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Radioactif 384

mai 24, 2022

Radioactif 384

Texte de 2008

Les débiles de la morale bourgeoise.

Trois mois de prison pour avoir baissé tes culottes devant des jeunes, c’est absolument débile si on tient en compte le  contexte.  Ce n’était pas devant une cour d’école, c’était chez-nous, dans notre salon, selon notre conception de la vie et de la liberté.  Une conception qui est tout aussi intelligente que celle des interdits religieux.   J’ai le droit de ne pas croire que le sexe est péché mortel.

La situation exigeait que pour me respecter, je sois logique et cohérent avec ce que je disais et ce que je croyais fondamentalement.  Qu’importe ! 

Les imbéciles de la morale bourgeoise sont encore au pouvoir, même plus que jamais.  Je suis bien conscient que mes règles ne sont pas celles de la très grande majorité ; je suis peut-être le seul à croire dans la liberté sexuelle absolue s’il n’y a pas violence ou domination.   Ce ne n’est pas parce qu’une société a été aliénée durant des siècles qu’elle a raison

Elle n’a tout simplement pas le courage de se demander la raison de l’existence de ces règles et surtout si elles ont un sens — une raison d’exister– légitime.   

Je comprends très bien qu’on n’a pas le temps de remettre sa petite sécurité en question ; mais on ne fait ainsi aucune nuance entre des gestes violents et non violents.

On ne respecte pas le droit des jeunes à leur orientation sexuelle et à leur la vie privée. 

On s’imagine que parce qu’on est des parents, les jeunes sont notre propriété.  J’ai le droit de trouver ça idiot et c’est ce que je pense.  On a fait plus de mal à ce petit, en créant un drame, qu’en essayant de régler ça entre personnes responsables. 

Être nu, ce n’est quand même pas la fin du monde.  Il ne s’était rien passé rien de dramatique.  La nudité n’a jamais rendu personne aveugle.  Et, si, aujourd’hui, des millions de personnes partagent mon point de vue, je ne dois pas être le seul fou.  

Ceux qui ont créé ces interdits sont mauditement plus fous que moi

Ça ne repose sur absolument rien d’intelligent, sauf croire aveuglément ce que les religieux nous ont fait croire durant des siècles. 

Si c’est ainsi, que seul compte le sacrifice pour aller au ciel, on est mieux de prier pour que tout le monde soit pauvre et malheureux pour aller au ciel au plus vite. 

Trois secondes de réflexion et on se rend compte qu’on s’est fait joliment bourrer le crâne.

La censure dominante.   

Depuis quelques semaines , je reçois des messages à l’effet qu’on interdit la poésie dans le métro de PARIS, qu’une poétesse est emprisonnée au PÉROU, ça ne me surprend pas.  Le système (tant à gauche qu’à droite) s’est toujours servi de « sa » notion de la pudeur pour garder la majorité aliénée. 

Ce qui est inquiétant c’est que cette formule qu’on utilisait contre moi (je pensais que c’était de la paranoïa) devient maintenant monnaie courante comme type de répression, un moyen de contrôler ce que pensent les créateurs. 

Au Canada, par exemple, on a inclus dans une loi que le gouvernement fédéral vient de faire accepter en troisième lecture, que le ministère du Patrimoine pourra juger si les œuvres (actuellement, ça touchera surtout le cinéma, supposément pour bannir la nudité et protéger les bonnes mœurs) de tel ou tel artiste sont conformes ou non à «l’ordre public», pour avoir droit aux subventions. On retourne à la censure pure et dure, aux tabous. 

Bientôt, cette censure élargira ses tentacules jusqu’à la politique.  Contrôler des textes pour que ceux-ci répondent aux normes imposées par une morale bourgeoise, c’est ce qu’on vivait avant 1970.

On a qu’à penser à Corridart, la murale faite à Montréal et détruite aussi vite durant la nuit pour protéger les bonnes mœurs. 

Imposer une morale bourgeoise féminoune, c’est une nécessité pour implanter une dictature

Au Québec, j’ai été banni de l’Association des auteures (s) des Cantons de l’Est parce que j’ai osé écrire un essai sur un sujet tabou, la pédérastie.  Et, en parler dans mes poèmes.  Un journaliste a publié une colonne en citant mon livre et en affirmant le contraire de ce que j’avais écrit.  Un essai, c’est pour amener une discussion, donc, c’est comme la poésie, une forme littéraire qui ne peut subir aucune CENSURE, sinon les appels à la violence. 

Ce vent de censure se répand à travers le monde.  On devrait commencer à craindre ce qui se passe,  car c’est la pointe de l’iceberg.  C’est exactement ce qui s’est passé avec Hitler. 

Quand la politique se cache dans la morale conservatrice, tout devient hypocrisie et répression.  Tout le monde doit avoir les mêmes notions morales.  C’est ce qui se passe avec Bush et Steven Harper.

Je réclame la liberté de penser autrement…   

La prison

Ce qui devait arriver arriva.  Je me suis ramassé trois mois en prison. Ce fut le prix à payer pour défendre mon opinion et ce que je considère mon authenticité. Ça ne veut pas dire qu’on a raison, mais notre point de vue et notre expérience «particulière» de la vie sont aussi valables que ceux des autres. 

L’humanité évolue parce qu’on se parle.  Les Occidentaux n’essaient pas de comprendre les autres, ils imposent leur morale, leurs normes et leurs suicides, en pensant qu’ils sont meilleurs que les sociétés dites primitives là où pourtant tout le monde est heureux.  Et, ils dominent dans l’exportation des guerres. 

Par expérience, je sais que la censure et les tabous sont les pierres angulaires, de toutes les formes d’intégrisme, de toutes les misogynies, de toutes les homophobies, de toutes les inquisitions et de toutes les dictatures.  

La morale bourgeoise ne pourra jamais donner naissance à la démocratie parce qu’elle ne respecte pas les droits individuels et la vie privée.   L’étroitesse d’esprit est une tare bien pire que la pédérastie. 

À vrai dire, je me savais pédéraste.  Je ne croyais plus, contrairement à quand j’étais trop petit pour pouvoir penser par moi-même, que c’était une maladie ou une tare. 

Il est bien évident que c’est un accident de la nature qui survient à un tout petit nombre d’individus qui ne vibrent pas aux mêmes fascinations que la majorité, qui n’ont pas les mêmes normes esthétiques et morales.  Ils sont touchés par autre chose que le matérialisme des relations sociales dites normales.  

Les puritanismes nous rendent la vie impossible. Vouloir vivre ouvertement comme la nature nous a créé plutôt que d’être esclaves des hallucinations religieuses de toutes sortes, vouloir se reconnaître pédéraste, c’est rêver en couleurs, car il y aura toujours une chasse aux sorcières par ceux et celles qui se pensent  » les purs « . 

La pédérastie, c’est accepter de vivre l’enfer sur terre parce qu’il y a toujours des scrupuleux qui ne réalisent pas qu’ils sont des êtres tout aussi dégénérés, sinon plus, que les pédérastes, combattus comme s’ils étaient le diable en personne. 

Rejeter la sexualité des enfants, c’est rejeter la réalité. 

Leur excès de morale est à mon sens, une maladie, une psychose. 

Et, je préfère ma névrose.   Si tu élimines toute forme de violence et de domination dans ta vie sexuelle, c’est une façon de vivre tout aussi acceptable que toutes les autres, même si tu es pédéraste.  C’est une orientation sexuelle, voilà tout.   

La prison, c’est le temps qui s’arrête. C’est le danger perpétuel que la moindre rumeur te coûte la vie lorsqu’il est question de sexe.  Il suffit qu’un moraliste se découvre à partir de ses culpabilités pour qu’on assiste à des séances de purification… celle des autres évidemment. 

J’étais conscient de ce danger, mais les visites de Suzanne et les dessins de la petite Yanie pour son Simopette me protégeaient de ces excès, du moins pour un temps, car je continuais à défendre mon opinion sur la liberté sexuelle et le besoin de révolution au Québec. 

De la provocation?  Non, plutôt de l’inconscience quant au danger encouru. 

J’avais plus peur de prendre ma douche et de me pencher que de ce que pensaient les autres prisonniers.  Une stupidité que l’on propage comme une réalité de la prison, car on a maintenant en-dedans des douches personnelles et non de groupe.


En-dedans.

Dans l’ensemble, je peux dire que les trois mois se sont bien déroulés.  Beaucoup de temps à jouer aux cartes, à marcher de long en large, en discutant et en écoutant les autres me raconter leurs malheurs.  Je n’ai pas eu de vrais problèmes, sauf qu’une semaine ou deux avant de sortir, j’ai cru reconnaître le Pierre qui m’avait battu une dizaine d’années plus tôt parce qu’il savait que j’étais pédéraste et prétendait que je le regardais avec trop d’insistance. Ce que je raconte dans Laissez venir à moi les petits gars.

À cette époque, tu pouvais tuer n’importe qui plus vieux que toi, il suffisait de prétendre qu’il t’avait fait des propositions indécentes pour que tu sois libéré et proclamé la pauvre victime.  

La folie n’a pas de limite quand c’est au nom des bonnes mœurs.  J’avais peur qu’il me reconnaisse. Ça troublé quelques-unes de mes nuits. 

Cependant, le vrai danger venait d’ailleurs et j’en ai pris connaissance que par hasard, en surprenant une conversation.   Certains avaient décidé de «me passer » parce que je parlais ouvertement de pédérastie et de liberté sexuelle.  J’affirmais que la police des mœurs était une police politique, corrompue.   » Si nos premiers ministres étaient vraiment pédérastes, comme on le disait, je ne voyais pas pourquoi, je n’avais pas les mêmes droits.  » 

Cependant, avant d’agir, ils ont demandé conseil au chef de la pègre en prison qui était incarcéré pour une année à partir du scandale de la viande avariée.  Il avait refusé de dénoncer ses supérieurs. 

À ma surprise, il leur déconseilla, prétendant qu’il fallait être courageux pour tenir mes propos. Ce n’était pas la première fois que j’entendais des choses du genre, à plusieurs occasions, on m’avait dit :  » T’es chanceux des gars comme toi, habituellement, on leur casse les jambes. Hostie de séparatiste ! »  

Mes idées politiques finissaient toujours par apparaître comme la vraie raison pour laquelle je me ramassais dans de telles situations.   

Quant à l’ami le plus intime que je m’étais fait, juste avant de partir, il m’annonça qu’il était prêtre, qu’il avait eu des problèmes avec une petite fille et qu’il n’avait pas osé me le révéler avant.  Il prétendait avoir été fasciné par mon authenticité.  Le plus troublant : il m’affirma être un ami personnel du ministre de la Justice en poste. 

Après être sorti de prison, un soir, on me drogua et je me suis ramassé avec les chefs de la mafia italienne qui voulaient que je travaille pour eux comme journaliste.  Il s’occuperait de me faire engager au Journal de Montréal.   Mon travail aurait été de passer quelques petits messages pour les gens en-dedans.  J’ai refusé car je ne suis ni du bord de la police, ni celui de la pègre.  Je suis contre la violence, même si je me proclame révolutionnaire. 

L’évangile selon Saint-Jean est la plus grande révolution qu’on puisse réaliser.  J’étais retourné vivre avec Suzanne.  Elle avait déménagé sur la rive sud et les deux petits allaient à l’école libre. La prison nous soudait encore plus.  J’admirais la détermination de Suzanne.  D’une manière, elle était encore plus radicale que moi.  Elle décida de retourner à l’école alors que je garderais seul les enfants.  Je devenais périodiquement « la mère », car je m’occupais aussi de la maison et des tâches ménagères

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