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R

août 14, 2022

Radioactif 465

Texte de 2008, p. 851

Un viol obligé.                               


La vie est tracée par une suite de hasards et de méditations.  Malgré tout ce qui s’est passé dans ma vie, je dois reconnaître que le fameux livre de mon enfance Confiance en la divine Providence m’a très profondément marqué.     

Petit, je le méditais encore plus qu’un moine.  Je faisais tous les sacrifices pour devenir un saint.  Il n’y a que les enfants pour croire dans de telles conneries.  Je me demande d’ailleurs si ce n’est pas à l’intérieur de ces enseignements que j’ai commencé à croire que j’étais le diable en personne.        

Avec les religions, tout ce qui est normal et naturel est mal.  T’as beau faire quoi que ce soit, tu demeures un pécheur.  Comment croire qu’un Dieu peut t’aimer s’il t’envoie en enfer avant même de t’avoir créé? 

On dirait que la religion c’est comme un virus ou une bactérie.  Elle te pénètre dans le cerveau et se prend pour un indicateur de trajet  -merde, je n’arrive pas à me rappeler du nom-.  Les autos en sont parfois munies, ça marche avec un ordinateur. Ah ! Oui. Un GPS. — C’est ça vieillir.   On perd des mots.  On se mélange dans nos idées.  C’est vraiment malcommode.      

La religion t’installe un GPS qui se met à crier au mal dès qu’il y a une situation qui ressemble à un désir sexuel. 

La religion te met sur le pilote automatique qui condamne toute sexualité, c’est-à-dire la force qui te permettra de développer ta propre personnalité.  L’énergie qui t’animera principalement.  Ce qui te permettra de t’identifier à ton sexe et à tes obligations. 

Déjà bébé, dans ton petit cerveau, tu te fais une représentation de ce que tu es et l’identification de ton sexe est fondamentale dans ton développement ultérieur.  Elle cristallise ta perception de toi, donc, dicte tes agissements.

Enfant, tu apprends par imitation d’où l’importance d’avoir un homme près d’un petit gars. Le sexe te sert d’identifiant. 
  
En t’amenant à avoir honte d’être sexué, la religion réussit à te prêcher la grande castration des sens.  Il ne faut pas toucher, voir, regarder, dire, entendre, ne pas désirer, ne pas jouir.  Tout ce qui s’approche du sexe est sale, mauvais, le diable.  Il faut avoir honte de penser à l’autre, de le désirer, car, l’autre est en soi une impureté, à moins d’être marié. Cette obligation moule la vie de pratiquement tous les êtres humains, car c’est la seule voie acceptée.

Les religions sont la source de toutes les discriminations.   Ce fut le premier viol dont j’ai été victime : un viol de conscience.   Ma naïveté était la victime.            

Dès ton enfance, on t’apprend à avoir honte de ton corps, de la nudité comme si on naissait tout habillé.   Comme si la nudité n’était pas une belle et magnifique chose.  Tous ces scrupules sont convertis en  » respect  » comme si avoir honte de son corps, c’est se respecter.  Avoir honte de son corps, c’est, au contraire, se mépriser. 

Les religions sont les spécialistes de cette mésestime de soi, particulièrement chez les femmes. Toute la civilisation s’est efforcée de faire croire que la femme est le mal et qu’elle doit être soumise au mâle.            
 
Au moment, où j’ai compris que la pédérastie, sans violence ou domination, est «l’expression d’une forme d’amour aussi valable que toutes les autres , il se produisit une aventure que je n’aurais jamais voulu connaître, mais qui me faisait voir l’autre côté de la médaille.          
 
Mes deux plus grands défauts furent toujours la naïveté et le nombrilisme. 

Je ne croyais pas, à cette époque qu’il existe des gens foncièrement mauvais.  Je n’en n’avais jamais rencontré, même que la pire de mes anxiétés a toujours été de me demander si à cause de ma pédérastie, je ne suis pas un méchant, un mauvais, un damné d’avance. 

Je pensais comme une femme tirée du livre « Le pouvoir de l’horreur, un livre écrit par une féministe que toutes les féministes du Québec devraient lire pour comprendre la différence entre une féministe authentique et une féminoune.           

J’aurais préféré être tué ou emprisonné que d’être la cause véritable des problèmes d’un petit gars.  Je les aime trop pour leur vouloir le moindre mal.  « Fais aux autres ce que tu voudrais qu’il te soit fait  » et « vivre une aventure sexuelle était bien ce que je me souhaitais le plus ».  Donc, que la question de ma dangerosité puisse soulever des doutes suffisait pour qu’elle me hante.            

Pourtant,  sans me poser plus de questions, j’ai décidé d’essayer de réaliser le conseil de mes psychiatres, tenter de devenir gai ;  quoiqu’à mon avis, on naît et on meurt pédéraste, tout comme on naît et meurt gai.  Que les gais aiment ça ou pas, la pédérastie est une voie d’expression crée par ton attirance naturelle. Qui dicte celui ou celle qui t’attire, sinon ta nature profonde?         
 
Mes premières rencontres ayant été plaisantes, j’ai cessé de croire dans les préjugés contre les gais.  Leur présence est devenue source de plaisir.  J’ai tué mes peurs, car à force de rencontrer des hommes qui me voulaient dans leur lit, j’ai cessé de croire que tous les gais sont des monstres qui ne pensent qu’à t’enculer et t’étrangler ensuite. Je n’avais plus peur. 

Encore plus, j’ai aussi constaté que plusieurs adultes ont une petite queue, ce qui ne correspond pas à la pornographie. L’image que l’on veut inventer du vrai mâle est donc surfaite.  Heureusement,  la tendresse n’a pas d’âge.  En fait, croyais-je, que pour cesser d’être spécifiquement attiré par des garçons, il fallait créer des raisons valables d’être attiré par les femmes ou les hommes. 
 
J’aimais beaucoup les féministes, car elles avaient une largesse d’esprit fort surprenante et c’est impossible d’avoir un enfant sans avoir une femme.  

Évidemment, on peut me reprocher d’avoir d’abord pensé à moi, mais tout le monde sur la terre, à moins d’être hypocrite constatera que « son petit moi» est toujours sa principale préoccupation.  C’est d’ailleurs un des rares points avec lequel je ne suis pas d’accord avec les bouddhistes.  Le moi est un élément, qui n’existe pas en soi, j’en conviens, mais il confirme l’existence du  je ».  

L’existence n’est pas qu’un rêve.                       
 
Plus le temps passait, plus je voulais devenir père. Mais alors il aurait fallu que je devienne hétérosexuel.  Il ne suffit pas de pouvoir éjaculer pour être un père, tous les garçons peuvent venir à partir d’un certain âge ; mais être un père, c’est tout un programme de responsabilités.  C’est une responsabilité de plusieurs dizaines d’années.               

Par contre, pour être gai, je devais me libérer de toutes les inhibitions créées autour du mot « homosexuel » pour arriver à être attiré par un homme. 

J’étais hanté par les discussions des adultes (quand j’étais jeune) à l’effet que des jeunes aient été tués par des vieux pour des raisons sexuelles.  Ce qui te fiche la trouille en maudit.  Quand t’es petit, tu ne comprends pas vraiment.   Ça te marque pour longtemps.  La peur et la souffrance peuvent  créer des traumatismes.  (C’est la raison pour laquelle je trouve que parler de crimes sexuels dans les nouvelles est idéologique, car ainsi on maintient l’interdit et on sème la peur d’être la victime à venir.)

Un autre élément plus que bizarre : j’étais porté à réagir avec un homme comme si j’étais la femme qui se faisait «cruiser» alors qu’avec un garçon, je me sentais plutôt un homme.  Je cherchais à le séduire et non à être séduit. 

Les féminounes diraient que je me sentais avec un garçon comme un prédateur, donc, comme un vrai mâle. Que voulez-vous le mâle a été créé en fonction d’être prédateur, c’est sa nature profonde.  Cette expérience me révélait également qu’il est possible d’aimer plus qu’une catégorie de gens et de manières différentes. 
 
Aristote avait raison avec toutes ces catégories d’amour.  C’est bien évident qu’on n’aime pas ses parents comme des étrangers ; qu’un frère ce n’est pas exactement un ami et qu’un ami c’est bien différent d’un étranger et encore plus d’un ennemi.  Pour moi, le sommet de l’amour était devenu l’Amitié.         

À Montréal, j’avais rencontré un adulte, nommons-le Grand Gabriel, que je trouvais fort intéressant.  Je m’étais rendu dans une taverne gaie afin de « me faire cruiser » et peut-être rencontrer un bonhomme qui me plairait.  Un homme s’adressa à moi parce que j’avais une caméra.  Il était très gentil et j’ai déménagé à sa table.  À la fin de la soirée, je me suis rendu chez-lui où nous avons pris quelques verres de fort, avant de partager le lit.  Cet homme m’a plu immédiatement par sa gentillesse.  C’était évident que je pouvais lui faire confiance.  Il était doux et sans violence.  Il n’avait qu’un défaut : il connaissait personnellement Pierre Elliot Trudeau.  C’était même un de ses amis d’enfance. 

Pour un révolutionnaire fanatique, c’est tout un problème de conscience.  Peut-on être « ami avec un ami de notre ennemi » sans trahir la cause, devenir une espèce de traitre à la nation? 

La question est tellement stupide que la réponse est immédiate : il y a de bons gars dans toutes les races, toutes les familles, donc, même dans toutes les formations politiques.  Pire, il y a même probablement plus de bons gars que de trous-de-cul, même si on est à une époque où les trous-de-cul dirigent le monde. 

Ce n’est pas pire qu’un taliban qui s’imagine que tout occidental est porteur du mal ou un communiste qui refuse aux gens le droit d’avoir une religion.  Être borné, c’est dans ta peau. Même un révolutionnaire peut être réactionnaire. 

J’étais un peu borné puisque j’étais radical, voire même un peu fanatique.  La pire des corruptions, c’est bien de ne pas s’ouvrir aux autres pour comprendre et surtout apprendre à se respecter mutuellement.             

Grand Gabriel me plaisait trop pour que j’opte dans le sens de ne pas continuer à le voir, s’il me donnait signe de vie.   Je lui avais donné mon numéro de téléphone, mais je n’avais pas pris le sien.  S’il veut me revoir, il m’appellera.  

À ma grande surprise, c’est ce qui arriva.  Grand Gabriel était un homme de très grande classe et ma présence en faisait jaser plus d’un puisque je portais souvent le même manteau que j’adorais. On m’appelait « son bûcheron de Coaticook». 
 
Pour me rapprocher de lui, sous ses conseils, j’ai décidé de retourner aux études et de retourner vivre à Montréal.  Même si on avait perdu le référendum, j’étais ravi d’apprendre que Grand Gabriel avait voté oui.  Pour mieux le connaître, j’ai décidé d’aller entendre la musique qu’il avait composée pour une pièce de théâtre jouée à Stratford, en Ontario.                       
 
J’étais trop pauvre pour me rendre à Stratford en autobus.  Donc, j’ai décidé de faire du pouce comme je l’avais fait durant des années.  Tout a bien commencé.  Je me suis rendu dans une petite ville, près de Toronto.  Il était évident que je ne pouvais pas me rendre d’un coup à Stratford, mais j’ai continué à poucer (auto-stop).  Puis, un homme s’est arrêté.  Il m’a demandé si j’avais un endroit pour coucher.  Après lui avoir expliqué que j’avais ma tente, j’ai finalement accepté de me rendre chez lui.  Je n’avais rien à craindre. Il avait l’air très gentil. Il m’amena souper.  
 
Chez lui, il m’offrit de prendre un peu de « fort ».  Même si j’étais un peu, si peu méfiant, j’ai accepté.  J’ai toujours aimé joué avec le feu.  Je me sentais « guidoune ».  Il faut être assez niaiseux pour croire qu’en des moments pareils, on n’imagine pas ce que veut le bonhomme.  Les jeunes le savent déjà, en te voyant ,ce que tu désires.  Si je le tentais, tant mieux.          

Puis, quand l’alcool commença à faire ses effets, il m’offrit de laver mon linge. Ce n’était pas essentiel.   Je me sentais un peu putain. Ce ne serait pas désagréable de se faire sucer, donc, j’ai décidé de prendre la chance.  J’étais nu dans la cuisine alors qu’il opérait ses machines dans la salle de bain.  Nous nous parlions à distance. Il venait parfois me porter un nouveau verre de boisson.  Tout était bien normal et sous contrôle jusqu’à ce que je commence à profondément m’endormir.  Il me montra le lit et il me dit qu’il mettrait mes vêtements à côté de celui-ci, dès que la lessive serait terminée. Je me suis enfilé, nu, sous les couvertures et je me suis endormi.        

À un certain moment, je l’ai senti monté sur moi.  Il essayait de m’enculer et ça me faisait mal.  J’ai essayé de l’enlever, mais il se cramponnait et m’enfonçait encore plus.  Je me sentais très étourdi à cause de la boisson ; mais il ne voulait rien savoir. 

Il pouvait me caresser ou me manger tant qu’il voulait ; mais sa tentative d’enculage me faisait trop souffrir.  J’ai voulu lui faire comprendre que je me sentais très mal. Rien à faire.  Je me suis mis à restituer dans le lit.  Je sentais le diable et je me sentais forcé de lui obéir.  Il était plus fort que moi.  J’ai encore essayé de l’enlever de sur moi ; mais cette fois, il se mit à me frapper et à gueuler.  J’ai pensé qu’à son avis, je lui devais bien ça, étant donné qu’il m’avait donné à boire et bien reçu. 

Le problème n’était pas là, ce n’était pas une question de scrupule ; mais ça me faisait mal .  Être enculé, je ne voulais rien savoir de ça.   Pas plus que de le faire.   J’étais malade et je n’étais pas intéressé à endurer tout ce mal. J’étais traumatisé par le fait d’être malade dans le lit.  

Quand il s’est mis à me frapper, j’ai décidé d’enfiler mon linge et de partir.  Je me suis traîné hors du lit.  J’avoue ne pas trop me rappeler comment je me suis pris pour déguerpir.        

Heureusement, après quelques taloches, il s’est contenté de m’engueuler et il finit par me dire que si j’étais aussi stupide, je n’avais qu’à partir.  J’aurais pu y laisser ma peau.  Comment a-t-il réalisé qu’il allait trop loin et cesser de me frapper, je n’en ai aucune idée.  D’une manière ou d’une autre, nous étions seuls à la maison et sa maison était en dehors de la ville.   

Je me suis ramassé seul sur le bord du chemin. Gelé, complètement perdu.  Je n’arrivais pas à croire ce qui venait de m’arriver. J’étais écœuré.  Je pensais devenir fou.  Peu de temps plus tard, après avoir bien marché, j’ai eu une «ride».  Je ne savais pas si je devais en parler ou non.  C’était un peu de ma faute.  Je savais ce qu’il voulait, j’ai voulu prendre le risque et j’avais ce que je méritais. 
  
Il était fou, on ne frappe pas quelqu’un pour avoir du sexe.  Comment peut-on avoir du plaisir en se frappant ?  Je n’avais qu’à payer pour ma témérité.  C’était à moi de lui dire « non» dès le début. J’avais couru après mon malheur.  Je ne croyais pas sincèrement que c’était possible d’en parler.  Je me suis tu.                 

Même aujourd’hui, même si ça m’écœure, je ne porterais pas plainte contre ce gars-là, car ce serait seulement de la vengeance.  Par contre, il faut l’empêcher de continuer d’agir ainsi.  Quand il y a violence, les mesures de protection pour les autres ne sont jamais assez sévères.  J’en conviens parfaitement.  Avec le temps, je me suis demandé s’il agissait ainsi avec d’autres.  Mais, je n’en savais rien.  J’avais pris une chance et il m’a violé.    

Une chose est certaine, je n’aurais jamais pu agir comme ça avec un petit gars ou n’importe qui.  Quel plaisir peut-on tirer d’une telle situation ?  C’est dégueulasse juste à y repenser.  Donc, j’ai essayé de l’oublier le plus vite possible.  Je n’en ai jamais parlé à qui que ce soit.  Ça me gênait.  Par contre, je ne me suis pas senti sali, même s’il avait agi comme un malade mental sans ses médicaments.  J’avais une part de responsabilité et je devais l’assumer.

Quant à me croire sale, c’était ridicule.  Personne ne le savait et même s’il aurait réussi à se rendre au bout de son trip ; notre corps dégage tout ce qui est étranger.  J’étais tout au plus condamné à marcher un peu «écartelé» pour un certain temps. 

Par contre, je trouvais dégueulasse qu’il n’ait pas arrêté quand je fus malade.  Je n’arrivais pas à comprendre comment il pouvait trouver ça jouissant de vouloir continuer alors que ça puait tout autour de nous.  Assez pour t’amener à re- dégueuler.  Il devait sûrement savoir que c’est impossible de jouir d’une situation dans un tel contexte.  Je ne jouais pas la vierge offensée.  J’étais vraiment malade à cause de la boisson. Il aurait pu attendre le lendemain matin, au moins, on aurait pu s’expliquer ; il aurait pu faire ce qu’il voulait à part de m’enculer. 

C’est un geste qui m’écœure ; mais il avait peut-être peur de ne pas avoir ce qui lui revenait en échange des efforts qu’il avait fait pour m’avoir dans son lit.    

Ce viol n’a pas eu que des effets négatifs.  Il m’a permis de me confirmer jusqu’à quel point c’est écœurant de se servir de violence pour avoir du sexe.  C’est devenu pour moi une loi : la non-violence absolue.  Le consentement mutuel.          
 
Évidemment, pour un gars, se faire violer ce n’est pas aussi grave qu’une fille: tu ne peux pas avoir un enfant qui se pointera pour te rappeler à chaque instant ce qui est arrivé.  Je ne comprends pas qu’une femme puisse s’en vouloir d’avoir été violée, ce n’est pas sa faute et fort probablement qu’elle n’a pas couru après comme je l’avais fait.          

On n’a pas les mêmes conséquences, sauf, que tu peux aussi attraper le sida que tu sois un gars ou une fille.  Sauf, que le sexe ce doit être quelque chose de joyeux, un pas vers un amour plus profond ou la cerise sur le sundae de ton amour.  Pas un acte de barbarie.    

Je suis reparti complètement dévasté.  Je ne voulais plus lever ma tente pour y passer les prochaines nuits ; j’ai donc décidé de m’installer dans une auberge, quitte à payer.  

En sortant de ma chambre, une balle molle m’a frappé la jambe.  Elle venait d’un petit gars d’une beauté incroyable.  Je lui ai relancé et immédiatement, il s’est établi un lien entre nous deux.  J’ai rencontré les autres qui étaient avec lui et j’ai appris que c’étaient des « boat people», c’est-à-dire des réfugiés de la guerre du Vietnam.   Tuan Shah (fictif) était adorable. 

J’ai obtenu que l’on puisse se rendre se baigner ensemble.  C’était un vrai miracle de le rencontrer après ce qu’il venait de m’arriver.   Le groupe, avec lequel il était, semblait ravi de l’amitié qui ressortait déjà de notre relation.

Je suis allé voir la pièce de théâtre et j’ai rencontré Grand Gabriel à son hôtel.  Il voulait que je m’installe avec lui, mais je ne voulais pas lui créer des frais.  C’est pourtant ce qui est quand même arrivé quand il m’amena au restaurant.  Le reste du temps je le passais avec Tuan.        

Je prenais plaisir à le promener sur mes épaules dans la ville et chantant « Tuan is coming to town», mélangeant les pas avec les mots, même si je chante affreusement mal. 

Le lendemain, le dimanche, j’ai voulu lui acheter une crème glacée.  Je faisais semblant de la lécher pour lui dire de la manger (il ne parlait ni français, ni anglais) on se parlait par onomatopées et différents signes.  « Si, si, good, good.», disais-je, même s’il ne pouvait pas me comprendre. Quand il se mit à manger sa glace, soudain, un «flash» m’a rebondi dans la tête.

Je me revoyais saoul entre Scotstown et Sherbrooke à engueuler Dieu parce que des milliers de petits gars se faisaient tuer à la guerre au Vietnam alors que moi j’aurais bien aimé m’occuper d’un de ces enfants.  Dieu me répondait dix ans plus tard et ne s’occupait pas que je sois pédéraste.  Il venait de me donner raison à partir de cette situation.  

La pédérastie est une forme sublime d’amour.  Tout ce que j’avais dans la tête, c’était « ce signe divin» qui surgissait plusieurs années plus tard, alors que je venais à peine d’être violé.  Je capotais. 
 
Évidemment, le temps de partir était venu et je me devais de revenir sur le pouce.  Je n’ai même pas glissé un mot à Grand Gabriel du viol que je venais de subir.
 
Le pouce a terriblement bien fonctionné. J’ai été embarqué par un gars qui me parla de ce que j’aimais et nous avons écouté en anglais le Petit Prince, de St-Exupéry.  Peu avant Ottawa, nous sommes arrêtés dans un restaurant.  Une des choses les plus étranges qui me soit arrivée dans toute ma vie se produisit. 

Je ne savais plus si j’étais mort ou vivant.   Je me sentais tout drôle, puis, j’eus l’impression de reconnaître un individu que je connaissais depuis de millénaires, une espèce d’archange qui voyage à travers l’univers de Dieu, qui s’était occupé des yeux de Tobi, en ma compagnie. 

J’étais heureux de revoir un compagnon de voyage que je n’avais pas revu depuis des millénaires. Nous avons pris un petit repas et nous sommes sortis sans nous avoir dit le moindre mot.  Dans l’auto, on aurait dit que le gars avait compris que je savais qui il était.  Il était toujours silencieux.  Puis, il me demanda où j’en étais avec Dieu.  Je lui ai répondu que je croyais en Dieu, que son existence ne faisait aucun doute. C’est effectivement ce que je crois très profondément, même si Dieu, n’est pas celui que l’on nous a enseigné. 

J’ajoutai que cependant je ne savais pas qui il est et comment le rencontrer.  Le gars me regarda et me dit simplement : « Tu n’as qu’à regarder et interroger les évidences».  Nous ne nous sommes pas dit un seul mot par la suite.         

Plus tard, cette même nuit, dans un champ, j’ai monté ma tente.  Il eut un orage qui dura une éternité, d’autant plus que j’ai peur du tonnerre.   Le lendemain au réveil, je me suis aperçu que j’aurais pu être inondé, car j’étais près d’un petit ruisseau qui débordait de partout.          

J’ai eu une «ride» presque immédiatement.  J’étais content d’être arrivé à Montréal. Je ressentais autant la présence de Dieu que le trouble d’avoir eu à subir les attaques d’un malade.    

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