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Radioactif 301

février 25, 2022

Radioactif 301

21 décembre 2007 
Irène Gauthier Langlois.

J’ai toujours été profondément en amour avec ma mère, mais jamais il ne me serait même venu à l’idée de la voir nue.  Une précision pour les esprits croches. 

Ma mère, c’était sacrée.  Quand tu t’occupes de huit enfants, tu mérites au moins une gerbe de compliments annuellement. Même si je l’aimais énormément, ça ne m’a pas empêché de parfois me comporter comme le pire des trous-du-cul.  

Je me souviens qu’une fois, à 16-17ans,  j’avais beaucoup bu.  Ma mère exaspérée m’avait giflé, en plus de me faire la morale,   Tout ce que j’ai su faire plutôt que de me repentir, j’ai ri de la faiblesse du coup.  Comme je l’ai dit, j’avais appris à boxer.  Je n’étais pas un cogneur très solide, mais personne ne savait mieux encaisser les coups que moi.  Ça ne datait pas de la veille. 

Quand je m’étais sauvé avec mon frère Denis pour aller voir le film Les dix commandements, le Vieux Curé,  m’avait aussi donné une taloche d’anxiété.  Imaginez les deux garçons avec lui, d’une dizaine d’années, qui disparaissent dans Atlantic City.  « C’est si j’avais frappé dans le la ouate», me dit-il ensuite.

Malgré cet incident, je crois avoir été un bon fiston.  Qu’est-ce qui m’y fait penser?  Hier, c’était la fête anniversaire de maman.  Toute ma vie, je me suis demandé si sa fête est le 20 ou le 21 décembre.  Mais, je ne l’oubliais jamais. 

Quant à mon père, c’était un Verseau comme moi.  Il faut s’occuper de ses parents quand ils sont vivants, plus tard on ne peut que les pleurer.


21 décembre 2007 
Jean-Paul II.

Le plus beau cadeau à ma mère dans ma vie fut de lui permettre de voir de très près Jean-Paul II. 

Le hasard fit qu’à sa venue personne ne pouvait accompagner maman.  J’enseignais à Val-d’Or alors maman décida de me demander cette faveur.  « Je vais le demander à mon communiste, lui, il viendra, malgré tout.»

Effectivement, je le fis autant pour moi que pour elle, car, ce n’est pas tous les jours que tu croises le pape.   Je savais que je lui permettrais de réaliser un rêve qu’elle n’avait sûrement jamais osé espérer réaliser. 

Ma mère était profondément croyante.  Maman était dans une chaise roulante, ce qui nous permit d’être dans la deuxième rangée.  Ainsi, avons-nous pu voir le pape passer tout près de nous. 

Ce fut émouvant, je le reconnais, car je suis encore croyant, même si j’ai pris des distances. Mais, le pape m’a encore plus charmé quand il a laissé un petit Italien lui enlever son chapeau et le mettre à sa place.  Un événement qui m’a tout simplement ravi. 

Jean-Paul II a alors montré jusqu’où il était humain.  Ce que j’ai particulièrement apprécié de lui.  Malheureusement, son Église est restée figée dans sa Tradition, comme les libéraux au fédéralisme.

21 décembre 2007 
Maman et Benji.

Quand j’étais à Montréal, maman venait me voir ainsi que Claude, un ami.  Elle montait avec Henriette.

Cependant, plus le temps passait plus elle avait une peur bleue du jeune Gabriel qui vivait avec moi.  Aussi,  en profitait-elle pour venir quand il était en prison.  Elle l’aimait bien, mais elle en avait affreusement peur et elle avait raison. 

Je ne me rappelle pas d’avoir raconté à ma mère qu’il me battait.  J’aillais encore à la messe, mais pour elle c’était trop fatiguant.  Alors elle m’attendait en regardant la messe à la télévision.  Je lui rapportais la communion.  Ainsi, elle ne perdait rien. 

Un jour la direction de l’archevêché vint à une activité de la paroisse.  Le curé me présenta au dignitaire de l’archevêché de la façon suivante : « Voici Jean et elle, c’est Mademoiselle Benji, c’est sûrement la chienne la plus catholique de Montréal, car elle l’accompagne quand il vient chercher la communion tous les dimanches. » 

Un petit incident qui avait charmé maman.  C’est vrai.  Benji venait à la messe avec moi à l’église Sacré-Cœur.  C’est une des rares paroisses où le curé a compris que si Dieu a créé les animaux, c’est qu’il les aime bien. 

Maman a toujours aimé les chiens, un amour qu’elle a légué particulièrement à ma sœur Henriette, même si les autres ne sont pas en reste d’amour pour les animaux.  Or, quand maman venait, elle avait de la difficulté à s’asseoir sans que Benji lui saute sur les genoux et tente de la lécher dans la figure, ce que maman détestait.  Comment Benji savait-elle que maman l’aimant tant?  Elle se comportait ainsi seulement avec elle.  On aurait dit qu’elle savait ce que ressentait maman pour elle.


22 décembre 2007 
Renaissance et compréhension.

Les années vécues à Québec furent une renaissance.  Les Jésuites m’ont appris à me poser de vraies questions.  Ils m’ont permis de me découvrir moi-même. 

Les gens chez qui j’habitais à Lac –Etchemin m’avait appris, en venant me visiter en prison, la plus grande leçon de ma vie : ce n’est pas parce que tu as un défaut, un vice, que tu ne vaux rien. 

Eux, ils m’avaient assez connu pour me pardonner, même s’ils avaient un petit gars ou peut-être parce qu’ils savaient qu’il ne s’est rien passé avec lui quand j’y suis resté.  Ils m’ont témoigné que, malgré ma «mauvaise habitude», comme on appelait ça, dans ce temps-là, je demeurais un bon garçon. 

Ce fut la même chose avec Mme Alice.  Pouvoir me confier à elle me fournissait la certitude que je ne pourrais pas abuser violemment de qui que ce soit, car elle croyait dans ma capacité à me retenir. 

Elle savait que ma pédérastie était une forme d’amour exaltée envers les petits gars; mais que je ne représentais aucun danger

Pouvoir le dire me permettait de ne pas vivre en hypocrite.  C’était une compréhension qui me permettait de pouvoir panser mes plaies et d’éliminer une sur enchère de culpabilité.  Mme Alice m’a permis de reprendre confiance dans la vie.  Grâce au petit Laurent, la vie fut à nouveau un sourire.  Je pourrais dire en riant : toute la force de Samson était dans sa chevelure, la mienne, était dans ma pédérastie. 

Mes amours ont amplement justifié mon existence et permis d’affirmer que la vie mérite d’être vécue, malgré la méchanceté de ceux qui nous condamnent.


22 décembre 2007 
Ma vie : un bilan positif.

Quand j’y pense, je crois que dans l’ensemble, j’ai beaucoup plus fait de bien que de mal, que de dommages. 

Je ne suis pas sage comme le furent mes parents; mais si on fait un effort pour comprendre ce que j’ai écrit, on verra que loin de prêcher la violence et la haine ; j’ai essayé d’être un bon émissaire de la compréhension entre les humains aussi «fuckés» soient-ils. 

J’ai la conscience en paix.  Et, je peux dire à quiconque me juge et me condamne  que la pédérastie est encore moins pire que leur manque d’amour et de charité, la base même de leur foiMa pédérastie ne blesse, ni ne tue personne. 

Comme on le rappelle dans l’évangile : on voit plus la paille dans l’œil du voisin, que la poutre dans son œil.  Malgré leur gueule sale,  ma vie a mérité d’être vécue.  Même si parfois, j’ai un peu honte de moi. 

C’est difficile d’échapper totalement aux jugements des autres.  Dans l’ensemble, c’est le contraire.  Je suis bien fier de ce que j’ai vécu. 

Ma pédérastie a été bien plus généreuse qu’offensante et mon engagement politique a été sans réserve.

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