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Cicatrice à l’âme 2

août 29, 2020

 

 3

Mes expériences sexuelles au Petit Lac pouvaient s’expliquer par cette enfance bouleversée par la censure et la morale judéo-chrétienne qui nous faisant vivre loin de notre petite nature.

Elles s’étaient confinées à Michel, Danny, François, à de longs moments à dévisager quand un garçon me plaisait. Il y avait entre autres un groupe de jeunes d’une même famille avec qui je luttais, essayant de tâter et de sentir s’exalter sous mes doigts une petite graine toute folle de se faire caresser.

Il y eut aussi André, le l’oubliais.

J’ai été affreusement bête avec lui. Il venait souvent lutter avec moi. Je ne tentais rien, je le trouvais possiblement trop bavard. Jeune, on sent ces choses. Un jour, il vint à la salle développer des films avec moi. Dans l’obscurité, il me dit avoir quelque chose à me remettre. En vitesse, il dégaina ma braguette… je n’ai pas réagi tant j’étais surpris. Il avait dix ans, mais il savait ce qu’il voulait. Aujourd’hui, quand j’y pense, je sacre en bleu, car lui et Jean-Guy auraient pu être deux partenaires fiables. Quant à Jean-Guy, je ne tentais rien puisque j’habitais chez lui, j’y étais bien et je ne voulais pas tromper la confiance de ces gens que j’aimais bien. Je n’avais pas osé assez vite, aussi n’y a-t-il rien eu. À cet âge, si rien ne vient les traumatiser, c’est-à-dire, leur faire peur, il est normal pour les garçons d’aimer jouer aux fesses avec ceux qui s’occupent d’eux; ça leur permet de se découvrir et de découvrir les autres. Si aucune complication ne se présente, les garçons, après s’être comparés, avoir découvert les secrets de la sexualité, poursuivront leur recherche chez les filles. C’est une période tout à fait normale, voire essentielle; donc, il ne faut pas se surprendre du grand nombre de garçons qui s’offrent gratuitement ou à grand prix puisque cela peut aussi devenir un moyen de se faire de l’argent ou de se valoriser.

Recherche éternelle, essoufflante; quelques aventures, voilà ce que m’a valu la prison commune… parce qu’un jour, j’ai refusé de verser 25 sous à Michel, qui m’a vendu aux policiers. J’ai préféré la prison plutôt que de m’abaisser à son sinistre chantage…

Je savais quelques semaines avant mon incarcération que la police enquêtait sur mes activités pédérastes. Par contre, l’ardeur avec laquelle on me combattait à cause de rancunes politiques m’était complètement inconnue. J’avais vite écarté cette possibilité. Il me semblait impossible que mes opinions politiques  influencent  l’approfondissement  de  l’enquête.  Je  trouvais  cela  trop dégueulasse pour être vrai, même vraisemblable… j’étais jeune  alors, Danny eut raison quand il me répéta les paroles d’un groupe  de  libéraux du coin : nous n’aurons de repos que s’il est enfermé. « Et je le fus. Probablement, pas autant, comme je l’aurais cru, pour protéger la jeunesse, que pour protéger leurs intérêts patroneux que je commençais à parvenir à mettre en danger. Je fus ainsi parmi les premiers prisonniers politiques du Québec de cette époque, sans même le savoir.

Au cours des premiers jours, l’activité policière autour de moi, loin de m’apeurer, me procurait un certain plaisir. Je m’amusais à la pensée de les suivre par imagination dans leur enquête. Je saluais les policiers quand ils passaient près de moi. Cet état de nonchalance venait du fait que j’étais persuadé qu’il serait impossible de monter une preuve suffisante pour m’impliquer… avec si peu de fait…

La première semaine s’est déroulée sans panique. À la fin de semaine, je partais en vacances. Je me rendais dans ma famille, puis en voyage aux États- Unis. J’ai songé à déguerpir et à ne plus jamais remettre les pieds au Québec.

Ce nouveau sentiment de désarroi s’était infiltré avec les derniers développements de la fin de semaine.

Au cours des deux dernières semaines, Danny m’avait fait part de ses inquiétudes : « La police veut t’avoir. Elle mettra le temps nécessaire. Il ne faut plus se revoir, c’est trop dangereux. Tout le monde parle de l’enquête. Mes parents ont été questionnés par la police. Ils ont éclaté de rire. Ils ont dit que tu es le meilleur gars qu’ils connaissent. J’ai peur. Si tu es arrêté, promets-moi de ne jamais parler de nous.»

J’ai fait cette promesse, intérieurement brisé. L’amitié est bonne pourvu qu’elle ne nous apporte pas de problèmes. C’était une trahison…

Ce soir-là, je me suis rendu à une danse avec un copain. Attiré par le buste d’une jeune fille, je croyais de plus en plus possible « ma conversion ». Danny en serait bien fier.

Le lendemain, avant mon départ pour les vacances, le  patron  m’a demandé à son bureau : « J’ai entendu dire que les policiers enquêtent à ton sujet depuis plusieurs jours. Il semble que t’as profité de ton travail dans la chambre noire pour poigner le cul des petits gars. Je te ferai remarquer que j’ai peine à y croire, mais si c’est le cas, tu en subiras les conséquences.»

Le parton était mal à l’aise. Il m’aimait bien, me trouvant travailleur et foncièrement honnête, ce qui est de plus en plus rare de nos jours. Je n’avais eu qu’une fois des mots avec lui au sujet de mes écrits journalistiques. J’avais eu l’intention de tout quitter : je n’acceptais pas la censure. Pour moi, la vérité est faite pour être connue et un bon journaliste ne peut pas passer à côté de ce devoir.

Celui-ci, après s’être laissé emporter, m’avait expliqué que les libéraux n’aimaient pas mes articles et menaçaient de retirer leur publicité. « Si ça arrive, le journal ne sera plus rentable. Je ferai faillite et tu perdras ton emploi. Dis la même chose, mais écris-le autrement, moins durement. » Sans menace, sans scène, paisiblement, il m’expliqua les rouages de la publicité et son importance pour la vie d’un journal. Il m’indiqua jusqu’à quel point je pouvais me rendre dans mes articles sans mettre la vie du journal en danger, puisque souvent la survie des hebdos repose sur la publicité politique ou celle de grosses entreprises qui ont en même temps le contrôle de l’économie d’une ville.

Il avait raison. Je me suis senti devenir solidaire d’une lutte contre un système pourri, tout en garantissant au journal de survivre. Je n’avais pas à cacher la vérité, mais je devais la dire moins durement, moins clairement. Juste semer des doutes. Que les plus intelligents comprennent.

La pédérastie, être un maudit fifi, c’est difficile à faire admettre à son patron : c’est souvent le renvoi. Pour la première fois, j’ai menti. Il a réitéré sa confiance en moi et je suis reparti complètement défait. Ce n’était pas seulement la honte ressentie en répondant à ses questions qui m’accablait, mais d’avoir menti. Ça me pesait sur la conscience. J’aurais été étendu sous un rouleau compresseur, j’y aurais été plus à mon aise.

Aux États-Unis, je n’ai pas mis à exécution mes projets de fuite puisqu’il me semblait de mon devoir de faire face à la musique. J’avais désobéi à la loi de Dieu et des hommes, il me fallait maintenant payer pour mes écarts. Quand on raisonne aussi bêtement, on mérite presque son sort… j’avais été bon beurre dans le moule des valeurs québécoises.

De retour au Petit Lac, j’ai vite senti que l’enquête de la police prenait des proportions insoupçonnées. Je commençais à sentir la soupe chaude. Ayant des émissions de radio, je me rendis à St-Georges de Beauce les enregistrer. Des membres de l’Union nationale m’offrirent d’entrer en politique. Ils n’en revenaient pas que je sois si jeune et aussi dégourdi. J’ai refusé. Par opposition à mon père, j’étais libéral. Cependant, dans le cas précis du pont de Québec, je considérais que Jean Lesage se moquait des gens. Je n’étais pas du genre à dire qu’il avait raison quand je croyais qu’il avait tort. Le bien du peuple passait en premier.

À mon retour au Petit Lac, en auto-stop, j’eus une « ride » avec le chef de police. Je lui lançai cyniquement : « Comme ça la police enquête sur moi? Est- ce qu’elle a de bons résultats? » Il nia tout de l’enquête.

Le mercredi suivant, je me rendais à l’église. Les nerfs flanchaient et j’étais pris de panique. Devant l’immense crucifix, je demandai à Dieu de m’épargner la prison, sinon, de tirer une bonne leçon de mon châtiment. Je pleurais de peur. Je suis entré à la maison et je me suis  étendu sur  le  divan à  plat  ventre.  Mme Martel me dit laconiquement : « T’es couché sur ton mal. » J’étais seul à savoir combien vrai c’était.

J’étais dorénavant convaincu que je serais arrêté. J’étais comme le chien que je vis un jour attaché à un arbre, qui se lamentait de douleur puisqu’on venait de le tirer à la carabine, mais on l’avait atteint dans le cou. Pourquoi ne nous tue-t-on pas d’un coup quand on décide de nous dompter? Ce serait moins difficile pour nous et plus économique pour la société. Ce doit être que la société a besoin d’institutions pour employer ses sadiques et les cobayes sont rares. Donc, il faut les économiser…

Je continuais à travailler même si j’avais perdu l’appétit. J’éprouvais une difficulté sans borne à me concentrer. Je lisais Confiance en la divine providence pour me préparer à tout. Et, le temps s’allongeait. Le fait de ne pouvoir cesser de penser avait commencé ses tortures. J’étais en pleine éternité… sans possibilité de m’en sortir.

Je travaillais au montage du journal quand le chef de police accompagné de deux agents de la S.Q. fit apparition. J’ai continué comme si de rien n’était. En découpant des articles, j’eus envie de frapper le chef de police avec mes ciseaux. Je me réjouissais déjà de sentir le sang de cette crapule mensongère me couler entre les doigts. J’ai vite mis fin à cette impulsion, ayant pour réaction un fort sentiment de culpabilité. J’étais non-violent. Je n’avais aucun motif pour me transformer. Pour devenir violent, il faut auparavant avoir goûté à la puissance ou mourir de peur. Je suis d’un peuple qui n’a vécu que la servitude et, comme lui, je préfère le martyre à la violence… faute peut-être d’instinct de domination.

Tu aimeras même tes ennemis

J’étais impuissant. Un de ces insectes qui a comme seul moyen pour se défendre de piquer avant de se faire écraser, n’ayant ni la force, ni le cran de se défendre de ceux qui les oppriment. J’étais la brebis que l’on mène au poteau pour être exécutée.

À la demande des  policiers,  je leur ai fait visiter  les  lieux  et principalement « le lieu du crime, le laboratoire à photos ». Un des policiers me fit alors part de leur intention de me questionner. Voulant savoir s’il s’agissait d’une enquête ou d’une arrestation, je les informai que je devais laisser une note au patron avant de quitter le bureau. Devant mon insistance à connaître l’heure de retour, un des policiers m’indiqua de l’oublier, car « ça risquait d’être long.»

Dans l’auto, j’étais assis à l’arrière, les policiers à l’avant. Je m’amusai à les questionner quant au fonctionnement de leurs appareils de radio. Ma curiosité irrita l’un d’eux. J’en rigolai intérieurement. C’était l’occasion de me venger, malgré ma décision quasi mystique de payer en purgeant le maximum de la peine et ensuite me retirer dans un monastère : il me fallait souffrir jusqu’à la mort en expiation de mes scandales chez les jeunes et de ma vie entière de débauche. Quand on commence à se croire coupable, on n’a pas peur d’en mettre.

(Malheur à celui par qui le scandale arrive. Il est mieux valu pour lui de lui attacher une meule au cou et le jeter à la mer.)

Le scandale, c’est de mentir aux jeunes, leur raconter des peurs, leur apprendre à se haïr et à haïr les autres… dans ce temps-là, c’étaient les pensées, les regards, les touchers, tout ce qui était vie et plaisirs. Tout ce qui était sexuel.

Ce désir de me moquer des policiers a vite été écrasé et ma résolution « de payer comme il est juste » me fit subir à mon égard un profond dégoût. Comment expier et me convertir dans de tels sentiments de vengeance? Je commençai à prier.

C’est incompatible que de vouloir se convertir et songer à s’amuser.

(À Cana, le Christ s’était amusé. Hippie, il s’est présenté à la noce avec ses amis, mais ceux-ci étant refusés, Jésus décida de donner une leçon à son vieil hôte. Aussi, avait-il siphonné le meilleur vin des barils contenant normalement de l’eau, laissant quelques autres barils de vin intacts. Les invités saouls, Jésus fit entrer ses amis et partagea avec tous le nouveau vin. Les domestiques n’y virent que du feu et se mirent à crier au miracle. )

Il s’agissait d’y penser. Aimer la vie est le plus grand des péchés quand on n’appartient pas à la classe de ceux qui peuvent se le permettre. Il faut être très riche pour être pédéraste.

(Jésus commença son enseignement : vivre de Dieu, c’est vivre saoul de joie. Buvons! Fumons! Aimons-nous!)

À mon arrivée, à la salle d’entrée de la prison, sans plus de commentaires ou d’avertissements, les policiers me firent vider mes poches. J’ai aussitôt été conduit,  après  être  passé  devant  les  cellules,  dans  une  salle  publique.

Dans cette suite interminable de portes métalliques, grâce aussi au plancher de  ciment,  à  trois  il  est  possible  de  faire  autant  de  bruit  qu’un  bataillon.

Tout le monde me regardait étrangement comme dans les clubs homosexuels de Montréal, où, en entrant, tu ne vaux pas plus qu’une livre de beurre.

J’avais l’impression de vivre un film de cowboy et de me payer une bonne expérience. Je n’ai pas répondu aux questions des prisonniers concernant les raisons de ce « voyage », sinon au grand Maurice qui m’avait connu antérieurement et qui professait à mon égard une profonde admiration.

— Vous verrez, les gars, c’est un type plus qu’intelligent. Il va les posséder, lui, les juges.

Un tel témoignage à mon intelligence étant si rare, je n’ai pas hésité à lui donner quelques cigarettes de récompense.

J’affirmai orgueilleusement être bien décidé à demander au juge le maximum de la peine, soit cinq ans. Les prisonniers riaient de moi, affirmant qu’après quelques jours de cette retraite, je changerais bien d’avis.

(Aimer, c’est donner sa vie pour ceux qu’on aime.)

Quelques minutes après mon arrivée, les gardes nous conduisirent à nos cellules.

(Jésus, durant trente jours, se retira dans le désert, fumer et pratiquer la méditation transcendantale. Sur le LSD, il prit conscience de sa divinité, par son appartenance au grand TOUT, et il partit en guerre contre son gouvernement religieux qui faisait de bonnes affaires avec Rome.)

Je vivais dans un rêve. J’avais peine à disséquer la réalité. Je sentais très bien que je n’arrivais plus à percevoir les objets comme avant. J’avais toujours l’étrange besoin de rire, à force d’avoir envie de pleurer. Je me retrouvais dans la peau d’un animal que je ne connaissais pas. L’animal cellule 295 ou 312. Je sentais un étrange sentiment de flottaison. Je me suis pris à songer aux prisons du Far West et c’est avec le sourire que je songeai à me suicider.

(Tu ne tueras pas)

Qu’importe les maux. La loi, c’est la loi! Tuer, ce n’est permis qu’aux papes, aux évêques, aux politiciens, aux soldats, aux policiers pour assurer sur la terre une juste répartition des vengeances du Seigneur contre les masses ignobles d’impureté, de jalousie commise par les douces brebis alors qu’eux n’ont pas à se le reprocher, étant au-dessus de la loi.

(Je ne me nourris pas de ce pain et je n’ai pas besoin de légions pour me faufiler dans les foules. Je prêche la non-violence. Je suis le décrocheur des règles stériles. Le décrocheur institutionnel. Contre moi et mon Père, aveugles, vous péchez en convertissant vos « quéquettes » en épée… mon père est tout amour.)

Ma ceinture ou la jambe de mon pantalon aurait bien fait l’affaire.  Je n’avais qu’à m’accrocher à la porte de ma cellule. J’étais enduit d’une sensation de perméabilité et j’irais jusqu’à dire de béatitude de me sentir enfin pour la première fois de ma vie complètement détruit.

Encore un peu de temps et je serai un saint. J’espérais ce moment depuis si longtemps. Il faut souffrir pour être digne du ciel…

Je me suis toujours souverainement détesté de ne pas être parfait comme ils nous l’enseignaient, de ne pas être un saint… Aujourd’hui, je perçois la sainteté comme la réalisation complète, parfaite, du masochisme, le parachèvement par excellence de l’autodestruction, avec l’impression d’accomplir une grande œuvre. Enfin! J’avais cette œuvre : m’approcher de la divinité au point d’y toucher du regard et des lèvres. La coupe du pardon à boire dans la souffrance de l’humiliation.

Les images se succédaient en moi avec une rapidité inouïe. J’ai pensé à ma famille. Cette idée m’a transpercé comme une lance. J’ai sangloté et j’ai décidé de me vider la tête de toute réflexion. Je souffrais trop. Il me semblait préférable

de ne pas tenter de résoudre d’un coup un problème aussi nouveau et aussi grave. Le temps arrangerait bien les choses.

(En mon nom, les familles seront divisées. Le fils trahira le Père, comme en Russie ou à Haïti. Je suis la Voie, la Vérité, la Vie.)

Je recommençai mes prières jusqu’à ce que je m’endorme. J’ai eu bien des difficultés à y parvenir. Dans mon petit sanctuaire meublé d’un lit et d’une chaudière, qui puait fortement, pour nous permettre de soulager nos besoins pressants ou de déposer le sperme après quelques bons coups de poignet, comme disaient les autres… je fixais le plafond.

(Jésus s’approcha de Lazare et lui demanda : « Es-tu mort? » Et Lazare, ivre au « boutte », après avoir chié trois fois dans ses culottes, répondit :

« Bin non, idiot, je voulais essayer du nouveau “stock” et je me suis piqué à l’héroïne ». — « Viens, nous allons te désintoxiquer. » Et, Jésus sortit prendre un café au lait.)

Douce nuit qui nous berce à l’encontre des orages, j’irai sourire aux lèvres, le cœur chaud, oublier ces moments maudits, cette enfance charmante malgré la brume lourde de mes 20 ans. Dans une cellule, il y a malgré l’horreur de son spectre plus de cieux plus de verdure qu’en ces champs jadis ou d’une saine allégresse, j’allais conquérir par le péché les spasmes de la vie. Il y a plus de temps à meubler de remords fous un mur blanc de chaux suintant l’ennui à découvrir du bout des doigts les parois de sa bière froide. Il a plus de temps à souffrir qu’à nommer sa liberté…

(Il ne faut pas en vouloir à Lazare. Dans tous les mouvements de libération nationale, il y a des soldats qui s’enferment dans des caveaux, craignant la répression).

Un bruit de fer, des hurlements, des jurons me tirent de mon linceul noir, le seul endroit qui, sans cauchemar, me permettait un peu de répit. À ma sortie du lit, je sentis la répulsion d’être presque nu à la merci des yeux indiscrets des gardes. Je retrouvais cet étrange sentiment de pudeur qui m’avait hanté préadolescent. Il ne fallait pas me montrer… mais je cherchais à examiner tout le monde.

(Jésus, gourou, au sortir du sépulcre, n’en croyait pas ses oreilles. Il y avait encore des gens qui parlaient de lui comme du Sauveur. La rébellion avait bel et bien commencé contre César. Ça pétait de partout.)

J’ai fait une prière et je suis sorti de ma cellule après avoir bien décidé de me confier le moins possible aux autres. Après un déjeuner qui, je dois l’avouer, était assez bon, je me rendis dans un coin, regarder jouer aux cartes. Un gros bonhomme fit l’éloge de ma beauté et chercha à maintes reprises à me prendre les mains. Je frissonnais de rage à chacune des tentatives. J’ai remarqué, d’autre part, la beauté de Jeannot, un adolescent de 19 ans. Ses yeux me troublèrent. Pour échapper à la tentation de lui caresser les cheveux et le désir irrésistible de lui passer la main sur la cuisse, je me mis à faire les cent pas… La pédérastie a toujours été un remède pour moi… elle me permet de supporter la méchanceté sociale…

Peu de temps plus tard, un garde lançait mon nom.

Je me rendis à ses côtés dans un premier bureau. J’avais franchi trois barrières, je crois. Un monsieur assez insignifiant me demanda si j’acceptais un cautionnement ou si je poursuivais mon incarcération. J’ai réfléchi. Je voulais souffrir pour mes péchés… et surtout, ni moi, ni mes parents n’avions l’argent nécessaire pour payer la somme exigée. Je signai quelques papiers et je passai aussitôt dans un autre bureau.

 

(Il avait suffi de Judas pour le trahir pour 30 $ et d’assez d’amis pour payer son cautionnement. Ceux qui font le sacrifice de leur vie pour leur pays sont vite abandonnés quand vient la répression)

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