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Radioactif 303

février 27, 2022

Radioactif  303

23 décembre 2007 
La mort de mon père. Émile Simoneau.        

Mon père est mort, en 1977.

Quelques jours avant, je m’étais rendu à Barnston pour voir mes parents.  Papa rayonnait de joie, en apprenant que je publierais un nouveau livre Avant de se retrouver tout nu dans la rue ou le problème du logement, à Parti pris. 

Il était encore plus content, car j’avais de ce fait un nouveau travail à l’Union des familles qui parrainait cette publication, à la suite d’un colloque que nous avions organisé. 

Nous avons eu quelques minutes nous permettant de partager le plaisir de voir le Parti Québécois prendre le pouvoir.  C’est drôle comme j’étais obsédé par le besoin de lui dire que je l’aimais.  J’y pensais très fréquemment. 

J’étais très peiné de voir venir la fin prochaine de mon chien Kiki. Deux formes d’amour bien différentes.  Je me suis demandé quelle mort me ferait le plus souffrir, question que j’ai évincée aussitôt, honteux de l’avoir eue. Cette honte secrète me poursuivra durant des années. Comment avais-je pu avoir une pensée aussi folle? Je ne savais pas, à ma décharge, que papa était malade.

Après le repas, je me suis rendu avec mon ami Gilles Lafrance, prendre une marche qui nous a conduits au cimetière.       

Là, je me suis demandé qui pouvait bien être sous terre près de la clôture, sous un épais banc de neige. 

Gilles me reprocha d’y être allé voir car, disait-il, il ne faut pas déranger les morts. 

Plus tard, de retour à Montréal, je me suis rendu à l’hôpital pour subir des examens à l’estomac, un vieux problème, qui m’achalais déjà. 

Bizarre, je pensais à lui et je décidai de lui offrir mon prochain livre.  Pour moi, dans ma conception, c’était le plus grand cadeau que je pouvais lui offrir.  Je lui ai donc dédicacé Laissez venir à moi les petits gars, publié à Parti pris. 

En revenant au travail, la même journée, mes confrères et consœurs eurent la lourde tâche de m’apprendre son décès.  J’ai vécu dans les «vaps», durant plusieurs jours, incapable de réaliser ce qui m’arrivait ainsi qu’à ma famille.  Papa est mort d’une crise cardiaque. Ce fut instantané.

Avais-je été partie prenante de sa mort  à cause de ma façon débridée de vivre ma liberté?  Je l’inquiétais beaucoup. 

Durant plus d’un an, j’ai eu peur de vivre une dépression, tellement le coup fut difficile à encaisser.  Sa mort fut un moment affreusement pénible.      

Au cimetière, à ma grande surprise, papa a été enseveli exactement là où j’étais allé voir qui s’y trouvait…     

23 décembre 2007 
Un rêve ou un signe ?

Après sa mort, j’ai demandé à mon père ce qu’il pensait de ma pédérastie; maintenant, qu’il était de l’autre côté, capable de lire dans mon âme, sans secret, sans limite.  Et, j’eus ce rêve :           

J’examinais une peinture, une murale qui faisait tout un mur.  Je la montrais à mon père, en lui disant combien je la trouvais laide. « De la merde!», m’exclamais-je.  Un gros barbeau brun.  Et, j’ajoutai que c’était la représentation parfaite de ma vie. 

Mon père m’invita à m’approcher de la peinture.  Je commençai à distinguer très nettement une forêt, des arbres.  Plus on avançait, plus les arbres prenaient formes.  Plus ils changeaient aussi de textures et de couleurs.  On aurait dit finalement, une forêt illuminée par le soleil sous le verglas qui se confondait dorénavant en un seul arbre.  C’était de toute beauté.  J’étais encore sous le ravissement quand mon père me dit : « Tu es cet arbre.  Tu vois ses branches.  Eh bien, chacune d’elles est un petit gars que tu as aimé. »  Un amour diamant.  Quelle beauté !          

Était-ce un message de l’inconscient  ou une réponse de mon père ?  Plus jamais ma relation avec mon père dans l’au-delà ne fut tumultueuse.  C’était comme si on avait pu se comprendre et que j’aurais pu montrer ce que je ressens dans ma pédérastie.  Toute la pureté de mes amours, même si je joue parfois aux fesses. Une autre façon de partager son amour.

J’ai toujours eu un rapport privilégié avec les personnes qui vont mourir et que j’aimais dans la vie.  On n’avait pas à m’avertir quand leur dernière heure arrivait, j’en étais intérieurement avisé.  Une forme de télépathie ? 

Cette capacité à communiquer est morte avec la haine que j’ai ressentie parce que j’ose parler de mes amours alors que les gens voient  ça comme de la perversité. Ils jugent ce que je vis.  Ils jugent sans rien connaître par eux-mêmes.

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