’ai souffert de cette découverte! J’ai bu et je me suis révolté contre religion et famille; mais n’est-ce pas une condition normale chez une personne qui se sent sans cesse rejetée, chez quelqu’un qui n’a pas la force de faire face à la réalité? Moi aussi, j’étais un enfant. On m’a violé en introduisant le péché de la chair…

Eh oui ! Je n’arrive pas à croire que je fasse mal aux jeunes en les introduisant à l’impureté. Aucun de ceux avec qui je me suis livré à mes supposés « bas instincts » n’a mal tourné. Ils réussissent tous à vivre heureux. Je suis seul à demeurer prisonnier, probablement parce que je suis le seul à me culpabiliser.

Je ne peux pas voir en quoi aimer quelqu’un peut être négatif, si ce n’est par désobéissance aux règles fixées par la société. Je les aime, mon Père. Je les aime à ne pouvoir résister à leur toucher, à les découvrir en tout. Je les aime à n’avoir d’apaisement qu’après avoir bu la liberté avec eux puisqu’alors il y a à jamais un secret qui nous unit. Je ne vois pas en quoi de telles expériences peuvent leur nuire.

Habituellement, au contraire, de telles relations nous placent sur un pied d’égalité. Nous sommes complices. Deux contre les adultes. Vous savez très bien que si je leur faisais mal, je préfèrerais mourir plutôt que de continuer. Je pense parfois que l’on exagère la gravité de cet amour de la chair parce que tout le monde est attiré par elle et chacun par ce stratagème arrive à se le cacher. Quelle différence y a-t-il entre être possédé par le corps d’une femme ou celui d’un garçon? N’est-ce pas une obsession aussi? Vous me direz : « tu en souffres et tu communiques ton mal, voudrais-tu que d’autres subissent ces mêmes remords? » Justement. Si l’on n’en faisait pas tout une histoire, je n’en souffrirais pas. Si cela n’était pas défendu (on ne sait même pas pourquoi), je n’aurais profité que des profondes joies que cela m’apportait. J’aurais été profondément heureux d’aimer avec une telle violence ceux qui m’attirent.

(L’amour, c’est donner sa vie pour ceux qu’on aime.)

Vous savez comme moi que, somme toute, la défense de toucher l’appareil génital de l’autre, s’il accepte, c’est stupide. Pourquoi interdire de se toucher la pissette et non le nez? C’est aussi une partie du corps. Pourquoi bafouer un instinct et une curiosité, somme toute plus forte que tout? Une curiosité savamment nourrie par l’interdit…

Je n’arrive pas à y voir du mal. Plus j’y songe, moins je comprends. Le Christ n’a-t-il pas défendu une putain? Ne demande-t-il pas d’être comme les enfants? Les enfants ne sont-ils pas des êtres pour qui naturellement le péché de la chair n’existe pas dans l’assouvissement de leur curiosité et de leur penchant sexuel à moins que les adultes ne leur aient implanté leurs

« scrupules »?

Quand je songe au « mal » que j’ai fait aux garçonnets, je ne peux m’empêcher de me rappeler le feu de leurs regards, la joie épanouie sur leurs sourires, la fierté et l’amour qui nous enivrait pendant et après ces péchés. Je ne connais personne ou presque qui ait par la suite souffert de nos relations. Ils ont toujours été plus épanouis, moins hypocrites, plus joyeux, probablement parce qu’ils ne se laissaient pas dévorer de remords comme moi et ce qui me semble plus naturel puisque nous n’y voyions alors pas de péchés. Nous  nous  cachions pour le faire instinctivement comme fumer une cigarette, les adultes se réservant des plaisirs pour se distinguer des enfants. Égoïsme? Je ne crois pas puisque j’ai toujours gardé un respect, pour ne pas parler d’une sorte de fascination envers tous mes camarades de jeux. Je me sens à jamais leur amant, même s’ils sont nombreux. Est-il égoïste de faire partager aux autres tout ce qui nous a rendus heureux? Peut-être? En gardant pour moi seul les remords.

Je ne sais plus si ma conversion de prison n’est pas davantage de la folie que mes péchés. Je vous avoue souffrir le martyre et préférer crever quand je songe à la peine que je crée pour mes parents. Pour tout oublier, je prie. Ainsi, je ne pense plus.

(Les Jésus Freaks, les créditistes, le marxisme, la méditation bouddhiste ou autres ont les mêmes fins : faire oublier la réalité. Nous faire nier notre nature. )

Aimer, c’est ce qui est important dans la religion et pourtant les enseignements de cette même religion nous amènent à haïr tout le monde, sauf ceux qui partagent notre idéologie. Je ne comprends pas comment, sans être hypocrite, il est possible d’être charitable et en même temps de mépriser communistes, protestants, musulmans et mauvais catholiques.

Tout au long de ma vie, la religion a été incompatible avec l’enseignement et la pratique et c’est pour cela que je me suis révolté contre l’Église. Par amour de Dieu. Je ne peux admettre que l’Église soit si riche alors que tant de gens crèvent de faim. Je ne puis admettre que l’on tue en prônant une religion d’amour. Dans mon enfance, j’ai eu des amis protestants. Ça a toujours été une guerre avec la famille pour leur demeurer fidèles. Que de soirées j’ai été puni, enfermé dans ma chambre, pour m’empêcher de voir mes amis. Ah! Si je me rappelle avec quel pincement au cœur j’ai commencé à mettre en doute la justice divine puisqu’elle permet que par ignorance, tant de gens n’aillent pas au ciel. Comment accepter la damnation de gens que vous aimez, de gens qui vous parlent de Dieu avec plus de foi que celle rencontrée souvent chez ceux qui les condamnent. C’est ignoble de penser, avec combien de haine l’on a su nous empoisonner les cerveaux face aux étrangers parce qu’ils dérangent nos croyances et nos traditions. Qui nous prouve que nous avons plus raison qu’eux?

Je les ai peut-être trop aimés. Je me rappelle parfaitement les liens qui m’ont uni à Raymond et qui n’avaient rien de génital, mais plutôt cette sorte d’envoûtement de la nouveauté, de l’étrange et de la découverte.

Que d’heures agréables j’ai passées à apprendre que hors notre pays des millions d’autres gens vivent différemment. J’aurais pu écouter toutes ces histoires de pays où les gens sont tassés les uns sur les autres, où déjà la guerre est survenue comme un cancer pendant des années. Des soirées durant, j’ai montré des paysages, j’ai aimé des couchers de soleil et des nuages avec eux ; pendant de longues sessions, j’ai appris l’existence de cinémas et de théâtres et j’aurais dû fuir parce qu’ils étaient protestants… Finis aussi les jeux de cosmonautes.

(Tu aimeras ton prochain comme toi-même)

Raymond m’a pénétré de sa voix, de ses gestes, comme jadis Galen et sa famille m’avaient initié à la musique. C’est par fidélité que j’ai fait les 400 coups qui m’ont mérité mon renvoi du juvénat des Pères de Saint- Paul parce que je ne voulais pas être séparé de Raymond, dont la famille devait fuir à l’Ouest, sans le revoir, sans refumer à la cachette une cigarette avec lui, faisant tomber en même temps le rêve de ma mère d’être son curé. Et Patrice, est-ce si grave que je sois tombé amoureux de sa voix et de ses yeux. Que de chicanes ai-je dû endurer pour le fréquenter. Que de scandales quand son père me parlait contre les curés et mon grand-père qui me traitait de vaurien parce que je n’acceptais pas de les quitter, ayant trop peur de mourir de chagrin de ne plus revoir le petit… De mauvais communistes. Comment me suis-je fait traiter de fois de fifi en classe par les filles à cause de Patrice? Comme j’ai dû me révolter contre l’école, en être expulsé, manger des coups pour l’aimer, lui demeurer fidèle. J’ai adoré Patrice… sa voix et son petit accent français.

Oui! Je me suis révolté contre cette religion qui m’enseignait la charité et qui pour être bien pratiquée exigeait que je haïsse une bonne partie de l’humanité. Je suis mêlé. Je ne sais plus ce qui est bien et mal, mais comment faire pour comprendre quand l’agir est différent de l’enseignement? Est-ce ma faute si j’ai cru tout ce que l’on m’enseignait  du Christ, que je voulais imiter le plus parfaitement possible, et si je me suis révolté dès que je me suis rendu compte que dans la vie quotidienne, il en était tout autrement? Le Christ ne vivait-il pas et n’aimait-il pas les bandits de son temps? N’a-t-il pas été le premier à s’élever contre l’hypocrisie de la religion et son époque et de son pays?

(Sépulcres blanchis, vaches du dimanche.)

Je voudrais bien être un bon catholique, mais je ne peux m’empêcher de me révolter devant autant de haine, de bêtise et de conservatisme. Je suis fait pour l’amour et non la guerre.

(Il chassa les voleurs du temple et pleura sur

Jérusalem)

Il me semble avoir fait ce que je devais pour être un bon gars, un gars correct et je me suis sûr que de poigner le cul à un petit gars ne peut que lui faire du bien, si les deux sont consentants. Je ne vois pas pourquoi je serais damné ou même un mauvais gars. Nous le faisons tous. La violence est certainement un acte beaucoup plus répréhensible. Je ne peux m’accuser que d’avoir aimé. Bien ou mal, c’est une autre affaire. Un problème de responsabilité et non de morale.

J’étais mieux de prier puisque sans ces répétitions d’Ave, c’est avec un plaisir exquis que je me rappelais ces scènes d’histoires d’amour rejaillissant de mon enfance. Je me rappelais particulièrement bien mes aventures avec les garçons d’une famille, habitant près du village. Nous avions tous entre 10 et 17 ans. J’ai commencé par jouer avec les deux plus vieux qui m’intriguaient comme tous les garçons de cet âge. Gaétan devait avoir à peu près 14 ans. Nous étions toujours pliés de rire quand celui-ci enlevant son pantalon exhibait une toute petite queue de deux pouces environ soutenue par une immense poche, fortement disproportionnée. Cela nous amusait plus que n’importe quel jeu que nous aurions pu inventer, d’autant plus que cette énorme poche était complètement flasque. Son frère était bien proportionné, mais n’attirait pas tellement mon attention, étant détourné parce qu’il était surexcité, criard et vite éclipsé par la beauté de son frère cadet. Celui-ci était d’une beauté pas possible. Je l’adorais. Son agilité et son allure de petit chevreuil me fascinaient. Ses grands yeux bleus me hantaient, mais certes encore moins que son rire. Ce rire qui m’a si souvent et profondément troublé. Ce rire si beau qu’il se répercutait même jusque dans ses regards. Ah! Que j’ai aimé ce rire! Il rivalisait bien avec la beauté de ce petit corps qu’il m’exhiba qu’après plusieurs visites chez le docteur. Il était beau de partout avec son petit corps de douze ans et ses petits trois pouces qu’il montrait avec fierté. Que d’attachement j’ai ressenti à son égard. Je l’aurais voulu toujours avec moi. J’aurais voulu toujours répéter ce geste de descendre à toute allure à bicyclette, mes doigts contre ses côtes, au risque de me casser la gueule. Mes mains se frayaient un chemin jusqu’à son pantalon vite gonflé. Il a été un  de  mes grands  amours;  c’est  pourquoi  je  devais cesser de me le rappeler, car ma conversion aurait vite fiché le camp.

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