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Radioactif 383

mai 23, 2022

Radioactif 383

Texte de 2008

Plaintes et suite.   

J’étais plus près de Suzanne que des petits gars, dans le sens, que nous vivions tous les deux une petite idylle.

Je respectais aussi le principe de ne pas intervenir auprès des enfants, sauf en cas de violence, ou s’ils en manifestent eux-mêmes le désir.  Malgré ça, je jouais souvent à la cachette avec eux et je luttais avec les gars.  Deux ou trois contre moi. C’était le paradis. 

Au début du mois quand Suzanne reçut son bien-être, nous avons décidé d’amener Patrick et Yanie dans une salle de jeux.  La déception des autres, de se sentir écartés, était tellement évidente et cruelle que nous avons décidé, puisque j’avais aussi de l’argent, de les amener avec nous. Ce fut des heures de plaisir. 

Aussi, puisque le matin, Suzanne et moi, aimions traîner avant de nous rhabiller, nous avons averti nos enfants et leurs petits amis de ne pas venir le matin parce qu’on aimait être nus et qu’on ne voulait pas être obligés de les mettre à la porte.  Inutile de dire qu’on a dû insister pour faire respecter cette consigne.   Ils sont même venus un matin, dans l’intention j’imagine de nous pendre nus au lit.  

Un soir que je gardais à la demande de Suzanne, les petits m’ont invité au salon pour participer à l’un de leurs jeux.  Quand j’y fus, il fallait que j’enlève un morceau de linge si je ne répondais pas correctement aux questions de l’animateur ou quelque chose du genre.  Rendu aux pantalons, j’ai hésité.  Que faire ?  Je n’avais pas de sous-vêtement.  Par ailleurs, qu’est-ce que ça donne de prêcher de ne pas avoir honte de son corps et de refuser de le montrer? J’étais pris avec mes principes et j’ai décidé de les respecter.  J’ai baissé mon pantalon, je me suis branlé le derrière quelques secondes et je me suis rhabillé.  À peine le temps qu’ils se rendent compte que j’étais nu.  J’avoue que ça m’a fait plaisir de me respecter.  Le temps passa et la vie se déroulait toujours aussi extraordinaire.  

Un soir, Patrick survint à la maison en pleurant.  Il racontait que les parents de ses petits compagnons, en apprenant qu’on était parfois nus à la maison, avaient appelé la police.  La suite d’une petite chicane d’enfants : Patrick avait refusé de partager ses chips avec eux.  Suzanne les rencontra, mais ils étaient parfaitement hystériques.  Nous avons été poursuivis en cour d’injustice.

Tas de mensonges.

Quand nous fûmes en cour, la surprise fut de taille. Les jeunes inventaient. Ils étaient les meilleurs romanciers de Montréal.  À les entendre dire, nous les avions fait participer à des initiations sexuelles.  Un des jeunes se serait couché nu sur Suzanne et je lui aurais pesé sur les fesses pendant qu’il faisait l’amour.  Je me demande s’il en avait une assez longue pour arriver à réussir cet exploit.  Je ne sais pas.  Je n’ai pas vérifié. Je n’y ai même pas pensé.

Quant à notre visite à la salle de jeux, nous l’avions fait dans l’intention bien arrêtée de gagner la confiance des trois jeunes accusateurs afin de pouvoir enlever leurs pantalons et nous livrer à toutes nos expériences.  Comment peut-on mieux que les gens savoir ce qu’ils pensent? On nous prêtait des intentions qu’on n’avait jamais eues.

Encore mieux, nous les avions fait fumer du pot.  Je n’avais jamais entendu autant de bêtises sortirent de la bouche de quelqu’un.  Nous étions cuits à l’os devant ces témoignages accablants et révoltants.  T’as beau avoir la morale élastique, il y a quand même des limites. Puis, le miracle survint. 

Un des jeunes qui m’aimaient bien n’a pas su tenir le coup : « Je ne sais pas si ce que je vous dis, c’est ce qui s’est passé ou ce que la police m’a dit de dire.», s’est-il exclamé en pleurs.  Le juge a aussitôt décidé de se récuser, mais la police a maintenu des charges pour ne pas échapper le morceau. On nomma un nouveau juge.  (À noter qu’actuellement on aura un tribunal pour se charger d’accompagner les victimes, ce tribunal coûte des millions. Où sera l’équilibre?)

À ce second procès, les jeunes affirmèrent que je ne les avais jamais touchés ou incités à des gestes quelconques de nature sexuelle.  On fit relâche et le temps que je suis allé prendre un café, j’entendais le père d’un des petits demandé aux policiers : « Est-ce qu’il va s’en sortir, ce christ-là ? S’il s’en sort, c’est moi qui vais le tuer. »   Plus fou, t’es enfermé. 

Puisqu’on ne pouvait pas me mettre en dedans à partir de ce que les jeunes avaient dit, j’ai été appelé à témoigner.  Ce fut leur ciel, la contemplation de la justice. J’ai raconté le jeu avec les petits au salon puisqu’on m’interrogea là-dessus. Je ne pouvais pas mentir, c’est contre mes principes et je fis état d’avoir baissé mes culottes comme ce que je le raconte dans le billet précédent. 

Le juge a déchiré sa chemise. Il a commencé à dire que ce n’est pas parce que ça se fait en Europe, de se promener nu chez-soi, que je devais éduquer ainsi tout le quartier et il m’infligea trois mois de prison.  À l’âge qu’il avait alors, il doit sûrement être mort et griller en enfer parce que Dieu ne peut certainement pas avoir une conversation bien longue avec un étroit d’esprit de cette espèce. 

Je n’en voulais pas aux jeunes, mais à leurs parents, des imbéciles.

Suzanne voyait les choses autrement : à son avis, ils savaient ce qu’ils faisaient et mentir pour la police ou les parents, c’est très mal entreprendre la vie.  Pour avoir la paix, Suzanne trouva un appartement en dehors de Montréal.  Cette situation ne nous a pas éloignés, au contraire, je suis allé vivre avec eux.


Procès d’intention.

Ce qui m’a renversé dans cette histoire, c’est que la police a réussi à faire raconter toutes sortes de menteries à ces jeunes et si ce n’eut été de celui qui éclata en sanglots, tout le monde les aurait crus. 

J’aimerais bien savoir ce qui arriva à ce jeune.  On me raconta bien évidemment qu’il avait fait une dépression à cause de moi, mais je n’avais rien à faire là-dedans.  Son père était assez fou pour le rendre malade. Le pauvre petit gars était pris entre des parents carrément hystériques, une police qui le poussait à mentir pour avoir ma peau et les sentiments qu’il avait pour moi.  À mon sens, ce n’était pas de sa faute. 

Les Québécois deviennent fous dès qu’ils entendent le mot prédateur sexuel. 

Ses parents auraient pu lui interdire de revenir chez Suzanne plutôt que d’appeler la police.  Il avait peur.  La pression était trop grande pour refuser de collaborer, mais en même temps, il m’aimait assez pour refuser de me faire du mal.  Il a été malgré lui très courageux dans sa faiblesse. 

Les trous-de-cul là-dedans, c’étaient ceux qui ne le respectaient pas. Ce qui me choquait aussi c’est qu’on me jugeait à partir de jugements d’intention. On me prêtait des intentions.  Nous avions amené les jeunes seulement parce qu’ils étaient trop déçus de ne pas venir.  On ne met pas un gars en dedans en présumant de ses intentions.  Et, c’est pourtant ce qu’on voulait faire. 

C’est certain que j’ai souhaité à un moment où à un autre de jouer aux fesses avec eux, mais le désir n’a jamais pu être réalisé.  J’étais assez fou pour croire que je méritais ce qui m’arrivait parce que je l’avais sûrement déjà souhaité ; mais en même temps, je crevais de peur.  La prison, c’est l’insécurité.  Tu peux te faire battre ou tuer, n’importe quand, selon les rumeurs qu’on entretient à ton égard. 

Je ne voyais pas sur le coup de lien entre cette arrestation et le politique. 

Je ne connaissais pas encore le sens d’emprisonnement préventif, c’est-à-dire qu’on te poigne dans un piège ou pour te faire parler ou pour tuer l’influence que tu peux avoir alors qu’on a peur que ça dégénère.  

Je venais de terminer ma lutte pour le français.  J’ai toujours cru que c’est arrivé de même par pure coïncidence.  

Si c’était un coup monté, je ne m’en suis pas rendu compte.  Mais, j’ai toujours été naïf au point de nier parfois la réalité pour ne pas avoir conscience de la méchanceté des gens qui se croient plus purs que toi.

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